Le cadavre de Bluegate Fields : Anne Perry [Charlotte et Thomas Pitt 6]

Titre : Le cadavre de Bluegate Fields

Édition:  10/18
Résumé :

Londres, 1886. Le corps d’un jeune aristocrate est retiré des bas-fonds de Bluegate Fields. L’autopsie révèle qu’Arthur Waybourne, seize ans et déjà syphilitique, a été violé puis noyé dans un bain.

Malgré les récriminations du père, un lord soucieux de sauvegarder les apparences, tout indique que le crime a été commis par un familier. Entravé par un supérieur soucieux de ménager la haute société, contrarié par un second qui singe les manières de l’aristocratie, l’inspecteur Thomas Pitt n’aura pas trop de toute sa conscience professionnelle pour ne pas se contenter du coupable idéal.

Voulant sauver un innocent, l’inspecteur continue, au risque de sa carrière, à rechercher le vrai criminel.

Dans l’ombre, son épouse, Charlotte et sa belle-soeur, Emily Asworth, ne restent pas inactives.

Dans cette sixième enquête de l’inspecteur Pitt, Anne Perry réussit, une fois encore, à allier une intrigue haletante à une critique sociale passionnante.

Ce récit historique dégage une révolte digne des romans noirs contemporains.

Critique :

Ne dérogeant pas à ses habitudes, Anne Perry nous présente, d’entrée de jeu un cadavre : c’est celui d’un jeune homme qu’on a balancé, nu comme un ver, dans les égouts du quartier de Bluegate Fields.

Quartier de Londres, qui, sois-dit en passant, n’a rien en commun avec celui de Belgavria. Bref, Bluegate, c’est les bas-fonds londonien.

Après autopsie, le légiste révèle à l’inspecteur Pitt que le jeune homme provenait sans aucun doute d’une bonne famille, qu’il avait seize ans, qu’il est mort noyé, certes, mais pas dans les égouts, mais dans une baignoire et ensuite jeté dans les égouts afin que les rats fassent leur travail.

Ah oui, j’oubliais ! Ce charmant garçon avait la syphilis et fut violé. Ou pire, il était consentant… (oui, à cette époque, c’était plus que mal vu !).

Pitt se lance dans son enquête et découvre l’identité de son cadavre : Arthur Waybourne, un jeune aristocrate.

Voici venu le temps, non pas des rires et des chants, mais d’apprendre au papa que son fiston est mort, noyé, violé et qu’il avait contracté une maladie honteuse (on ne sait jamais dans quelle tasse de café le biscuit a été trempé).

Et c’est là que je me marre car le père, tout imbu de sa Très Haute Respectabilité et Supériorité, se drape dans l’indignation, menace de faire rayer le légiste qui, décidément, ne connait pas son métier et promet de faire examiner le corps de son fils afin de prouver qu’il était sain et que ce légiste bigleux qui a eu son diplôme dans un paquet Bonux a inventé la maladie de sa progéniture.

La chute n’en sera que plus dure… Le légiste connaissait son métier et le médecin de famille ne pourra qu’acquiescer.  Ce qui n’empêchera pas le père d’essayer de noyer le poisson (oups) en s’inventant une histoire qui arrange mieux sa conscience et ce que les autres pourraient en dire.

L’auteur aborde ici, un autre fait « noir » de la société victorienne : la prostitution des enfants, version « garçon » et des aristocrates ou bourgeois qui en profitaient largement !

En ce temps là, louer les service d’une gamine était monnaie courante…

L’homosexualité, par contre, qui était un péché mortel pour la loi de cette époque (loi radiée depuis peu en Angleterre) est aussi abordée puisque ces hommes sont plus pédophiles que homo étant donné que leurs partenaires sont des mineurs.

Une fois de plus, le portrait de l’aristocratie anglaise de l’époque est passée au vitriol et c’est ce que j’adore : en apprendre plus sur la société de l’époque, celle dont certains pensaient qu’elle était exempte de péchés alors qu’une partie était plus que débauchée.

L’enquête de Pitt se déroule à son rythme et on arrête assez vite le coupable, précepteur des garçons, un être froid et arrogant. Un peu trop vite ? C’est ce que pense Pitt et il va se heurter à son chef de l’époque qui lui ne l’entend pas de cette manière.

Puisque cet homme fut jugé coupable par le jury, c’est que c’est lui ! De plus, il ne faut pas déranger les aristos, ils sont blanc comme neige et patati et patata. Bref, un commissaire bien naïf !

Mais vous connaissez l’inspecteur Pitt, plus tenace que Columbo (le manteau froissé en commun) et les incursions de son épouse Charlotte dans ses enquêtes.

Cette dernière fera croisade, aidée de sa sœur, pour tenter d’enrayer les pratiques indignes qui font que les hommes riches assouvissent leurs pulsions avec des gamins qui n’ont même pas de poils au menton.

Les mentalités doivent changer et les épouses doivent être mises au parfum de certaines pratiques qui sont monnaie courante dans la City.

Si le déroulement du procès du précepteur est un peu long, le reste passe très vite et je ne m’étais pas douté du coupable, une fois de plus.

Charlotte est meilleure enquêtrice que moi ! Et Pitt aussi car c’est lui qui comprendra ce qu’il s’est passé dans le final.

Le Londres de cette époque n’était pas des plus folichon mais c’est toujours un plaisir de découvrir sa noirceur au travers des enquêtes de l’inspecteur Pitt et de son épouse Charlotte.

Lu dans le cadre des challenges : « PAL Noire à Zéro » de George, « Vingt mille lieues sous mes étagères » du Cannibal Lecteur (moi), « Thrillers et Polars » de Liliba et « I Love London » de Titine et Maggie (pour les adresses des challenges, voir mon site).

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