L’Horreur du West End : Nicholas Meyer

Titre : L’Horreur du West End

Auteur : Nicholas Meyer
Édition: Nouvelles Éditions Oswald (1989)

Résumé :
A Londres, en mars 1895, un critique théâtral est assassiné. George-Bernard Shaw engage Sherlock Holmes pour résoudre le mystère.

L’enquête amènera le détective à croiser sur son chemin Oscar Wilde, juste avant que n’éclate le scandale qui ruineras a carrière, Bram Stoker, alors qu’il commence à écrire Dracula, et les célèbres auteurs d’opérettes, Gilbert et Sullivan.

L’Angleterre victorienne s’agite dans les coulisses d’un monde brillant et superficiel : elle serait prise de panique si elle connaissait la nature de l’horreur qui se tapit dans le West End !

Critique :

Londres, sa Tamise, son fog, son temps de chien, ses ruelles sombres et sordides de Withechapel, sa reine Victoria, son thé, Big Ben, le Strand et… Sherlock Holmes !

Diable, cette histoire, nous avons failli ne jamais la lire car Holmes estimait que le monde n’était pas préparé à cela. Ce n’est que bien plus tard qu’il accepta que Watson la rédige, mais sans la publier…

Heureusement qu’il reste les vieilles malles, vieilles caisses, consignes de banque à Charing Cross, fonds de grenier (biffer les mentions inutiles), pour retrouver tous ces récits enfouis que Watson n’a jamais publiés.

Londres, 1895, un critique théâtral est assassiné. George-Bernard Shaw engage Sherlock Holmes pour résoudre le mystère.

Mystère il y a puisque le « presque cadavre » a réussi, avant de rendre son dernier soupir, à attraper « Romeo et Juliette » et à ouvrir une page bien précise.

Mais dans quel but ?? Amour immodéré pour l’œuvre de Shakespeare ? Envie de faire un dernier jeu de mot avec « J’expire » et « Shakespeare » ?

C’est ce que Holmes devra découvrir et l’enquête ne sera pas facile, j’avais même une longueur d’avance sur le Maître, à un moment donné, ayant trouvé ce qu’il avait sur le bout de la langue. « Belette, one point « 

Bien que roman apocryphe, le livre de Nicholas Meyer tient la route, les personnages sont fidèles (avec une touche de l’auteur) et sa préface donne au livre un parfum d’authenticité qui bernerait les non-initiés.

L’enquête a un bon tempo, ni trop rapide, ni soporifique, les pages se tournent avec facilité car c’est toujours un plaisir de suivre le détective du 221b.

En prime, nous croiseront toute une pléiade de personnages connus tels que Oscar Wilde (avant que n’éclate le scandale qui ruinera a carrière), le grand Bram Stoker, (qui commence à écrire Dracula) et les célèbres auteurs d’opérettes, Maritie et Gilbert Carpentier. Oups, mille excuses, il y a confusion, je voulais parler – bien entendu – de Gilbert et Sullivan.

Tout ce petit monde (bien campé) est loin de se douter de la nature de l’horreur qui se tapit dans le West End !

Même Sherlock Holmes mettra du temps avant d’identifier « ça ». Quand à Watson, il est sur des fausses pistes à tout bout de champ, comme le lecteur. Le second meurtre ne lui donnant pas plus de grain à moudre que cela, sauf à alimenter sa machine à fiction en imaginant des tas de théories.

Quand à l’inspecteur Lestrade, c’est encore pire, il en arrivera même à arrêter un pauvre type qui a le malheur de ne pas être blanc.

Le Londres victorien est bien représenté, avec ses théâtres, son monde du spectacle, ses préjugés, sa xénophobie et ses idées toutes faites. C’est ce qui manquait parfois dans les romans canonique de Conan Doyle, un peu plus de détails sur la vie de l’époque, avec ses belles ou ses mauvaises choses.

Alors, réaliste ou pas le livre ? Pourquoi pas… ce genre d’horreur pourrait très bien grouiller et nous surprendre. Manipulée par l’homme, c’est redoutable, car on peut choisir sa cible.

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », une fois de plus…

Heureusement que Sherlock Holmes était là pour dénouer ce sac de noeuds. Quel homme ! Encore un bon moment de lecture.

Titre participant au Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, « Thrillers et polars » de Liliba, Challenge « Polar Historique » de Samlor et  « I Love London » de Maggie et Titine.

Publicités

Meurtres pour rédemption : Karine Giebel

 Titre : Meurtres pour rédemption

Auteur : Karine Giebel
Édition : Presse Pocket

Résumé :
Marianne, vingt ans. Les barreaux comme seul horizon. Perpétuité pour cette meurtrière.

Indomptable, incontrôlable, Marianne se dresse contre la haine, la brutalité et les humiliations quotidiennes.

Aucun espoir de fuir cet enfer, ou seulement en rêve, grâce à la drogue, aux livres, au roulis des trains qui emporte l’esprit au-delà des grilles. Grâce à l’amitié et à la passion qui portent la lumière au cœur des ténèbres.

Pourtant, un jour, une porte s’ouvre. Une chance de liberté.

Mais le prix à payer est terrifiant pour Marianne qui n’aspire qu’à la rédemption…

Critique : 
Ami lecteur/trice, si tu cherches un roman dégoulinant d’amour, de bons sentiments, de guimauve, de joie et de bonheur, rempli de Bisounours, de preux chevaliers, de jolies princesses et tout et tout, et bien, je n’ai qu’un mot à te dire « Casse-toi de ce livre, pauv’lecteur ! »©.

Pour les autres, bienvenue à CARCÉRAL LAND, le pays d’où on ne s’évade qu’avec des rails de coke… Le pays de la violence gratuite, l’univers impitoyable des matonnes et de des prisonnières, une jungle où il faut écraser les autres pour ne pas se faire écraser soi-même.

Ici, une seule loi, celle de la plus forte. Ici, l’omerta règne en maître. Ici les coups pleuvent, la brutalité se promène dans les couloirs et peut vous tomber à tout moment, de manière arbitraire ou pour délit de « ta tête qui ne me reviens pas ».

A Carcéral Land, la devise pourrait être celle qui était gravée sur le fronton des Enfers, dans « La divine comédie » : Lasciate ogne speranza, voi ch’entrate – Vous qui entrez, abandonnez toute espérance.

Ami lecteur, vous qui entrez dans ce roman noir, attendez-vous à prendre des coups sans possibilité de les rendre, attendez-vous à vous faire remuer les tripes, à les sentir se nouer, à avoir envie de hurler, à avoir vos yeux qui picotent plusieurs fois, à avoir envie de flinguer un tas de gens et à penser jouer le remake de « La grande évasion » pour Marianne.

Ami lecteur, je vous conseille de respirer un grand coup avant d’entamer votre lecture parce que la plongée sera rude et la remontée laissera des séquelles.

Ici, c’est du noir de chez noir ! Du chocolat à teneur cacao de 90% (© jeranjou). Noirceur, ténèbres, mais de temps en temps, un rayon de soleil viendra vous éclairer… et vos yeux en pleureront. De joie ou de douleur.

Attendez-vous aussi à avoir, durant votre lecture, un autre avis sur les maisons d’arrêt ! Je vous explique…

Dans la première partie, nous sommes dans une maison d’arrêt, en compagnie de Marianne. Elle a vingt ans et elle a pris perpète pour plusieurs meurtres.

« Bien fait pour sa gueule ! » criera la société bien pensante, vous et moi avec. Pourtant, ce n’est pas en enfermant un fauve qu’on va réussir à le calmer… La prison ne rend personne meilleur. Du moins, les exceptions sont rares.

Pour le restant de ses jours, Marianne n’aura pour seul horizon que les barreaux de sa cellule. « Bien fait pour sa gueule, l’avait qu’à pas tuer ! » criera la société bien pensante, vous et moi avec.

C’est une meurtrière, elle est indomptable, incontrôlable, violente… Daniel Bachman, le gradé et seul homme de cette maison d’arrêt féminine le sait, lui qui l’a souvent collée au mitard après l’avoir rouée de coups.

« Bien fait pour sa gueule, faut les mâter, ces délinquantes ! » criera la société bien pensante, vous et moi avec.

Pourtant, Justine, une des matonne, sait que Marianne n’est pas si mauvaise que ça et que si on la traite correctement, elle ne vous mordra pas. De plus, brutaliser quelqu’un, ça n’a jamais fait revenir les morts…

Le roman vous plonge dans cet univers carcéral plus que dur, plus que noir, plus que violent, où tous les coups bas sont permis (j’me répète, si jamais certains n’avaient pas bien compris) et durant toute ma lecture, j’ai souffert avec Marianne, cette adolescente qui, malgré ses crimes, est attachante. J’ai aimé son caractère frondeur, fier et borderline.

Fière, mais étant accro aux cigarettes et à l’héroïne, sans un sou en poche, pour obtenir ses deux vices, elle n’aura pas d’autre choix que de s’agenouiller devant le maton Daniel pour fumer son cigare personnel en échange.

En isolement – à cause de son caractère violent qui a causé la mort d’une surveillante dans la prison précédente -, sans visite, sans amour, méprisée, incomprise, battue et humiliée par une matonne surnommée « La Marquise » (en référence à Sade, c’est vous dire le degré de sadisme), obligée de se prostituer pour obtenir des cigarettes, Marianne a déjà entamé sa descente aux enfers depuis des lustres. On descendra avec elle.

Heureusement qu’elle a pratiqué les arts martiaux, cela peut vous aider en prison, parce que des coups, elle en donnera, mais elle en recevra plus que son compte. Certains matons abusent un peu trop de leur statut et de leur force. Il est facile de tabasser une personne qui ne peut se défendre car blessée ou entravée par des menottes.

Durant ma lecture, j’ai pensé à ce qui s’était passé dans des camps, quand les surveillants abusent de leur supériorité sur les détenus et en profitent pour les brutaliser, les avilir, les considérant comme moins que de la merde. Le contexte n’est pas le même, mais le résultat final l’est : le fait de traiter des humains pire que des bêtes.

Vous me direz que les prisonniers des camps étaient innocents, alors que ceux dans les maisons d’arrêt, non. Que les surveillants dans camps étaient des sadiques et que les matons des prisons ne font que leur boulot.

Et moi je vous dirai « Qu’en savez-vous de qui est innocent et de qui ne l’est pas ? ». Je n’ai pas précisé de quels « camps » je parlais… Imaginez que les soldats du pays envahisseur X se retrouvent dans un camps de prisonnier du pays envahi Y…

Les prisonniers du camp ne sont pas si innocents que cela puisque c’est l’envahisseur. Les autres ont-ils le droit de les battre comme des plâtres et de se comporter comme le fit l’envahisseur ? Non. Sinon, ils se descendront à leur niveau et moi, je refuse de me mettre à ce niveau.

C’est ce que j’ai compris en lisant le livre. Marianne a mis un peu plus de temps à le comprendre, elle qui reproduira le comportement de ceux qu’elle méprise sur une pauvre prisonnière qui arrivera dans sa cellule.

Pourtant, Marianne n’a pas toujours été le monstre que la société bien pensante dit. Orpheline élevée par ses grands-parents avares d’amour, elle n’a jamais rêvé que d’intégrer l’équipe nationale de karaté, rêvé de liberté et de voyages en train. C’est tout ce qu’elle voulait, c’est tout ce qu’on lui a refusé.

Bien qu’elle assume ses crimes, elle les considère comme des accidents ou des dérapages. Et c’est à cause de « La Marquise » que Marianne franchira une fois de plus la ligne rouge. Un accident, un malheureux accident qui ne serait jamais arrivé si La Marquise avait fait son boulot au lieu d’aller provoquer Marianne.

La vengeance des matons est terrible quand on s’en prend à l’un des leurs. Marianne en avait déjà fait les frais avant. Pourtant, si les deux surveillantes amochées avaient fait leur travail au lieu de lui chercher des poux, rien de tout cela ne serait arrivé.

Ce que j’ai apprécié, c’est que l’auteur nous présente Marianne tantôt en monstre, tantôt en victime. Pas de dichotomie « elles sont méchantes, les prisonnières, elles sont gentilles, les matonnes ».

Les salauds sont des deux côtés de la barrière, et chacun alterne avec son côté sombre de la Force. Et je peux vous assurer que des salauds, il y en aura à l’extérieur, en totale liberté ! Bien pire que les détenues. En col blanc, eux.

Marianne, elle est victime de ses failles, de sa soif d’amour, de ce corps qui sait trop bien se battre, de son trop plein de frustration.

Incapable de ne pas provoquer l’autre, elle sait que son plus grand ennemi n’est autre qu’elle-même. Malgré sa colère et sa haine, elle doit apprendre à se maîtriser, à contrôler ses pulsions meurtrières et vengeresses. Elle est capable d’aimer et d’avoir de l’amitié aussi.

J’ai aimé son histoire avec Daniel, le surveillant qui, de tortionnaire, va devenir le défenseur de cette enfant sauvage.

Le seul qui a réussi à la dompter, à canaliser ses peurs, ses provocations.  Le rayon de soleil de toute cette noirceur.

Ici, ami lecteur, de l’amour tu trouveras quand même, mais pas à la sauce Harlequin… Ce que tu obtiens, tu le paieras au prix fort et on t’en fera baver. N’oublie pas que tu en Enfer et que tes espérances ont fichu le camp.

Dans la seconde partie, on offrira à Marianne le moyen de racheter ses crimes… La descente aux enfers sera encore pire dans cette partie là et mon coeur s’est serré de nombreuses fois, ouvrant les vannes des yeux. Après le soleil, c’est la pluie…

Marianne va souffrir et elle comprendra peu à peu qu’elle est seule responsable de ses actes, qu’elle seule est à l’origine de ce qui lui arrive.

Un livre qui ne m’a pas laissée indifférente, qui m’a fait réfléchir, pleurer, qui m’a serré les entrailles, me laissant le souffle coupé, le mot « non » bloqué plusieurs fois au fond de ma gorge.

Un livre coup de poing.

Ici, tout n’est que béton…

Pourtant, là-bas, dans un coin, le béton s’est fendu, laissant apparaître de la terre. Terre prête à accueillir une graine qui donnera peut-être une fleur ou mieux, un arbre !

J’ai terminé cette lecture anéantie, les yeux picotant étrangement, mes tripes nouées, retournées.

Après une telle lecture, j’ai ouvert un vieux Picsou Magazine. Bizarrement, j’ai trouvé qu’Oncle Picsou était perfide, les Rapetou sordides, que Daisy était cynique, et que Donald était un canard violent…

Non, après un tel roman, on s’arrête de lire durant quelques jours…

Bienvenue à Carcéral Land, le pays d’où on ne s’évade jamais tout à fait.

Et comme le chantait Renaud dans sa « Balade Nord Irlandaise » :

♫ Je voulais planter un oranger
Là où la chanson n’en verra jamais
Il a fleuri et il a donné
Les fruits sucrés de la liberté ♪

Titre participant au Challenge   « Thrillers et polars » de Liliba.