L’affaire Lerouge : Emile Gaboriau

Titre : L’affaire Lerouge                                                     big_2-5

Auteur : Emile Gaboriau
Édition : France loisirs

Résumé :
Une femme d’une cinquantaine d’années, la veuve Lerouge, est retrouvée sauvagement assassinée dans sa maison. Tous les indices conduisent à un jeune homme de bonne famille : les preuves matérielles sont accablantes.

L’assassin paraît tout désigné et l’affaire bouclée, quand le doute s’immisce dans l’esprit de l’un des enquêteurs, le père Tabaret. Certains faits le poussent à envisager le meurtre sous un autre angle, et ses découvertes réserveront bien des surprises aux lecteurs.

Inspirée d’une affaire criminelle qui défraya la chronique, L’Affaire Lerouge est le premier roman « judiciaire » français.

Son auteur, Émile Gaboriau, élabore une intrigue policière à la construction astucieuse, doublée d’une histoire amoureuse.

Arthur Conan Doyle, autre père du roman policier, était un grand lecteur et admirateur de Gaboriau. Il reconnaîtra d’ailleurs volontiers l’influence de Tabaret et de Lecoq sur la création de son héros mythique, Sherlock Holmes.

Critique :
Conan Doyle faisait dire à Sherlock Holmes, dans « Une étude en rouge » : « Lecoq n’était qu’une misérable savate ! Son unique mérite était de posséder une énergie indomptable. […] Il s’agissait d’identifier un prisonnier inconnu. Je l’aurais fait, moi, en vingt-quatre heures. Lecoq y a mis un mois ou presque. Cet ouvrage pourrait constituer à l’usage des détectives un livre élémentaire destiné à leur apprendre ce qu’il faut éviter ».

Ayant lu le livre, je ne peux pas dire qu’il avait tort… Lecoq est en effet plus énergique qu’un cycliste du Tour en train de monter le Ventoux à plein gaz. Mais Lecoq, ancien repris de justice, suit souvent des fausses pistes !

D’ailleurs, dès le départ, lors de la découverte du corps, certains protagonistes de l’enquête se lancent des suppositions un peu vaseuses !

Le corps ? Mais de quel corps je parle ? À Bougival, au hameau de La Jonchère, Célestine Lerouge, veuve, est retrouvée égorgée avec une sauvagerie effroyable.

Si ce roman est tiré d’une histoire vraie, le véritable assassin ne fut inquiété car jamais découvert.

Gaboriau tira un roman de ce crime non résolu et, puisque conseillé par le vieux policier de la sûreté chargé de l’affaire, l’inspecteur Terabat (surnommé Tirauclair), il a brodé sur la réalité pour nous offrir ce qui fut le premier roman policier, Gaboriau étant considéré avec Poe et Conan Doyle comme les pères du policier.

Roman policier qui prenait la poussière depuis des lustres sur mes étagères. Son prix étant en euros, je dirais que cela fait 10 ans qu’il m’attend, au moins.

Que dire si ce n’est que je me suis un peu ennuyée, lors de ma lecture, suite à de nombreuses digressions au niveau des pensées de certains personnages qui deviennent lourdes.

D’accord, elles sont importantes parce qu’elles mettent tout en place. Il est un fait certain que Daburon, le juge d’instruction, ne pouvait pas expliquer en deux lignes le pourquoi du comment le nom du vicomte Albert de Commarin lui rappelait de mauvais souvenirs, mais bon, trop is te veel ! Cela ralentit fortement l’action du roman et j’ai failli le reposer sur l’étagère qui l’avait conservé durant toutes ces années.

Malgré tout, j’ai persévéré et continué à suivre tout ce petit monde : Gévrol, le chef de la sécurité; Lecoq, son aide de camp  qui le méprise et voue une admiration extatique au père Tabaret, dit Tirauclair.

Tirauclair, qui est une sorte de précurseur à un Sherlock Holmes version « vieil homme riche » a une marotte inavouable en société : résoudre les énigmes les plus embrouillées grâce à sa méthode infaillible, à savoir partir du connu vers l’inconnu. Ce qu’il fit de manière brillante lors de l’analyse de la scène de crime chez la veuve Lerouge. Diable, on aurait dit Holmes dans ses déductions, donnant même la marque du cigare fumé.

– Est-ce le cigare qui vous confond ? Voici un bout du trabucos que j’ai recueilli dans les cendres. L’extrémité est-elle mordillée, a-t-elle été mouillée par la salive ? Non. Donc celui qui fumait se servait d’un porte-cigare.

Lorsque celui qu’ils pensent être le coupable est arrêté, à priori, il n’y a pas de doute : les preuves sont retrouvées chez lui.

C’est une fois l’arrestation faite que le reste va avancer un peu plus vite jusqu’au dénouement… après moult rebondissements. Lecoq ne fut pas le seul à se lancer sur des fausses-pistes, Tabaret aussi a fait des erreurs, mais il les a réparées. Lui qui se plaignait de ne plus voir de baux crimes…

– […] Les beaux crimes deviennent rares. La race force des scélérats sans peur fait place à la tourbe de nos filous vulgaires. Les quelques coquins qui font parler d’eux de loin en loin sont aussi bêtes que lâches. Ils signent leur crime et on soin de laisser traîner leur carte de visite. Il n’y a nul mérite à les pincer. Le coup constaté, on n’a qu’à aller les arrêter tout droit.

La fin du roman a rattrapé son départ laborieux avec un retournement de situation auquel je ne m’attendais point.

Le roman possède aussi quelques belles phrases toujours d’actualité :

– Retenez bien ceci, vicomte : la puissance a été, est et sera toujours à qui possède la fortune, à plus forte raison à qui détient le sol. Les hommes de 93 ont bien compris cela (1793). En ruinant la noblesse, ils ont détruit son prestige bien plus sûrement qu’en abolissant les titres. Un prince à pied et sans laquais est un homme comme un autre. Le ministre de Juillet qui a dit aux bourgeois « Enrichissez-vous » n’était point un sot. Il leur donnait la formule magique du pouvoir. Les bourgeois ne l’ont pas compris, ils ont voulu aller trop vite, ils se sont lancés dans la spéculation. Ils sont riches aujourd’hui, mais de quoi ? de valeurs de Bourse, de titres de portefeuilles, de papiers, de chiffons enfin.

La justice, malheureusement, ne peut jamais réparer complètement ses erreurs. Sa main posée injustement sur un homme laisse une empreinte qui ne s’efface plus. Elle reconnaît qu’elle s’est trompée, elle l’avoue hautement, elle le proclame… en vain. L’opinion, absurde, idiote, ne pardonne pas à un homme d’avoir pu être soupçonné.

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), de l’Objectif « PAL Noire à Zéro » de George et de « Vingt Mille Lieues Sous Mes Étagères » by The Cannibal Lecteur.

CHALLENGE - DEstination la PAL CHALLENGE - Faire fondre la PAL

8 réflexions au sujet de « L’affaire Lerouge : Emile Gaboriau »

  1. Ping : Bilan Livresque Août 2013 | The Cannibal Lecteur

  2. Cela fait une éternité que je dois le lire et tu n’es pas super encourageante sur ce coup là… Je pense qu’il risque de continuer à se faire oublier pour quelques temps encore…

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    • Désolée de ne pas vous donner envie de le lire ! Je vois qu’il traîne sur beaucoup de PAL… Je te donnerai le même conseil qu’à Bianca : lis en diagonale et passe des pages, ça ira mieux !

      Là, c’est un autre « premier polar » que je lis « le mystère du hansom cab » de Humes.

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  3. Je l’ai lu il y a des années, et oui, je me souviens que c’était un peu long mais pas mal « fichu » tout compte fait ! Dans un style « toujours d’actualité », je conseillerai « L’argent des autres du même Gaboriau qui parle de malversations bancaires… C’est un peu plus nerveux (bien pensant au demeurant, mais on se dit que finalement, en plus de 100 ans, notre bonne vieille société n’a pas changé !)

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    • Il y avait déjà eu une bulle qui avait éclaté après la guerre de Sécession, bulle du chemin de fer.

      Dans « l’affaire Lerouge », un parle des nouveaux riches qui ont des actions dans leurs coffres mais que ce n’est que du papier, de vent, tandis qu’un terrain, c’est du concret !

      Pour le reste, ♪ Non, non, rien n’a changé, tout tout à continué ♫

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  4. Ping : "Objectif PAL Noire à Zéro" ou "Vingt mille lieues sous mes étagères" | The Cannibal Lecteur

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