Nu dans le jardin d’Éden : Harry Crews

Titre : Nu dans le jardin d’Éden                               big_5

Auteur : Harry Crews
Édition : Sonatine (2013)

Résumé :
Garden Hills a connu des jours heureux. À l’époque où Jack O’Boylan, un magnat de l’industrie, a fait construire le village au fond d’une mine de phosphate qu’il a découverte et exploitée. Travail assuré, salaire, sécurité. Puis, les hommes de Jack ont quitté la place. Le créateur a abandonné sa création, la mine a fermé, les habitants ont déserté le village.

Seules une douzaine de familles ont résisté, constituant une véritable cour des Miracles qui vit aujourd’hui encore dans l’espoir du retour de Jack O’Boylan.

Le village pourrait néanmoins renaître seul de ses cendres grâce à Fat Man, qui a hérité de son père, propriétaire des terrains avant la construction de la mine, une incroyable fortune.

Mais personne n’attend plus rien de lui : Fat Man est un obèse qui passe son temps reclus dans sa maison à ingérer d’énormes quantités de nourriture en ignorant le monde extérieur.

Reste Dolly, une ancienne reine de beauté, dont le souhait le plus ardent est de convertir Garden Hills à la modernité, c’est-à-dire au tourisme et à la débauche.

Rapports de forces, manigances amoureuses et sexuelles, trahisons et machinations … Dolly ne lésinera sur rien pour abattre les vieilles idoles et mener son projet à bien.

Petit Plus : Quelque part entre Samuel Beckett et Jim Thompson, Harry Crews nous offre avec l’histoire de ces marginaux perdus dans une ville fantôme une interprétation saisissante de la Chute originelle.

On trouve dans ce roman, le deuxième de l’écrivain, publié aux États-Unis en 1969 et jusqu’ici inédit en France, la noirceur, l’humour et la compassion qui ont fait le succès de « Body », « Car » ou encore « La Foire aux serpents ».

Critique : 
« Nu dans le jardin d’Éden » ne vous parlera pas d’Adam et Eve chassé du Paradis, mais plutôt le contraire : Dieu qui fou le camp, abandonnant ses misérables créatures dans ce qui se rapprocherait plus de l’Enfer que du Paradis d’Éden !

1960. Garden Hills, une petite ville de Floride, sorte de trou du cul du monde d’où on extrayait du phosphate, tient plus d’un enfer que d’autre chose : les tâches y sont harassantes, horriblement sales à cause du phosphate, et répétitives à la limite de l’absurde, comme ce trou qu’un homme – Wes – creuse tous les jours et qui est rebouché la nuit

On pourrait croire que les habitants n’étaient pas heureux, mais c’est tout le contraire : ils étaient tout content, les gens qui bossaient à l’usine d’extraction de phosphate de monsieur O’Boylan ! La routine, certes, mais l’argent de leur salaire les faisait vivre… Jusqu’à ce que O’Boylan (Dieu) se retire de ce trou à rat, laissant les gens en plan.

Une douzaine de familles résistent encore et toujours, s’accrochant aux collines poussiéreuses et aux lacs sans poissons au lieu d’aller chercher fortune ailleurs. car dans leur petite tête, O’Boylan va revenir, cette absence de la divinité, qui les nourrissait en les faisant travailler, ne peut être que temporaire.

C’est ce constat qui donne un sens à leur présence dans cet endroit désolé.

Ici, nous sommes dans un vrai roman noir, limite huis clos puisque, en plus d’être dans le trou du cul phosphaté du monde, nous suivons la vie de trois personnages principaux (Fat Man, Jester et Dolly) et quelques autres secondaires (Wes dit « Iceman » et Lucy). Les seuls moments où nous quittons la petite ville, c’est lorsque nous suivons leur parcours de vie « antérieure ».

Si ces habitants attendent le retour de O’Boylan comme d’autres attendent le Messie, c’est parce que Fat Man – 280 kg à poil – a entretenu cette flamme en racontant sa fable : O’Boylan reviendra !

Fat Man, dont le père a touché un pactole en vendant les terres à O’Boylan, trône dans sa grande baraque sur les hauteurs. Un autre Dieu puisqu’il a maintenu un simulacre de vie normale à Garden Hills depuis le départ de l’usine et que « Les hommes pour qui Dieu est mort s’idolâtrent entre eux » (Le Chanteur de Gospel – 1968).

Les familles qui végètent à Garden Hills sont des pathétiques doublés d’assistés. D’ailleurs, s’il n’y avait pas le talent d’écriture de l’auteur additionné à un scénario bien monté, des personnages travaillés et goupillé avec tout le reste, on pourrait même dire que ces gens sont des cons, des débiles et des gros naïfs.

Mais cela eut été trop simple et trop facile que d’en faire des cons, et le roman n’aurait pas mérité son titre de roman « noir ». Non, on l’aurait appelé « Lost Story », tout simplement. Ces gens, on apprend à les connaître et on comprend le pourquoi du comment… Une partie de la force du roman réside là-dedans.

Mensonges, cupidité, trahisons, manipulations, freaks (monstres humains) prostitution soft (pelotage), espoirs entretenus, despotisme, misère, voyeurisme,…

C’est tout cela qui est réuni dans ce livre dont je ne puis vous en dire plus tellement le scénario est riche sans être alambiqué, bien écrit et bien travaillé, bien pensé, bien pesé, jusqu’à un final dantesque.

Une lecture coup de coeur, coup de poing, courte, mais bonne et qui va me trotter dans la tête durant de longues années !

Note : dans la salle de bain de Fat Man, construite par O’Boylan, il y avait la représentation de Michel-Ange « La Création » où Dieu et Adam se touchent le doigt, car si Dieu a créé l’homme à son image, l’homme a créé Dieu à la sienne. Et tout s’explique…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et Le « Challenge US » chez Noctembule.

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Black Butler – Tome 15 : Yana Toboso

Titre : Black Butler – Tome 15                                                     big_3

Auteur : Yana Toboso
Édition: Kana (février 2014)

Résumé :
Afin de résoudre une nouvelle affaire, Ciel s’est inscrit, en tant qu’étudiant, à Weston College. Dans cet établissement très huppé, les règles sont strictes et la tradition est absolue. Chaque étudiant s’engage à la respecter.

Cependant, Ciel dispose d’un allié de taille dans la place : Sebastian joue le rôle d’un professeur.

Critique :
« Silence dans les rangs ! Et n’oubliez pas qu’il est interdit de marcher sur les pelouses, sauf si vous êtes un préfet… »

Nous sommes dans un collège, en Angleterre et il y a quatre maisons distinctes (avec écussons) qui représentent chacune un dortoir.

Non, ce ne sont pas les Serpentard ou autre Gryffondor, mais J.K. Rowling n’avait rien inventé ! Les collèges huppés anglais étaient bien régis de cette manière, pour la plus grande surprise de l’auteur de ce Shonen.

Le pitch ? Afin de résoudre la mystérieuse disparition d’un parent de la reine Victoria, Ciel et son diable de majordome – Sebastian – se sont infiltrés dans un collège privé pour fifils à papa noble, un peu à la manière de la série « 21, Jump Street ». Ciel se faisant passer pour un élève et son majordome pour un professeur (et j’apprécierais qu’il me donne un cours particulier sur l’inflation, sur les Bourses et qu’il me parle de l’index).

Hem… Pour son enquête, Ciel doit s’introduire dans l’entourage des Préfets et pour cela, faire des corvées. Et oui, dans les quatre dortoirs, chacun régi par un préfet omnipotent, il y a le principe des « fags » : des élèves qui sont à leur entière disposition… pour faire le ménage, leur faire des petits gâteaux ou repasser leur linge (on ne nous dit pas si le « plus si affinités » était aussi de mise).

Ciel se retrouve donc à faire le fag pour le fag d’un des préfets. Vous suivez ? Lui faire le ménage de la femme de ménage… Enfin, Ciel se contentera de déléguer les corvées à son diable de majordome !

Dans le monde des collèges privés anglais, ce n’est pas rose et tout est bon pour s’attirer les faveurs. Quitte à lécher les bottes ou à tricher et profiter des autres.

Dans ce tome, on nous décrit le fonctionnement de l’école et de ses quatre dortoirs. Pour cela, l’auteur s’est beaucoup documentée pour coller le plus à la réalité, même si le fantastique est présent dans le manga. Mais pour le reste, c’était ainsi que cela se passait au XIXème siècle. C’est peu reluisant.

Les décors sont soignés et une attention toute particulière a été donnée aux différents vêtements des élèves.  On sent que l’auteur a plongé dans l’Angleterre victorienne.

Ici, on s’attaque aussi à la psychologie humaine et à ses nombreux travers, tels la jalousie, la cupidité, l’envie, les mensonges, les manipulations en tout genre, la Tradition et les règles édictées dans les collèges…

On découvre jusqu’où certains sont prêt à aller pour entrer dans un cercle des privilégiés, quitte à écraser les autres pour s’élever un peu plus.

♫ Noblesse, ton univers impitoyable ♪

Un « second » opus dans ce collège très bien conçu pour cette enquête en milieu clos, même si leur but principal, qui est de retrouver le disparu, est mis entre parenthèses, le temps de régler d’autres problèmes. Et on règle ses problèmes avec une touche d’humour, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Il ne reste plus qu’à clore cette enquête dans le tome suivant, puisque le principe est de résoudre chaque enquête en trois tomes, ce qui est avantageux, je trouve.

Je suis curieuse de savoir le fin mot de cette histoire !

Livre participant aux Challenges « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), « Polar Historique » de Sharon,  « I Love London 2 » de Maggie et Titine,  « Victorien » chez Arieste et  « XIXème siècle » chez Netherfield Park.

Le cimetière des hirondelles : Amédée Mallock [Chroniques barbares 3]

Titre : Le cimetière des hirondelles                           big_3-5

Auteur : Mallock
Édition : Fleuve noir (2013)

Résumé :
Sur un coup de tête, Manuel Gemoni a traversé toute la Terre pour assassiner un obscur vieillard, qu’il ne connaissait même pas. Aux policiers venus l’arrêter, il n’a trouvé qu’une seule chose à dire : « Je l’ai tué parce qu’il m’avait tué ».

Pour lui éviter la mort, le commissaire Amédée Mallock devra prouver la folie de Gemoni ou démontrer la parfaite véracité de sa déclaration.

Depuis sa toute première journée de commissaire divisionnaire, Mallock a vieilli, mais il n’a pas changé. Son cynisme et sa misanthropie ne l’ont pas guéri de son envie de lutter contre l’iniquité foudroyante du Monde.

Comme un enfant vidant la mer avec une pelle en plastique, il continue à se battre pour sauver le moindre château de sable de l’avancée des vagues. Dans le cas présent, la citadelle éphémère qui l’entraîne si loin de sa litière ressemble fort à l’une de ces putains d’énigmes dont le gros chat raffole.

Pour sauver Manuel Gemoni, il aura à traverser l’humidité hostile d’une jungle tropicale, une chambre d’ambre en feu, des forêts de boue peuplées d’ogres, un cimetière de certitudes et un Paris engloutis sous la neige.

Poupée russe diabolique, derrière chaque énigme se cachera un mystère, et sous chaque mystère, l’attendra la véhémence d’un secret. Et si le cœur d’un homme assassiné pouvait encore battre et chanter pendant des siècles ?

POLAR - Cimetière hirondellesCritique : 
Si une hirondelle ne fait pas le printemps, ce n’est pas un cimetière rempli de cet oiseau qui y fera quelque chose… Pourtant, ce roman faussement étiqueté « Thriller » a soufflé un petit vent agréable de printemps lors de ma lecture.

Ce qui n’était pas gagné d’avance parce que, si le début était enchanteur et prenant, la suite a soufflé le froid et le chaud.

Le rythme a diminué lorsque Mallock est entré en scène en République Dominicaine pour tenter de comprendre quelle guêpe avait bien pu piquer Manuel Gemoni, homme honnête et frère d’un membre de son équipe, à traverser le monde pour aller loger des balles dans un vieillard et dire ensuite « Je l’ai tué parce qu’il m’avait tué ».

Oui, j’ai eu du mal au départ à me faire au personnage assez spécial du commissaire Amédée Mallock.

Les plus perspicaces d’entre vous auront remarqué que le nom du personnage est le même que celui de l’auteur. Ceci est en fait un pseudo, tout comme Frédéric Dard signait « San-Antonio » ses romans avec son personnage.

Mais ce n’est pas cela qui m’a dérangé au départ : c’est la manière dont le roman était rédigé qui m’en a empêché, les « Pour un Mallock » et autre « Avec un Mallock » n’y furent pas étrangers, comme si « Mallock » était une profession ou une race de chien policier.

Ces quelques exaspérations du « un » sont vite passées et le talent d’écriture de l’auteur a réussi à me faire apprécier ce gros ours qui se la joue parfois comme un dictateur égocentrique (il engage lui-même ses collaborateurs, les mets sur l’affaire qu’il décide et son équipe, elle est la meilleur et bosse à « Fort Mallock »).

Ensuite, entre Mallock et moi, le courant a commencé à passer, je l’ai sondé un peu plus, examiné ses blessures, tenté de le comprendre, me suis forcée à le faire parler un peu plus, je l’ai caressé dans le sens du poil et ni une ni deux, j’ai su mieux apprivoiser l’ours Mallock au point que j’ai envie de suivre ses autres aventures policières.

L’auteur manie la plume différemment des autres, utilisant des tournures de phrases plus complexes, plus poétiques, bref, son style d’écriture est recherché, son vocabulaire assez riche, assez poussé, mais cette recherche d’écriture n’empêche pas le livre de se laisser lire et ne le ralentit pas.

Si l’enquête pourrait en rebuter plus d’un allergique au « non rationnel » de par la tournure qu’elle prend durant tout le livre, je peux les rassurer en leur disant que de l’irrationnel peut surgir du tangible.

Il s’est imposé dans mon esprit comme un flash : bon, sang, mais c’est bien sûr… Oui, j’ai compris avant le dénouement final ! Le plaisir était double d’avoir trouvé un indice capital. Yes ! Pour une fois que je trouve…

J’ai aimé aussi ce livre pour le mélange entre l’enquête à notre époque et la seconde guerre mondiale, le deux enquêtes se mariant à merveille, décuplant notre envie de tout savoir, de tout comprendre, rassasiant notre curiosité avec parcimonie.

Impossible ensuite de lâcher ce livre !

De plus, discuter avec l’auteur fut un bénéfice non négligeable. Alors que ma lecture était en cours, j’ai appris que si c’était un récit de fiction, il était additionné de certains éléments qui étaient véridiques et ajoutaient un cachet supplémentaire au roman : le personnage de Mister Blue (un mélange de deux personnes), le magasin d’ambre en République Dominicaine, le bar aussi, le resto du Camp David, la collection de voitures de Trujillo… Toutes ces choses que l’auteur avait vue lors de sa reconnaissance dans le pays.

Un « Thriller » qui ne mérite pas son nom, certes, mais qui vaut plus que cette appellation, un roman plus noir, plus sombre, plus fouillé.

Un rythme lent, recherché, une immersion dans toute l’enquête, un personnage central qui ne se donne pas au premier venu, un commissaire qui devrait parfois écouter les autres, un homme bourru mais avec un cœur d’artichaut.

Ah, si le commissaire avait pensé à « Gilette », toute son enquête en aurait été changée… Pour le plus grand malheur du lecteur qui serait passé à côté d’un récit des plus étonnant.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014).

CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (2)

L’arbre à bouteilles : Joe R. Lansdale [Hap Collins et Leonard Pine 2]

Titre : L’arbre à bouteilles                                         big_3-5

Auteur : Joe R. Lansdale
Édition : Folio Policier (2004)

Résumé :
Hériter de cent mille dollars et d’une petite bicoque dans un quartier délabré n’est pas si mal et l’oncle Chester a fait un beau cadeau à son neveu Leonard…

Même s’il faut tout nettoyer, que le plancher est pourri et que les voisins sont ce que l’on pourrait craindre de pire.

Même si retaper une maison pour la vendre et abattre des murs, c’est prendre le risque de découvrir des squelettes cachés…

Critique : 
Lorsque je lis Lansdale, c’est toujours un grand moment de lecture rempli de fous rire causés par les bons mots de l’auteur.

Les deux personnages principaux, Leonard et Hap, n’y sont pas étrangers non plus. Avec ce duo atypique d’un noir homo et d’un blanc hétéro, tout deux décomplexés et cyniques, le tout baignant dans une atmosphère de politiquement non correct, de religion et de drogue : on ne peut passer que des bons moments.

Notre Léo vient de perdre son vieil oncle qui lui a légué une vieille maison toute délabrée située à côté d’un Crack House, de l’argent et des bons de réduction pour bouffer dans les différents restos de la ville (genre pizzas).

Étrange, cette manie de collectionner les vieux bons de réductions, mais bon, les deux hommes se mettent à l’ouvrage et retapent la baraque du mieux qu’ils peuvent, le côté paillettes de « Damido & Co » en moins, les substances pour voir tout briller étant vendues dans la Crack House d’à côté.

Bardaf, sous un plancher, ce ne sera pas la plage, mais un coffre contenant un cadavre découpé d’un enfant, ainsi que des magazines porno « version » pédophiles. Tonton aurait-il été un prédateur sexuel doublé d’un assassin ?

Pour Léo, c’est « non » et il voudrait arriver à prouver le contraire car les flics n’ont pas l’air de vouloir le nom d’un autre coupable, puisque celui-ci leur est livré sur un plateau. Dans sa liste de bonnes résolutions, il ajouterait bien l’enlèvement du magasin de drogue d’à côté, puisque, là aussi, les flics ne savent rien faire.

Tensions raciales entre les Blancs et les Noirs, racisme des deux côtés (le racisme marche dans tous les sens), vente de drogue à des mineurs d’âge, ghetto Noir, disparition d’enfants dont tout le monde se fou, pédophilie,… Pas de doute, on nage en plein polar noir.

Ici, tout est politiquement incorrect, mais Lansdale, avec son style d’écriture mêlant l’humour cynique, l’humour tout court et des phases plus « sobres », vous fait passer le tout comme une lettre à la poste.

[Hap et Leonard découvrant un vieil homme qui creuse une tranchée près de la route].

-Vous creusez un nouvel égout ?
-Naan, répondit-il, en finissant sa cannette de bière et en la balançant sur le tas. […]. J’ai perdu mon dentier.
-Ah ! Souffla Leonard.
– J’étais tellement bourré, la nuit dernière, qu’j’ai laissé tomber mes dents en vomissant dans les chiottes et j’ai tiré la chasse. Elles sont là, qu’ part dans le tuyau. Si elles ont filé dans la fosse, j’ crois bien que j’ suis baisé.
– Désolé pour vos dents, dis-je […].
– Quand vous le retrouverez, demanda Leonard, qu’est-ce que vous en ferez ?
– J’le rince et j’le remets, répondit l’homme.
– C’est bien c’ que je pensais, murmura Leonard.
– Je ferais un peu plus que le rincer, si j’étais vous, intervins-je. Vous devriez mettre un peu de Clorox pour tuer les germes, puis le tremper dans l’alcool et puis dans l’eau.
– Pas question. C’est trop crétin. J’ai jamais vu un germe, et j’ai jamais été malade une seule fois dans ma vie.

Par contre, mes deux amis détectives ont eu le déclic lent, trèès lent ! Le nom du coupable, je l’avais déjà trouvé bien avant eux, directement quand le personnage est apparu (et je dirai rien de plus).

Si vous voulez du trépidant, oubliez ce livre, l’enquête prend sont temps, on papote, on baise, on bricole chez Léo ou chez sa voisine d’en face, MeMaw, on balance des bons mots, parfois assez crus, on cause du ghetto. Mais on prend aussi le temps de parler des problèmes de la société et de ses cloisonnements raciaux.

Dommage que l’enquête soit un peu en deçà…

Mais puisque entre Lansdale et moi, ça « accroche » dans le bon sens du terme, je lui pardonnerai ce manque de sérieux dans l’enquête puisque pour le reste, c’était un bon moment de lecture et de rires.

– Les cafards sont assez gros pour revendiquer la propriété des lieux, grogna-t-il [Léonard vient de passe du désinfectant]
– Je sais. Y en a un qui vient de m’aider à descendre les poubelles.

Niveau « polar noir », il était comme je les aime et voilà pourquoi je lui accorde ces 3,5 étoiles.

« Parfois, même encore aujourd’hui, je me réveille d’un cauchemar où je rampe sous cette piaule pourrie et où je joue maladroitement de la pelle dans la terre, et je sens encore l’odeur de ces enfants, ces cadavres de chair et d’os… »

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et Le « Challenge US » chez Noctembule.

Samedi 15 février, c’était Bouquineries ! Ça va pas aider ma PAL…

Et oui, j’avais envie de me faire plaisir et puisque j’étais en repérage resto pour samedi prochain avec des fessebouquiens, l’occasion tombait à pic ! Ok, pas vraiment une excuse puisque j’ai fait un détour pour passer dans mes lieux de perditions préférés !

J’avoue ne pas avoir été raisonnable… Mais qui le serait face à tous ces livres qui me tendent les bras ? Surtout qu’il y avait quelques nouveautés que j’ai eu à moitié prix, ce qui m’en fait deux fois plus pour le même prix.

Sandra, des Readers, sur Fesse De Bouc, m’avait fait descendre dans sa cave puisque je n’avais pas encore lu certains auteurs : Gilles Caillot (maintenant c’est fait), Sire Cédric (fait aussi).

Mais il me restait Claire Favan pour avoir le droit d’en sortir, et vu que j’ai bu tout son stock de vin grands crus, je ne pouvais que acheter le dernier auteur qu’il faut avoir lu chez les Readers : Claire Favan ! Tadam, je vais pouvoir remonter de la cave… enfin, j’y retournerai à chaque fois que je dirai une bêtise ou que je posterai un comm un peu scabreux, sexuel, ou à tendance cochonne ! Bon, je pense que je devrais prendre un abonnement à la cave de Sandra, moi… 😀

Bref, je suis contente de mes achats (comme toujours), surtout que j’ai ENFIN trouvé « Rafael, derniers jours » que je cherche depuis des lustres !

La bédé de Sherlock Holmes est déjà lue et le dernier tome de Black Butler aussi.

Quand à ma PAL… Quelle PAL ??? 🙄

  1. On The Brings : Sam Millar
  2. Et ne cherche pas à savoir : Marc Behm
  3. Dossier 64 : Adler Olsen
  4. La Tombe était vide : Parrish
  5. Dans le ventre des mères : Marin Ledun
  6. Puzzle : Franck Thilliez
  7. Terminus Belz : Emmanuel Grand
  8. Derrière la haine : Barbara Abel
  9. Le Tueur de l’ombre : Claire Favan
  10. Les Jardins de la mort : Gerge P.Pélécanos
  11. Le Blues du tueur à gages : Lawrence Block
  12. La Galerie du rossignol : Paul Doherty
  13. Le Diable dans la ville blanche : Larson
  14. Les Rues de feu : Thomas H. Cook
  15. Les Catacombes : Tony Ball
  16. L’Embaumeur de Boston : Gerristen
  17. Rafael, derniers jours : McDonald
  18. Le Testament des templiers : Glen Cooper
  19. Replay : Grinwood
  20. La Nuit du chasseur : Grubb
  21. Surveille tes arrières : Donald Westlake
  22. Black Butler 15 : Toboso
  23. Sherlock Holmes – Crimes Alleys 2 Vocations forcées : Cordurié & Nespolino

Black Butler 15 - Toboso Blues du tueur à gages - Block Catacombes (les) - Ball Crimes Alleys 2 Vocations forcées - Cordurié & Nespolino Dans le ventre des mères - Ledun Derrière la haine - Abel Diable dans la ville blanche - Larson Dossier 64 - Adler Olsen Embaumeur de Boston - Gerristen Et ne cherche pas à savoir - Behm Galerie du rossignol (la) - Doherty Jardins de la mort - Pélécanos Nuit du chasseur (la) - Grubb On the brings - Sam Millar Puzzle - Thilliez Rafael derniers jours - Mcdonald Replay - Grinwood Rues de feu (les) - Thomas H. Cook Surveille tes arrières - Westlake Terminus Belz - Grand Testament des templiers - Cooper Tombe était vide (la) - Parrish Tueur de l’ombre - Favan

Purgatoire des innocents : Karine Giebel

Titre : Purgatoire des innocents                      big_5

Auteur : Karine Giebel
Édition : Fleuve noir (2013)

Résumé :
Raphaël a passé des années en prison pour vols à main armée puis pour récidive. Pendant son absence, sa mère est morte de chagrin tandis que son jeune frère William prenait le même chemin que lui. Raphaël, à sa libération, entraîne celui-ci dans leur premier braquage en commun, une bijouterie de la place Vendôme, avec la complicité d’un jeune couple.

L’affaire tourne mal, un policier et une passante sont tués, et William est grièvement blessé.

Leur cavale devient pour Raphaël une véritable course contre la montre : il faut sauver son frère. Les quatre fuyards atterrissent à quelques heures de Paris, et trouvent le numéro d’une vétérinaire, Sandra, qu’ils prennent en otage chez elle, dans sa ferme isolée, et forcent à soigner William. Sa vie contre celle du braqueur. C’est dans cet état d’esprit que Sandra doit opérer dans son salon, sans trembler, elle qui n’est pas chirurgienne.

Mais les jours passent et William n’est toujours pas en état de reprendre la route. Et lorsque le mari de Sandra prévient sa femme de son retour, tous attendent. Les uns de le prendre également en otage et Sandra d’être sauvée… ou peut-être autre chose…

Critique : 
Une fois de plus, madame Giebel vient de me lessiver, de m’essorer, me broyer, me concasser, me laminer, me laissant à la fin dans un état pitoyable, les larmes aux yeux.

Ceci est un livre fort, pas conseillé aux gens sensibles… Sauf si ils veulent passer à un autre genre.

Une écriture qui fait mouche, des phrases qui claquent, un scénario qui ne vous laisse aucun répit, un huis-clos oppressant qui fera basculer toutes vos certitudes…

C’est ça la marque de fabrique de cette auteure : d’une situation bien claire telle que « Quatre braqueurs, dont un blessé grave, qui viennent de réussir le casse du siècle – qu’à côté le Glasgow-Londres commence à rougir – et qui se réfugient chez une pauvre vétérinaire seule durant quelques jours, l’obligeant à recoudre le blessé et lui menant la vie dure » l’auteure peut changer toutes les cartes et vous faire chavirer dans un scénario qui fera capoter totalement vos petites certitudes du départ, vos empathies sur les personnages et toussa toussa…

Sérieux, quel serait le comble pour une bande de braqueurs, une bande de loups enragés, prêt à tout parce qu’ils ont des millions en bijoux, un blessé dont le frère ne veut pas le laisser dans cet état, et qui font irruption dans une bergerie où une femme – faible mouton – se trouve toute seule durant quelques jours, son mari étant absent ??

Le comble du comble pour ces loups affamés et sans émotions, infiltrés dans une bergerie serait que… Non, laissez tomber, vous ne trouverez pas !

Madame Giebel excelle dans l’art de nous rendre sympathiques des personnages qui seraient détestables de prime abord. J’avais déjà tremblé pour Marianne dans « Meurtre pour rédemption », alors qu’elle était une criminelle recluse, et ici, j’ai tremblé pour des êtres que je n’aurais pas voulu croiser au détour d’une bijouterie ou d’une banque.

Le huis-clos est oppressant, tendu, mais le dernier quart est le plus dur à lire, c’est celui qui fait le plus mal, la violence abjecte devant notre lot permanent dans ces pages.

« La douleur est une bonne compagne, fiston. Parce qu’elle est la plus fidèle qui soit. »

Certains hurleront à la surenchère de violence, mais moi, je dis « non, elle est logique » et on nous laisse souvent imaginer ce que fut le calvaire plutôt que de nous l’écrire.

Et ce n’est que le début, les prémices d’un jeu qui ne connaît qu’une issue. Un jeu dont il a truqué les règles, où la proie n’a aucune chance. (…) Il lui enlèvera tout ce qu’elle a. Absolument tout. La mettra à nu, l’écorchera vive. Jusqu’à ce qu’il ne reste que son essence. Puis jusqu’à ce qu’il n’en reste rien.

Moi, j’ai vibré, j’ai tremblé, j’ai espéré… et quelques larmes j’ai versé.

Il est des personnages de ce livre que je ne suis pas prête d’oublier de sitôt.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014).

Lignes de sang : Gilles Caillot

Titre : Lignes de sang                                                big_3-5

Auteur : Gilles Caillot
Édition : du Toucan (2012)

Résumé :
Richard Granjon, écrivain à la dérive, voit dans son prochain roman l’ultime chance de relancer sa carrière. Isolé dans une maison de campagne, il veut que son texte soit noir, angoissant, sanglant, aux antipodes de ses précédents livres, plutôt édulcorés.

Mais la tranquillité de sa retraite va être soudainement ébranlée. Via d’obscurs réseaux du web, il est manipulé et poussé à bout par un mystérieux tueur dénué de toute humanité. Sa période d’écriture se transforme petit à petit en véritable cauchemar.

De leur côté, les lieutenants Depierre et Amarante de la Criminelle de Lyon, traquent depuis longtemps un homme qui sème sur sa route des cadavres de jeunes femmes, horriblement mutilés. L’enlèvement de Camille, leur coéquipière, les précipitent en enfer.

A la frontière du virtuel, commence alors leur enquête la plus terrifiante…

POLAR - hostel-chapitre-2-hostelCritique : 
La préface d’Aurélien Molas nous signalait que si le thriller n’a jamais acquis ses lettres de noblesse comparé à la littérature noire, certains thrillers possèdent des formes et du fond tout en étant efficaces et sont assez sombres pour nous prouver que certains auteurs peuvent exceller dans le thriller noir. Il ne me restait plus qu’à découvrir tout cela.

On m’avait prévenu que ce livre était glauque, malsain à souhait, avec des scènes parfois insoutenables et il a fait honneur à sa sulfureuse réputation. Un qualificatif pour ce thriller pourrait être « dérageant & glaçant ». Deux qualificatif pour le prix d’un, oui (offert par la maison).

En effet, ce thriller respecte les codes habituels : des chapitres courts qui pulsent et qui sont alternés pour faire monter le suspense et la frustration, des cliffhangers en-veux-tu-en-voilà, une intrigue bien menée (bien que l’on comprenne à un moment donné QUI est le coupable) sur un scénario original, de l’hémoglobine et quelques scènes de violences que Jack The Ripper aurait aimé…

Bref, l’auteur connait les codes du thriller et joue avec. Au passage, il joue aussi avec nos nerfs en stoppant ses chapitres sur du suspense et en nous reportant la suite quelques chapitres plus tard. Sadique.

Niveau des personnages, on en a assez bien mais on s’y retrouve facilement dans tout ce petit monde. Par contre, le flic doit-il toujours être torturé, alcoolo, dépressif, sans vie sociale ou de famille ? Là, c’est un peu le cliché habituel ces derniers temps.

Certains policiers manquent aussi un peu de profondeur, on ne s’attache pas vraiment à eux, hormis Camille. À certains moments, je les ai même trouvé un peu lourd et patauds dans leur enquête et si un certain Jack n’avait pas été aussi sympa, ils pataugeraient encore dans la gadoue.

Par contre, pour le Méchant, il est bon, intelligent, sadique, pervers, manipulateur et aussi grand stratège qu’un Napoléon. Et je dois absolument me renseigner afin de vérifier qu’il est bien possible de retrouver les véritables adresses IP des utilisateurs ainsi que leurs adresses (on n’est jamais trop prudente)… Brrrr !

Ce qui m’a plu, dans cette intrigue, c’est la tension que l’auteur fait monter assez vite et qu’il entretient tout au long de la lecture, ainsi que l’incursion de l’enquête dans l’univers virtuel : Second Life, un métavers (univers virtuel), existe bel et bien.

La violence est présente et je déconseille ce livre aux lectrices sensibles et aux amateurs de « Oui Oui & Tchoupi en vacances chez les Bisounours ». Parce que dans ce livre, ça tue et ça ne tue pas « propre », si vous voyez ce que je veux dire. Ça joue aussi avec les victimes et ce n’est pas beau à voir.

« Il avait pris tout son temps, comme toujours. Explorant les frontières de la souffrance, s’en délectant. Augmentant de façon progressive la puissance de ses coups et les outrages qu’il lui faisait subir. Il l’avait sentie l’implorer. Cette lueur dans les yeux, il la connaissait parfaitement, maintenant. Et contrairement à ce qu’elle espérait, cela lui faisait l’effet inverse. Cette situation l’excitait. Il se sentait puissant. Il avait joué avec elle pendant plusieurs heures et procédé au cérémonial … Puis il l’avait littéralement massacrée. Il avait laissé s’exprimer la violence inouïe cachée au plus profond de lui. Elle avait été à la mesure de la jeune femme. À la hauteur de sa débauche. Ça avait été bon. Oui … Très bon ».

« Quand la lame la traversa dans un craquement effroyable, elle tressaillit sous une violente secousse nerveuse. Étonnamment, ce ne fut pas tant sa propre douleur qu’elle ressentit mais plutôt la souffrance de l’homme qui avait partagé un morceau de sa vie… »

Moi, les scènes plus « gore » ne m’ont pas dérangée, j’ai fait quelques « beurk, c’est dégueulasse » mais ça ne m’a pas empêché de manger ou de bien dormir.

Bémol  : les dialogues et la ponctuation. Les dialogues sont parfois trop nombreux au détriment de la profondeur des personnages, de leur psychologie et certains sont même en déséquilibre avec le reste, suite à l’utilisation d’un langage peu étoffé.

Pour la ponctuation, des fins de dialogue avec des « !! » ou des « !? » à profusion qui ont tendance à alourdir le récit… Si c’est passable dans des commentaires sur le Net, j’ai beaucoup de mal à les voir dans un livre de qualité.

Bon, ces quelques défauts ne m’ont pas empêché de passer un bon moment de lecture et de faire tourner mon adrénaline plein gaz, mais je me devais de le souligner.

Un thriller noir qui respecte les codes tout en les chamboulant un peu, qui a de la forme et du fond, même si la forme aurait pu être encore plus approfondie.

En tout cas, la fin vaut son pesant de cacahuètes. Quel sadisme. J’en redemande, moi, du sadisme pareil.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle. (2013 : Lauréat du prix Intramuros pour le roman « Lignes de sang »).

CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (1)CHALLENGE - À tous prix

La Princesse des glaces : Camilla Läckberg [Saga Erica Falck et Patrik Hedström 1]

Princesse des glaces - LäckbergTitre : La Princesse des glaces                                    big_2

Auteur : Camilla Läckberg
Édition : Actes Sud (2012) / Babel Noir

Résumé :
Erica Falck, trente-cinq ans, auteur de biographies installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise, découvre le cadavre aux poignets tailladés d’une amie d’enfance, Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d’eau gelée.

Impliquée malgré elle dans l’enquête (à moins qu’une certaine tendance naturelle à fouiller la vie des autres ne soit ici à l’œuvre), Erica se convainc très vite qu’il ne s’agit pas d’un suicide. Sur ce point – et sur beaucoup d’autres -, l’inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi, la rejoint.

À la conquête de la vérité, stimulée par un amour naissant, Erica, enquêtrice au foyer façon Desperate Housewives, plonge clans les strates d’une petite société provinciale qu’elle croyait bien connaître et découvre ses secrets, d’autant plus sombres que sera bientôt trouvé le corps d’un peintre clochard – autre mise en scène de suicide.

Petit Plus : Au-delà d’une maîtrise évidente des règles de l’enquête et de ses rebondissements, Camilla Läckberg sait à merveille croquer des personnages complexes et – tout à fait dans la ligne de créateurs comme Simenon ou Chabrol – disséquer une petite communauté dont la surface tranquille cache des eaux bien plus troubles qu’on ne le pense.

PENTAX DIGITAL CAMERACritique : 
Ce n’est pas possible, je dois avoir le mauvais œil avec les polars suédois, moi ! « Le lapin borgne » m’avait déçu, je n’ai jamais accroché à Mankell, « Cyanure », de cette auteure, m’avait moyennement convaincu et là, on peut ajouter ce roman à la liste.

À qui la faute ? À moi qui n’ai jamais su entrer dans le récit ou à l’auteure qui n’avait pas la bonne formule magique pour me captiver et m’entrainer dans son récit ? En tout cas, le résultat est le même : je me suis ennuyée.

Aucune attache avec les personnages, juste du sentiment pour le peintre drogué et le jeune flic, l’inspecteur Patrik Hedström. Rien pour l’héroïne principale, Erica Falck.

Dommage, parce que le pitch avait tout pour me plaire avec la découverte par Erica Falck du cadavre de sa meilleure amie, poignets tailladés, nue dans une baignoire d’eau gelée…

« La maison était abandonnée et vide. Le froid pénétrait le moindre recoin. Une fine pellicule de glace s’était formée dans la baignoire. La peau de la femme avait commencé à prendre une légère teinte bleutée. C’est vrai, elle ressemblait à une princesse, là dans la baignoire. Une princesse des glaces ».

« Les accusations, les mots durs, les injures, rien ne pouvait l’atteindre. Qu’est-ce que c’était, quelques heures d’insultes comparées à des années de culpabilité ? Qu’est-ce que c’était, quelques heures d’insultes comparées à une vie sans sa princesse des glaces ? »

La faute à un rythme lent qui ne m’a pas accroché mais a facilité mon endormissement. Résultat ? Une impossibilité totale à apprécier le roman. J’en suis venue à bout en trichant un peu et en sautant des pages.

Point de vue personnages, ils étaient complexes et bien travaillés, la petite communauté décrite était passée au bistouri afin de mieux plonger dans tous leurs petits secrets inavouables. Niveau psychologique, c’était du bon, mais malgré cela, impossible de me plaire ou de rentrer dans ce roman.

« La haine, la jalousie, l’avidité et la vengeance, tout était enfoui sous un seul grand couvercle produit par le « qu’en-dira-t-on ? ». Toute la vilenie, la petitesse et la méchanceté fermentaient en toute quiétude sous une façade qui se devait d’être toujours impeccable ».

« Le pire n’était pas les coups cependant. C’était de vivre dans l’ombre des coups, d’attendre la fois suivante, le poing suivant. Et le plus cruel était qu’il le savait très bien et qu’il jouait avec sa peur. Il levait la main pour frapper, puis laissait le coup se transformer en caresse et en sourire. Parfois il la frappait sans la moindre raison apparente. Comme ça, des coups venus de nulle part ».

La fin était en demi-teinte, avec un mobile un peu faible, je trouve, malgré la petite révélation. En ce qui concerne le second meurtre, là, c’était bien trouvé. Bref, je pense que je vais arrêter de lire des polars suédois et me concentrer sur les islandais, danois ou norvégiens.

Un bon point par contre pour le dernier paragraphe avec le pensionné. Cette partie m’a fait sourire de satisfaction.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), « Un hiver en Suède » de Mes chroniques Littéraires et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle. (Grand Prix de la Littérature Policière – Etrangère – 2008).

CHALLENGE - À tous prixWinter on the island II CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (1)

Nécrologie : Paul Cleave [Theodore Tate 1]

Nécrologie - CleaveTitre : Nécrologie                            big_2

Auteur : Paul Cleave
Édition : Sonatine (2013) / Livre de Poche (2014)

Résumé :
À la suite d’un drame personnel, Theodore Tate, un ancien flic, s’est reconverti en détective privé. Alors que la police est occupée à chasser le fameux Boucher de Christchurch, le serial killer qui terrorise la ville, c’est lui qu’on mandate pour s’occuper d’une banale exhumation, celle du corps d’un directeur de banque dont la veuve est suspectée d’homicide.

Là, un glissement de terrain accidentel révèle la présence de trois cadavres immergés dans le lac qui borde le cimetière. S’agit-il de victimes du Boucher, ou bien un autre tueur en série est-il à l’œuvre ?

Lorsqu’en plus on découvre dans le cercueil, à la place du corps de l’honorable banquier, celui d’une jeune inconnue, c’est le début d’un engrenage infernal pour Theodore qui va devoir découvrir seul la vérité sur cette affaire. Avant que la police ne découvre la vérité sur lui… et sur ses terribles secrets.

Après Un employé modèle, Paul Cleave nous emmène une nouvelle fois arpenter la face obscure de Christchurch, où, en dépit des apparences si tranquilles, même les morts ne sont plus en sécurité. Noir et glaçant.

POLAR - CimetièreCritique : 
M’étant délectée avec « Un employé modèle », c’est tout naturellement que je me suis tournée vers cet autre ouvrage de Paul Cleave.

Force m’est de constater qu’il n’est pas du même niveau que le précité et que je me suis même surprise à m’ennuyer durant ma lecture…

Pourtant, tout avait bien commencé… Pensez, je me trouvais dans un cimetière (une fois de plus) en compagnie du détective privé Théodore Tate, et nous supervisions une exhumation.

Deux ans plus tôt, l’enquête avait été bouclée par Tate, alors flic, mais notre banquier, mort de manière « naturelle » aurait peut-être été empoisonné par sa femme. On était là, tranquille, à regarder les employés faire leur job et déposer le cercueil sur le pont arrière de la camionnette. Tiens, un glissement de terrain près du lac…

Bloup, bloup, à fait l’eau à côté de nous. Tate est allé voir, m’entrainant dans son sillage. Bigre, des corps qui remontent à la surface. À peine le temps de dire « ouf » que voilà le gardien du cimetière qui monte à bord de la camionnette et démarre plein gaz, perdant le cercueil par la même occasion… Oh, tiens donc, que vois-je ?? Le banquier n’as pas de bourses puisque c’est une jeune fille qui occupe le cercueil. Oups !

Si le début était prometteur (les 200 premières pages), à un moment donné, j’ai légèrement décroché. La narration au présent (que je déteste) et la profusion de nombreux « je » m’ont irrité (certains auteurs savent pourtant ne pas m’irriter avec ce style de narration).

Niveau personnages, le détective Tate est torturé, la vie ne l’a pas épargné, malgré tout, je n’ai pas ressenti de grande empathie pour lui. Alors que j’avais adoré le Boucher de Christchurch, je n’ai rien ressenti pour le détective.

Le personnage était travaillé, mais il manquait de sympathie, je trouve. Borderline – il l’est à fond – notre détective à même réussi à m’horrifier quelques fois par son comportement inconséquent et son culot certain, ayant même tendance à adopter certains des comportements qu’il reprochait aux autres (et quand il a un reproche, ma foi, ça dépote).

En tout cas, dans le roman, Tate aura son lot de situations tordues, cocasses et de case « prison ». Le plus drôle c’est qu’il se fera appréhender pour un délit dont il n’est pas coupable.

Divisé en deux parties (l’enquête en premier lieu, la seconde se déroulant un mois après la fin de la première partie avec un Tate qui a l’air de se foutre de tout), c’est un morceau du second récit qui ne m’a pas vraiment emballé.

Le rythme général est assez lent – le roman étant plus psychologique que policier, dans le fond – mais là où d’habitude le polar psychologique ne me pose pas de problème, ici, je baillais profond et j’ai parfois dû m’accrocher ou lire en diagonale…

Malgré tout, la fin est excellent et je ne l’avais pas vu venir. Les ramifications étaient profondes, tordues, bien pensés et m’ont sciées.

Une lecture en demi-teinte… À vous de vous faire votre propre avis.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba.

CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (1)

Bilan Livresque : Janvier 2014

BILAN - Pile de livresVoilà, une autre année qui s’est finie et une autre qui recommence ! L’éternelle question sera de savoir de quoi mon année 2014 sera faite du point de vue « lecture »…

Voir aussi si je vais réussir à remplir tous mes challenges, bien que celui de « Il était une fois dans l’Ouest » n’a pas encore un seul billet, que celui de « Thrillers et polars 2013/2014 » soit déjà bien rempli et que j’ai rempilé pour le « My Self 2014 » en essayant de poursuivre ma lecture des auteurs russes. Mais il reste tout les autres.

Et ma PAL Noire, va-t-elle encore diminuer ? La fin d’année 2013 ne fut pas folichonne niveau PAL Noire… Bon, j’en ai décimé 14 contre 16 en 2012 (et dans les 14, je ne dois pas en compter 2 puisqu’ils font partie d’une série dont je n’ai pas aimé le premier tome = 12).

Le but sera aussi de dépasser 2013 qui avait vu défiler 116 romans : point de vue lecture, c’était bien rempli (2012 n’en comportait que 96).

 Une affaire à suivre, donc !

Mon Bilan Livresque de Janvier est de 8 livres dont 1 PAL Noire. Certains ont été lu plus vite que d’autres parce qu’ils ont été de véritable page-turner…

Niveau coup de cœur, le mois de janvier est bien rempli avec ses 4 super romans qui m’ont marqué et 2 autres que je vais oublier bien vite.

J’ai entamé le mois avec un roman se passant en Mongolie, « Yeruldelgger » de Yan Manook (ICI) qui fut mon premier coup de cœur du mois. Le corps enfoui d’une enfant, découvert dans la steppe par des nomades mongols, réveille chez le commissaire Yeruldelgger le cauchemar de l’assassinat jamais élucidé de sa propre fille.

Un roman noir qui nous dépayse, un roman au scénario travaillé, servi par un écriture très agréable à lire. On vit l’enquête et on ressent les coups durs avec les personnages, certaines scènes étant plus violentes que d’autres (âmes sensibles…).

Dans le cadre d’une LC, j’ai sorti un petit roman de Karine Giebel « Terminus Elicius » (ICI). Dans le train, Jeanne entame une correspondance amoureuse avec un tueur en série.

Le roman est court, juste 250 pages : pas de temps mort. Suivre les pensées, les interrogations, les angoisses, les joies et la vie minable de Jeanne furent un moment fort, impossible de décrocher. Une belle écriture, un scénario bien pensé, bien pesé, un personnage central différent de ce que l’on pourrait croire, un récit bien rythmé et des palpitations cardiaques avec Jeanne, dans le train.

Un second coup de coeur avec un polar glacial puisque se passant en Laponie, durant l’hiver… « Le Dernier lapon » de Olivier Truc (ICI) fut un superbe voyage. Voyez-vous même : Kautokeino, un grand village sami au milieu de la toundra. Dans la nuit le tambour est volé et ensuite, c’est la mort d’un éleveur de rennes qui ne va rien arranger à l’affaire.

L’écriture est agréable, riche, envoutante et les personnages attachants. Le récit, au départ, est flou, on ne voit pas à quoi on a affaire, ensuite, l’image se met peu à peu en place et on passe à quelque chose qui prend doucement forme, jusqu’à ce que les dernières pièces vous révèlent une trame complexe. J’ai eu du mal à déposer le roman une fois que j’ai eu fini… Il était profond.

Une grosse déception avec « Le Lapin borgne » de Carrlson (ICI). Quatrième de couverture trompeur, rythme de narration lent et ennuyant, les dialogues, rédigés à la première personne, sont d’un ennui profond et les phrases d’une platitude absolue.

Heureusement que le suivant fut un autre coup de cœur ! Doublé d’un coup de pied au cul… « C’est dans la boîte » de Frédéric Ernotte (ICI).

Jeff Marnier est flic et accro à un site Internet. « La boîte noire ». C’est un endroit sombre. Un repère de flics. Marnier s’est inscrit à un concours nommé « La ronde des boîtes ». Un huis-clos entre huit flics dans un chalet paumé… Chacun doit rassembler dans une boîte à chaussures 5 objets/indices concernant une affaire élucidée ou non et les autres devront deviner l’affaire.

L’auteur manie bien la plume, le rythme ne souffre d’aucun temps mort, tout est fluide, un peu de glauque bien dosé et de l’humour noir subtil.  De plus, il m’a surprise d’une autre manière ! Magnifique ! Pervers ! Dingue ! Le coup de pied au cul par excellence. Des romans de cette veine, j’en redemande.

Dans le cadre de mes relectures de bédés, je vous parlerai de l’album « Les Quatre de Baker Street – T1 – L’affaire du rideau bleu » de Djian, Legrand et Etien (ICI). Je relis souvent mes bédés, mais je ne fais pas toujours une critique.

Ensuite, j’ai pris la direction de Saint-Émilion qui venait de basculer dans l’horreur suite à l’assassinat du curé… « AOC – Assassinats d’Origine Contrôlée » de Richard Le Boloc’h, Éric Le Boloc’h & Yann Marchesseau (ICI) m’a douché après l’excellente lecture que je venais de faire. Ici, on aurait pu avoir l’ivresse, mais bien que la bouteille était prometteuse, le contenu était de la piquette. Seule la fin était bien… (PAL Noire).

Le gros gros coup de coeur du mois est pour « REFLEX » de Maud Mayeras (ICI). Ce livre, c’est fort, ça percute et ça t’uppercutte ©. Une tuerie  !! Une putain de saloperie de tuerie… un truc de fou, un coup de cœur doublé de je ne sais combien de coups de pieds au cul et de décharge de chevrotines dans mes tripes…

Depuis le temps que je me devais de découvrir cet auteur dont on m’avait tant parlé… Voilà que c’est fait, maintenant : je suis dépucelée ! Sire Cédric et  « L’enfant des cimetières » (ICI) sont enfin passé dans mes mains. J’en suis bien contente.

Un fossoyeur pris d’une folie hallucinatoire vient de massacrer sa femme et ses enfants, avant de se donner la mort. David, photographe de presse se rend sur les lieux… Le lendemain, un adolescent, se croyant poursuivi par des ombres, menace de son arme les patients d’un hôpital et tue Kristel, la compagne de David. Mais qui est à l’origine de cette épidémie meurtrière ?

Une écriture qui pulse, des démons qui s’échappent des pages, des cadavres pas toujours en un seul morceau, de la cervelle qui adhère aux murs, des ombres qui vous grignotent par petits morceaux, des signes cabalistiques tracés au sol, c’était la recette qu’il me fallait pour m’évader dans un autre monde. Faut aimer le fantastique, aussi…

J’aurais pu avoir un 9ème : « Nécrologie » de Paul Cleave. Entamé mais pas terminé pour la dead-line du 31 : il en était à la moitié lorsque sonna minuit… Il est à moitié lu mais sa chronique sera pour dans quelques jours… et sera comptée sur février.

Bilan Lecture Janvier : 8 livres (dont 1 PAL Noire)

  1. Yeruldelgger  : Yan Manook (« Thrillers et polars »)
  2. Terminus Elicius : Karine Giebel ( « À tous prix »)
  3. Le Dernier lapon : Olivier Truc ( « À tous prix »)
  4. Le Lapin borgne : Carrlson (Un Hiver en Suède)
  5. C’est dans la boîte : Frédéric Ernotte (« Thrillers et polars »)
  6. Quatre de Baker Street – T1 – L’affaire du rideau bleu : Djian, Legrand et Etien (« Thrillers et polars » / « Polar Historique » / « Sherlock Holmes » / « Victorien » / « À tous prix » / « I Love London 2 » / « XIXè siècle »)
  7. A.O.C : Le Boloc’h/Marchesseau (PAL Noire) (« Thrillers et polars »)
  8. Reflex : Maud Mayeras (Challenge « Thrillers et polars »
  9. L’enfant des cimetières : Sire Cédric (« Thrillers et polars » / « À tous prix »)
  10. Nécrologie (commencé) : Paul Cleave