Terminus Elicius : Karine Giebel

Titre : Terminus Elicius                                            big_4

Auteur : Karine Giebel
Édition : Pocket (2008)

Résumé :
Istres-Marseille. Pour Jeanne, la vie est ponctuée par cet aller-retour ferroviaire quotidien entre son travail de gratte-papier au commissariat et la maison de sa mère.

Elle attend néanmoins qu’un événement vienne secouer le fil de son existence: un regard, enfin, du capitaine Esposito?

La résolution, peut-être, de cette affaire de serial killer qui défraie la chronique phocéenne?

« Vous êtes si belle, Jeanne Si touchante et si belle. » Ce soir-là, une lettre, glissée entre deux banquettes, semble combler toutes ses espérances. Un peu trop, même.

Car derrière le mystérieux soupirant se cache le meurtrier tant recherché par la police.

Commence alors une correspondance amoureuse qui, pour Jeanne, n’aura de terminus qu’au bout de l’enfer…

Critique : 
Ma vision des trains se résumait à deux choses : les nombreux retards de la SNCB (certains trajets sont moins rapide en 2014 qu’en 1934, c’est vous dire) ou Jean Lefebvre dans la 7ème compagnie et ses chipoteries dans la loco afin de trouver les freins, ponctuées de sifflet de cette même loco, additionné de « Non, c’est pas ça. Ça, c’était « touche pas à ça, p’tit con ». C’est vous dire que je m’y connaissais, en réseau ferroviaire !

Maintenant, je pourrai frissonner en repensant aux petits mots glissés à côté du siège de Jeanne, personnage central du roman de Giebel.

Premier point qui m’a saisi lors de ma lecture, c’est que le personnage principal, Jeanne, n’est pas vraiment le genre de personnage que je m’attendais à trouver. On est loin d’un personnage habituel (le personnage fort).

Voyez pas vous-même : elle vit encore chez sa mère qui est limite castratrice, bien qu’elle travaille au commissariat de Marseille, elle n’a pas de vie sociale car pas de relations amicales avec ses collègues, dans le train, elle s’assied sur un siège solitaire.

En plus, elle a des tocs, parle toute seule ou plutôt à son autre moi et rase presque les murs. Bref, une femme transparente – ce qui m’a déstabilisée – m’attendant à une femme plus dans les normes.

Le visage de Jeanne se crispa de colère. je ne lui parlerais plus jamais ! Plus jamais ! Et je ne trahirais pas Elicius ! Le double continua à protester. Avec véhémence. Et Jeanne essaya de ne plus entendre sa voix… Depuis des années, elle essayait de ne plus l’entendre. En vain. Parfois, elle avait envie de le tuer. Tuer l’autre. Même si l’issue du combat était fatale. Pour ne plus l’entendre. Pour oublier, aussi ? Mais depuis quand la chose avait-elle envahi son âme ? Elle ne s’en souvenait pas.

Par contre, c’était une merveilleuse idée de la faire ainsi, la Jeanne, parce que cela faisait d’elle une personne plus facilement impressionnable, ce qui ajoutait un « truc » en plus dans le déroulement de l’histoire et ce fut une surprise bien agréable !

Surprise aussi que dès la deuxième lettre, le mystérieux Elicius lui avoue d’emblée qu’il est le meurtrier qui sévit dans la région et dont les policiers du commissariat de Jeanne cherche désespérément à arrêter.

« Hier soir, j’étais avec une autre femme que vous. Mais je ne suis pas resté longtemps avec elle. Juste le temps de la tuer… »

Y a pas à dire, l’auteur a vraiment le don de me surprendre et de me mettre sur mon fondement sans perte de temps inutile. Je ne m’attendais pas à cette révélation, pensant que Elicius allait jouer un peu plus avec Jeanne avant de tout révéler. Ben non, et ce fut encore plus jouissif.

Le roman est court, juste 250 pages : pas de temps mort. Suivre les pensées, les interrogations, les angoisses, les joies et la vie minable de Jeanne furent un moment fort, impossible de décrocher.

Tandis que l’inspecteur Esposito ne sait plus où donner de la tête avec les meurtres qui se succèdent sans qu’il semble y avoir un mobile apparent ou des points communs entre les victimes, le cœur de Jeanne vibre d’amour pour son mystérieux Elicius qui sait lui parler et trouver les mots qu’il faut.

« Vous n’avez pas conscience de votre beauté, Jeanne. On dirait même que vous faites tout pour la cacher. De quoi avez-vous donc peur ? Peur que l’on vous regarde ? Que l’on vous trouve belle ? Parce que vous êtes belle, Jeanne ».

Mais Jeanne ne nous livre pas toute sa vie, il reste des parts d’ombre et on s’interroge : comment tout cela va-t-il évoluer ? Se terminer ? Et les pages défilent plus vite, l’adrénaline nous faisant lire plus rapidement, avec fébrilité.

J’avais deviné un tout petit morceau du mobile, pas « toute l’affaire », loin de là, et puis hop, j’ai encore ei droit à des surprises à la fin !

Une belle écriture, un scénario bien pensé, bien pesé, un personnage central différent de ce que l’on pourrait croire, un récit bien rythmé et des palpitations cardiaques avec Jeanne, dans le train.

Madame Giebel vient encore de me faire passer un bon moment !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et  Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix marseillais du polar).

 


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41 réflexions au sujet de « Terminus Elicius : Karine Giebel »

  1. Moi aussi tu m’as fait rire avec ta « vision » des trains ! Bah dis donc, tu n’as jamais pris le TGV ?? Je connais cette auteure de nom mais rien lu d’elle et j’évite ce qui donne des palpitations, j’ai fait un Bouveret en 2011 en lisant un polar « palpitant », alors je me méfie quand même un peu ! 😆

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    • Si, j’ai pris le TGV pour aller à Paris, mais en Belgique, tu as parfois l’impression d’être dans la 4ème dimension avec des types qui sont étonnés qu’en automne, les feuilles tombent (et sur les rails, ça fait patiner les trains) et que pour résoudre les nombreux retards, une tête non pensante ait pensé à faire rouler les trains moins vite… ce qui fait que en 2014, tu vas moins vite qu’en 1934… et le mec à la tête de la société gagne de l’or en barre !!

      J’aime avoir des palpitations et celui-là est moins hard que « meurtres pour rédemption » ou « les morsures de l’ombre » qui eux sont assez violent.

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  2. Un livre que j’ai quasiment lu d’un trait ! C’était ma seconde fois avec l’auteure et depuis je les ai quasiment tous dévoré ! Je m’en garde un sous le coude en cas de crise de manque : « Juste une ombre » … Amitiés ma belette …

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    • Merci, Carine !

      Je les ai tous et je m’en garde sous le coude aussi, pour si jamais… pareil avec Thilliez, Lansdale, Ferey, et consorts ! 😉

      On ne sait jamais, imagine qu’il y ait un jour une pénurie dans les excellents livres, que ferions-nous ?? Alors, moi aussi, comme dans ma famille en 40-45, stock de guerre et encore après, parce que « on ne sait jamais » comme disait les vieux, « ils pourraient revenir une troisième fois, les Fridolins ou alors, des autres ».

      Amitiés aussi, Carine ! 😉

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  3. Merci beaucoup pour ta critique, j’avais entendu parler de Karine Giebel comme auteur mais je ne m’y étais jamais risqué. L’histoire a l’air vraiment intéressante!

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    • De rien 😉

      De plus, le livre est assez « soft » comparé aux deux autres que j’ai lu d’elle. Ces deux là « meurtres pour rédemption » et « Les morsures de l’ombre » sont plus hard, plus violent.

      C’est une auteure à découvrir !

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  4. Waouh ben…là..je dis bravo….parce que tu me donnerais presque envie de le relire tiens!!!!
    Un livre que j’ai adoré…dégusté…savouré et qui m’a toute chamboulée…

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  5. bon, si j’ai bien compris dame Giebel est toujours en grande forme ! pas lu non plus et vu la montagne de livre devant mon nez je n’ose rajouter celui ci de peur de provoquer un funeste éboulement sur ma personne ! 🙂

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    • Tu peux monter jusque 500 titres sans que ça ne s’écroule, au-delà, j’ai pas encore testé…

      Attend, j’entends un bruit bizarre, comme un grincement et……………..BOUMBADABOUM……

      Tiens non, on pouvait pas monter jusque 500 ! Un chien d’avalanche, please ! Vite !!!

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  6. Bien je vois que ce petit Karine Giebel révèle les failles de nos services ferroviaires respectifs. mdr.
    Non plus sérieusement si tu en fais une aussi belle chronique c’est qu’il doit valoir le coup. Il va falloir que je regarde ce que j’en ai pensé maintenant. Parce que je me souvient l’avoir lu mais je n’en ai plus aucun souvenir. Heureusement la belette est là pour rafraichir ma mémoire qui déraille….

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    • Pour le moment, des 3 livres que j’ai lu de l’auteure, aucun ne m’a déçu, un m’a fait pleurer des larmes de crocodile, un autre m’a fait monter l’adrénaline dans les tours et le dernier a été bouffé en une journée.

      Oui, le train, c’est pas si bien que ça, finalement, mais bon, parfois, ça donne de bonnes histoires, heureusement !!

      Toi aussi tu oublies ce que tu lis ?? 🙄 Je souffre aussi de la maladie d’Aloïs !! 😀

      Déraille pas trop loin quand même !

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  7. Je n’ai toujours pas lu cette auteure mais il va falloir que je m’y mette ! Le problème c’est que pendant que je lis les billets et les commentaires des BB ( blogueuses bavardes), je n’ai pas le temps de lire! pffff ! la vie de lectrice n’est pas simple !

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    • Lequel avais-tu lu ? Purgatoire des innocents ? je pense que c’est lui qui a beaucoup de violence…

      Ici, pas de violences, mais du psychologique, ça reste soft quand on voit ce qui a après… j’ai lu « meurtres pour rédemption » et c’était fort.

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  8. Ping : Bilan Livresque : Janvier 2014 | The Cannibal Lecteur

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