Pike : Benjamin Whitmer

Titre : Pike                                                                            big_3-5

Auteur : Benjamin Whitmer
Édition : Gallmeister

Résumé :
Pike n’est plus l’effroyable truand d’autrefois, mais il a beau s’être rangé, il n’en est pas plus tendre.

De retour dans sa ville natale des Appalaches proche de Cincinnati, il vit de petits boulots avec son jeune comparse Rory qui l’aide à combattre ses démons du mieux qu’il peut.

Lorsque sa fille Sarah, disparue de longue date, meurt d’une overdose, Pike se retrouve en charge de sa petite-fille de douze ans. Mais tandis que Pike et la gamine commencent à s’apprivoiser, un flic brutal et véreux, Derrick Kreiger, manifeste un intérêt malsain pour la fillette.

Pour en apprendre davantage sur la mort de Sarah, Pike, Rory et Derrick devront jouer à armes égales dans un univers sauvage, entre squats de junkie et relais routiers des quartiers pauvres de Cincinnati.

Pike est un remarquable roman noir dans lequel Benjamin Whitmer, digne héritier de Jim Thompson et David Goodis, plonge dans l’âme du lecteur pour y laisser une empreinte indélébile.

Critique :
♫ Noir c’est noir ♪… chantait Johnny. Moi, je viens de faire « noir SUR noir » en ne trouvant rien de mieux à faire que de lire Whitmer juste après Thompson. Deux polars trèèès sombres… ♫ Il n’y a plus d’espoir ♪

« L’Express » disait que Benjamin Whitmer avait sans doute avalé du Jim Thompson dans ses biberons et je constate qu’il en a eu aussi dans ses panades. Son roman est cinglant, dur, noir, sans espoir.

La première ligne nous met de suite dans l’ambiance plus que noire du roman puisque la scène inaugurale est celle d’un meurtre : Derrick Krieger, dit Derrick, vient de tuer un gosse d’une balle dans le dos.

– Tu l’as buté, hein, espèce de fils de pute ? dit le plus grand en serrant ses gros poings noirs.
Derrick continue d’avancer, le .45 pointé vers son interlocuteur.
– Il s’est pris les pieds dans ses lacets.
– Ah ouais ? Et c’est comme ça qu’il a mis plein de bouts de cervelle par terre ?
– Ça arrive à tout le monde. Ça pourrait même vous arriver à vous.

Derrick est un flic qui n’a rien à voir avec son homonyme aux grosses lunettes et qui menait ses enquêtes avec la nonchalance d’un Droopy…

Ce flic plus que salaud serait-il la face sombre de ce que l’on a découvert sur la jeunesse de son homonyme, le commissaire Derrick (qui fit les beaux jours des après-midi dans les maisons de repos) ?

Je ne puis me prononcer pour l’acteur, mais le flic du roman, c’est une saloperie d’ordure qui pense qu’il peut jouer au justicier dans la ville, tuant des pédophiles ou autres raclures.

Le problème, c’est qu’il est bien pire que les raclures qu’il descend allégrement ! Le côté obscur de la Force est toujours plus attirant… et ce flic pense valoir mieux que tous les autres représentants de la loi réunis.

L’autre gars du livre, celui qui a donné le titre, c’est Douglas Pike : un ex-truand impitoyable, autrefois, rangé des voitures depuis quelques années, bien qu’il ne soit pas devenu un tendre, faut pas pousser.

Notre truand s’est converti en travailleur honnête qui réalise de petits petits boulots avec Rory, un jeune boxeur amateur qui a échoué à devenir professionnel. Un type qui a une faute originelle à expier lui aussi. Rory, c’est un peu le fils que Pike n’a pas eu.

♫ Noir, c’est noir ♪… Leur vie est sombre et là où les nuages commencent à s’amonceler encore plus au-dessus de leur tête, c’est lorsque Wendy, une gamine de 12 ans débarque. C’est la petite-fille de Pike, la fille de sa fille qu’il n’a quasi pas connu, ou si peu. Sa fille faisait la pute et est morte d’une overdose. ♪ Noir, c’est noir, il n’y a plus d’espoir ♪

Les retrouvailles seront tendues entre le grand-père et la petite-fille…

Pour ce qui est des portraits psychologique des personnages, rien à dire, ils sont travaillés et les dialogues sont incisifs. Pike, Rory, Wendy, malgré leurs défauts ou leur langage borderline sont des gens auxquels on s’attache. Derrick, pas du tout.

Par contre, j’ai quelques reproches à faire sur l’écriture. Certes, l’auteur a de l’aisance avec les mots de plus de dix lettres, son vocabulaire est riche, mais l’alternance de phrases courtes avec des plus longues très imagées casse un peu le fil du récit.

Trop de métaphores tuent la métaphore. Dire que le type qui le regardait avait des yeux qui étaient comme des trous de neige rempli de pisse, heu, j’ai du mal à imaginer… Ils étaient jaunes et fumants ?

La fureur froisse le visage de Wendy comme un vol d’oies sauvages éclipsant le soleil.

Pour le style narratif, j’apprécie plus un récit au passé simple que au présent. Dans ma tête, lire « Pike haussa les épaules » passe mieux que « Pike hausse les épaules ».

Il n’y a pas que ça : les chapitres sont fort courts, très très courts et ils me donnèrent l’impression d’être arrêtée non-stop dans ma lecture. Certains ne font même pas une page ! Vous l’entamez et hop, terminé.

Pourtant, le principe narratif était bon avec cette alternance de chapitres concernant Pike ou Derrick, dans le but de faire s’entrechoquer le destin de ces trois personnages.

Trois ? Bien sûr, il faut ajouter aussi la gamine qui sera le déclencheur de tout le reste… En ayant marre de ce grand-père qu’elle ne connaît pas et de son comparse, elle fugue et croise sur la route le fameux Derrick Krieger.

Pike, en apprenant qu’il a aguiché la petite, décidera de se mettre en chasse. Ce flic, il ne le connaît pas et tout le monde lui conseille de l’éviter comme la peste. De plus, tant qu’il y est, il aimerait aussi en apprendre un peu plus sur la mort de sa fille…

Étrange que ce livre dont le flic est aussi sombre qu’une nuit sans lune, semant les cadavres derrière lui et qui se fait pourchasser par un ex-truand qui mène une vie plus réglo que la sienne. Le monde à l’envers. Celui qui devrait être au service de la population n’est que pourriture tandis que le truand s’est blanchi. Enfin, on ne peut pas dire que Pike enquête avec gentillesse non plus…

Son enquête deviendra pour Pike une vengeance, comme une sorte de rédemption pour lui, mais le chemin sera long et semés de cadavres, de violence, de sang…

Cotton actionne la pompe de son calibre 12 et refait feu à travers le bar, criblant de plombs le cadavre de Jessie. Ils l’ont pas encore fabriquée, la cartouche de fusil à pompe capable de perforer trois cents bonnes livres de gros bouseux du Kentucky.

Si les chapitres sont trop courts, par contre, ils nous font descendre toujours un peu plus bas dans la noirceur et dans la violence purement gratuite. Noirceur dans l’âme des personnages principaux, pour qui la vengeance est ce qui les fait avancer  dans ce monde où le repos de leur âme n’existe pas.

« Pike », c’est un roman qui nous plonge brutalement dans un univers sauvage, rude, sans complaisance, où tout est noir. L’auteur nous traînant dans des squats de junkies ou dans les relais routiers des quartiers pauvres de Cincinnati, en passant par des ring de boxe.

Tout ici n’est que violence, qu’elle soit psychologique ou physique. Le tout est purement gratuit, parfois.

Et c’est là que le bât blesse un fois de plus : il manque de la profondeur dans l’histoire. Dommage, ce petit plus en aurait fait quelque chose de grand.

Malgré toutes mes critiques, j’ai passé un sacré moment de lecture et j’en ressors groggy, comme si je m’étais faites boxer par Rory, juste bonne à lire « Oui-Oui part en vacances ».

Livre participant aux challenges « Thrillers et polars (2013-2014)«  de Liliba et au  « Challenge US » chez Noctembule.

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51 réflexions au sujet de « Pike : Benjamin Whitmer »

  1. Et bien… (suspense) je ne vais sans doute pas le lire. Ta chronique est comme d’hab précise comme un coup de flingue, et certaines de tes critiques ne me donnent pas l’inspiration nécessaire pour me plonger dans cette lecture.
    Bref, je préfère continuer à te lire 😉

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    • Pour moi, tu peux le zapper si tu veux, je l’ai bien aimé mais ce n’est pas un coup de coeur comme pour d’autres. Je regrette ce manque de profondeur de l’histoire et les quelques explications que j’aurais bien aimé avoir.

      Mais Pierre Faverolle avait raison, si tu lis la dernière page, tu ne peux qu’être intrigué et avoir envie de le lire.

      Merci pour le compliment : précise comme un coup de flingue. Il padrino sera content.

      Me lire ne coûte rien et va plus vite que lire un livre… 🙂

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  2. Tiens c’est étrange, comme Gruz ! Je ne sais pas dire quoi mais quelque chose me gênerait dans ce livre : trop c’est trop peut-être et sans profondeur psychologique, non ! Comme toi, je déteste les romans écrits au présent (de plus en plus dans les traductions contemporaines), sans l’ombre d’un petit passé simple ou composé pour nuancer le propos ! Je passe et c’est plus légère que je sors de chez toi !!! 😀

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    • 😀 de temps en temps, il faut sortir léger d’un blog, c’est bon pour les finances.

      Oui, « trop is te veel » comme on dit chez nous, en mélangeant du français et du néerlandais de Flandres (trop c’est trop).

      Il manque cette profondeur qui donnerait un sens plus juste à toute cette débauche de violence. Je ne veux pas lire de la violence juste pour le plaisir d’en lire, il me faut une bonne raison, que diable !

      J’ai du mal avec les narrations au présent, mon cerveau transforme parfois les phrases en passé simple, si, je te jure, ça m’est arrivé une fois ! 🙂 J’ai dû me discipliner l’esprit !

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    • Si c’est que tu cherche, tu seras servie ! J’aime bien aussi les éditions Gallmeister, je les ai découvertes il y a peu, ils n’ont pas droit aux têtes de gondoles à la FN**, eux !

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    • Il lui manque peu de choses, mais certains l’ont lu avec plus de plaisir que moi. Le blog « Black Novel » en parle avec plus d’enthousiasme que moi.

      C’est un premier livre, il a donc ses défauts inhérents à lui. Enfin, c’est moi qui les lui reproche, les autres n pensent peut-être pas la même chose que moi… 🙂

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  4. Comme toi Belette, j’ai trouvé souvent la violence un peu trop gratuite. Les personnage sont bien campés mais l’histoire est pas à la hauteur. La noirceur du décor n’explique pas toute ces tueries.
    Et puis j’ai eu aussi du mal aussi avec les phrases parfois alambiquées. Oui un bon roman noir mais qui ne restera pas inoubliable.
    Mais tout cela, tu l’explique bien mieux que moi.

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    • 😀 Merci, collectif polar ! Tu as raison aussi, c’est ce petit truc qui manque et qui aurait justifié toutes ces tueries que à la fin, on doit même réfléchir afin de se rappeler pourquoi ça a commencé 😦

      Un bon roman noir, sûr, mais pas aussi inoubliable que « l’assassin qui est en moi » ou « 1275 âmes »…

      Je vais aller lire ta critique, parce que je ne l’ai jamais lue. As-tu un site ou un blog ?

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    • Non, je te le déconseille à toi à à lapinou. Je m’en voudrais d’être responsable de tes cauchemars…

      Violence parfois un peu trop gratuite, et pas assez d’explication, mais bon, je l’ai lu et je suis contente. Mon coeur de pierre a tout supporté. On n’a pas tué d’animaux dans le livre… OUF !!

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