Le mystère Sherlock Holmes : Pièce de théâtre

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« Le mystère Sherlock Holmes » de Thierry JANSSEN

Mise en scène : Jasmina DOUIEB
Costumes : Ronald BEURMS

Avec :
Nicolas OSSOWSKI (SHERLOCK HOLMES)
Othmane MOUMEN (WATSON)
Ana RODRIGEZ (IRENE ADLER)
Jo DESEURE (LA COMTESSE)
Gérald WAUTHIA (OSWALD)
Thierry JANSSEN (RICHARD)
Didier COLFS (LESTRADE)

Quand : Du jeudi 18 avril au samedi 18 mai 2013

Où :Théâtre Royal du Parc, rue de la Loi, 3 à 1000 Bruxelles

2356227217.3Et oui, désolé de vous apprendre que c’est trop tard et que vous ne pourrez pas voir cette super pièce… Moi même, je suis allée la voir durant le long week-end de l’ascension et là, c’est fini…

Bon, pour que vous séchiez vos larmes, je vais vous parler de la pièce et vous dire tout le bien que j’ai pensé d’elle.

Parce que, il faut dire une chose, il n’est pas évident de rallier des spectateurs de tout âge avec une pièce sur le détective le plus célèbre.

Thierry Janssen, le metteur en scène y est parvenu, réussissant le tour de force de plaire à une holmésienne telle que moi et de plaire aussi à mon homme,  néophyte en la matière. La seule différence étant que moi j’ai repéré les adaptations non canoniques et pas lui…

L’année dernière, ils avaient proposé « Le tour du monde en 80 jours », qui avait été un succès.

Avec « Le mystère Sherlock Holmes », ce talentueux adaptateur a mis en scène un spectacle populaire, de qualité, bourré de rebondissements et d’humour, épicé d’un brin de grand guignol, mâtiné d’univers à la Tim Burton et Lewis Carol, d’un soupçon de fantastique enfermé dans un huis clos, d’une touche de sensuel, de références canoniques, de références à d’autres films, le tout baignant dans le sang et le mystère plus épais que le smog londonien.

Moi qui suis une mordue de Sherlock Holmes, je me suis régalée et mon homme aussi.

Avantage ? La pièce, vous ne la verrez nulle part parce qu’il n’a rien adapté ou pompé une intrigue déjà existante. Non, il a tout écrit ! Na !

Au commencement de la pièce, il était une fois Sherlock Holmes qui était revenu de son Grand Hiatus et qui, n’ayant plus Moriarty sous la main, s’emmerdait ferme.

Watson fut bien tenté de le faire lever de son fauteuil où il était engoncé, la seringue dans son bras presque enfoncée. Mais Holmes a encore de la vivacité, bien qu’il vive dans la fumée, avec les rideaux tirés.

Premières impressions des personnages : Holmes est grand, athlétique, bien que sa figure soit maquillée trop blanche.

Watson, plus petit, mince, moustache, horrible costume, mais je le trouve sexy et j’ai bien aimé son rôle de garde-fou du détective, son rôle d’ami, même si Holmes lui répète à l’envi qu’il n’est pas son ami.

Watson ne veut pas qu’il se drogue et leur passe d’arme à la canne bouge dans tous les sens. Dès le départ, le rythme est là.

Petite psychanalyse à la Freud ?

Arrive Irène Adler pour un pas de danse avec l’homme du 221b. Là, bien que la scène soit sensuelle, je n’ai pas aimé l’actrice, sa manière de parler, d’en faire trop, et la robe qu’elle portait, bien que l’échancrure ait dû ravir les premiers rangs, elle n’était pas victorienne.

Mention spéciale à l’inspecteur Lestrade qui mérite une invitation à un prochain dîner de cons… Lapsus dans ses expressions, nous sortant des « ne pas chercher Médée à quatorze heures » ou « on n’est pas sorti de l’asperge« , jonglant maladroitement avec les mots, les tordant dans le mauvais sens, se moquant bien du style.

Il est drôle et il jalouse Holmes parce qu’il ne lui arrivera jamais à la malléole.

Si le commissaire Lestrade débarque à Baker Street (sans savoir que Holmes est vivant – on ne lui dit jamais rien), c’est parce qu’il a un mort sur les bras et que, comme d’habitude, il ne sait pas comment résoudre son enquête.

Une enquête ? Voilà le mot magique qui va booster le moral de Sherlock Holmes. Bien que lorsqu’il apprend l’endroit du crime, il se doute qu’il doivra affronter ses vieux démons…

Je vous explique la future enquête qui va se dérouler dans une ambiance angoissante : nous sommes le soir de Noël et notre petit monde (Irène comprise) file en barque vers l’île.

620658815Cette île possède un manoir et c’est là que Sherlock a passé son enfance.  Enfance que l’on doute brisée par quelque chose de grave.

Mais en ce qui nous concerne, c’est le comte Arthur Blackmore a été trouvé mort au pied de la falaise… Suicide ou meurtre ? Je ne vous gâche pas la surprise de ce que Holmes vous apprendra sur le comte.

Où est l’angoisse ? *roulement de tonnerre* C’est une île que l’on dit maudite, elle serait, selon la légende, sise sur la Bouche des Enfers *roulement de tonnerre* et elle est constamment envahie par les brumes (qui ne comptent pas pour des prunes).

De plus, on accède à cette île maudite à l’aide d’un passeur encapuchonné dans un sinistre manteau… Ce mec fait froid dans le dos lorsqu’il tend la main pour recueillir son obole.

Le huis clos ? L’île se retrouvera cernée par les glaces… Coupée du monde !

Je vous avais parlé de l’ambiance à la Tim Burton sur scène et dans l’adaptation ? Oui, et bien, j’vous explique plus en détail :

Avec la rencontre du fils du châtelain, Richard Blackmore, en version chapelier fou et taxidermiste dingue, on ne pouvait pas mieux tomber. Mr. Lewis Carroll fut son professeur de littérature. Suite à un traumatisme violent, le jeune comte infortuné n’a jamais grandi. Il est un peu innocent, simple d’esprit, sporadique… Thierry Janssen endosse ce rôle magistralement.

3362515160.4Sa mère, la mystérieuse comtesse Margaret Blackmore (et épouse du défunt Arthur), est une parfaite silhouette Timburtonienne qui cache à tous un passé inavouable. Flanquée d’Oswald, un majordome monstrueusement bossu et d’un chien nommé Cerbère, pour parachever l’ambiance fantastique.

600503442Quoi de mieux pour faire remonter à la surface les blessures de l’enfance de Sherlock ?

La belle Irène ? Oubliant Holmes, elle se métamorphose en une vamp sensuelle en quête d’hommes à croquer ou de bijoux à dérober, dans l’ordre ou le désordre. Dans le rôle, Ana Rodriguez m’a moins convaincue que les autres.

Et c’est parti pour un autre moment de folie, sans temps mort, mais où les cadavres se suivent à la queue-leu-leu !

Le château est macabre, le parfait décor pour des incantations sataniques ou des étranges rituels de magie noire.

1036181541On se croirait dans Alice au pays des Merveilles avec le Chapelier fou qui s’amuse à servir le thé, sans oublier des allusions au Docteur Jekyll et Mr. Hide et au mythe du Cthulhu, de Lovecraft. Les références sont trop nombreuses et il faudrait une seconde vision pour tout repérer.

En quelques mots, il y a des squelettes dans les placards, les gens perdent la tête, les cadavres disparaissent et Sieger, le fantôme du père de Holmes erre sur la lande…

Voici Sherlock Holmes à la recherche de ses racines, tentant de résoudre le nouveau mystère et un ancien, que je ne dévoilerai pas. Il lutte contre la figure paternelle, ressentant des bouffée de nostalgique de l’amour maternel.

L’homme de Baker Street doit affronter le déferlement de ses émotions : « Tous ces souvenirs m’empêchent d’y voir clair. Je ne sais plus qui je suis » nous dira-t-il.

Oui, Sherlock Holmes, bien qu’il le cache, nous laisse apercevoir une part de son humanité, celle qu’il cache bien.

« Te crois-tu assez courageux pour vaincre tes propres démons ? » demandera Violet, la mère de Sherlock Holmes, dans un rêve.

Non, on ne connaît pas le véritable nom des parents de Holmes, mais les holmésiens sont partis du principe que si Holmes, durant le Grand Hiatus, a choisi de voyager sous le nom de Siegerson, c’était en référence au prénom de son père « Sieger » puisque son nom voudrait dire « Le fils de Sieger ».

Quand à la mère et son prénom « Violet », cette hypothèse vient du fait qu’une bonne moitié de ses clientes se prénomment Violet et que c’était le prénom de la mère de Conan Doyle.

Certes, l’auteur prend des libertés avec l’enfance du héros. Le tout est supposé, puisque nous savons peu de chose… Pour ne pas dire rien. C’est ici que l’holmésien fera la différence avec le non-initié.

Les ingrédients d’un bon moment sont donc tous réunis pour le plus grand plaisir des grands : crime, sang, vengeance, jalousie mortelle, des passages secrets menant droit aux Enfers débordants de flammes dévorantes, mystère et introspection au son d’un violon tout aussi endiablé…

Oui, tout est fait pour terroriser et pour plaire à un public friand de mystérieux et de macabre.

Attention, ne mangez rien, les mets sont empoisonnés ! Quant au cake à la carotte de la mère de Sherlock, c’est sa madeleine de Proust.

4105198077Une enquête parsemée de cadavres et de fausses pistes… Mais sont-elles si fausses que ça, les pistes ? Holmes a l’air de patiner un peu sur cette enquête, se faisant prendre à partie par l’inspecteur Lestrade.

Ah, Lestrade n’en a pas fini de jalouser l’intelligence du grand Sherlock Holmes qui possède cette mémoire étonnante et cette logique tellement prompte  et … intuitive.

Nous aurons même droit à certaines interrogations que la plupart des holmésiens se sont posées un jour, que certains auteurs ont mises en scène (L’ultime défi de Sherlock Holmes). Une fois de plus, cela ravira l’holmésien, quel que soit son niveau (les niveaux 7 à 10 ne doivent pas oublier de prendre leurs pilules).

Thierry Janssen s’inspire de l’œuvre d’Arthur Conan Doyle, multipliant les clins d’œil au canon holmésien, aux films et séries, entrant aussi dans le terrier de « Alice » et faisant référence à la « Chasse au Snark » (toujours de Lewis Caroll).

J’ai adoré Holmes (Nicolas Ossowski) qui a une allure parfaite, très calme,  très britannique  et qui convient  bien  personnage de Sherlock.

Un tonnerre d’applaudissement aussi pour Watson (le jeune Othmane Moumen) et son agilité de cabri, sa bienveillante patience et son amitié indéfectible, car Sherlock Holmes est plutôt rugueux malgré ses apparences de Dandy : « Seule la logique vous sauve de l’ennui ».

Lestrade souffrira d’irritation chronique devant tant de suffisance. Lestrade, notre enquêteur  maladivement jaloux de Sherlock Holmes et totalement dépourvu d’imagination.

Pas d’hérésie canonique non plus avec des ustensiles inadaptés : Holmes et Watson porteront une grande cape, pour aller sur l’île, mais pas un vilain macfarlane. J’aurais bien piqué leurs capes à la fin de la représentation, d’ailleurs. Juste un petit deerstalker passe-partout et pas l’horrible que nous voyons dans certains films.

Oui, l’univers de Conan Doyle était bien présent, mâtiné de celui d’autres.

Un final on ne peut plus inattendu, mais tout à fait plausible. « Inattendu » dans cette pièce, mais j’avais déjà lu de pareils scénarios… cela ne m’a pas empêché de le savourer.

Même la musique était bien trouvée. Heureusement, une mauvaise musique aurait fait foiré l’excellente mise en scène.

Les coups de tonnerre et les éclairs sont de la partie, les coups de feu tirés dans le mur aussi, ainsi que les musiques d’épouvante. A croire que le tout fut savamment orchestré par … le Diable  lui-même.

Dans cette pièce, les surprises déferlent dans un rythme infernal, « à en avoir la chair de poulpe » selon le mot de l’inspecteur Lestrade, qui se gorge de lapsus drolatiques.

Il y a une accumulation de procédés qui donneront à cette mise en scène un côté satirique très désopilant et le texte est bardé d’humour et de parodies savoureuses qui a tenu le public en haleine.

MAGNIFIQUE !

Allez, deux p’tit extraits :

Sherlock Holmes : Je ne suis qu’un mensonge ! Une erreur ! L’Enfant d’un ange et d’un démon !!!
Lestrade : Vous aussi vous croyez à ces légendes ?
Sherlock : Absolument pas. C’est juste pour l’atmosphère !

****

Sherlock : Ces traces confirment qu’on a bien traîné ici les corps du Comte et d’Oswald. Sentez-vous ce courant d’air ? Ce passage secret ouvre sur l’extérieur.
Watson : Aïe !
Sherlock : Quoi ?
Watson : Je me suis brûlé avec la cire.
Sherlock : Vous êtes plus douillet qu’une femme ! Approchez votre flamme par ici, près de la roche. Vous voyez ?
Watson : Qu’est-ce que c’est ?
Sherlock : Des symboles cabalistiques. Ces dessins m’ont l’air très anciens. Ils datent certainement de bien avant la construction du Manoir.
Watson : Mais où  sommes-nous ?
Sherlock : Dans la Bouche des  Enfers !!!
Watson : Bon sang de bonsoir !
Sherlock : Silence !

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