Back Up : Paul Colize

Titre : Back Up                                                           big_5

Auteur : Paul Colize
Édition : Manufacture De Livres (2012) / Folio (2013)

Résumé :
Quel rapport entre la mort en 1967 des musiciens du groupe de rock Pearl Harbor et un SDF renversé par une voiture à Bruxelles en 2010 ? Lorsque l’homme se réveille sur un lit d’hôpital, il est victime du Locked-in Syndrome, incapable de bouger et de communiquer.

Pour comprendre ce qui lui est arrivé, il tente de reconstituer le puzzle de sa vie. Des caves enfumées de Paris, Londres et Berlin, où se croisent les Beatles, les Stones, Clapton et les Who, à l’enfer du Vietnam, il se souvient de l’effervescence et de la folie des années 1960, quand tout a commencé…

Critique : 
Comment arriver à vous parler de ce livre qui vient de m’emporter au bon vieux temps du rock’n roll ? Exercice peu évident, je dois bien vous l’avouer, parce que je ne sais pas par quoi commencer pour vous parler de ce livre qui été une super belle découverte… Un premier coup de cœur de l’année 2014.

Bon, je vais commencer par vous parler de ces trois histoires parallèles qui, telle la DeLorean du docteur Emmet Brown, m’ont fait voyager dans le temps, les récits alternant entre les années 50, les sixties et 2010.

1. En 1967 à Berlin, les membres d’un obscur groupe de rock – Pearl Harbor – sont assassinés les uns après les autres : meurtres maquillés en accidents, suicides,… Déjà, ça titille ma curiosité parce qu’une fois, c’est un accident, deux fois, c’est une coïncidence, trois fois, ça pue… Alors quatre morts !

2. En 2010, un SDF est renversé par une voiture devant la gare du Midi à Bruxelles. Gravement touché, entièrement paralysé, il est victime du Locked-in syndrome (syndrome d’enfermement). Il est juste capable de cligner des yeux, mais il semble refuser de répondre aux questions.

Il est classé sous X-Midi. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il avait un mystérieux « A20P7 » écrit sur une main.

3. On suit son histoire au travers ses souvenirs.

À présent, il faut que je me prépare, que je remonte le cours des évènements. J’expliquerai à Dieu le pourquoi de ces morts. Il comprendra que c’est le destin qui m’a envoyé dans cette cave à Berlin en cette nuit d’apocalypse.

Dès le départ, on sent bien qu’il va y avoir un moment où les histoires de 1967 et de 2010 vont se télescoper et qu’on saura enfin le rapport entre ces deux affaires.

Le télescopage se fera en douceur, l’histoire se construisant pierre par pierre, mais ce fut « waw ». Impossible à lâcher.

Maintenant, je sais ce qu’est un Back Up dans le monde de la musique et je sais aussi qu’un simple geste, un simple truc, peut tout faire changer… Dans ce cas-ci, ce ne fut pas un changement en bien.

Parlons ensuite de la plume de Paul Colize, qui,  sans être ronflante, sans chercher à nous épater par ses connaissances, nous emporte avec un style bien à lui. Un style au-dessus de la moyenne, je trouve. Je ressors de ma lecture avec un bagage culturel plus fourni.

Venons-en à la construction du récit : les changements d’époque sont bien trouvé, bien orchestrés, mais on saute dans les époques parfois tellement vite que je n’avais pas le temps de m’adapter et il me fallait quelques secondes pour reprendre mes esprits et me dire que là, j’étais dans les sixties ou, dans les 2010… Broutille !

Malgré tout ces sauts temporels, le récit garde sa cohérence, il forme un tout. L’auteur a écrit son opéra, et, tel un chef d’orchestre, il supervise le tout, développant son histoire sans se presser, tout en gardant le suspense, tout en nous appâtant.

Un roman fort parce que, merde, c’est tout l’histoire d’une génération qui est décrite dans une partie du roman ! Et d’une manière des plus agréable à lire.

Par contre, ceux qui veulent de l’action qui crépite, allez voir ailleurs, ici, on prend le temps de suivre les pensées de X-Midi qui revit toute son enfance, sa jeunesse des années 50 avec la naissance du rock et sa découverte, son service militaire, qu’il ne fera pas et son exil à Paris, avant de passer à Londres.

« Nous sommes rentrés à la maison avec le disque de Chuck Berry. Ma mère a déclaré qu’elle n’allait rien rapporter à mon père, qu’elle lui raconterait que j’étais invité chez un copain samedi après-midi et que nous écouterions le disque le jeudi suivant […] Nous avons déposé le disque et enclenché le mécanisme.
Dès les premiers accords, un fourmillement a parcouru mon corps. J’ai ressenti une irrésistible envie de me lever, de bouger, de gesticuler, de remuer mon cul et tout ce qu’il y avait moyen de remuer. Je ne comprenais pas pourquoi ces quelques notes provoquaient un tel effet. C’était ça le rock’n’roll. J’ai monté le volume. La guitare de Chuck m’emportait. Ma mère s’est mise, elle aussi, à remuer le derrière. Mon frère est arrivé, l’air ébahi, en se demandant ce qui se passait. Il s’en est mêlé.
Nous nous sommes retrouvés tous les trois au milieu du salon, à danser comme des sauvages. Nous avons poussé le volume au maximum. Nous riions, nous criions, nous en avions mal au ventre. Ce jour-là, le rock est entré dans ma vie pour ne plus en sortir. De cet après-midi-là, je garde l’un des plus beaux souvenirs de ma vie. Maman dans sa si jolie robe jaune qui dansait le rock’n’roll en riant aux éclats ».

Un roman sombre. Ce livre, c’est… Dingue ! Voilà le mot que je cherchais. La vie de ce type dont nous ne savons pas le nom au départ est tout simplement dingue, riche en rencontres musicales et en prise de substances illicites en tout genre.

« Nous passions notre temps à faire du rock, à parler de rock, à boire, à fumer, à avaler des centaines de pilules. C’était futile et destructeur. Avec le recul, je garde pourtant de cette période la sensation que j’étais devenu moi-même ».

« Mon état de délabrement empirait de jour en jour. Mon âme avait suivi la déchéance de mon corps, mon corps avait suivi la ruine de mon âme. Mon pessimisme obscurcissait mes jours, mes érections se faisaient rares et laborieuses. Mes matins triomphants avaient fait place à des midis désenchantés ».

Sans oublier un brin de sexe…

« Lucy n’était pas une pute, mais pour quelques livres, elle acceptait de faire une fellation, rien de plus. La première fois que je suis allé la trouver, elle a pris mon sexe entre ses mains et a sifflé longuement. Elle a dit que membré comme je l’étais, elle allait devoir exiger un double tarif. Elle a prétendu que n’importe quel homme pouvait séduire n’importe quelle femme, pour autant qu’il ait un peu d’humour ou une bite de trente centimètres ».

« Ses pitreries terminées, elle prenait une gorgée de thé brûlant et prenait mon sexe dans sa bouche. L’effet était prodigieux, je parvenais à l’orgasme en quelques minutes. Quand j’éjaculais, elle comprimait mon gland entre ses seins et récoltait mon sperme dans ses mains ».

« Le jour de mes vingt ans, elle m’a gardé dans sa bouche et a avalé ma semence. Elle n’a pas réclamé d’argent et m’a demandé de rester avec elle. Je ne m’étais pas rendu compte avant ce moment que notre relation avait pris un tour nouveau ».

Durant la lecture, j’ai côtoyé du beau linge : les Beatles, les Rolling Stones, Clapton, avec qui j’ai fait quelques riffs de guitare…

Moi qui aime le rock et les chanteurs des années 60, c’était le pied. Bien que ce ne soit pas ma génération, ma mère avait pour habitude d’écouter à la radio l’émission « Les Vieux Machin » qui ne passait que des vieux standards du rock, des chansons des années 60-70 (sur Radio 21, si je me souviens bien). Bref, j’en connais un morceau !

Niveau personnages aussi, ce livre est bien fourni. Notre narrateur malgré lui est un jeune homme attachant, malgré toutes ses erreurs et ses errements. Ses amis rencontrés aussi, j’ai eu un faible pour le jeune Birkin (rien à voir avec la chanteuse).

Au final ? Un sacré cocktail de rock, drogues, alcool, complot, guerre du Vietnam… Un polar noir qui prend le temps de se développer mais qui vous accroche direct.

Une fois en main, impossible de lâcher !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et challenge Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle.

Prix Saint-Maur du polar en poche 2013, Catégorie Polars.

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