Bilan Livresque : Septembre 2013

BILAN - SH - PAL foutoir

Un bilan fort mitigé… Pas tout à fait 9 livres : un entamé,  un que je poursuis sur le mois d’Octobre et trois désillusions.

Pourtant, il avait bien commencé avec « Le mystère du hansom cab » de Fergus Hume, qui est considéré comme le deuxième roman policier publié (ICI)… L’auteur s’étant servi de « L’affaire Lerouge » afin de savoir ce qu’il convenait d’écrire pour que vendre ses livres. Et il a bien fait, malgré quelques longueurs, le roman m’a bien plu et dépaysé  puisque j’ai fait un saut en Australie (« Thrillers et polars » de Liliba 2013-2014).

Là où le bât à commencé à blesser, c’est avec la grosse perte de temps à essayer de lire « Les annales de la compagnie Noire » de Glen Cook (ICI) dont les trois premiers tomes font partie de ma PAL Noire, mais pas moyen de rentrer dans l’histoire (Objectif « PAL Noire à Zéro » de George et « Vingt Mille Lieues Sous Mes Étagères » by The Cannibal Lecteur).

Ouf, un roman noir ensuite avec « Le loup dans la smala » de E. Richard Johnson racontant la vie d’un tueur à gage de la Mafia (ICI). Quelles péripéties il lui arrivera afin d’arriver à comprendre ce qui est arrivé au fils du Parrain… et une sacrée découverte pour moi qui aime le roman noir (« Thrillers et polars » de Liliba 2013-2014).

« Bye-bye bayou » de Charles Williams m’a captivé aussi (ICI). Un homme, une femme… ♫ chabadabada ♪….

Attention, nous ne sommes pas dans la collection Harlequin, donc, rien ne tournera rond pour Jack, l’assistant du shériff. Le tout sur fond de corruption. À noter que ce titre a été réédité chez Rivages Noir sous le titre de « La femme des marais » (« Thrillers et polars » de Liliba 2013-2014).

Puisque je participe au challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park », j’ai attrappé « Oscar Wilde et le jeu de la mort » et je peux vous dire que ma lecture fut jouissive (ICI) !

Un bon moment de lecture et une enquête aux côtés de Wilde, flanqué aussi de Conan Doyle et de Bram Stoker (« Thrillers et polars » de Liliba 2013-2014; Challenge « Polar Historique » de Samlor; Challenge « Victorien » chez Arieste; Challenge « I Love London 2 » de Maggie et Titine; Challenge « XIXè siècle » chez Netherfieldpark).

Par contre, le pavé du mois se composait des « Raisins de la colère » (PAS FINI), le chef-d’oeuvre de Steinbek décrivant la misère d’une famille lors du grand exode de 1929, mais j’ai dû faire des coupures dans ma lecture : écriture fort petite et écrite fort haut…

À un moment, je saturais, donc, je l’ai coupé avec mes lectures décrites plus haut (Challenge « Romans Classiques » de Métaphore; Challenge « La littérature fait son cinéma – 3ème année » de Kabaret Kulturel; Challenge « À tous prix » chez Asphodèle; Challenge « US » chez Noctembule et Le « Pavé de l’été » Sur Mes Brizées).

Commencé le 30 septembre et terminé le 1er octobre, il y a le super excellent « L’assassin qui est en moi » de Jim Thompson (ICI).

Dans la tête du tueur nous sommes et nous le suivons dans ses pensées d’un cynisme et d’une froideur sans borne (Challenge « La littérature fait son cinéma – 3ème année » de Kabaret Kulturel; « Thrillers et polars » de Liliba 2013-2014 et Challenge « US » chez Noctembule).

Bilan livresque de Septembre 2013 : 9 livres, participant tous à un challenge minimum.

  1. L’affaire du hansom cab : Fergus Humes
  2. La compagnie noire – T1 : Glen Cook – PAL Noire
  3. La compagnie noire – T2 : Glen Cook – PAL Noire
  4. La compagnie noire – T3 : Glen Cook – PAL Noire
  5. Le loup dans la smala : E. Richard Johnson
  6. Bye-bye bayou : Charles Williams
  7. Oscar Wilde et le jeu de la mort : Brandreth
  8. Les raisins de la colère : Steinbeck (pas terminé)
  9. L’assassin qui est en moi : Jim Thompson (à cheval avec Octobre)
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L’assassin qui est en moi (The killer inside me) : Jim Thompson

Titre : L’assassin qui est en moi (Le démon dans ma peau) – The killer inside me

Auteur : Jim Thompson                                                                     big_4
Édition : Rivages Noir (2002 – Nouvelle traduction intégrale) / Paru aussi en Folio sous le titre « Le démon dans ma peau » mais sans la traduction intégrale !

Résumé :
Adjoint du shérif de Central City, Lou apprend que le fils Conway, cet idiot d’Elmer, s’est amouraché de Joyce, une prostituée installée à l’orée du canton.

La bourgade texane est sous la coupe du père Conway, patron d’une grosse entreprise du bâtiment. Lou garde une dent contre lui : il le soupçonne d’avoir ordonné la mort de son frère Mike et maquillé le meurtre en accident.

Aussi lorsque le vieux Conway le charge de faire déguerpir Joyce moyennant 10 000 dollars, Lou a en tête un tout autre plan : il confie à Elmer cette besogne pour les éliminer ensuite tous les deux sur place, en faisant croire qu’ils se sont entretués.

Ambiance glauque d’un village perdu, personnages retors et pervers, rapports à double tranchant où personne n’est dupe et où chacun essaie d’abuser son prochain, toutes les obsessions de Jim Thompson se retrouvent dans ce livre à l’âme plus noire que le pétrole texan. Un Thompson au sommet de son art : implacable, machiavélique, brutal.

«L’histoire la plus crédible et la plus effrayante jamais écrite à la première personne concernant un esprit criminel».  Stanley Kubrick.

Critique :
Ne voulant pas avoir l’impression d’escalader l’Evrest en espadrilles et sans entraînement (1), j’ai donc suivi le conseil de l’ami Jeranjou (de Babelio) et lu quelques polars noirs avant de m’attaquer à ce monument (que j’ai acheté dans sa première traduction intégrale – autant faire les choses correctement !) de la littérature noire.

Munie d’un solide entraînement avec ces messieurs Winslow, Himes, Hammet, Hansen, Williams, Block, Lehane, Johnson… j’ai chaussé mes crampons et escaladé ce monument du grand Jim Thompson.

Alors, chocolat noir ou chocolat au lait ? (2) Nous allons l’analyser…

Tout le sel de cette intrigue se trouve dans le fait que c’est Lou Ford, l’adjoint du shériff, qui nous raconte ses tribulations… Nous sommes dans sa tête et notre narrateur à l’art et la manière de nous tenir en haleine.

Lou, il a l’air un peu simplet, un peu plouc sur les bords, on lui donnerait le bon Dieu sans confession…

Il m’arrive, parfois, de traîner en ville, adossé à la devanture d’un magasin, mon chapeau repoussé en arrière, une botte passée derrière la cheville de l’autre jambe – ma foi, vous m’avez sans doute vu si vos pas vous ont mené dans cette direction -, et, de rester comme ça, avec la tête d’un gars gentil, sympa, stupide, un type qui n’oserait jamais pisser dans on pantalon si celui-ci prenait feu. Et pendant tout ce temps où je reste là, intérieurement, je hurle de rire – rien qu’en regardant passer les gens.

Heu ? Son âme est plus noire que du goudron !

Lou ne fait rien à moitié, d’ailleurs, monsieur a même deux gonzesses : Amy Stanton, « l’officielle » et  Joyce Lakeland « une jolie pute ». C’est d’ailleurs à cause de cette pute – qu’il saute allégrement – que son assassin s’est réveillé. Lou Ford a beau faire tout ce qu’il peut pour cacher sa véritable nature, les morts étranges s’accumulent autour de lui comme des mouches sur un étron fumant.

De plus, notre ami Ford possède déjà quelques cadavres dans son placard : un crime commis dès son plus jeune âge; son demi-frère, Mike, fut accusé et emprisonné à sa place. Ce qui le fiche en l’air, c’est la mort « accidentelle ? » du demi-frangin, après sa libération. Ajoutez à cela des relations assez difficiles (euphémisme) avec son père médecin (qui est mort) et vous avez presque cerné l’animal.

Niveau « traumatismes », on ne peut pas dire qu’il soit en manque.

Lou Ford a donc la rage envers Chester Conway, le magnat local de la construction. Pourquoi ?  Parce qu’il le  suspecte d’être responsable de la mort de son demi-frère. Sans compter qu’un syndicaliste lui fait comprendre que Conway n’était pas en règle dans le chantier que son demi-frère inspectait… À croire qu’il voulait que Ford déchaîne son p’tit killer !

Noir, ce polar ? Oh, pas tant que ça… Cinq morts : les deux premiers pour la vengeance et les trois autres pour se couvrir. On pouvait faire pire, non ? *air innocent*

Et puis, Lou est un personnage merveilleux : un assassin cynique, hypocrite, possédant une certaine propension à nier l’évidence, faisant preuve d’une froideur dans la préparation de ses crimes, possédant une assurance à toute épreuve, un certaine propension à baratiner tout le monde, le tout mâtiné d’un sentiment de puissance et d’impunité.

Tout ça parce que j’étais dans les parages lorsque certaines personnes se sont fait assassiner; parce que le hasard a voulu que je me trouve là.

Monsieur sème la mort avec délectation car il a le sentiment d’être dans son bon droit.

Ben quoi, c’est pas sa faute, non, si tout le monde se met en travers de sa route ? Non, mais, allo quoi ? Sont-ils tous aussi cons d’aller poser leur cou sur le billot alors que Lou a une hache en main ?

Alors, vraiment un chocolat noir au-delà de 65%, ce roman ? Stop ! Avant de me faire descendre par Jeranjou qui pointe un révolver sur ma tempe, je peux vous l’avouer : ce polar, c’est « noir de chez noir » et garantit pur cacao à des hautes teneurs.

Le personnage de Lou Ford est magnifique de cynisme, plusieurs fois ses pensées m’ont fait osciller entre le rire nerveux ou l’effroi pur et simple.

[…] Je me rappelle ce qu’il a fait, et j’arrête de rire, et j’enrage – je deviens furieux.
– Espèce d’ordure ! J’étais sur le point de l’épouser, cette pauvre petite. On allait partir tous les deux, et elle t’a surpris à fouiner dans la maison, et tu as essayé de la…
Je me tais parce qu’il n’a rien fait du tout. Mais il aurait pu. Il aurait pu faire ce que je viens de dire, il en est parfaitement capable.
Ce salopard aurait pu le faire, mais il est comme tout le monde. Bien trop gentil-gentil et trop hypocrite pour faire quoique ce soit de vraiment éprouvant.

La ville de Central City, la seule que Ford ait jamais vu de sa vie, est remplie de canailles, elle aussi : tout le monde sait que les notables de la ville se tapent la pute, mais tout le monde la ferme; les syndicats sont plus pourris que la bouche d’un vieil édenté; c’est Conway qui dirige la ville et tout le monde est à ses bottes, quant au procureur, il ne vaut pas mieux.

Notre assassin n’est que le reflet de ce que cette ville peut produire de mieux…

« Qu’est-ce que tu pourrais bien dire quand tu te noies dans ta propre merde, et qu’ils t’empêchent d’en sortir en te repoussant à coups de pied ? Quand tous les hurlements dont retentit l’enfer feraient moins de bruit que ceux qui cherchent à sortir de ta gorge ? »

Ce n’est que sur la fin du récit que nous aurons tous les détails du « traumatisme » enfantin de Lou et le pourquoi il se sent obliger de tuer des femmes.

L’écriture est incisive, sans temps mort, suspense garantit, vous sentez la tension qui monte dans votre corps et vous ne savez pas ce que vous préféreriez comme final : la victoire de la police ou celle de Lou Ford…

Pris au premier degré, ce livre vous glace les sangs. Au second, ça va un peu mieux… Mais je termine tout de même glacée car à un moment donné, mon second degré s’est fait la malle (sur le final).

Verdict ? Un livre aussi bon, aussi fort et brassé avec autant de talent ne se déguste qu’avec sagesse.

(1) Jeranjou avait utilisé cette image qui m’avait fait beaucoup rire et je l’ai reprise (sa phrase était « Sauter d’un Agatha Christie à un Jim Thompson relève de l’ascension de l’Everest, en espadrille et sans entrainement »).

(2) Jeranjou, toujours lui, avait écrit une belle critique en comparant ce livre à du chocolat noir (« au-delà de 65 % de cacao, amer et long en bouche, à déguster à petite dose, [ce qui] correspond évidemment à notre fameux polar »).

Livre participant aux Challenges « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), à « La littérature fait son cinéma – 3ème année » de Kabaret Kulturel et au « Challenge US » chez Noctembule.

« The Killer Inside Me » est un film américano-britannico-canado-suédois réalisé par Michael Winterbottom, basé sur le livre du même nom de Jim Thompson. Il est sorti en salles en 2010. Avec Casey Affleck et Jessica Alba.

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