Un linceul n’a pas de poches : Horace Mc Coy

Titre : Un linceul n’a pas de poches       big_4

Auteur : Horace Mc Coy
Édition : Série Noire Gallimard N°4 (1946) / Folio Policier (1998)

Résumé :
Écœuré, Mike Dolan quitte le journal où il travaille. Il ne supporte plus de ne pouvoir faire éclater la vérité, le quotidien étant muselé par les annonceurs et soumis à diverses pressions.

Avec son meilleur ami et reporter judiciaire, Eddie Bishop, et avec Myra Barnovsky, ils décident decréer « Cosmopolite », un hebdomadaire dont la devise est « La vérité, toute la vérité et rien que la vérité ».

Les dents vont grincer et les menaces pleuvoir. La jeunesse et l’impétuosité auront-elles raison du système en place ?

Petit Plus : Avec Hammett et Chandler, McCoy est l’un des pères fondateurs du roman noir américain. Dans « Un linceul n’a pas de poches », son récit le plus autobiographique, il s’est servi de son expérience de journaliste pour dresser un violent réquisitoire contre la corruption et l’hypocrisie de la société.

Le sujet toujours d’actualité et la qualité de l’écriture font que ce roman publié en 1937 n’a pas pris une ride.

Critique :
Puisque j’affectionne régulièrement plonger dans le roman noir, je me suis dit que ce ne serait pas une mauvaise idée de me taper le numéro 4 de la mythique collection « Série Noire ».

Non, ne cherchez pas vainement un crime et en enquêteur habituel, ici, rien n’est habituel. Les crimes, se sont les notables de la ville qui les commettent avec leurs magouilles. Leurs complices ? Les journaux complaisants qui détournent la vérité ou la maquille.

L’enquêteur ? Mike Dolan, un jeune journaliste assoiffé de vérité qui a déniché une magouille et, puisque son patron ne veut pas publier son article sur le match de base-ball truqué, il plaque tout afin de créer sa propre revue, se disant qu’il pourra exercer son métier comme il l’entend ainsi que dénoncer tout ce qui lui semble contraire à la morale..

Mike sait que si les journaux n’osent plus appeler les enfants de salaud par leur nom, c’est à cause des pressions qu’excercent sur eux les notables de la ville et les annonceurs publicitaires. Tout le système est gangrené.

Mais ce n’est pas évident de créer sa propre revue lorsqu’on est sans le sous et criblé de dettes ! La rigueur de Mike fait peur et après quelques publications, son imprimeur se défile et sa revue est retirée des kiosques suite à un article qui a dérangé la personne visée.

Malgré plusieurs menaces, Mike est bien décidé de continuer à faire tomber les gros bonnets.

Son combat n’est-il pas perdu d’avance, lui qui voudrait nettoyer les écuries d’Augias d’un seul coup de torchon ? (non, pas au kärcher).

Plume trempée dans le vitriol, cynisme à tous les étages, personnages haut en couleur dont le « héros », rempli de défauts est un joli cœur, véritable bête noire des pères possédant une jolie fille, assoiffé de reconnaissance, voulant côtoyer les plus grands… Homme épris de justice, il me fait penser à un Don Quichotte des temps modernes.

Vous l’aurez compris, ce roman « noir de noir » est un violent réquisitoire contre la corruption et l’hypocrisie de la société américaine et de la société en général.

Écrit avant la Seconde Guerre Mondiale, McCoy nous dresse donc un portrait horriblement sinistre des États-Unis : censure de la presse, extrémisme, Ku Klux Klan…. Pays de la liberté ? Mon c**, oui !

Tout comme son personnage principal qui lui ressemblait beaucoup, Mc Coy paiera très cher cette peinture peu reluisante : son roman ne sera pas publié en Amérique, mais en Angleterre et ensuite en France, dans la mythique série noire de Marcel Duhamel.

« No pockets in a shroud » devra patienter jusque 1948 pour être édité : et encore, ce sera une version remaniée de l’édition anglaise, qui, elle-même, avait subi des coupes par rapport au manuscrit original.

La fin est brutale, mais il ne pouvait en être autrement…

Un roman qui se lit vite, les dialogues pulsent, l’action aussi, on ne s’ennuie pas et ça valait la peine d’être lu !

 

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014),  « Challenge US » chez Noctembule et « La littérature fait son cinéma – 3ème année » de Kabaret Kulturel.

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