1275 âmes : Jim Thompson

Titre : 1275 âmes                                                             big_5

Auteur : Jim Thompson
Édition : Gallimard (2006) / Folio Policier (1998)
Édition originale : Gallimard / Série Noire (1966)

Résumé :
Shérif de Pottsville, village de 1 275 âmes, Nick Corey a tout pour être heureux : un logement de fonction, une maîtresse et surtout un travail qui ne l’accable pas trop car il évite de se mêler des affaires des autres.

Bien sûr, cette routine ne va pas sans quelques ennuis : son mandat arrive à terme et son concurrent a de fortes chances d’emporter les prochaines élections.

Et puis, même les petits maquereaux du coin en viennent à lui manquer de respect. Aussi Corey trouve-t-il qu’il est grand temps de faire le ménage, à commencer par tous ceux-là.

Petit plus : Grâce à l’humour qui porte le livre, la roublardise de Corey lui vaut la sympathie du lecteur qu’il manipule à l’instar des autres personnages.

Pourquoi Jim Thompson n’eut-il pas plus de reconnaissance littéraire, cela reste un mystère à la lecture de 1 275 âmes, l’un des meilleurs romans noirs jamais édités.

Une pure merveille qui a donné lieu à une adaptation cinématographique exceptionnelle, « Coup de torchon » de Bertrand Tavernier avec Philippe Noiret et Isabelle Huppert.

Critique : 
HI-LA-RANT ! Durant ma lecture, je n’ai pas arrêté de pouffer de rire, de m’esclaffer au risque d’en perdre mon souffle. Pourtant, à l’analyse froide, il n’y a vraiment pas de quoi rire ! On termine quand même la lecture avec 6 morts. Dont 4 tués à bout portant.

Dès le départ, nous faisons connaissance avec Nick Corey, personnage principal du livre et shérif de Pottsville, village de 1 275 ploucs, heu, pardon, de 1275 âmes. Entre nous, le titre original est « Pop. 1280 » et je me demande bien où sont passés les 5 âmes disparues. Cinq personnes perdues dans une traduction, ça fait désordre, non ? (Jean-Bernard Pouy répond à la question dans « 1280 âmes »).

Au premier abord, le shérif Nick Corey m’a fait penser à un mec qui est en attente pour une greffe du cerveau. Oui, une sorte de shérif débile, pas très malin, et je me gaussais de sa stupidité, pensant que cet Averell Dalton était issu du croisement entre Nabilla et François Pignon, bref, un champion du monde en puissance pour un dîner de cons mémorable.

Je ne vous parle même pas du langage de Nick et des autre protagonistes, parce qu’entre les « exaque » , les « p’tet » ou les « j’dis pas que », sans compter les gros mots, Pivot en avalerait son dico.

J’ai vite retourné ma veste et changé mon fusil d’épaule. Nick Corey est en fait le fils caché de Napoléon et Machiavel. Le stratège brillant accouplé au machiavélisme puissance 10.

Naaan, sérieux, si l’auteur ne maniait pas la plume de manière si brillante, en la trempant dans l’humour (noir), l’histoire nous ferait frémir et hurler parce qu’elle n’est jamais qu’une vision fort sombre de l’espèce humaine. En principe, j’aurais dû être scandalisée de ce que je lisais.

Tout le roman n’est qu’un long regard horrifié et désabusé sur les Blancs habitant dans les campagnes du sud des états-unis en 1920 et le jugement est sans appel : ils ont l’esprit plus étroits que le cul d’une donzelle vierge qui se ferait prendre par un troll des montagnes. Plus étroits que ça, tu meurs.

Personne n’est à sauver : que ce soit des personnages secondaires qui ont tous un truc à se reprocher à Nick Corey qui un mec plus que paresseux, fourbe, plus malhonnête que les banquiers américains, plus menteur qu’un politicien en campagne électorale, assez violent tout de même, dépourvu de remords, infidèle, manipulateur avec tout le monde, il n’aime que lui et pour ajouter une cerise sur ce portrait peu flatteur, il est cynique. Un brin sadique et lubrique aussi.

On devrait le haïr et on l’apprécie tout de même. Malgré tout ce qu’il commet comme exactions, on ne peut s’empêcher de rire et de battre des mains en criant « encore » ! On ne devrait pas…

Le passage où Nick s’occupe d’Oncle John, un Nègre (pas péjoratif, j’utilise le terme de l’époque qui veut tout dire sur la manière dont ces gens étaient considérés et traités : même pas humain) est terrible. Je n’avais pas moufté pour les trois premiers, mais là… mon cœur s’est serré. Pas longtemps, Nick m’a de nouveau fait rire.

Malgré l’horreur, on continue sa lecture parce que l’on veut connaître la suite des tribulations de Nick Corey, de ce qu’il va pouvoir inventer pour sauver sa réélection, sur comment il va enfin se débarrasser de sa harpie de femme et de son beau-frère Lennie (un débile profond, frère de sa femme, débile comme le Lennie de Steinbeck, la charisme en moins), comment il va arriver à se séparer de sa première maîtresse pour retrouver sa deuxième maîtresse… Ou jongler avec les deux…

On se croirait dans un Vaudeville, les portes qui claquent en moins, tellement la situation devient serrée à un moment donné. Le suspense est à son comble parce que aussitôt un problème de résolu qu’un autre arrive ou se crée.

Chaque page est un florilège de scepticisme, de pessimisme, d’érotisme, de cynisme, remplie de vulgarités, de sadisme, enrobée de blasphèmes et de sacrilèges, roulée dans le roublardise et trempée dans l’hypocrisie.

Le pouvoir rend fou, quand le gens ne savent pas, ils inventent et un gentil peur cacher un salaud, entre autre. Voilà ce qu’on peut retirer, entre autre, lorsqu’on trait le roman.

Attention, du livre coule assez bien de sang, la plaisanterie étant noyée dedans.

L’épilogue m’a laissé la bouche ouverte, se fermant et s’ouvrant à la manière d’un poisson rouge échoué sur la table de la cuisine. My god, Napoléon a dû être fier de la stratégie de Nick et Machiavel a dû avoir du plaisir au fond de sa tombe en apprenant comment le Nick manipulait bien. Le Nick, il a niqué tout le monde !

Bref, un portrait au vitriol de la société, sans concession, tout le monde est coupable et tout le monde devra payer pour les fautes qu’ils ont commise, même Nick (si ça l’avait moins chatouillé dans le pantalon, il ne se serait pas retrouvé marié à la harpie).

Mais personne n’est assez lucide que pour reconnaître que s’il est dans la merde, c’est qu’il l’a bien voulu.

Décapant ! Hilarant. On devrait voir rouge, mais on rit jaune parce que c’est quand même noir (couleur à l’envers du drapeau de mon pays).

Dorénavant, je tiendrai à l’œil les gars un peu empotés, qui ont l’air d’avoir été absent lors de la distribution des cerveaux…

Ça me fait penser qu’en Belgique, nous avons un héritier qui a l’air empoté… Il est peut-être comme Nick Corey ? Si oui, ça va swinguer !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba, Challenge « La littérature fait son cinéma – 3ème année » de Kabaret Kulturel, Challenge « Faire fondre sa PAL » chez Metaphore et Challenge « Destination PAL » chez Lili Galipette.

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