La vallée de la peur : Arthur Conan Doyle

Titre : La vallée de la peur

Auteur : Arthur Conan Doyle
Édition: Le Livre de Poche (1964)

Résumé :
Sherlock Holmes vient à peine de déchiffrer un message codé le prévenant qu’un certain Douglas de Birlstone Manor House, est en grave danger, qu’il apprend par l’inspecteur MacDonald de Scotland Yard que Douglas vient d’être affreusement assassiné.

Par le signataire du message, Sherlock Holmes sait que derrière cette affaire se trouve son ennemi juré : le professeur Moriarty, criminel génial et machiavélique. Accompagné de son fidèle Watson, Holmes se précipite à Birlstone…

Rempli d’intrigues et d’action, La Vallée de la peur, où l’on voit Sherlock Holmes se mesurer avec Moriatry adversaire en tous points à sa taille, est sans doute le meilleur roman de Conan Doyle.

Critique :
« La vallée de la peur » ou comment justifier, presque vingt ans après, l’existence du Tout Grand Méchant qu’on avait sorti un jour de son chapeau !

Là, tout de suite, je vais plus vous parler des coulisses de ce livre que d’autre chose, les autres critiques étant là pour vous aider à vous faire votre propre avis (sinon, lisez-le et faites-vous vraiment votre propre avis).

Petit retour en arrière : lorsque Conan Doyle en eu plus que marre de ce détective qui lui pourrissait la vie (lui qui ne rêvait que d’écrire des romans historiques), il décida de le tuer.

Oui, mais, problème : il fallait un Méchant à la hauteur du détective, pas un minable voyou des rues. Il fallait un final digne du héros qui lui avait fait gagner assez d’argent que pour se déplacer en fiacre s’il le voulait. Un écrivain qui vivait de sa plume, c’était assez rare à l’époque.

Que fit-il ? Un truc d’auteur : il inventa Le Grand Méchant Napoléon Du Crime Organisé De Londres. Un mec qui régnait en maître sur la pègre de la City, mais le faisait tout en se cachant derrière son métier de professeur de mathématiques. Un type tellement bien camouflé que personne n’avait entendu parler de lui, sauf Holmes.

La preuve ? Watson ne savait même pas qu’il existait ! Noir sur blanc dans « Le dernier problème ».

Bref, Conan Doyle met tout ça en place et se débarrasse de l’encombrant détective en le faisant tomber lors d’un combat au corps à corps dans les chutes de Reichenbach. Fin de l’histoire.

« The Adventure of the Final Problem » fut publié en décembre 1893 dans « The Strand Magazine »… Mauvais Noël que pour ses nombreux fans puisque certains portèrent même un brassard noir (et dans les hautes sphères).

Cédant juste un peu à la pression, de août 1901 à mai 1902, Conan Doyle fit publier « The Hound of the Baskervilles », toujours dans « The Strand Magazine ».

Conan Doyle s’en tira avec une pirouette en faisant dire à Watson qu’il publiait une enquête jamais encore publiée (sans faire revenir Holmes à la vie puisque publiée du vivant du détective, mais avec un temps de retard). Rusé, l’homme !

Il pensa même ne pas faire intervenir son diable de détective, mais lui donna tout de même un petit rôle… Voilà pourquoi Holmes est si peu présent dans ce roman là.

En septembre 1903, dans le « Collier’s Weekly » paraît le retour tant espéré de Holmes : « The Adventure of the Empty House ». Et c’est reparti pour un tour pour le plaisir de tous.

Et puis, un jour, Conan Doyle, voulant sans doute donner un peu plus de légitimité à Moriarty, le Grand Méchant dont personne n’avait entendu parler, décide de le faire intervenir dans une enquête de Sherlock, censée se passer bien avant le Grand Hiatus (hiatus = période entre sa fausse mort, le 4 mai 1891 et son retour en 1894).

Voici donc « The Valley of Fear » (La vallée de la peur) publié entre  septembre 1914 et mai 1915 dans « The Strand Magazine ». 21 ans après la publication où Holmes parlait de Moriarty !

Tout s’éclaire-t-il donc ? Le Grand Méchant est légitimé ? Que nenni ! Ça ne résout rien, que du contraire, cela soulève encore plus de questions.

Dont une importante : dans « Le dernier problème » (qui est censé se passer APRÈS « La vallée de la peur » – même si publié avant), Watson ne connaît pas du tout Moriarty !

Extrait « Le dernier problème » :

– Vous n’avez probablement jamais entendu parler du Pr Moriarty ?
– Jamais ! dis-je.
– C’est bien là ce qu’il y a de merveilleux et de génial chez cet homme ! s’écria-t-il. Il règne sur Londres et personne n’a entendu parler de lui. C’est ce qui fait de lui le criminel des criminels. Je n’hésite pas à vous déclarer, Watson, en toute sincérité, que, si je pouvais réduire ce Moriarty à l’impuissance et délivrer de lui la société, je considérerais que ma carrière a atteint son apogée et que je serais tout prêt à adopter un genre de vie plus calme. […]

Hors, dans « La vallée de la peur », publiée APRÈS « Le dernier problème » mais se passant AVANT, Watson connaît Moriarty !

Extrait « La vallée de la peur » :

– Vous m’avez entendu parler du professeur Moriarty ?
– Le célèbre criminel scientifique, qui est aussi connu des chevaliers d’industrie…
– Vous allez me faire rougir, Watson ! murmura Holmes d’un ton désapprobateur.
– J’allais dire : « Qu’il est inconnu du grand public. »

Imaginez mon trouble, mon désarroi, lorsque étant gosse (j’avais 14 ans) je découvris le canon holmésien et que je tombai sur une erreur de logique pareille : un coup il le connait, un coup il ne le connaît pas du tout !

Ce serait correct si « la vallée de la peur » avait été publiée avant « le dernier problème » (puisque Moriarty meurt) et que dans la « Vallée » Watson ne sache pas de qui on parle et que la seconde fois que Holmes cite Moriarty, il sache de qui on cause. Pas le contraire !

Et comme Moriarty était mort dans les chutes et que « la vallée de la peur » se passait AVANT leur face-à-face mortel, j’y ai perdu mon latin.

Watson avait-il des troubles de mémoire ou bien l’auteur avait-il fumé un truc pas net ? Voilà ce qui donne des cheveux blancs aux holmésiens… Conan Doyle avait sans doute envie que l’on s’arrache les cheveux sur cette erreur de logique, 100 ans après sa mort.

Et le livre, qu’est-ce que j’en ai pensé ? Ben, c’est pas mon préféré…

Bon, on cause de Moriarty mais il n’apparaît pas ! Remboursez ! Sherlock Holmes enquête sur le meurtre d’un nommé Douglas, et c’est un homme qu’il suppose faire partie de la bande de Moriarty qui l’a renseigné, mais de Moriarty, même pas l’ombre d’un poil de ses gambettes !

La solution du meurtre, elle est révélée à la fin de la première partie… pourquoi donc s’esquinter à lire la suite qui n’a pas vraiment d’intérêt ?

C’est comme dans « Une étude en rouge » et « Le signe des quatre », il y a une histoire dans l’histoire, mais si les deux autres étaient intéressantes, là, bof, mitigée.

La seconde partie aux États-Unis, dans une vallée minière style trou du cul du monde, où les forces de l’ordre jouent à règlements de compte à O.K Corral avec une bande de malfrats, version société secrète « imitation maçonnique » mais eux, ils sont gore.

Ça nous éclaire sur le passé du quidam, mais c’est assez lourd. Alors que je n’ai jamais ressenti cet ennui dans « Une étude en rouge » ou « Le signe des quatre ». Là, l’auteur aurait pu trancher un peu et limiter la seconde partie.

Holmes est peu présent dans le roman. On le voit, lui et Watson uniquement dans la première partie et dans l’épilogue…

Mention minimale de Moriarty dans l’épilogue : on le soupçonne d’être l’expert du crime qui joue les nettoyeurs pour l’organisation américaine, mais rien n’est prouvé…

Bref, ce roman aurait pu se contenter d’avoir la taille d’un nouvelle avec deux fois plus de page qu’une autre, mais un format « roman », il y a trop de temps mort que le plus petit retournement de situation vous fait sursauter.

Et puis, quel affrontement avec Moriarty ?? Bref, un coup d’épée dans l’eau et à trop vouloir bien faire 20 ans après, on fait des boulettes.

Challenges « Thrillers et polars » de Liliba, « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, « I Love London » de Maggie et Titine, « Le mois anglais » chez Titine et le challenge « Victorien » chez Arieste.

CHALLENGE - Sherlock Holmes CHALLENGE - Mois anglais - keep-calm-and-readCHALLENGE - 77158541_pCHALLENGE - I-love-London-logo11  CHALLENGE - victorien-2013

Publicités

Les enquêtes d’Enola Holmes – Tome 6 – Métro Baker Street : Nancy Springer

Titre : Les enquêtes d’Enola Holmes – Tome 6 : Métro Baker Street (The Case of the Gypsy Goodbye)

Auteur : Nancy Springer
Édition : Nathan (2011 – 2013)

Résumé :
1889, Londres. Alors qu’Enola est lancée dans une nouvelle enquête sur la disparition de Lady Blanche fleur del Campo, elle découvre que son frère Sherlock la recherche désespérément.

Il vient en effet de recevoir un énigmatique paquet en provenance de leur mère,adressé tout spécifiquement à Enola, et qu’elle seule saurait décrypter.

Sherlock, accompagné de son frère Mycroft, se voit donc contraint de suivre les traces d’Enola dans ses pérégrinations au coeur des sombres tunnels de Londres.

Ensemble,les trois Holmes devront répondre à une triple question : Qu’est-il arrivé à leur mère ? Où est donc Lady Blanche fleur ? Et que décidera l’aîné Mycroft de l’avenir d’Enola lorsque ses frères l’auront rattrapés ?

Critique :
Dernier roman avec Enola Holmes et je sens déjà que mon p’tit coeur se brise. Oui, cela a beau être de la littérature jeunesse, les romans ont beau avoir quelques petits défauts, je me plais bien à suivre les pérégrinations de la petite soeur de Sherlock et Mycroft.

Grâce à elle, j’ai appris plus sur les mœurs des habitants de Londres qu’un 56 nouvelles et 4 romans que comporte le canon holmésien. Contrairement aux récits de Conan Doyle, Nancy Sringer nous a éclairé sur la condition féminine du 19ème siècle, qui n’était guère brillante, dénonçant les violences des bas quartiers londoniens et les conditions de travail qui donneraient des sueurs froides au plus grand m’en-foutiste des syndicalistes.

Une série instructive et distrayante. Quoi  d’autre ? What’else ?

Ce dernier tome ne m’a pas déçu : c’est palpitant et émouvant.

Les frères Holmes auront la part belle et Mycroft va enfin comprendre que leur petite sœur est indépendante, réaliser qu’elle a toujours su tirer son plan (« se débrouiller » : belgicisme) et que le chemin qu’elle a parcouru en un an est énorme.

Oui, la disparition de sa mère a entraîné son émancipation précoce et elle n’est plus une adolescente, mais presque une femme, point de vue mental.

Enola exerce le métier qu’elle aime, a trouvé un sens à sa vie et affirmé ses choix en faisant preuve d’intelligence face à ses deux frangins.

Je dois dire que j’ai passé un bon moment de lecture avec une jeune héroïne ô combien sympathique, forte mais pas infaillible non plus. Bien que le juste équilibre ne soit pas tout à fait atteint, Enola ayant quand même bénéficié des coups de pouce de l’auteur.

Dans ce dernier tome, le secret de la mère d’Enola est enfin dévoilé – je ne dirai rien !

Au menu, une enquête sur la disparition de l’épouse du duc espagnol, de la douceur et de la sensibilité.

Malheureusement, c’est un point final très convaincant. Fidèle à ce que nous avons pu lire et à ce que j’avais pu penser.

Une série bien agréable pour des lectures sans se prendre la tête, des intrigues bien faites, même si pas transcendantales.

L’important, dans une lecture, étant aussi de passer du bon temps et il n’y a pas huit millions de façons de le faire.

Lu dans le cadre des Challenges « Thrillers et polars » de Liliba,  « Polar Historique » de Samlor,  « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, « I Love London » de Maggie et Titine, « Le mois anglais » chez Titine. et le challenge « Victorien » chez Arieste.

 CHALLENGE - Mois anglais - keep-calm-and-readCHALLENGE - 77158541_p CHALLENGE - I-love-London-logo11CHALLENGE - Sherlock Holmes CHALLENGE - Polar historique

CHALLENGE - DEstination la PAL CHALLENGE - Faire fondre la PALCHALLENGE - victorien-2013

Les Exploits de Sherlock Holmes : Adrian Conan Doyle & John Dickson Carr

Exploits de Sherlock Holmes - Adrian Conan Doyle & Dickson Carr

Titre : Les Exploits de Sherlock Holmes

Auteurs : Adrian Conan Doyle & John Dickson Carr
Édition : Le Livre de Poche (1975)

Résumé :
Relatés par le fidèle Watson, douze exploits de Sherlock Holmes, douze  » affaires  » captivantes, inextricables, que le célèbre détective réussit à dénouer grâce à ses dons d’observation aigus, sa logique implacable, ses méthodes subtiles et hardies.

Contenu :
– L’aventure des sept horloges
– L’aventure du chasseur d’or
– L’aventure des joueurs en cire
– L’aventure du miracle de Highgate
– L’aventure du sombre baronnet
– L’aventure de la chambre hermétiquement close
– L’aventure de Foulkes Rath
– L’aventure du rubis d’Abbas
– L’aventure des anges noirs
– L’aventure des deux femmes
– L’aventure de l’horreur de Deptford
– L’aventure de la veuve

SH - exploitsCritique :
Ceci est ce que j’appelle de la lecture Canada Dry© : m’attendant à déguster un pur malt écossais lorsque je tombais sur ce recueil de nouvelles (en 1990 !), je me suis rendue compte que la lettre « A » inscrite devant le « Conan Doyle » de la couverture voulait dire « Adrian » et pas « Arthur ».

Késako ? En fait, ce recueil que je pensais être canonique n’était qu’apocryphe puisque écrit par le fils (Adriaaan – Rocky, fait silence) et non par le père. Hors, seuls les écrits de ARTHUR Conan Doyle sont considérés comme canoniques.

Hé non, ce n’était pas du pur malt écossais, mais du Canada Dry©… Ça  avait la couleur de l’alcool, mais ce n’était pas de l’alc… Attendez un peu. Mais, mais… ça a le goût du pur malt écossais !

Ouiii ! Le fils du père, aidé de Dickson Carr est arrivé à nous écrire un pastiche qui a le goût des écrits de son père ! Mince alors, un Canada Dry© qu’il faut consommer avec modération sous peine de ressentir l’ivresse canonique !

Cette petite escroquerie pour celui qui, comme moi, croyait tomber sur un livre canonique écrit par le père, cette vessie que l’on nous vendit pour une lanterne, est, au final, EXCELLENT !

Le fils vaut bien le père et il n’y a que le saint-esprit – en la personne de Dickson Carr qui co-écrit les nouvelles avec le fiston Doyle – pour lui donner un coup de maître.

Malgré tout, j’estimerais toujours qu’il y a tromperie sur la marchandise puisque vous ne trouverez aucune information au ce sujet de cette supercherie, le livre ne possédant aucune préface d’édition qui pourrait vous éviter la confusion.

Sauf que maintenant, après avoir lu ma critique, vous ne vous laisserez plus prendre en vous demandant comment cet opus – qui ne se trouvait pas dans la liste des œuvres de Arthur Conan Doyle – a fait pour vous échapper.

Cela vous évitera peut-être de vous faire regarder de travers parce que vous avez crié « YEEESSSS » dans le magasin le jour où vous avez trouvé ce livre, pensant, à tort, avoir affaire au Père Conan Doyle et déniché un autre livre canonique sur votre détective préféré.

En tout cas, ma naïveté était plus que pardonnable puisque, à l’heure actuelle, la plupart des sites de vente de livres en ligne attribuent gaillardement ce recueil à Arthur Conan Doyle et le recueil se trouve aussi dans une de mes compilations sur Holmes, chez Robert Laffont. Ce qui est pire. Je ne suis pas la seule à m’être fait berner.

Attention, ne vous faites pas de soucis, les histoires du fils sont bonnes, bien écrites et on ne peut pas remettre en cause le talent d’écriture de J. Dickson Carr et de son respect du style doylien (il a co-écrit les 6 premiers récits). C’est toujours un plaisir de le relire encore et encore…

Certaines nouvelles possèdent un soupçon de fantastique, tout en restant très terre à terre, sauf celle des canaris et des taches de suie, qui elle, est un peu tirée par les cheveux. Comme papa, le fiston a inséré des animaux « tueurs » et après le toutou, le serpent, on a une autre bêbête.

Ce livre vaut la peine d’être acheté et lu. De plus, l’ouvrage nous permet d’entendre (enfin, de lire) Holmes dire pour la première fois « élémentaire mon cher Watson », rien que pour ça il faut le lire. Et oui, cette phrase que tout le monde connaît n’est en aucun cas canonique !!

Les enquêtes sont vraiment bien écrites, à tel point que si vous ne voyez pas le prénom d’Adrian marqué dans les pages internes, vous pourriez penser avoir vraiment affaire à l’œuvre originale.

Pour moi, il fait partie des meilleurs pastiches holmésiens, en tête devant les autres. De plus, le format « nouvelles » convient mieux au détective que le format « roman », même si j’apprécie plus que tout lire des pastiches holmésiens en roman…

A lire après avoir lu l’intégrale du canon holmésien !

Mes préférées :
– L’aventure des sept horloges : on se demande pourquoi cet homme en veut aux horloges.
– L’aventure des joueurs en cire : je l’adore ! Nous sommes chez madame Tussaud, Baker Street.
– L’aventure du sombre baronnet
– L’aventure de la chambre hermétiquement close : un must
– L’aventure de l’horreur de Deptford

Re-Lu dans le cadre des Challenges « Thrillers et polars » de Liliba,  « Polar Historique » de Samlor,  « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, « I Love London » de Maggie et Titine, « Le mois anglais » chez Titine et le challenge « Victorien » chez Arieste.

CHALLENGE - Mois anglais - keep-calm-and-read  CHALLENGE - 77158541_pCHALLENGE - I-love-London-logo11 CHALLENGE - Sherlock HolmesCHALLENGE - Polar historiqueCHALLENGE - victorien-2013