Sauvage : Jamey Bradbury

Titre : Sauvage

Auteur : Jamey Bradbury
Édition : Gallmeister Americana (07/03/2019)
Édition Originale : The wild inside (2018)
Traducteur : Jacques Mailhos

Résumé :
À dix-sept ans, Tracy Petrikoff possède un don inné pour la chasse et les pièges. Elle vit à l’écart du reste du monde et sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités sauvages de l’Alaska.

Immuablement, elle respecte les trois règles que sa mère, trop tôt disparue, lui a dictées : « ne jamais perdre la maison de vue », « ne jamais rentrer avec les mains sales » et surtout « ne jamais faire saigner un humain ».

Jusqu’au jour où, attaquée en pleine forêt, Tracy reprend connaissance, couverte de sang, persuadée d’avoir tué son agresseur.

Elle s’interdit de l’avouer à son père, et ce lourd secret la hante jour et nuit.

Une ambiance de doute et d’angoisse s’installe dans la famille, tandis que Tracy prend peu à peu conscience de ses propres facultés hors du commun.

Flirtant avec le fantastique, ce troublant roman d’initiation nous plonge dans l’intimité d’une jeune fille singulière qui s’interroge sur sa nature profonde.

Critique :
Ray Bradbury nous entrainait dans les brasiers enflammant les livres (Fahrenheit 451) et Jamey Bradbury, elle, nous emmènera dans les blanches et froides étendues de l’Alaska.

Mettez vos moufles, sortez vos grosses chaussettes et n’oubliez pas votre cache-nez (et cache-tout-ce-que-vous-voulez) afin de ne pas prendre froid, car c’est un véritable apprentissage de la vie au grand air froid que vous allez faire.

Depuis toute petite, Tracy ne s’est jamais sentie bien qu’en courant dans la forêt ou en attelant des chiens de traineau. Son père est un musher et elle ne rêve que de suivre les traces de ses patins de traineau et de concourir à la Iditarod trail, une course pour musher longue et dure.

Ce roman, dans le style nature-writing, dégage une atmosphère bien particulière : un mélange de poudreuse, de jeune fille rebelle et des relents de fantastique car si Tony Chu (le détective cannibale) était un cybopathe (capable de retracer psychiquement la nature, l’origine, l’histoire, et même les émotions, de tout ce qu’il mangeait), Tracy, elle, c’est un autre don qu’elle possède…

La référence à Stephen King n’est pas usurpée, l’élément fantastique est bien là, c’est trash quand on y pense bien, mais le tout est très bien incorporé à l’histoire et passe sans aucun soucis, ajoutant même une autre dimension au récit.

Je peux même affirmer que sans cet élément, le roman n’aurait pas été aussi bien et nous serions parti sur une description des conditions de course avec des chiens de traineau (attention, j’aurais bien aimé en vivre une de l’intérieur, avec Tracy).

Tracy… Quelle jeune fille énigmatique, qui ne se livre que peu souvent, qui ne vit que pour la forêt, ses chasses, les animaux qu’elle trappe.

Petit à petit, l’auteur, de sa plus belle plume, déroule son récit en y incorporant tout doucement cet élément, en nous donnant des indices sans jamais trop forcer sur le trait et c’est avec un effroi certain que nous le comprenons dans son entièreté, non sans ressentir une dose de fascination au dégoût ou de dégoût à cette fascination (au choix).

D’ailleurs, une scène m’a tellement glacé les sangs que même si elle avait eu lieu sous le soleil des Caraïbes, j’aurais été transpercée par le froid. J’en suis restée avec la bouche ouverte et dans l’incapacité de poursuivre ma lecture durant quelques moments tant elle m’avait coupé les jambes.

Et malgré cela, je n’ai toujours pas réussi à être fâchée avec Tracy : à cause de son don (ou de sa malédiction, toujours au choix), elle avait fait une erreur terrible et malgré le froid qui m’a saisit, malgré mes mains tremblantes, je l’ai trouvée touchante jusqu’au bout, cette jeune fille dure comme le bois.

Un récit dur, âpre, magnifique, servi par une plume alerte qui sait bien décrire les émotions ou l’implacabilité, la rudesse de l’Alaska et la solidité des gens qui y vivent.

Des personnages magnifiques, qui me hanteront longtemps, un père veuf qui a fait tout ce qu’il pouvait mais qui n’avait pas compris sa fille puisque les non-dits sont aussi puissant qu’un blizzard, dans cette famille.

Un récit qui aurait encore pu continuer plus longtemps et une envie folle d’aller arpenter les bois de l’Alaska avec un traineau tiré par des chiens.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

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[FILMS] Les nanars de Dame Ida – La momie de Alex Kurtzman (2017)

Titre : La Momie – The Mummy

Production : Universal Pictures

Réalisateur : Alex Kurtzman

Avec : Tom Cruise, Russel Crowe, Annabelle Wallis

Sorti en 2017

Intro Allociné :
Bien qu’elle ait été consciencieusement enterrée dans un tombeau au fin fond d’un insondable désert, une princesse de l’ancienne Égypte, dont le destin lui a été injustement ravi, revient à la vie et va déverser sur notre monde des siècles de rancœurs accumulées et de terreur dépassant l’entendement humain.

Des sables du Moyen Orient aux pavés de Londres en passant par les ténébreux labyrinthes d’antiques tombeaux dérobés, La Momie nous transporte dans un monde à la fois terrifiant et merveilleux, peuplé de monstres et de divinités, dépoussiérant au passage un mythe vieux comme le monde.

Note des spectateurs Allociné : 2,5/5

Note des critiques de presse sur Allociné : 2,3/5

Note Télérama : 1/4

Ce que j’en ai pensé :
Ah! La dure vie que celle de mère de famille !

Outre le fait que les enfants coûtent cher et fassent vite de vous une esclave domestique, vous devez passer du temps avec eux et les accompagner parfois au cinéma ou regarder avec eux des films en VOD…

Et disons que… Les choix cinématographiques des ados sont parfois déconcertants.

Grâce à ma progéniture j’ai donc dû découvrir l’un des grands navets du début du XXIème siècle : La Momie.

Laquelle ? Et bien bonne question… Puisqu’on ne peut pas dire que Tom Cruise et ses amis aient fait preuve d’originalité dans le choix de cette thématique.

En effet suite à la légendaire malédiction de Tout Ank Amon au début du XXème siècle, le thème avait était déjà traitée en long en large et en travers par le cinéma muet, le noir et blanc parlant, puis les premiers films couleurs…

On avait même eu le droit en 1999 à une saga plus récente avec le délicieux Brendan Fraser et le très musclé Arnold Vosloo…

Le premier volet reprenant les grandes lignes de l’histoire de la momie d’un prêtre maudit se vengeant des archéologues qui avaient mis la main sur sa momie et ses richesses… et voulant reconquérir le sosie de sa bien aimée.

Ben oui, on a beau être un monstre ou une carcasse vide farcie d’aromates, on n’en a pas moins besoin d’amuuuur!

La saga de 1999 m’avait plu car grâce au ton de comédie qu’elle employait de façon plaisante, elle faisait oublier le caractère peu crédible de ces histoires fantastiques ancrées dans les traditions d’une mythologie à laquelle plus personne ne croit depuis des millénaires.

On la regarde aussi bien pour rire que pour les effets spéciaux et les splendides décors… Et les références archéologiques bien que débordant du cadre académique restaient assez crédibles.

Mais avec le film de 2017, non seulement on a  l’impression que le soleil ne se lève jamais une fois arrivé à Londres où les momies ne font pas non plus trop couleur locale (bon, je vous l’accorde, le soleil n’est pas ce qui caractérise mieux la capitale britannique…) mais en plus tout le monde se prend très très très au sérieux.

Sans déconner… Qui peut parler avec sérieux de momies maudites sans passer pour un dingue ou sans que ça ne sonne carrément faux ?

Or donc, Nick Morton est un militaire américain qui profite de faire la guerre au moyen orient et de la confusion engendrée par les islamistes détruisant les œuvres antiques pour mettre la main sur des trésors archéologiques à vendre au marché noir…

Déjà le mec… profiteur de guerre, trafiquant, arrogant et parfaitement égocentrique… il n’est pas sympathique…

Et puis comme il est joué par le N°2 de la scientologie qui fait la leçon au monde sur le fait qu’il détient la vérité, son amoralité est encore plus irritante, non ?

Et encore, il a piqué la carte aux trésors en fouillant les papiers d’une archéologue avec qui il venait de coucher.

Bref, un parfait gentleman, non ?

Le film n’est pas commencé depuis un quart d’heure qu’on a juste envie de voir le héros se faire fusiller. J’avoue que ça n’aide pas à apprécier la suite.

Et voilà qu’il découvre la momie d’une ancienne princesse égyptienne maudite et enterrée vivante pour avoir passé un pacte avec le dieu Seth afin de prendre le trône de son père qui devait échoir à son petit frère.

Sans le savoir et afin de s’en mettre plein les fouilles sans doute, cet abruti de Morton brise les sortilèges qui neutralisaient les pouvoirs de la momie, et voilà la diablesse libérée qui va aller foutre le boxon à Londres pour retrouver les accessoires qui lui manquent pour accomplir un rituel qui la rendra toute puissante et lui permettra de dominer le monde. Rien que ça.

Ce film qui était donné comme un reboot s’inspirant de la saga de 1999, et devait donner lieu à une suite qui n’a jamais vu le jour. Le public ne peut que s’en réjouir vu la daube que le premier volet représentait.

Ben oui, quand on prétend faire un reboot… on reste un minimum fidèle au point de départ.

Là c’est carrément autre chose : il ne s’agit pas de la momie d’un prêtre renégat enterré vivant (Tiens ? alors pourquoi courre-t-il après ses vases canopes censés contenir ses viscères dans le film de 1999 ??? bon là je vous l’accorde ils ont commis une bourde…), mais d’une princesse qui s’était alliée les puissances des ténèbres pour régner. Parité oblige sans doute ?

Il ne suffit pas de nous faire entre rapidement apercevoir le livre des morts de la saga de 1999, et de coller des araignées pouvant faire penser aux scarabées mangeurs de chair, ou que la momie se requinque en bouffant les fluides vitaux de ses victimes pour qu’on puisse dire qu’il s’agit d’un reboot.

En plus leur momie est pathétique… Elle est tatoué avec des caractères qui tiennent plus de l’alphabet runique celte que des hiéroglyphes égyptiens !

Sur le plan historico-archéologique une telle confusion jette un discrédit éternel sur les crétins qui ont produit cette bouse.

Et puis Seth… nan… c’est pas le dieu des morts non plus… Dans la bouche d’archéologues c’est dramatique parce qu’une telle erreur est éliminatoire en première année d’égyptologie !

Le dieu des morts c’est son frère, Osiris (*). Seth c’est seulement le vilain méchant pas beau du panthéon.

Et puis pourquoi ont-ils eu besoin de rajouter des templiers dans l’histoire ? C’est un artifice scénaristique pour justifier de délocaliser le film à Londres sans doute parce que ça coûtait moins cher que de faire des décors égyptiens ?

Pire encore… On nous colle le Dr Jekyll et Mister Hide dans l’histoire !!! Vous voyez le rapport avec la choucroute, vous ? N’importe quoi !!!

Et je vous passe les fines allusions totalement inutiles au loup-garou de Londres (Morton est hanté par le fantôme d’un type qu’il a tué), aux histoires de vampires ou de zombies…

Et vu la nullité de l’ensemble vous ne m’en voudrez certainement pas de spoiler un peu et de vous révéler que notre N°2 de la scientologie devient carrément le dieu qu’il rêve de devenir à la fin !

Nan mais je vous jure ! Prend-on les spectateurs pour des cons prêts à gober n’importe quoi ? Comme s’il suffisait de piocher dans toutes les thématiques ou dans le supermarché des grands films fantastiques pour se faire un cocktail correct ! Là on a juste un patchwork mal cousu et dont les carrés ont été très mal choisis.

Et puis… faut qu’il arrête Cruise… Il est comme tout le monde… il chope des rides… faut qu’il cesse de faire croire qu’il a 20 ans de moins…

Déjà qu’on a du mal à croire que son QI dépasse le 85 qui le ferait rentrer dans la norme basse…

Et puis, depuis que son charme de bogosse n’opère plus on se rend compte avec horreur qu’il joue comme un pied (note de la Belette Cannibal : Cruise a été désigné responsable du fiasco de ce film ! La star aurait exercé un contrôle excessif sur tous les aspects de la production du blockbuster et aurait transormé le film en ode à sa propre gloire – Fin de la note, vous pouvez reprendre une activité normale).

Son jeu et sa gestuelle sont surfaits au point de friser le ridicule. Sa façon de jouer le « je me prends au sérieux » me fait carrément penser aux mimiques de Trump.

C’est vous dire si ça fait authentique ! Les autres acteurs ne sont guère plus brillants (à part Annabelle Wallis), notamment la momie qui aurait mieux fait de rester muette sans doute…

Mais en même temps avec une histoire et des dialogues aussi mauvais, pouvaient-ils faire mieux ?

Bref, un reboot totalement raté et dont on a certainement renoncé à produire la suite il n’est pas près de faire oublier la série qui la précédé (La momie – Le retour de la Momie – La tombe de l’empereur dragon).

(*) Oui, Dame Ida à raison ! Non, ce n’est pas Anubis (le mauvais jeu de mot n’est pas loin) qui est le Dieu des Mourus ! Tu veux des preuves, lecteur/trice sceptique ? Dans les croyances des Égyptiens de l’Antiquité, c’est Osiris qui règne sur le monde des morts. Quand quelqu’un meurt, il comparait devant Osiris, afin d’être jugé. Un tribunal des morts est constitué par Anubis (il est là, le dieu à tête de chacal), le dieu de l’embaumement, Maât, la déesse de la justice, et présidé par Osiris. Ils auraient demandé Vikidia, ils l’auraient su !

Le loup en slip – Tome 01 : Wilfrid Lupano, Mayana Itoïz & Paul Cauuet

Titre : Le loup en slip – Tome 1

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Mayana Itoïz & Paul Cauuet

Édition : Dargaud (04/11/2016)

Résumé :
Le loup terrorise la forêt et ses habitants qui vivent continuellement dans la peur de se faire croquer les fesses. Jusqu’au jour où le loup descend dans la forêt…

Méconnaissable !

Le loup ne fait plus peur du tout, il n’a plus le regard fou ni les poils dressés ! Mais comment vivre sans la peur, quand la peur est devenue l’unique moteur ?

Critique :
Qui a dit que le loup en slip c’était QUE pour les tits n’enfants ? Qu’il ou elle se dénonce de suite où se sera privé de goûter durant toute la semaine.

Namého !

Que les étroits d’esprit passent leur chemin car ce livre risquerait de leur ouvrir les yeux et ça leur ferait mal.

Lecture à deux niveaux, les enfants n’y verront que des animaux de la forêt qui ont peur du loup et qui se protègent par tous les moyens possible et inimaginable : clôtures anti-loup, cours de self-défense, brigade de blaireaux armés contre le loup, dessins explicatifs pour monter aux autres tous les horribles attributs de ce méchant prédateur (regard fou, poils dressés, crocs menaçants,…).

Les adultes ayant un cerveau comprendront que la peur fait recette et qu’on a jamais eu autant d’agents de gardiennage, de flics et de militaires en rue (et ailleurs) depuis certains funestes événements… Le malheur des uns fait le business des autres et ça vaut pour tout.

Un loup, ça fout la pétoche, surtout que celui-là est réputé pour hurler la nuit et se promener avec des yeux fous, donc, on se protège de l’Autre qui est si différent de nous…

Mais comment peut-on continuer de vivre et de faire son business lorsqu’on se rend compte que depuis que le loup porte un slip, il a plus chaud ses fesses et est donc de bonne humeur ?

D’ailleurs, il n’a jamais mangé personne, la peur des animaux de la forêt était une connerie. Qui a dit une arnaque ? Presque… Tout à fait, même.

Mais comment continuer de faire son beurre quand on se rend compte que le moteur de toute la forêt, ce qui la fait avancer et vivre, ce prédateur horrible, est en fait un loup gentil ? Bon sang, les médias nous auraient-elles enfumé ?

Sur qui va-t-on dégoiser si ce loup est un type sympa, juste un peu loufoque avec son slip rouge à bandes blanches ? Ou est-ce un slip blanc à bandes rouges ?

Vous savez comme moi que lorsque les personnes qu’on aime critiquer se révèlent être inoffensives (ou innocentes), ça perturbe tout le monde. Les gens sont déçus et désappointés si leurs boucs émissaires préférés ne le sont plus.

Un album qui se lit trop vite, des animaux aux comportements terriblement humain et une double lecture que les enfants comprendront plus tard.

Pour eux, le coup des fesses du loup recouvertes par un slip les feront rire, ils apprécieront les dessins et l’atmosphère de mystère et de peur qui se dégage des premières pages.

Les adultes retrouveront tout ce qui fait notre vie actuelle : stigmatisation des minorités, racisme, rejet de l’autre, peur de l’autre, les médias quand elles font du mauvais boulot, la sécurité à tout prix, même au prix de la liberté…

Excellent, drôle, décalé, tellement contemporain, mais trop court !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Vinland Saga – Tome 09 : Makoto Yukimura

Titre : Vinland Saga – Tome 9

Scénariste : Makoto Yukimura
Dessinateur : Makoto Yukimura

Édition : Kurokawa (10/03/2011)

Résumé :
La vie de Thorfinn a basculé le jour où Knut a tué Askeladd et où, pour le punir d’avoir osé porter la main sur lui, le nouveau roi autoproclamé d’Angleterre l’a réduit en esclavage.

Le jeune homme vit à présent au Danemark, dans la ferme de Ketil. Privé de sa raison de vivre, il n’est plus que l’ombre de lui-même.

Sa rencontre avec Einar, un esclave récemment acquis par maître Ketil va pourtant l’obliger à changer d’attitude.

Pour la première fois de sa vie, Thorfinn a un ami, et c’est toute sa vision du monde qui risque bien d’en être bouleversée.

Critique :
Thorfinn, qui jusqu’à présent était un garçon enragé qui tirait toujours la gueule a perdu sa seule raison de vivre : sa vengeance est à l’eau pour cause de mort de son ennemi, celui qui avait tué son père.

Voir notre Thorfinn n’être plus que l’ombre de lui-même fait froid dans le dos…

Amorphe, avec zéro expression sur le visage, on dirait un zombie en mode arrêt total.

On quitte donc les champs de bataille pour aller s’intéresser de plus près à l’exploitation d’une ferme au temps de vikings… Celle de Ketil.

Voilà un cours plus intéressant que ceux que l’on voyait à l’époque, lorsque j’usais mes fonds de culottes sur les bancs de l’école. De plus, pour l’exploitation des sols, on passe avant tout par l’exploitation de l’Homme par l’Homme…

Un air de déjà-vu ou d’entendu… Thierry Le Luron, imitant Georges Marchais, en autre…

Tiens, ajoutons un truc toujours d’actualité : pour prouver sa virilité et son courage, Ormar, le fils de Ketil (un sale merdeux de jeune homme bon à rien qui en a marre que son papa ne le prenne pas au sérieux) passe à tabac des esclaves qui ne peuvent pas se défendre…

Anybref, on a un proprio sympa, pour un esclavagiste, un fiston héritier qui est une couille-molle et qui s’y croit et un autre esclave, Einar, pacifiste convaincu, qui va devenir ami avec Thorfinn et défricher avec lui un vieux bois afin de planter ses propres cultures.

Le boulot dur les rapproche, même si Thorfinn ne sait jamais dire merci et le mystère viendra de leur rencontre avec un petit vieux ronchon, Sverker, qui apparemment se plait à leur donner des ordres en échange de son cheval.

Un tome qui marque un changement brusque et net dans la vie de Thorfinn puisque d’enragé, le voilà aussi éveillé qu’un lombric, le regard vide et un ami !

Les amateurs d’action, de sang, de combats épiques et de têtes ou autres membres qui volent, risquent de tomber de haut.

En fait, si on quitte la violence des champs de bataille, on en retrouve une autre, de violence, celle qui est larvée, celle des maîtres envers leurs esclaves, celles des serfs livres envers ceux qui ne le sont pas et qui profitent de leur statut pour se croire sortis de la cuisse de Jupiter et chercher des noises à ceux qui ne peuvent riposter.

Quant à Knut, qui avant était un pleurnichard sans rien entre les jambes, il a toujours sa nouvelle paire de couilles greffées et ses manigances pour accéder au pouvoir sont dignes de Game of Thrones. On meurt beaucoup empoissonné dans son entourage.

Un tome de transition qui nous montre Thorfinn sous un autre jour et qui pose sans aucun doute les bases de la suite de ses aventures. Je me doutais qu’on ne pouvait pas passer 20 tomes avec une envie de vengeance.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Choc – Tome 02 – Les fantômes de Knightgrave [2ème partie] : Stéphane Colman & Eric Maltaite

Titre : Choc – Tome 2 – Les fantômes de Knightgrave [2ème partie]

Scénariste : Stéphane Colman
Dessinateur : Eric Maltaite

Édition : Dupuis (08/04/2016)

Résumé :
La genèse d’un des méchants les plus mythiques de la bande dessinée franco-belge. Comment devient-on M. Choc ? Qui se cache derrière ce masque ?

Après le succès du premier tome « Les Fantômes de Knightgrave », Éric Maltaite et Stéphan Colman livrent ici la suite de la genèse d’un des méchants les plus mythiques de la bande dessinée franco-belge, avec une modernité et une noirceur qui confèrent à ce triptyque une saveur toute particulière.

Critique :
J’ai poursuivi ma relecture de la jeunesse et des origines de Monsieur Choc, à l’époque où il se nommait encore Eden Cole…

Enfin, on suppose que c’est lui qui est devenu le méchant casqué. Heaume sweet heaume.

Toujours composé de flash-back, la suite nous entraîne dans l’adolescence d’Eden et le grand ménage de monsieur Choc qui élimine la concurrence et se venge de tout ceux qui l’ont un jour maltraité.

À ce propos, il y a un des tueurs avec des grosses lunettes de soleil que j’ai l’impression d’avoir déjà vu dans une autre bédé…

Soit un Tif et Tondu, soit un Natacha, soit un Gil Jourdan. Cet homme était la caricature d’un dessinateur ou scénariste de l’écurie Dupuis (de l’hebdo Spirou) mais j’ai cette impression de l’avoir déjà vu.

Ruminant dans ma tête et fouillant le Net, j’ai enfin trouvé qui était ce personnage. Bon sang, mais c’est bien sûr : Maurice Tillieux himself ! Mais pas moyen de retrouver dans quel album sa tête apparaissait en tant que méchant.

Les auteurs poursuivent la genèse de monsieur Choc et on voit petit à petit apparaitre l’homme qu’il va devenir, on voit ses faiblesses, ses questions, les fantômes qui le hantent et là, pas de doute, Eden Cole deviendra Choc.

S’il se venge et dégomme la concurrence, il n’hésite pas non plus à remercier avec de l’argent ou la avec la vie sauve ceux qui l’ont aidé un jour dans sa vie.

Une fois de plus, on a tendance à apprécier le personnage, il est humain et sa jeunesse n’a pas été placée sous le signe du bonheur.

Les dessins sont très bien réalisés et on s’immerge à fond dans le Londres des petites ruelles grisâtres et de ses voleurs de larfeuille, on passera aussi à Rio et ses couleurs vives et on fera même un bout de chemin pendant la parade de la Saint-Patrick à New-York.

L’album est gros, consistant, j’ai fait quelques retours en arrière pour retrouver des images et me dire « Ah oui, tiens, je n’avais pas remarqué » parce que le plat est tellement copieux qu’on loupe des détails pourtant important.

Le seul bémol que certains pourraient reprocher, c’est qu’au départ c’était prévu en diptyque et que maintenant nous poursuivons sur un troisième album, les auteurs ayant sans doute déborder de l’histoire originelle pour nous donner plus.

Moi, je ne m’en plaindrai pas du tout car j’avais adoré cette série lorsque je l’avais lue dans l’hebdo Spirou et la relire est un véritable plaisir. C’est bourré de mystères, de suspense, de flics qui tournent en rond, de bandits magnifiques et de cadavres dans tous les placards.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2019 – décembre 2019) chez My Lou Book.

Lune noire [Billy Lafitte – Tome 1] : Anthony Neil Smith

Titre : Lune noire [Billy Lafitte – Tome 1]

Auteur : Anthony Neil Smith
Édition : Sonatine (21/03/2019)
Édition Originale : Yellow Medicine (2008)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Une vision toute particulière de la justice et de la morale a valu à Billy Lafitte d’être viré de la police du Mississippi.

Il végète aujourd’hui comme shérif adjoint dans les plaines sibériennes du Minnesota, avec l’alcool et les filles du coin pour lui tenir compagnie, les laboratoires clandestins de meth pour occuper ses journées.

Si Billy franchit toutes les lignes, on peut néanmoins lui reconnaître une chose : il a un grand cœur. Ainsi, lorsqu’une amie lui demande de tirer d’affaire son fiancé, impliqué dans une sale affaire de drogue, c’est bien volontiers qu’il accepte.

Quelques jours plus tard, Billy est arrêté par le FBI, enfermé dans une cellule au milieu de nulle part, et sommé de s’expliquer sur tous ces cadavres qui se sont soudain accumulés autour de lui.

Critique :
Si tu aimes les flic élégant et propres sur eux, style le commissaire Swan Laurence, alors tu risques de t’étrangler devant le shérif Billy Lafitte, véritable flic bad ass et borderline.

Cet homme aime rendre service et personne ne se rend compte des choses bien qu’il a accompli après l’ouragan Katarina.

Bon, il a touché de l’argent, mais tout travail mérite salaire, non ? Et puis, il aidait les pauvres gens qui seraient passés en tout dernier sur les listes d’aide.

Charité n’est pas récompensée puisque le voilà muté dans le trou du cul du Minnesota et de nouveau, en voulant aider, il se retrouve avec un tas d’emmerdes au cul. Une diarrhée d’emmerdes, carrément et une chiée de cadavres…

Billy Lafitte est un flic qui a de l’humour, cynique, une sorte de Dead Pool sans le costume (et avec moins d’humour) qui se retrouverait pris dans un engrenage dont il n’a pas le contrôle et où tout le désigne comme le seul coupable.

On a du rythme, de l’action, des cadavres sous tous les dessous de lit, des vilains méchants vraiment pas beaux et très cons, comme les flics, d’ailleurs, mais on manque cruellement d’idées novatrices et de peps qui donnerait envie de rester concentré dans l’histoire ou lieu de regarder la moindre mouche qui passe.

Si le quatrième de couverture faisait allusion à Jim Thompson et James Crumley, c’était sans doute une erreur de leur part, car nous sommes loin d’un flamboyant Nick Corey, d’un Lou Ford et même d’un Milo Milodragovitch et d’un C.W. Sughrue.

Ok, c’est un récit bien burné, avec un héros pas toujours très finaud, le genre qui défonce tout puis réfléchi ensuite, un grand stratège de mon cul, bref, le genre de gars qui a tendance à tout faire foirer et à s’entêter au-delà du raisonnable.

Assurément, un personnage qui sort des sentiers battus mais le scénario, lui, il avait des airs éculés et ne m’a pas emballé plus que ça.

Un roman noir burné, un personnage déjanté, hors-norme, des méchants limite trépanés mentaux, un scénario un peu bancal et une envie d’arriver au bout pour passer à autre chose.

On est bien en-deçà de ce que j’espérais pour ce roman au vu des bonnes critiques lues et de son pitch qui m’avait fait baver à l’avance. Comme quoi, les retours et les impressions littéraires sont personnels à chaque lecteur/trice.

Pas dit que je poursuivrai les aventures de Billy Lafitte dans le tome suivant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Shiloh : Shelby Foote

Titre : Shiloh

Auteur : Shelby Foote
Édition : Rivages (06/02/2019)
Édition Originale : Shiloh (1952)
Traducteur : Olivier Deparis

Résumé :
Immense romancier américain, dans la lignée de William Faulkner, Shelby Foote est un auteur encore assez méconnu en France.

Un de ses livres les plus importants en Amérique s’appelle Shiloh, épopée miniature qui raconte la guerre de Sécession en 200 pages à travers la voix de soldats ou lieutenants des deux camps.

Chaque chapitre est ciselé à la perfection, explorant la nature humaine, l’absurdité des combats, l’étrange ivresse de la cause et la détresse inévitable devant le spectacle de la violence et la mort. Tous les paradoxes à l’œuvre dans une guerre.

Critique :
Si avant ce roman on m’avait parlé de « Shiloh », j’aurais de suite pensé à Alambix (Astérix et le bouclier Arverne) désignant une réserve de grain, de son parler bien particulier.

Raté et j’ai moins envie de rire car Shiloh est le lieu d’une bataille durant la guerre de Sécession, 6 et 7 avril 1862.

Moins connue que celle de Bull Run, mais tout aussi absurde, inutile, sanglante et tout ce que vous voulez comme adjectif désignant les guerres.

Shiloh, en fait, c’était petite chapelle du sud-ouest du Tennessee et durant quelques jours, ce ne fut pas un lieu de paix ou de recueillement mais un lieu où des hommes se donnèrent la mort et où certains prirent peur.

Renseignements pris sur Wiki, il parait que l’armée de l’Union déplora 13.047 victimes (1.754 tués, 8.408 blessés et 2.885 disparus) et les pertes des Confédérées furent de 10.699 hommes (1.728 tués, 8.012 blessés et 959 disparus ou prisonniers).

À ce moment là, ce fut une des batailles plus sanglantes de l’Histoire des États-Unis. Qui l’eut cru ?

Les deux camps furent horrifiés par le carnage (tu m’étonnes). Personne ne pensait que la guerre allait durer encore trois années et que huit batailles allaient être encore plus sanglantes… Glaçant, n’est-il pas ?

Tiens, Wiki me dit aussi qu’en hébreu, Shiloh signifie « havre de paix » et désigne, soit la ville de Silo (Canaan), soit la figure biblique Shiloh (figure biblique) dont la signification est contestée. La vie est ironique, je trouve…

Ce récit choral donnera la parole autant à des confédérés qu’à des fédérés et quel que soit le camp choisi, les peurs, les questions, les attentes sont les mêmes, qu’ils soient simples soldats, artilleurs ou officier.

Après ma lecture, je serais incapable de vous faire un cours sur cette bataille, mais je pourrais vous résumer la chose en un seul mot : bordel ! Oui, c’est le mot car c’était un sacré bordel sur le champ de bataille et, comme dans toutes les guerres, cette bataille était absurde et les gains minimes en cas de victoire.

Juste pour faire mousser les officiers… Comme toujours. Mais qui monte au front ? Les soldats, même si, dans ces armées, nous avons des officiers pourvus de sacrées paires de coui**** car ils chargent en tête, avec leurs hommes et font preuve de bravoure (ou de folie pure, les deux termes sont jumeaux).

Un récit glaçant sur la folie humaine, sur l’inutilité des guerres voulues par des bureaucrates qui ne la feront jamais, un récit qui n’hésite pas non plus à parler des peurs ressenties par les soldats, lorsqu’ils sentent que tout est perdu, leur honte avouée pour certains, ou le déni, pour d’autres.

Un récit qui nous plonge au cœur de la bataille, dans l’exaltation avant les combats, dans les conditions météorologiques déplorables avec de la boue, de la pluie, du froid, qui nous laisse voir les craintes des hommes quand la bataille a commencé et les horreurs que ce genre d’activité réserve : douleurs, amputations, blessures, confusions, morts, décisions imbéciles…

Je vous avoue avoir soupiré d’aise une fois la dernière page tournée. Mais je ne sais pas pourquoi, les cris des soldats m’ont poursuivis et il me faudra un certain temps avant de rire devant un ancien album des Tuniques Bleues.

Terrible et magnifique en même temps. Il était plus que temps que ce roman nous parvienne dans sa traduction pour les francophones.

Nana : Émile Zola – Dans la collection « Les Vieilleries de Dame Ida » [Fiche de lecture non académique]

Titre : Nana – Les Rougon-Macquart – Tome 9

Auteur : Émile Zola
Édition : Le Livre de Poche (31/08/2003)

Résumé :
Zola brûlait d’écrire Nana.

« Je crois que ce sera bien raide. Je veux tout dire, et il y a des choses bien grosses. Vous serez content de la façon paternelle et bourgeoise dont je vais peindre les bonnes filles de joie. »

En fait de joie, l’actrice, Nana, dévore les hommes, croque les héritages et plonge les familles dans le désespoir.

Belle et prodigue, elle mène une danse diabolique dans le Paris des lettres, de la finance et du plaisir. En se détruisant elle-même, elle donne le coup de grâce à une société condamnée, détestée par Zola.

Neuvième volume de la série des Rougon-Macquart, Nana est le plus enivrant d’érotisme et de passion déchaînée.

« Nana tourne au mythe, sans cesser d’être réelle. Cette création est babylonienne. » Flaubert

Le résumé de Dame Ida :
Vous vous souvenez de la Gervaise Macquart de l’Assomoir ? Nan ? L’avez pas lu ? Et ben c’est pas grave puisque c’est de sa fille qu’on va parler aujourd’hui.

Ben oui, le Zola il est comme ça… Quand il commence à écrire, c’est pour vous déployer toute l’histoire d’un arbre généalogique de cassos… Les Rougon-Macquart…

Bref, la Gervaise elle a eu un mioche avec le père Coupeau et comme c’était une pisseuse, ils l’ont appelée Anna, qui est vite devenue Nana, la p’tite nana bien connue des messieurs puisqu’en cloque à 16 ans, elle a eu un p’tit garçon qu’elle a refilé à une nourrice et elle est partie battre le bitume à Paris et se faire entretenir par des messieurs un peu plus fortunés pour l’élever.

Petit commentaire à ma façon au passage… On bosse toutes pour élever nos mioches… Et on est pas obligé de faire le plus vieux métier du monde pour autant… d’autant qu’à l’époque de Nana… à 16 ans, il y a bien longtemps que les jeunes étaient partis bosser quand les parents n’étaient pas pétés de thunes, puisque c’était la seule condition pour aller à l’école.

Ceci étant dit revenons-en à nos moutons, ou plutôt à notre Nana qui tond les vieux boucs comme des moutons.

Ben ouais, parce qu’elle n’est tout de même pas vilaine la Nana. Au point que bien qu’elle chante aussi faux qu’une meule rouillée, on lui propose un rôle dans une opérette.

Et pas n’importe lequel : le rôle de Vénus ! Et comme il est prévu qu’elle se pavane sur scène pratiquement nue, le public composé majoritairement de mecs applaudit aux éclats, oubliant que sa voix vous scie les tympans et les fait saigner… et que leurs femmes fuient la salle épouvantées !

Elle se maque avec un des comédiens de la troupe, et elle aurait pu mener une vie de ménagère parfaite si ce salaud ne l’avait pas battue comme du plâtre et fait porter les cornes.

Alors elle se barre (enfin, c’est surtout qu’il la fout dehors pour la remplacer par sa nouvelle pouffiasse), se lie avec une certaine Satin, amatrice de tarte aux poils et périprostipute professionnelle de son état.

Il ne faut rien de plus que cette mauvaise influence pour que Nana et reprenne le tapin avec sa nouvelle maîtresse.

Marion Game & Véronique Genest (1981)

Après avoir bouffé tous ses ronds, elle accepte de devenir la cocotte du Comte Muffat, c’est-à-dire de signer un contrat d’exclusivité pour ne prodiguer qu’à lui ses services sexuels en échange d’un toit, et d’une somme assez rondelette pour vivre très décemment, et se changer quinze fois par jour avec des robes hors de prix que même feu Karl Lagerfeld n’aurait pas osé imaginer.

Ben oui, à cette époque, un mec qui avait réussi dans la vie, il n’avait pas encore de Rolex ou de grosse berline hors de prix pour exhiber son statut ! Il devait avoir une cocotte, belle, bien entretenue, pour la montrer à son bras en ville lors de ses sorties entre potes…

Sur quoi tu louches ??

Ben ouais, quand il sortait avec sa dame, ou allait avec elle à la messe… la cocotte restait au placard. Faut pas pousser non plus.

C’était les mœurs de l’époque d’ailleurs Stéphane Bern avait sorti un Secrets d’Histoire exprès sur les « Grandes Horizontales », c’est-à-dire sur les périprostiputes de luxe de l’époque qui amassaient des fortunes en diamants en ruinant ces vieux dégueux pleins de sous qui étaient obligés de payer pour s’envoyer en l’air vu qu’avec leurs légitimes, tout se faisait habillé, dans le noir entre un ave et deux paters, dans la position du missionnaire…

Et si Monsieur pouvait se dépêcher c’était pas plus mal parce que ces dames qu’ils avaient épousées pour leur dot, en bonnes catholiques, n’aimaient pas ça du tout.

Anybref, la voilà entretenue par le Comte Muffat, qui en public fait croire qu’il est un parangon de vertu (Hou là ! Comme je cause bien tout à coup ! Faut pas que je me relâche !), devient le petit toutou à sa Nana, qui prend des amants à la pelle (et les sous de ses amants… rien est gratuit… attention !) et renoue avec son béguin lesbien qu’est la Satin.

L’un d’entre eux, un certain Comte en banque… heu non… de Vandeuvres, appelle une pouliche Nana et la fait courir à l’hippodrome en son honneur, et la bestiole gagne.

Sauf qu’il est accusé de tricherie, se suicide en mettant le feu à son écurie, un de ses amants est arrêté pour détournements de fonds pour payer ses passes chez Nana, le très jeune frère de celui-ci que Nana a dépucelé au passage, se suicide, transi d’amuuuuur pour elle…

Et son Comte Muffat finit lui aussi totalement sur la paille après qu’elle lui ait fait financer un lit spectaculaire tout en bronze doré, aussi orné que l’autel d’une cathédrale dans laquelle on célèbrerait de drôles de messes païennes !

Ben attends ! À gagner sa vie couchée, autant le faire confortablement en pétant dans la soie, la Satin et le velours !

Pour la petite histoire sachez qu’une courtisane ayant réellement existé à cette époque, une certaine Valtesse de la Bigne, s’était fait faire un tel lit que l’on peut aller admirer au musée des arts décoratifs de Paris aujourd’hui…

Car la Nana de Zola, c’est une sorte de cocktail réunissant le parcours de plusieurs cocottes de la fin du second empire : Valtesse de la Bigne, Delphine de Lizy, Cora Pearl, Hortense Schneider, Anna Deslions…

Et la figure du comte Muffat est l’archétype du pigeon, qui prend pour tous les autres volatiles de son espèces qui sont allés claquer la dot de leur femme, l’assurance vie des enfants, leur plan d’études, la paye de leurs employés et leurs arriérés d’impôts chez ces dames de petite vertu…

Tout ça pour dire que partout où Nana passe, les mecs et les fortunes trépassent ! Que de scandales ! Voici, Gala, Coins de rue – Images Immondes en auraient fait leurs choux gras.

Comme Nana dépense sans compter, elle aussi finit endettée, et elle doit vendre tous ses trucs aux enchères, même son baisodrome de compétition de lit et se retirer à la campagne ou, la morale sera sauve : elle trépasse à dix-huit ans à peine, emportée par la variole, totalement défigurée, et ruinée.

C’est bien fait ! Elle n’allait tout de même pas emporter au paradis son lit et toute la thune qu’elle avait piquée en couchant avec des vieucs ! Non mais !

MON HUMBLE AVIS :
Si vous ne devez lire qu’un seul Zola dans votre vie, lisez celui-là.

Le thème est léger, la prose parfois acide et délicieuse (j’adooooore la première phrase du chapitre deux « Et Nana devint une femme chic, marquise des hauts-trottoirs, rentière de la bêtise et de la luxure des mâles » – je cite de mémoire… y a p’t’être des erreurs…), et Zola révèle, que dis-je, dénonce les mœurs hypocrites des grands bourgeois de cette époque, qui étaient censés être fourrés à la messe tous les dimanche, se voulaient conservateurs, attachés à l’ordre de leur établi (oui, je sais… c’est pas tout à fait comme ça que ça s’écrit!) etc… et qui entre copains jouaient à qui se taperait la périprotipute la plus chère de Paris !

Un pur délice !

J’ai kiffé grave la race de ma mémère, et je vous recommande ce bouquin de toute urgence…

En plus il est pas très épais et écrit assez gros, même s’il y a pas d’images (c’est dommage d’ailleurs… mais sur internet on pourra trouver tout ce qu’on veut en matière d’illustrations…) !

 

Choc – Tome 01 – Les fantômes de Knightgrave [1ère partie] : Stéphane Colman & Eric Maltaite

Titre : Choc – Tome 1 – Les fantômes de Knightgrave [1ère partie]

Scénariste : Stéphane Colman
Dessinateur : Eric Maltaite

Édition : Dupuis (25/04/2014)

Résumé :
Par une matinée glacée de février 1955, le manoir de Knightgrave devient la propriété du marquis Di Magglio, un mystérieux et richissime acquéreur que nul n’a jamais vu.

Et pour cause : sous le patronyme du marquis Di Magglio se cache en réalité le non moins mystérieux M. Choc, empereur du crime, aussi redouté qu’insaisissable.

À quel plan retors songe-t-il, en achetant cette propriété ? Quelle machination est-il en train de mettre en place ?

À moins qu’il ne soit en train d’accomplir un vœu connu de lui seul – et dont nous allons découvrir, par un habile jeu de flash-back, les tenants et les aboutissants. Car c’est bien dans le passé de M. Choc que ce récit va nous plonger…

Critique :
Cet album, je l’avais découvert dans l’hebdomadaire Spirou et je m’étais exclamé « QUOI ?? Monsieur Choc a été jeune ? Il a été conçu, comme tout le monde, de la rencontre entre le dard d’une abeille butinant une fleur ? »

Non, pas possible, ce type n’est pas humain. Il ne peut pas être humain !

Depuis le temps que je vois son heaume se balader dans les aventures de Tif et Tondu, je me disais qu’ils devaient être une légion de Mr Choc ou que c’était un robot.

Mais non, aux travers d’habiles jeux de flash-back qui ont le don de nous titiller la curiosité et de faire naître le mystère, ainsi que son vieux pote nommé suspense (je l’avais lu fractionné sur plusieurs semaines, dans le Spirou), cet album lève le voile sur le Méchant le plus énigmatique de la bédé.

Eric Maltaite n’est pas un novice, ce n’est ni plus ni moins que le fiston du grand Will qui avait repris la série « Tif et Tondu » en 1948 et c’est en 1954 que Will rencontra Maurice Rosy et qu’ensemble, ils imagineront « Monsieur Choc », ce cerveau diabolique capable d’imposer sa volonté au monde grâce à sa phénoménale intelligence.

Dès les premières planches, boum, du mystère et des questions. On découvrira Choc assis dans une voiture alors qu’il vient d’acheter un grand manoir anglais pour on ne sait quelle raison, de toute façon, ce n’est pas lui qui va nous le dire mais Texas, un de ses hommes de main, l’expliquant à un autre.

Comme je le disais plus haut, les jeux de flash-back sont très bien fait, des petites ellipses habillement placées, entre deux cases ou dans la case même, faite des souvenirs de l’homme casqué.

Impensable mais vrai, il a été conçu normalement (enfin, presque, no spolier) et voir son enfance, faite de coups du sort, se dérouler sous mes yeux me l’a fait devenir sympathique alors que j’ai toujours détesté ce personnage.

Là, messieurs les auteurs, vous avez fait fort ! En plus de lui inventer une vie, une enfance et de remonter le cours de sa vie aux travers de ses souvenirs émouvants, vous avez su rester réalistes tout en apportant de l’émotion dans vos dessins et vos textes.

Pas d’élément fantastique, comme on pouvait en avoir dans Tif et Tondu, pas de récit un peu léger, comme on en avait certain, notamment grâce à l’humour de Tondu, non, pas de ça ici, un récit froid comme un scalpel, dur, émouvant, tendre, le tout servi par une découpe du récit qui rend le tout cohérent et passionnant.

À l’époque, j’en avais été sur le cul et cette relecture me fait le plus grand bien, surtout qu’on vient enfin d’avoir le tome 3 ! L’attente fut longue, messieurs et jamais je n’aurais cru être en train de trépigner pour avoir la suite de la jeunesse de Monsieur Choc.

Comme quoi, avec des habiles conteurs, tout devient possible, même de trouver le futur Monsieur Choc sympathique.

Un album dense (88 pages, on en a pour ses sous), des dessins qui vont bien au récit, un fil conducteur agencé de manière à ne pas tout nous dévoiler d’un seul coup et des flash-back utilisés avec intelligence.

Une vraie réussite !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2019 – décembre 2019) chez My Lou Book.

 

Agatha Raisin enquête – Tome 16 – Jamais deux sans trois : M.C. Beaton [Par Dame Ida Pigiste Bénévole Titulaire (dés)Agrégée en Drame Agathien]

Titre : Agatha Raisin enquête – Tome16 – Jamais deux sans trois : Méfiez-vous des femmes parfaites…

Auteur : M. C. Beaton
Édition : Albin Michel (27/02/2019)
Édition Originale : Agatha Raisin, book 16: And the Perfect Paragon (2005)
Traductrice : Béatrice Taupeau

Résumé :
Lasse de courir après des chats et des chiens égarés, Agatha accepte la sollicitation d’un certain Robert Smedley : cet homme fortuné est persuadé que son épouse le trompe. Rien de plus tentant pour notre extravagante Agatha que de coincer la jeune, jolie et très dévote Mrs Smedley, un peu trop parfaite pour être honnête. Mais c’était compter sans une autre affaire de disparition qui lui tombe sur le coin du nez. Jamais deux sans trois ?

Résumé de Dame Ida :
Le titre annonce la couleur : trois cadavres bien refroidis nous attendent dans cette nouvelle aventure d’Agatha Raisin qui depuis le tome précédent est enfin à la tête de sa propre agence de détectives privés.

Souvenez-vous, après l’avoir décidé en toute fin du tome 14, puis réalisé au tome 15, Agatha avait connu un certain succès, notamment en résolvant encore une affreuse histoire de meurtre, sa première en tant que professionnelle.

On aurait pu espérer que ce triomphe lui aurait apporté une nombreuse clientèle et des cas complexes, étranges et mystérieux… Hé ben non !

En plus comme notre Agatha  est ambitieuse elle se met à refuser les cas de divorces… Tandis que ses collaborateurs de la première heure la quittent pour voguer vers des agences plus prestigieuses, se marier, ou que sais-je encore !

C’est le gros marasme. La grande morosité… Et puis… Il y a cette douleur à la hanche qui la fait se sentir vieille tout à coup. Nan… C’est pas possible… Elle est trop jeune pour l’arthrite ! C’est un truc de vieux… C’est certain… C’est pas pour elle…

Histoire de relancer les affaires, d’explorer d’autres horizons que la recherche de chiens perdus et surtout parce qu’elle flaire le client trèèès riche qui va lui permettre de renflouer ses caisses, Agatha accepte tant bien que mal de filer la jolie et supposément vertueuse Mrs Smedley que son odieux mari soupçonne d’aller conter fleurette ailleurs.

Et puis… Il y a cette adolescente, bonne élève et bien sous tous rapports qui a disparu de façon d’autant plus inquiétante qu’elle n’a franchement pas le profil d’une fugueuse, d’une Marie Couchetoilà, ou d’une droguée délinquante.

Agatha rembauche quelques collaborateurs, dont un ado piercé de partout s’offrant une année sabbatique avant de partir à la fac et un retraité ruiné que Mrs Bloxbly lui met entre les pattes par charité, et repart à l’assaut des mystères de Carsely, tombant hélas littéralement sur le cadavre de la jeune disparue, et apprenant que Mr Smedley est tombé raide mort empoisonné après lui avoir dit de cesser son enquête sur sa femme.

Évidemment, Agatha reste Agatha, et enquêter seule n’est pas trop sa tasse de thé.

Certes, il y a bien ses nouveaux employés, mais Sir Charles s’ennuierait gravement si Agatha ne lui donnait pas quelques occasions de frissonner en tout bien tout honneur à ses côtés.

Et puis, ces petites enquêtes ne sont-elles pas pour elle une occasion d’entretenir ses liens d’amitié avec Bill Wong de la police locale, et de subir l’épouvantable cuisine de ses parents ?

Mon Avis :
Agatha devient une vraie pro. Elle apprend à gérer ses troupes aussi bien qu’elle gérait son ancienne agence de com’ !

J’avais apprécié lors du volume précédent que mon héroïne préférée (avec Minerva MacGonnagal et Sœur Marie-Thérèse des Batignolles… Quoi ? Oui et alors ? Ça vous dérange ???) oublie un peu son obsession de se trouver un mec pour se rassurer sur son pouvoir de séduction et sur le fait qu’elle ne se flétrissait pas trop vite.

Agatha mûrirait-elle ? En effet, car même la perspective d’avoir un peu d’arthrite l’épouvante un peu en ce sens que ça signerait l’arrivée de la vieillerie à ses yeux, Agatha s’est juste laissée un peu dragouiller par un ami de Charles, juste pour l’hygiène, un ami de Charles que l’on retrouve à la fin du livre après l’avoir totalement oublié tant on était pris avec elle par son enquête.

Attention ! Je ne dis pas qu’elle se laisse aller ! Pas question de ne pas réfléchir à la tenue que l’on porte ! Pas question de faire une faute de goût ou de se mémériser  ou de renoncer à être une magnifyque fashion victime (Christina, sors de mon corps !).

Mais malgré tout, Agatha nous montre qu’elle est capable de vivre par elle-même sans s’appuyer au bras d’un homme ! Youpeeee !

Bon OK Sir Charles vient lui donner un coup de main… Mais en restant à une place d’ami. Pas d’équivoque. C’est tout.

Sauf que… Il n’y a pas que Sir Charles au monde… Nan… Je ne vous parlerai pas du rebondissement final inattendu de la dernière phrase. Chuis pas une spoïleuse môa !

Faudra vous lire le bouquin en entier ! Et toc ! Ou alors… j’accepte les chèques à trois zéros.

Ah oui… Truc étrange… je viens de fermer le livre… Et si vous l’avez lu, n’hésitez pas à en parler dans les commentaires… Mais… N’aurait-elle pas arrêté de fumer ? Ou au moins considérablement réduit sa consommation de cigarettes ?

Plus je me creuse le crâne moins j’arrive à me souvenir d’un passage où elle peste parce qu’on ne peut pas fumer ici ou là… Ou parce qu’elle ne trouve pas de clopes…

Suis-je passée à côté des passages en question  qui jusque-là revenaient au moins trois fois par chapitre ? Sont-ils devenus rares ?

A-t-elle renoncé à son vice discrètement dans le volume 15 ¾ pas encore publié ? Ou Al Zheimer a-t-il frappé? Je compte sur vous pour m’éclairer !

Bref une enquête bien menée… Du Agatha comme je l’aime !