L’assassin qui est en moi (The killer inside me) : Jim Thompson

Titre : L’assassin qui est en moi (Le démon dans ma peau) – The killer inside me

Auteur : Jim Thompson                                                                     big_4
Édition : Rivages Noir (2002 – Nouvelle traduction intégrale) / Paru aussi en Folio sous le titre « Le démon dans ma peau » mais sans la traduction intégrale !

Résumé :
Adjoint du shérif de Central City, Lou apprend que le fils Conway, cet idiot d’Elmer, s’est amouraché de Joyce, une prostituée installée à l’orée du canton.

La bourgade texane est sous la coupe du père Conway, patron d’une grosse entreprise du bâtiment. Lou garde une dent contre lui : il le soupçonne d’avoir ordonné la mort de son frère Mike et maquillé le meurtre en accident.

Aussi lorsque le vieux Conway le charge de faire déguerpir Joyce moyennant 10 000 dollars, Lou a en tête un tout autre plan : il confie à Elmer cette besogne pour les éliminer ensuite tous les deux sur place, en faisant croire qu’ils se sont entretués.

Ambiance glauque d’un village perdu, personnages retors et pervers, rapports à double tranchant où personne n’est dupe et où chacun essaie d’abuser son prochain, toutes les obsessions de Jim Thompson se retrouvent dans ce livre à l’âme plus noire que le pétrole texan. Un Thompson au sommet de son art : implacable, machiavélique, brutal.

«L’histoire la plus crédible et la plus effrayante jamais écrite à la première personne concernant un esprit criminel».  Stanley Kubrick.

Critique :
Ne voulant pas avoir l’impression d’escalader l’Evrest en espadrilles et sans entraînement (1), j’ai donc suivi le conseil de l’ami Jeranjou (de Babelio) et lu quelques polars noirs avant de m’attaquer à ce monument (que j’ai acheté dans sa première traduction intégrale – autant faire les choses correctement !) de la littérature noire.

Munie d’un solide entraînement avec ces messieurs Winslow, Himes, Hammet, Hansen, Williams, Block, Lehane, Johnson… j’ai chaussé mes crampons et escaladé ce monument du grand Jim Thompson.

Alors, chocolat noir ou chocolat au lait ? (2) Nous allons l’analyser…

Tout le sel de cette intrigue se trouve dans le fait que c’est Lou Ford, l’adjoint du shériff, qui nous raconte ses tribulations… Nous sommes dans sa tête et notre narrateur à l’art et la manière de nous tenir en haleine.

Lou, il a l’air un peu simplet, un peu plouc sur les bords, on lui donnerait le bon Dieu sans confession…

Il m’arrive, parfois, de traîner en ville, adossé à la devanture d’un magasin, mon chapeau repoussé en arrière, une botte passée derrière la cheville de l’autre jambe – ma foi, vous m’avez sans doute vu si vos pas vous ont mené dans cette direction -, et, de rester comme ça, avec la tête d’un gars gentil, sympa, stupide, un type qui n’oserait jamais pisser dans on pantalon si celui-ci prenait feu. Et pendant tout ce temps où je reste là, intérieurement, je hurle de rire – rien qu’en regardant passer les gens.

Heu ? Son âme est plus noire que du goudron !

Lou ne fait rien à moitié, d’ailleurs, monsieur a même deux gonzesses : Amy Stanton, « l’officielle » et  Joyce Lakeland « une jolie pute ». C’est d’ailleurs à cause de cette pute – qu’il saute allégrement – que son assassin s’est réveillé. Lou Ford a beau faire tout ce qu’il peut pour cacher sa véritable nature, les morts étranges s’accumulent autour de lui comme des mouches sur un étron fumant.

De plus, notre ami Ford possède déjà quelques cadavres dans son placard : un crime commis dès son plus jeune âge; son demi-frère, Mike, fut accusé et emprisonné à sa place. Ce qui le fiche en l’air, c’est la mort « accidentelle ? » du demi-frangin, après sa libération. Ajoutez à cela des relations assez difficiles (euphémisme) avec son père médecin (qui est mort) et vous avez presque cerné l’animal.

Niveau « traumatismes », on ne peut pas dire qu’il soit en manque.

Lou Ford a donc la rage envers Chester Conway, le magnat local de la construction. Pourquoi ?  Parce qu’il le  suspecte d’être responsable de la mort de son demi-frère. Sans compter qu’un syndicaliste lui fait comprendre que Conway n’était pas en règle dans le chantier que son demi-frère inspectait… À croire qu’il voulait que Ford déchaîne son p’tit killer !

Noir, ce polar ? Oh, pas tant que ça… Cinq morts : les deux premiers pour la vengeance et les trois autres pour se couvrir. On pouvait faire pire, non ? *air innocent*

Et puis, Lou est un personnage merveilleux : un assassin cynique, hypocrite, possédant une certaine propension à nier l’évidence, faisant preuve d’une froideur dans la préparation de ses crimes, possédant une assurance à toute épreuve, un certaine propension à baratiner tout le monde, le tout mâtiné d’un sentiment de puissance et d’impunité.

Tout ça parce que j’étais dans les parages lorsque certaines personnes se sont fait assassiner; parce que le hasard a voulu que je me trouve là.

Monsieur sème la mort avec délectation car il a le sentiment d’être dans son bon droit.

Ben quoi, c’est pas sa faute, non, si tout le monde se met en travers de sa route ? Non, mais, allo quoi ? Sont-ils tous aussi cons d’aller poser leur cou sur le billot alors que Lou a une hache en main ?

Alors, vraiment un chocolat noir au-delà de 65%, ce roman ? Stop ! Avant de me faire descendre par Jeranjou qui pointe un révolver sur ma tempe, je peux vous l’avouer : ce polar, c’est « noir de chez noir » et garantit pur cacao à des hautes teneurs.

Le personnage de Lou Ford est magnifique de cynisme, plusieurs fois ses pensées m’ont fait osciller entre le rire nerveux ou l’effroi pur et simple.

[…] Je me rappelle ce qu’il a fait, et j’arrête de rire, et j’enrage – je deviens furieux.
– Espèce d’ordure ! J’étais sur le point de l’épouser, cette pauvre petite. On allait partir tous les deux, et elle t’a surpris à fouiner dans la maison, et tu as essayé de la…
Je me tais parce qu’il n’a rien fait du tout. Mais il aurait pu. Il aurait pu faire ce que je viens de dire, il en est parfaitement capable.
Ce salopard aurait pu le faire, mais il est comme tout le monde. Bien trop gentil-gentil et trop hypocrite pour faire quoique ce soit de vraiment éprouvant.

La ville de Central City, la seule que Ford ait jamais vu de sa vie, est remplie de canailles, elle aussi : tout le monde sait que les notables de la ville se tapent la pute, mais tout le monde la ferme; les syndicats sont plus pourris que la bouche d’un vieil édenté; c’est Conway qui dirige la ville et tout le monde est à ses bottes, quant au procureur, il ne vaut pas mieux.

Notre assassin n’est que le reflet de ce que cette ville peut produire de mieux…

« Qu’est-ce que tu pourrais bien dire quand tu te noies dans ta propre merde, et qu’ils t’empêchent d’en sortir en te repoussant à coups de pied ? Quand tous les hurlements dont retentit l’enfer feraient moins de bruit que ceux qui cherchent à sortir de ta gorge ? »

Ce n’est que sur la fin du récit que nous aurons tous les détails du « traumatisme » enfantin de Lou et le pourquoi il se sent obliger de tuer des femmes.

L’écriture est incisive, sans temps mort, suspense garantit, vous sentez la tension qui monte dans votre corps et vous ne savez pas ce que vous préféreriez comme final : la victoire de la police ou celle de Lou Ford…

Pris au premier degré, ce livre vous glace les sangs. Au second, ça va un peu mieux… Mais je termine tout de même glacée car à un moment donné, mon second degré s’est fait la malle (sur le final).

Verdict ? Un livre aussi bon, aussi fort et brassé avec autant de talent ne se déguste qu’avec sagesse.

(1) Jeranjou avait utilisé cette image qui m’avait fait beaucoup rire et je l’ai reprise (sa phrase était « Sauter d’un Agatha Christie à un Jim Thompson relève de l’ascension de l’Everest, en espadrille et sans entrainement »).

(2) Jeranjou, toujours lui, avait écrit une belle critique en comparant ce livre à du chocolat noir (« au-delà de 65 % de cacao, amer et long en bouche, à déguster à petite dose, [ce qui] correspond évidemment à notre fameux polar »).

Livre participant aux Challenges « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), à « La littérature fait son cinéma – 3ème année » de Kabaret Kulturel et au « Challenge US » chez Noctembule.

« The Killer Inside Me » est un film américano-britannico-canado-suédois réalisé par Michael Winterbottom, basé sur le livre du même nom de Jim Thompson. Il est sorti en salles en 2010. Avec Casey Affleck et Jessica Alba.

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27 réflexions au sujet de « L’assassin qui est en moi (The killer inside me) : Jim Thompson »

        • Dieu, c’est ti pas possible ! Tu es resté deux heures sans manger du biiiipppppp ?? Et tu arrives à tenir le coup sans ta dose de biiiiipppppp ?

          Ok, je ne parle plus de biiiippppp, mais tu imagines, si dans ma critique, pour rendre hommage à Jeranjou, j’avais parlé de biiiippppp ??? 😀

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  1. Ping : Bilan Livresque Septembre 2013 | The Cannibal Lecteur

  2. Si tu mets un 4*, plus Stanley Kubrick, plus et plus, je suis obligée de noter ! Et ça va pas du tout ça !!! 🙄 Si je me mets à acheter des polars noirs en plus du reste, c’est la ruine assurée, y’a pas que moi qui est tentatrice, tu le fais bien dans ton genre, vilaine !!! 😆 Je sors d’ici, en frissonnant, comme d’hab’ ! ^^

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    • Attention, ne pas consommer ce livre sans avoir préalablement lu d’autres polars noirs, parce qu’il est étrange, dérangeant et assez glaçant.

      Donc, ne pas passer d’un Higgins Clark ou d’un Christie à celui-là… De l’entraînement et ensuite, vous le lisez.

      J’ai suivi les conseils de mon ami Jeranjou et il avait raison, j’ai bien fait de m’entraîner avec des autres.

      Mais il est terrible !

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      • Ca fait longtemps que je ne lis plus de Mary Higgins Clark !!! Et j’en ai lu, je ne m’en cache pas mais ce n’était plus assez fort, j’ai lu des polars noirs trouvés ici et là chez des copains amateurs du genre mais j’avoue que ce n’est pas ma littérature préférée même si je passe de bons moments, je suis contente d’avoir fini et de respirer normalement, je cauchemarde facilement … 😉 Tout le monde n’a pas le cuir des Belette !!! 😀

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        • J’en ai lu aussi et je ne rougis pas, c’était l’époque et j’étais contente de les lire, mais oui, plus assez fort, comme une alcoolo qui prend du bourbon plus fort, j’ai haussé la teneur en violence, j’ai pris des thrillers mais ils manquent de profondeur, pareil pour les polars ésotériques, l’histoire est bonne, mais on ne rentre pas dans la lie de la société.

          Là, je lis « Pike » et je patauge dans la raclure de bidet, c’est te dire la noirceur !

          Mon cuir n’est pas dur lorsqu’on tue un animal dans un livre ou un film, là, je me crispe. Je suis pas normale, je sais… 🙂

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  3. un P.S pour Yvan : je suis en train de descendre une tablette de chocoalt-caramel beurre salé, je ne te dis pas !!! 😆 Je suis obligée de cacher la tablette pour ne pas toute la manger en 5 minutes, en plus je ne grossis pas, mais mon foie ne va pas être content !!! Je veux bien partager !!! 😀

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    • Oh, là j’ai envie de me jeter sur ma plaquette de Lindt « crème brûlée » (j’adore, ça, comme chocolat). Pas de chance, j’ai soupé avec des frites et le salé est encore dans ma bouche, malgré le thé et je ne pense pas que le mariage va passer.

      Demain matin, en buvant mon café avant de prendre mon métro…

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      • Le Lindt j’adore aussi et surtout le « crème brûlée ». Ce mois-ci j’ai pris « rocher », je n’ai pas encore goûté ; j’ai d’abord descendu le Milka au caramel (celui-ci est comme une drogue, je ne peux pas arrêter quand je commence la tablette), je ne sais pas ce qu’ils mettent dedans !!! 😆

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        • De la drogue chocolatée… voilà ce qu’ils foutent dedans. Malgré tout, je trouve que le chocolat a perdu de se splendeur, le Lindt a encore bon goût, mais je l’ai connu mieux.

          Tu « descends » du Milka… paf ! la tablette est morte. 😀

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  4. J’adore ton idée de chocolat dans l’article. Et je ne dis pas cela parce que j’ai mangé un fondant au chocolat tout à l’heure 🙂
    Très beau billet. J’ai très envie de le lire en tout cas.
    Très bonne maison d’édition Rivages Noires. mon libraire en bas de chez moi, ne jure que par cette maison d’édition. 🙂

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    • Elle est d’enfer ! Mais comme je le disais, respectez les précautions d’usage, c’est du noir dur et vaut mieux en lire d’autre un peu avant, sinon, ça va vous dérouter.

      un fondant au chocolat… chouchou m’en avait fait une fois, pour mon anniv, je rentrais du boulot, épuisée et hop, le repas préparé, les bougies et un fondant… La nuit, il en a eu pour sa cuisine, l’homme ! 🙄

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  5. Ping : Les lectures d’octobre | 22h05 rue des Dames

    • La meilleure recette pour lire ! 😉 Attention, à force de parler de chocolat, j’ai envie d’en manger et je sens que je vais me lever pour aller… j’y vais !!!

      Bonne lecture si tu le découvres.

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  6. Le démon dans le peau ne me parlait pas. Mais j’ai tilté sur The Killer Inside Me. Non pas que j’ai lu le livre, mais j’ai vu le film qui en a été tiré et qui porte son nom. Avec Casey Affleck. J’ai bien aimé. Pas le plus grand film, mais un polar noir, un peu déjanté et surtout très différent du commun. Jim Thompson, mais pourquoi j’ai jamais le temps de lire tous ces polars…
    Sur ce je retourne à mon verre de Islay. Tiens si je prenais un carreau de chocolat au sel de Guérande. 😉

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    • Les premières éditions étaient sous « le démon dans la peau » mais la dernière, avec la vraie traduction, est revenue sous un titre plus réglo puisque traduction littérale du titre américain.

      Je n’ai pas encore vu le film, mais je pense que je vais le chercher, faudra juste que je trouve du temps pour le zieuter.

      Je manque de temps aussi pour lire tout ce que j’aimerais lire 👿

      Moi, un carré de chocolat crème brûlée et ensuite, un thé vert… bourbon ou cognac dans mon thé vert ? 😉

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  7. Apres une telle critique, definitivement sur la liste a lire ! J’ai vu le film il y a quelques semaines, et deja, cela avait titiller ma pal, d’autant plus que je trouve Casey Affleck est son air de premier de la classe bien sous tous rapports parfait pour le role… J’avoue que, en visionnant le film, j’oubliais le salaud pour m’attacher au personnage (le choc quand il zigouiller quelqu’un 2 minutes plus tard!)…

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