Le chemin des âmes : Joseph Boyden

 

Titre : Le chemin des âmes

Auteur : Joseph Boyden
Édition:  Albin Michel / Le Livre de Poche (2008)

Résumé :
1919. Nord de l’Ontario. Niska, une vieille Indienne, attend sur un quai de gare le retour d’Elijah, un soldat qui a survécu à la guerre.

A sa grande surprise, l’homme qui descend du train est son neveu Xavier qu’elle croyait mort, ou plutôt son ombre, méconnaissable.

Pendant trois jours, à bord du canoë qui les ramène chez eux, et tandis que sa tante essaie de le maintenir en vie, Xavier revit les heures sombres de son passé : l’engagement dans l’armée canadienne avec Elijah, son meilleur ami, et l’enfer des champs de bataille en France…

Critique :
La Grande Guerre racontée par un survivant où par les mémoires d’un qui l’a fait, c’est assez courant dans la littérature.

D’accord, mais par un indien Cree, ça l’est moins, non ? Ah, je sens que je viens d’éveiller une étincelle de curiosité dans vos yeux blasés.

Ce roman – dont les qualificatifs me manquent pour vous dire à quel point je l’ai aimé – fut un véritable page turner dans mon cas.

Attention, pas une frénésie qui vous fait tourner les pages dans le but de savoir la fin. Non ! Les pages se tournent lentement afin de se laisser déguster et que l’on puisse s’imprégner de l’atmosphère assez dense de ce roman.

En fait, à un moment donné, vu le temps que j’avais passé à lire d’une traite, je me croyais bien plus loin dans la lecture. Et non, c’était tellement concentré que j’en avais lu moins que je ne le pensais.

Oh, ne me faite pas dire ce que je n’ai pas écrit : le livre n’est pas touffu et indigeste ! Mais il est tellement prenant qu’on oublie tout.

D’un côté, nous avons Xavier Bird (Neveu ou X), un jeune Amérindien qui rentre au Canada après avoir passé quatre années dans l’enfer des tranchées de celle que nous avons nommé « La Grande Guerre » .

La tête basse, l’âme en peine, écorchée, le coeur broyé, une jambe en moins, ce jeune homme rentre seul : son ami d’enfance, Elijah, avec lequel il s’était engagé comme tireur d’élite est mort.

Pourtant, une surprise de taille l’attend à la gare de Toronto : Niska, sa tante, vieille indienne Cree, se trouve sur le quai de la gare, afin de le ramener en canoë.

Xavier la croyait morte, quand à elle, elle attendait Elijah car on lui avait dit que son neveu était mort.

Entre nous, vu son état, il est quasi mort au sens « imagé » du terme car Xavier erre entre le monde des vivants et celui des morts, ayant goûté la médecine de l’homme blanc nommée « morphine » et qui fit des ravages parmi les soldats, dont Xavier et avant, Elijah.

C’est cette putain de guerre qui a détruit son amitié avec Elijah et broyé leurs destinées. On sent bien que la morphine est plus un substitut à sa douleur « mentale » qu’à sa douleur « physique ». Cela l’empêche de penser à ce qu’il s’est passé là-bas.

Ce roman nous raconte donc (entre autre) la remontée du fleuve de Niska et son neveu, jusqu’au Nord de l’Ontario.

Le voyage durera trois jours, trois jours au cours desquels sa tante cherchera à maintenir Xavier en vie afin de le sauver. Ces trois jours seront son voyage sur « Le chemin des âmes ».

Ce que j’ai aimé dans cette lecture addictive, c’est le croisement de deux récits : celui de Xavier, quand il repense à la guerre, à son ami, à leur rencontre à l’orphelinat, à leur jeunesse insouciante… et le récit de Niska qui nous conte une partie de sa vie et des problèmes que rencontreront son peuple avec l’Homme Blanc !

Pour ce qui est de la partie « dans les tranchées », j’ai courbé l’échine afin de ne pas me faire descendre, les balles sifflaient à mes oreilles, la boue collait à mes basques, les poux me dévoraient et les rats qui grouillaient autour de moi me dégoutaient (pourtant, je n’ai rien contre les rats).

Récit flamboyant de la bêtise humaine (certains étaient heureux d’aller botter le cul des Fritz), des officiers qui donnent des ordres à la con puisqu’ils ne sont pas en première ligne, du fait que l’on apprend à des hommes à tuer, à s’entretuer et que l’on récompense ceux qui le font bien. Terrible.

La descente aux Enfers de nos deux amis est tout aussi terrible et j’ai souffert en voyant Elijah s’enfoncer dans sa douce folie, laissant son ami désemparé, lui qui n’avait pas son éloquence, lui qui le voyait s’éloigner de lui au sens propre comme au figuré.

Elijah aime la guerre, il aime tuer, Xavier pas…

Pour ce qui est du récit de sa tante Niska… Ah, là, nous ne pouvons que saluer l’arrivée de l’Homme Blanc et de ses bienfaits rangés dans sa musette.

Arrivant afin de « civiliser » tous ces païens, l’Homme Blanc les instruit, envoyant de force les enfants dans des écoles tenues pas des bonnes soeurs qui leurs inculqueront à grands coups de verge ou de cravache ce qu’est un Dieu, un vrai, et pas un Manitou de pacotille. Seul notre Dieu est le Vrai !

Pour le même prix, l’Homme Blanc vous offre même le Fils de Dieu et le Saint-Esprit, ainsi qu’un calendrier avec 365 saints ! Non, pas les seins auxquels vous pensez, messieurs les sauvages.

Vos enfants seront renommés et se verront offrir une vie merveilleuse au sein de l’internat, leur faisant oublier tous vos rituels de malade, faisant d’eux de futurs consommateurs capitalistes et de grands consommateurs d’alcool.

En plus, ayant fait de votre « chez vous » son « chez lui », l’Homme Blanc vous dictera votre conduite afin de mieux vous aider.

Ah, les bienfaits de la civilisation apportée par l’Homme Blanc !

Pour ceux qui ne disposeraient pas du second degré, je précise que c’était de l’ironie, mon discours sur « les bienfaits de la civilisation apportée par l’Homme Blanc » !

Ce genre d’horreur, commises par les colons sur les enfants indiens envoyés dans des orphelinats avec conversion à notre merveilleuse religion, j’en avais entendu parler dans une émission télévisée (Thalassa ? Envoyé Spécial ? Je ne sais plus) et j’avais été horrifiée par le traitement de barbare réservé à ses enfants, arraché de leur culture.

C’est ainsi que l’on détruit un peuple, en détruisant sa culture…

Tenez, voici un extrait de Niska sur la roublardise de l’Homme Blanc :

« A l’époque où je suis née, les wemistikoshiw (les blancs) dépendaient encore de nous. Ils venaient à nous comme de petits enfants au potlatch.

Quand l’hiver se faisait trop rude, nous leur donnions des fourrures à porter, de la viande séchée d’orignal pour leurs ventres vides. Au printemps, quand les mouches noires menaçaient de les rendre fous, nous leur apprenions à jeter dans leur feu le bois vert de l’épinette.

Nous leur montrions où se cachaient les poissons dans la rivière, quand l’été devenait chaud ; comment piéger les nombreux castors sans mettre en fuite toute la colonie.

Les Crees sont un peuple généreux. Comme les tiques des bois, les wemistikoshiw se collaient à nous, engraissant de saison en saison, jusqu’au jour où ce fut à nous de nous justifier devant eux. »

Et voilà ! Avec des mots simples mais forts, Niska nous livre une critique amère de ce que furent les colonisateurs de son peuple : des tiques !

Son récit s’entremêle à celui de Xavier et on plonge tout entier dans ce roman, frémissant et frissonnant pour nos deux copains : Xavier et Elijah, livrés à cette grande boucherie humaine.

Que furent leurs vies et leur enfance, comment en-est-on arrivé là… Petit à petit l’histoire se dévoile.

Sans tomber dans le pathos, on a les larmes aux yeux sur la fin et c’est avec regret que j’ai refermé ce livre.

C’est pour tout cela que ce livre m’a séduite directement et que je le conseille.

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Le Portrait de Dorian Gray : Oscar Wilde

Titre : Le Portrait de Dorian Gray

Auteur : Oscar Wilde
Édition: Livre de Poche (2005)

Résumé :
Par la magie d’un voeu, Dorian Gray conserve la grâce et la beauté de la jeunesse. Seul son portrait vieillira.

Le jeune dandy s’adonne alors à toutes les expériences, s’enivre de sensations et recherche les plaisirs secrets et raffinés. « Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais », « il faut guérir l’âme par les sens, guérir les sens par l’âme ».

Oscar Wilde voulut libérer l’homme en lui donnant comme modèle l’artiste. Pour se réaliser, il doit rechercher le plaisir et la beauté, sous toutes ses formes, bien ou mal.

Petit plus : L’art n’a rien à voir avec la morale. Dans une langue raffinée, l’auteur remet en question la société, le mariage, la morale et l’art. Ses propos sont incisifs et humoristiques.

Ce livre scandalisa l’Angleterre victorienne, Oscar Wilde fut mis en prison pour avoir vécu ce qu’il écrivait.

Au siècle suivant, Proust, Gide, Montherlant, Malraux ont contribué à la célébrité du génial écrivain.

Critique :
Dialogue imaginaire :
– Belzébuth ? Méphisto ? Hadès ? Est-ce que quelqu’un pourrait me répondre ? Y a quelqu’un ? demanda Dorian Gray.

– Que veux-tu, petit homme ? répondit une voix sépulcrale.

– Je souhaiterais vivre longtemps mais sans vieillir… Pouvez-vous m’aider, monsieur le Seigneur des Ténèbres ?

– Nous avons des excellentes crèmes anti-rides : de l’Huile Ofolaz, de l’Oré-Al de chez Bête En Cours ou de la Diader Mine. Au choix.

– Maître des Ténèbres, je ne suis pas prêt à vous vendre mon âme pour une quelconque crème anti rides ! Je refuse de vieillir, point !

– Tu rigoles ou quoi ? s’esclaffa le diable. Jane Fonda semble avoir 20 ans dans ses spots publicitaire !

– S’il vous plaît, Votre Ténébreuse majesté ? Qui est cette Jane Fonda ?

– Oublie, c’est dans le futur ! Fais-toi tirer le portrait, mon cher Dorian et laisse-moi faire le reste ! rugit le diable dans un rire démentiel.

Et voilà comment, par la magie d’un voeu (ou d’un pacte avec le Diable, nul le sait), Dorian Gray conservera la grâce et la beauté de sa jeunesse. Seul son portrait vieillira.

Mais à tout pacte, il y a une contrepartie et Dorian laissera plus que son âme dans ce petit arrangement !

Durant tout le roman, nous le voyons s’avilir, à défaut de vieillir, n’hésitant pas à tuer pour que son petit secret soit aussi bien conservé que sa jeunesse. Et point de vue conservateur, c’était du costaud !

Au départ, je n’avais pas l’intention de lire ce roman d’Oscar Wilde, même en sachant que c’était CE livre qu’il avait écrit tandis que Conan Doyle écrivait « Le signe des quatre ».

Nos deux auteurs avaient reçu une avance d’un américain nommé Joseph Marshall Stoddart, qui venait d’être nommé directeur du Lippincott’s Monthly Magazine, publié simultanément à Londres et à Philadelphie.

Une avance pour quoi ? Pour écrire chacun un roman…

Wilde, écrivit « The picture of Dorian Gray » qui allait scandaliser le Londres littéraire et mondain et Conan Doyle, lui, s’était vu réclamer, non pas un roman historique, mais une autre aventure de Sherlock Holmes ! Ce fut « Le signe des quatre ».

Honte à moi… Si une connaissance ne m’avait pas conseillé, séance tenante, de me procurer ce livre et de le lire, je ne l’aurais jamais lu. Et je serais passée à côté d’un grand moment de lecture !

La descente de Dorian dans un abîme de noirceur est tout simplement magnifique. On lit et on est impuissant devant ce qui se trame.

Excellent !

Lu dans le cadre du challenge « La littérature fait son cinéma » de Kabaret Kulturel, du challenge « Romans Cultes » de Métaphore et « I Love London » de Maggie et TitineParticipe aussi au challenge « Les 100 livres à avoir lu au moins une fois » chez Bianca.

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Bel-Ami : Guy de Maupassant

Titre : Bel-Ami

Auteur : Guy de Maupassant
Édition: Livre de Poche (1979)

Résumé :

Le monde est une mascarade où le succès va de préférence aux crapules. La réussite, les honneurs, les femmes et le pouvoir: le monde n’a guère changé.

On rencontre toujours – moins les moustaches – dans les salles de rédaction ou ailleurs, de ces jeunes aventuriers de l’arrivisme et du sexe.

Comme Flaubert, mais en riant, Maupassant disait de son personnage, l’odieux Duroy :  » Bel-Ami, c’est moi. »

Et pour le cynisme, la fureur sensuelle, l’athéisme, la peur de la mort, ils se ressemblaient assez.

Mais Bel-Ami ne savait pas écrire, et devenait l’amant et le négrier d’une femme talentueuse et brillante.

Maupassant, lui, était un immense écrivain. Universel, déjà, mais par son réalisme, ses obsessions et ses névroses, encore vivant aujourd’hui.

Critique :

« Mais d’aventure en aventure, D’arrière-train en arrière-train, De corps en corps, De lit en lit, Jamais encore, je vous le jure, Je n’ai réparé mes torts »… (sur une chanson bien connue de Serge Lama).

Georges Duroy, jeune homme arriviste et ambitieux, surnommé Bel-Ami, aurait pu chantonner ce refrain, lui qui, dénué de tous scrupules, n’a pensé qu’à son ascension, en parfait petit arriviste qu’il était, utilisant les femmes comme des objets selon son bon plaisir, toujours en quête de plus de pouvoir et de luxe.

Mais qu’est-ce qu’il a ce Georges qui leur fait sortir le cœur par la gorge ?

Il avait le charme… et les femmes tombaient comme des mouches. Il faut dire qu’il les attrapait avec du miel et non du vinaigre.

« Bel Ami » nous raconte donc l’ascension de Georges Duroy, jeune homme arriviste et ambitieux (je répète pour les deux du fond qui ne suivent pas), qui se hissera du pavé Parisien jusqu’aux plus hautes strates de la bonne société.

Ce fils de paysan normand travaillera d’abord modestement comme employé aux Chemins de fer du Nord, mais sa rencontre avec Charles Forestier, ancien conscrit du même bataillon que lui,  va changer sa vie mieux que les six croix du Lotto.

Grâce à son ami, il entre au journal « La vie française » mais Georges, éternel insatisfait de sa condition, lorgne déjà plus haut.

Il veut toujours gagner plus pour dépenser plus (tiens, ça me fait penser à un autre type…), il veut la reconnaissance de ses pairs, les éloges,… Bref, un sale emmerdeur jamais content de ce qu’il a.

Je dois vous avouer que je n’ai ressenti aucune empathie pour Georges Duroy. Juste un énervement envers ce petit arriviste qui voulait péter plus haut que son cul, dilapidant même son premier salaire et les quatre suivants, reçu en avance !

Une maîtresse à satisfaire, ça coûte cher… Et ça fait des dettes à l’ami Georges.

Grâce à son joli minois de Bôgosse, à sa moustache blonde et à sa maîtresse, une femme mariée, les frivolités des salons mondains lui sont ouvertes, et Bel-Ami est vite remarqué par le reste de la gente féminine.

Le Bôgosse arriviste va rapidement faire son chemin de lit en lit, jusqu’à fréquenter l’intelligentsia Parisienne de la fin du dix neuvième siècle.

Sans aucun scrupule, il utilisera sa beauté et son charme pour mener grand train, brisant les vies, la paix des ménages et les cœurs autour de lui, sans un regard en arrière.

Il ne se marie pas par amour, mais pas opportunité, sa femme devenant son nègre puisque Môssieur Bel-Ami à dû mal à écrire ses articles.

C’est aussi un homme jaloux qui, bien que trompant sa femme, ne supporte pas qu’elle fasse de même. Lui, c’était sans doute pour l’hygiène qu’il trempait son biscuit dans d’autres tasses de café…

Philippe Geluck, auteur du « Chat », dans un dessin non publié en France (z’ont pas osé le publier) faisait dire à la Une d’un journal lue par le Chat « DSK, le coup de b***  qui change l’histoire de France ».

On pourrait, par analogie, appliquer cette phrase à Bel-Ami : ça lui a changé la vie aussi, ses galipettes. La différence c’est que lui, ça l’a bien servi ! Et que, il n’a pas toujours dû sortir la flûte de son pantalon pour charmer les femmes.

Par contre, gare au biscuit d’un homme politique important qui traînait dans les environs de la tasse de café de son épouse… Encore un coup de b*** qui change l’histoire de France !

Ah, ah, ah mais vraiment, Georges Duroy est un salaud ! (chanson paillarde bien connue).

Sadique, calculateur, manipulateur, enjôleur et vengeur, voilà son portrait peu flatteur.

La lecture m’a bien plu dans le sens où j’ai suivi le récit de cet arriviste qui ne s’est inquiété en rien du mal qu’il pouvait faire, brisant les coeurs pour arriver à ses fins, jouant et trompant les femmes avec de jolis sourires.

Mais j’ai détesté se personnage.

Roman lu dans le cadre du challenge « Romans Cultes » de Métaphore et « La littérature fait son cinéma » de Kabaret Kulturel.

 

CHALLENGE - La littérature fait son cinéma 1