Le Diable, tout le temps : Donald Ray Pollock

Diable tout le temps - PollockTitre : Le Diable, tout le temps                             big_5

Auteur : Donald Ray Pollock
Édition : Albin Michel (2012)

Résumé :
Dans la lignée des oeuvres de Truman Capote, Flannery O’Connor ou Jim Thompson, un roman sombre, violent et inoubliable sur la condition humaine.

De la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s’entrechoquent. Willard Russell, qui a combattu dans le Pacifique, est toujours tourmenté par ce qu’il a vécu là-bas. Il est prêt à tout pour sauver sa femme Charlotte, gravement malade, même s’il doit pour cela ne rien épargner à son fils Arvin…

Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et prend de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste….

Roy, un prédicateur convaincu qu’il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Theodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

Petit Plus : Donald Ray Pollock s’interroge sur la part d’ombre qui est en chaque individu, sur la nature du Mal. Son écriture est d’une beauté inouïe mais sans concessions. Avec maestria, il entraîne le lecteur dans une odyssée sauvage qui marque durablement les esprits.

POLAR - DevilCritique : 
Ça c’est de la lecture ! Ça, c’est du serrage de tripes ! Ça, c’est du roman Noir de chez Noir ! J’avais fait le voeu d’un coup de cœur, et bien, c’est exaucé !

Certes, vu les échos, je m’attendais à du très trash, mais par rapport à ce que j’imaginais, c’est encore soft (mon imagination est sans limite). Désolé, à force de boire des cafés tellement noirs qu’on ne verrait pas le clocher de l’église au fond de sa tasse, l’esprit s’habitue au Noir… Heureusement, ça ne dure pas longtemps et l’horreur m’a sauté au visage, me prenant les tripes au passage !

Ici, les personnages, des pauvres bouseux, sont bien travaillés et ils risquent de me hanter à vie. Ils sont profonds, on sent bien toute leur misère, leur « innocence » (ils ne sont pas toujours instruit), leurs croyances, leur méchanceté, leurs blessures secrètes…

« Malgré le sacrifice de l’avocat, les os de Charlotte commencèrent à se briser quelques semaines plus tard, de petites explosions écoeurantes qui la faisaient hurler et lui déchiraient les bras. Chaque fois que Willard essayait de la déplacer, elle s’évanouissait de douleur. Une escarre suppurante apparut dans son dos, et s’étendit jusqu’à atteindre la taille d’une assiette. Sa chambre avait une odeur aussi rance et fétide que le tronc à prières. Il n’avait pas plu depuis un mois, et la chaleur se maintenait. Willard acheta d’autres agneaux au parc à bestiaux, et versa des seaux de sang autour du tronc jusqu’à ce que cette pâtée boueuse leur monte par-dessus les chaussures ».

Le panel est varié : des salopards; des pauvres types irrécupérables qui ont le mal chevillé au corps, le sadisme charrié par leur sang; des fous qui entendent Dieu dans le fond de leur placard; des photographes qui n’auront jamais leur reportages publiés dans National Géographic; un prédicateur qui aime manier le goupillon et répandre sa semence maudite dans des cavités où il n’avait pas le droit d’aller…

« Un jour, pensa-t-il, s’il la gardait, il devrait lui apprendre à lire. Il avait récemment découvert qu’il pouvait durer deux fois plus longtemps si l’une de ses jeunes conquêtes lisait le Saint Livre pendant qu’il la prenait par-derrière. Preston adorait la façon dont elles haletaient sur les textes sacrés, la façon dont elles commençaient à bafouiller, à arquer le dos et à lutter pour ne pas se tromper de ligne – car il pouvait se fâcher vraiment quand elles lisaient mal – juste avant que son « bâton » n’explose ».

La plume de l’auteur est acérée, sans complaisances et on s’enfonce de plus en plus dans un noir d’encre d’où on sortira ébranlé à la fin de ces 370 pages de noirceur, remplie de manque de morale de certains représentants de la loi ou de l’église. Oui, l’Homme, dans ce qu’il a de pire, menait la danse.

« Bodecker fit un pas derrière lui et lui tira une balle dans la nuque. Maintenant, Tater lui devait cinq mille dollars, mille de plus que ce que le shérif lui avait demandé la première fois. Ce sadique de Coonrod avait tabassé une des meilleures putes du club de strip-tease de Tater, il avait essayé de lui arracher l’utérus avec une ventouse pour déboucher les toilettes. Ça avait coûté trois cent dollars de plus, pour qu’on lui refourre le tout à l’intérieur. Bodecker était le seul capable de mettre un terme à cette affaire ».

Une vraie lecture marathon, les mains tremblantes, me gavant de toutes ces pages, mais sans en redemander une de plus. À la fin, j’étais KO. Uppercuttée.

Au départ, une fois la première partie terminée, je pensais avoir affaire à toutes des histoires différentes, sans relations aucune, puisque l’on commençait avec d’autres personnages.

Mais, s’il semble n’y avoir aucune corrélation entre un gamin qui a vu sa mère mourir à petit feu et un couple qui tue les autostoppeurs, et bien, croyez-moi, il y en a ! Les trois récits ont beau être parallèles, ils ne se priveront pas de se rejoindre. Et ça là que le diable vous dira ♫ Pleased to meet you hope you guess my name ♪

Trois récits noirs. Trois univers rempli de violence, de sexe, de sang et de violence… Parfois aussi de tripes.

Arvin… Je me suis attachée à ce personnage au point que j’ai eu du mal à refermer le livre, bien que je fusse soulagée, tant il m’avait oppressée.

Une lecture qui restera gravée dans ma chair, marquée au fer rouge ! Seul problème, c’est que c’est addictif… on en redemande, des livres tels que celui-là !

« Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014),  Le « Challenge US » chez Noctembule et le challenge Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Meilleur livre de l’année 2012 par le magazine Lire).

CHALLENGE - À tous prixCHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (2)CHALLENGE - US

Coup de coeur

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Descente en bouquineries : ça va pas aider ma PAL… Non, ça c’est sûr !

PAL - MordorRhôôô ! J’ai presque honte de l’avouer, mais ayant deux semaines assez « hard » niveau boulot, sans compter des plantages de PC, une montagne de paperasses qui m’a rendue allergique à tout papier (sauf le PQ, ouf) et une grosse fatigue vendredi soir, j’avais envie de me faire plaisir tout en profitant du soleil de cette fin de mois de mars.

La chasse (ou la pêche, c’est selon vos loisirs) fut bonne !! La moisson de livre était telle que je me suis abstenue de faire les deux autres bouquineries.

À ma décharge, le sac était chargé de 19 livres et pas que des poches ! Et que des occases 😉

  1. Mention Michael : Adieu Demain
  2. Cook Robin : J’étais Dora Suarez
  3. Hillerman Toni : Le vent sombre
  4. Dickinson : Quelques morts avant de mourir
  5. Ellroy : Le grand nulle part (Le Quatuor de Los Angeles, T2)
  6. Ellroy : White Jazz (Le Quatuor de Los Angeles, T4)
  7. Ellroy : Clandestin
  8. Ellroy : À cause de la nuit (La trilogie Lloyd Hopkins, T2)
  9. Bill Franck : Chiennes de vies – Chroniques du Sud de l’Indiana
  10. Favan : Le tueur intime
  11. Favan : Apnée Noire
  12. Harrison : Manhattan Nocturne
  13. Camut & Hug : W3 – Le sourire des pendus
  14. Norek : Code 93
  15. Ledun : L’homme qui a vu l’homme
  16. Molfino : Monstres à l’état pur
  17. Colette : Un vent de cendres
  18. Corbett : Une certaine vérité
  19. Mc Bain : Mourir pour mourir

À cause de la nuit - Ellroy Adieu Demain - Mention - RN Apnée Noire - Favan Chienne de vie - Bill Franck - Folio Clandestin - Ellroy Code 93 - Norek Grand nulle part - Ellroy Homme qui a vu l'homme - Ledun J'étais Dora Suarez - Cook Manhattan Nocture - Harrison Monstres à l'était pur - Molfino Mourir pour mourir - Mc Bain Quelques morts avant de mourir - Dickinson Tueur intime - Favan Un vent de cendres - Colette Une certaine vérité - Corbett Vent Sombre - Hillerman W3 Le sourire des pendus - Camut Hug White Jazz - Ellroy

Le sang des pierres : Johan Theorin [Saga Quatuor de l’île d’Öland 3]

Sang des pierres - Johan Theorin
Titre : Le sang des pierres                                  big_2-5

Auteur : Johan Theorin
Édition : Le Livre de Poche (2013)

Résumé :
À la fonte des neiges, les gens du continent regagnent l’île d’Öland. Peter Mörner s’est installé dans la maison familiale, pour trouver la paix, loin de son père.

De sa luxueuse villa, Vendela Larsson regarde cette lande dont elle connaît tous les secrets. Gerloff, vieux loup de mer, a voulu revoir, peut-être pour la dernière fois, le soleil de son enfance…

Mais la mort rôde en cette nuit de Walpurgis qui célèbre traditionnellement la fin de l’hiver, et les drames du passé, dont témoigne la couleur rouge sang de la falaise entre la carrière et la lande, resurgissent…

Petit plus : Après le brouillard d’automne de « L’Heure trouble », l’hiver, saison du deuil, de « L’Echo des morts », Johan Theorin tresse ici un suspense virtuose où se mêlent présent et passé sur fond de réveil printanier des forces de la nature.

L’intrigue balance entre le présent de l’île et son passé pauvre et ténébreux, peuplé de noyés, de fantômes, d’elfes et de trolls. Pourtant, l’histoire parvient à se maintenir jusqu’au bout à la lisière du surnaturel sans jamais la franchir tout à fait.

Sang des pierres - ThéorinCritique : 
Deux suédois enfilés l’un après l’autre, c’est un peu indigeste… Je parle, bien entendu, de lire deux polars suédois l’un après l’autre ! Surtout que ce roman, comparé au précédent, n’est pas un foudre de guerre niveau rapidité de l’action.

L’auteur prend vraiment son temps pour nous amener là où il veut nous conduire et ça n’a tenu qu’à un cheveu de fées si je n’ai pas lâché ce roman après 100 pages, tant j’attendais – en vain – un cadavre !

« On peut mener un cheval à l’abreuvoir, mais on ne peut pas le forcer à boire » dit le dicton… mais puisque j’étais à l’abreuvoir, je me suis dit qu’il serait bête de ne pas continuer afin de voir ce qui lui valait l’étiquette rouge « Prix des lecteurs – Sélection 2013 ».

Rien de neuf sous le soleil de minuit avec ce polar qui se déroule sur l’île d’Öland, mais je ne regrette pas de m’être accrochée parce que le final est plus trépidant que tout le reste et niveau action, ça bougeait plus que le postérieur d’une danseuse de samba quadragénaire. Ce qui n’est déjà pas si mal, comparé au départ !

Les deux premiers crimes, ici, seront dû à un incendie criminel et c’est Peter Mörner, personnage principal, qui va mener sa petite enquête, plus pour en apprendre sur son père que pour en découvrir l’auteur. Il faut dire qu’il connait peu son père qui avait des activités un peu… Non, non, je ne dirai rien de ses activités, z’avez qu’à lire le livre, tiens !

Tiens, un autre crime ! Ah, il était temps !

Niveau personnages et contrairement au revêtement Téfal, ils sont très attachants, c’est d’ailleurs une des choses qui m’avait incité à poursuivre ma lecture.

Nous avons plusieurs personnages qui sont récurrents, sur cette île d’Öland, et j’ai apprécié que, durant la narration, nous fassions des petits crochets dans le temps, lorsque l’un ou l’autre des protagonistes se souvient de son jeune temps.

L’écriture est « simple », autrement dit, sans chichis, sans phrases alambiquées et les références aux fées et aux trolls sont légion, dans cette partie de la lande de l’île.

Bref, un roman agréable, aux atmosphères creusées (mais j’ai déjà lu des atmosphères plus mieux), assez lent, même si, a contrario, je l’ai lu en peu de temps. Par contre, je ne lui accorderai pas le « prix des lecteurs ».

Lu et passé un bon moment, mais sera oublié d’ici peu. Et puisque la légende raconte que sur cette île d’Öland, il suffit de faire un vœu en déposant une offrande pour les fées dans le creux d’une table en pierre, et bien, j’ai fait le vœu d’avoir une lecture « coup de cœur » pour le prochain livre.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (prix des lecteurs 2013 – sélection)  et  « Un hiver en Suède » de Mes chroniques Littéraires (plus au Marathon Lecture organisé par elle-même le 22 & 23 mars 2014).

CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (2)Winter on the island IICHALLENGE - À tous prix

Hanna était seule à la maison : Carin Gerhardsen [Saga Katarina Ewrlöf 2]

Titre : Hanna était seule à la maison                               big_3

Auteur : Carin Gerhardsen
Édition : 10/18 (2013)

Résumé :
Les policiers du commissariat d’Hammarby doivent agir vite.

En très peu de temps, deux affaires de meurtre échouent sur le bureau du commissaire Conny Sjöberg. Une jeune fille, issue d’une famille à problèmes, est étranglée sur un ferry qui fait la liaison entre Stockholm et la Finlande.

Sa petite sœur de 14 ans se retrouve seule, confrontée à une situation qu’aucune adolescente ne devrait connaître. En faisant son jogging, l’inspectrice criminelle Petra Westman découvre au milieu des buissons un nourrisson dans un état d’épuisement avancé, à proximité du cadavre d’une femme sans aucun papier d’identité.

Au même moment, une petite fille de 3 ans se réveille et découvre qu’elle est seule chez elle. Son papa est en voyage à l’étranger et sa maman est sortie avec son petit frère. Hanna se retrouve sans personne, enfermée à clé dans l’appartement familial.

Et le temps s’écoule…

Critique : 
Non mais allo quoi ? C’était donc si difficile de trouver un polar suédois qui m’enchante enfin ?? Apparemment, oui. Heureusement qu’il y a eu ce polar pour me réconcilier tout à fait avec les grands blonds aux yeux bleus (pax suédoise avait commencée avec le polar précédent « Du sang sur la Baltique).

Le livre commence par une scène d’inceste entre un père et son fils. Nous sommes en 1964 et nous n’en saurons pas plus lorsque le chapitre premier s’ouvre sur 2007 pour nous présenter toute une brochette de personnages.

On passe d’une famille où la mère se la joue « alcoolo cool », laissant ses filles vivre comme elles le veulent à une mère qui ne sait plus à quel « sein » (le gauche ou le droit) se vouer pour que son bébé, qui a une angine, cesse enfin de pleurer. Nous avons aussi un grand garçon de 24 ans qui se fait tabasser par son père, deux flics qui boivent une bière et la famille du commissaire Conny Sjöberg.

C’est assez touffu au début et ce n’est qu’au fil de la lecture que tout s’imbriquera parfaitement, nous démontrant qu’une connerie d’ado peut avoir des conséquences fâcheuses et entrainer tout le monde dans un sacré Tsunami.

L’écriture, au présent, est passée toute seule, les personnages étaient agréables et l’intrigue bien ficelée. Oui, je me suis laissé surprendre et j’aime ça.

Les pages se tournaient toutes seules et des 75 pages lues au début, les 275 autres le furent d’une traite (c’était un marathon lecture, mais le bouquin était un vrai page turner).

Une vraie lecture plaisir, avec du suspense, deux enquêtes dont on veut en savoir plus, et leur alternance fait que l’on ne s’ennuie jamais, même lorsque que des parties de chapitres sont consacrées à la vie des personnages. Sans oublier les passages avec la petite Hanna, seule à la maison… Angoissant !

Bon, une petite réclamation au sujet de la petite Hanna, justement, qui a presque 4 ans : elle avait plus de chance de se faire mordre par une chauve-souris enragée que de tomber, en appuyant au hasard sur les touches du téléphone, sur une gentille personne telle que Barbro, prête à la croire à retourner toute la ville de Stockholm pour la retrouver à l’aide de maigres indications.

Autre point négatif : le roman se termine un peu en queue de poisson, sans que l’on sache ce qui va arriver à certains personnages. La suite au prochain épisode ? Sans doute. Et je serai là.

Bref, une lecture vraiment super, sans pour autant transcender le genre. Plaisant et addictif.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et  « Un hiver en Suède » de Mes chroniques Littéraires (plus au Marathon Lecture organisé par elle-même le 22 & 23 mars 2014).

Winter on the island IICHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (2)

 

L’Évangile du bourreau : Arkadi & Gueorgui Vaïner

Titre : L’Évangile du bourreau

Auteur : Arkadi & Gueorgui Vaïner
Édition : Gallimard (2005) 

Résumé :
Pavel Egorovitch Khvatkine, « honnête » professeur de droit, croyait bien avoir échappé à son passé d’ancien membre très influent des sections spéciales du KGB à la toute fin du règne de Staline.

Or, lors d’une soirée bien arrosée, surgit un homme se prétendant « gardien des fourneaux de l’enfer » et venu lui demander des comptes sur sa carrière passée…

Pavel, autrefois haut responsable des sections spéciales du KGB dans les années 1940, a été au coeur du système stalinien, en particulier de la répression sanglante contre les intellectuels juifs et du fameux “complot des blouses blanches”.

On a longtemps affirmé que le roman policier n’existait pratiquement pas dans l’ex-URSS.

Écrite à la fin des années 1970 par les frères Vaïner, mais publiée seulement après la chute de l’URSS, cette plongée terrifiante dans l’univers totalitaire soviétique pourrait bien être la remarquable exception qui confirme la règle.

Longtemps tenu secret, « L’Évangile du bourreau » est une peinture sidérante du système répressif soviétique sous Staline, a fait sensation lors de sa première publication en ex-URSS.

Sa langue faite de russe classique et d’argot des bas-fonds comme son étonnante galerie de bourreaux parfaitement intégrée dans un suspense romanesque font de ce livre un thriller inoubliable.

Biographie des auteurs :
Russes d’origine juive et juristes de formation, les frères Arkadi et Gueorgui Vaïner font partie des plus célèbres auteurs de romans noirs de leur pays.

Critique : 
Que voilà une critique difficile à écrire… D’un côté, nous avons un roman d’un noir profond, une descente horrifiante dans la Russie du camarade Staline, un pan peu reluisant de ce grand pays, la description d’un système qui fait froid dans le dos et de l’autre, il y a moi qui suis passée à côté du livre !

La profusion de personnages aux noms plus complexes que Dupond-Durand m’ont aidé à me paumer, sans compter que les souvenirs de Pavel Egorovitch Khvatkine viennent s’imbriquer dans le présent, rendant parfois le tout très confus.

Bien que je ne me sois pas forcée à lire les 770 pages, j’ai souvent décroché durant ma lecture.

Et j’enrage de n’avoir pas su m’immerger dans ce roman très sombre parce que je voulais vraiment le découvrir, ayant un faible pour la Russie (pas pour ses dirigeants) et voulant en apprendre plus sur son Histoire sombre.

« La veille encore, Lioutostanski s’esclaffait comme un vampire rassasié. Son bonheur était complet, sans nuages, car l’heure approchait où se réaliserait enfin le rêve de toute sa vie : l’extermination des juifs. Et il tirait un orgueil légitime d’avoir apporté son obole, et pas des moindres, à l’organisation de ce nouvel Armageddon. Seulement, Lioutostanski ignorait qu’il n’était pas du pouvoir des hommes de fixer les limites de l’existence et de décider de l’heure du trépas. Il ne pouvait pas savoir que le Saint Patron s’éteindrait le lendemain, et encore moins ce que cela aurait comme conséquence pour les juifs ou pour lui-même. « 

Attention, les auteurs ne sont pas fautif, je vous rassure de suite. Leurs personnages sont travaillés, très profonds, ni tout blanc, ni tout noir et les auteurs ont été assez intelligents que pour éviter de faire porter le chapeau à l’un ou à l’autre. Ils sont russes avant tout et bien que de religion juive, ils ne font que décrire un système sans le juger. Le lecteur est assez grand pour le faire lui-même.

Niveau méchant, Khvatkine est au dessus du lot ! Un beau salopard, pas vraiment un méchant, non. S’il torturait ou tuait du temps de Staline, c’était parce que c’était les ordres… C’était ainsi et il ne se posait pas de question. Aucun remord, aucun sentiment de culpabilité. Bref, un salaud qui s’ignore et l’utilisation du « je » renforce ce sentiment ignoble, nous donne envie de vomir… Beaucoup plus terrifiant que si c’était à la troisième personne.

« Toutes ces caves de torture étaient un mythe, du perlimpinpin moyenâgeux, dont nous n’avions absolument pas besoin, puisque la Prison intérieure centrale du MGB de l’URSS, qui occupait l’immeuble de cinq étages de l’ex-hôtel, ex-compagnie de cargos Caucase et Mercure, dans la cour du 2, rue Loubianka, et reliée au bâtiment principal par un passage, permettait d’assurer le cycle complet de la sécurité nationale, depuis le travail préparatoire des agents jusqu’à l’arrestation du figurant, depuis le début de l’instruction jusqu’aux aveux complets de l’inculpé, depuis le procès par la Commission spéciale auprès du ministre, la COS, jusqu’à l’exécution du condamné, le tout sans mettre le nez dehors une seule fois. Tout se passait dans un lieu unique! Le rêve du technocrate, le but inaccessible du technicien: une production sans déchets, en circuit fermé, un intestin qui se digère lui-même ».

Les souvenirs de cette époque lui reviennent depuis qu’il a croisé un homme se prétendant être le machiniste de la chaudière de la troisième compagnie des enfers. Notre Pavel Khvatkine est donc un salaud, un manipulateur et n’aurait pas hésité à vous tuer s’il avait reçu l’ordre ou si vous dérangiez ses plans. Bref, un salaud réussi.

Niveau Histoire, les auteurs mélangent de véritables personnages avec des fictifs, rendant le tout cohérent et le final est superbe. La seule manière de clore un récit pareil.

Malgré tout ces points positifs, j’ai souvent perdu mon entrain en suivant le fil de ses pensées, assez décousue, parfois, de Pavel. Pas lorsqu’il parlait de ses exactions, là, j’ouvrais grand mes yeux devant toute cette horreur. Je décrochais surtout lorsqu’il parlait des événements du présent, hormis sur la fin, parce que Pavel m’a prouvé, une dernière fois, qu’il était le meilleur dans son niveau de salaud.

Dommage… Mais tout n’est pas perdu puisque j’en ai appris un peu plus sur cette période remplie d’un tas d’illogismes (accuser un juif d’avoir été un espion infiltré par les nazis… heu ??).

En tout cas, ce n’est pas parce que je suis passée à côté de la moitié du roman que je vais virer les frères Vaïner de ma bibliothèque ou vouer ce roman aux gémonies. Que du contraire, il ira sur les étagères du haut, à côté des autres tout grand.

Il avait vraiment tout pour me plaire, ce roman plus noir que le trou du cul d’un vieux mineur occupé à creuser une galerie, au fond d’une mine, à minuit, par une nuit sans lune (©Frédéric Dard, avec un léger changement car ce n’était pas un mineur). J’ai loupé le train, et ça me désole parce que la coupable, c’est uniquement moi. D’où l’absence de cotation.

Un jour, je reprendrai de roman très sombre, avec l’esprit branché sur la bonne longueur d’ondes !

 « Il arrive souvent que la Boutique désire donner quelque nouvelle à notre brave population : une rumeur fausse mais séduisante, officielle mais incertaine. Dans le reste du monde il y a les journaux pour cela ».

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et le Challenge « Myself II » par Près de la Plume… Au coin du feu.

Le marathon lecture suédois c’est parti ! (suivi)

Bon, ceci est mon premier marathon, mais je ne pense pas que je serai une coureuse de fond…

Faut dire aussi que entre faire les courses, ranger les courses, mettre la lessive à sécher pendant que Chouchou faisait la vaisselle, repiquer mon thym et mon aneth, repiquer aussi le petit cactus que j’ai hérité de ma grand-mère (elle en maison de repos, alors, j’ai pris son petit cactus chez moi), cuire le poisson, dîner (il était 12h30) et mettre tout à jour dans WP et FB… Vous comprenez pourquoi je n’ai que 74 pages de lues à mon compteur ! Et uniquement le matin…

J’ai choisi « Montage rapide des étagères Ikéa«  : de 10h à 22h le samedi  et/ou le dimanche. Bien que « Chroniques Littéraires » ait inventé, rien que pour moi, la catégorie « Je détale quand je vois un suédois, sauf s’il est tout nu »…

Samedi 22 mars : « Hanna était seule à la maison » de Carin Gerhardsen (10/18).

Le pitch du roman : Deux affaires de meurtre échouent sur le bureau du commissaire Conny Sjöberg.

Une jeune fille est étranglée sur un ferry entre Stockholm et la Finlande, et un nourrisson est retrouvé à proximité du cadavre d’une femme sans papier d’identité.

Au même moment, Hanna, trois ans, se réveille et découvre qu’elle est seule chez elle, enfermée à clé dans l’appartement familial.

Et le temps s’écoule…

23h30 (vendredi) : j’ai émergé du divan, les yeux en quiquines de poupousse. Merde, je n’ai pas vu la fin du second épisode de « Elementary » diffusé sur RTL-TVI… alors, à moitié endormie, je me suis brossé les dents et je me suis vautrée avec plaisir dans le lit conjugal, me blottissant contre ma source de chaleur préférée. Marathon de lecture ? Heu, c’était rappé pour minuit !!

06h00 : Vessie au rapport ! Faut éviter de boire du thé au soir… Pipi !!!! Une fois descendue pour vider, je n’avais plus envie de remonter dans le lit, alors, je me suis installé dans le divan pour lire mon livre.

Le livre commence avec une scène assez dérangeante : un père qui tripote le robinet de son fils… Nous sommes en 1964 et on ne sait pas encore à quoi cette scène se rattachera dans le roman…

Mon ventre gargouille… Vite grignoter un morceau et prendre une tasse de café. Hop, on se réinstalle, le livre et moi, bien au chaud sous le plaid, à moitié couché dans le divan, la tasse de café fumante non loin.

06h30 (j’ai pas vraiment regardé la montre) : On est revenu en 2007 et on a fait la rencontre d’une profusion de personnages !

  • Une femme avec son bébé qui hurle et son mari qui est au Japon, pour un séminaire.
  • Un appart, une fête, une mère à moitié beurrée avec sa bonde de loosers et ses filles (une belle, une moche) qui font quasi ce qu’elles veulent. Elles ont le feu au cul, aussi… Surtout la grande de 16 ans qui a déjà un mec de 24 ans.
  • Le copain… Parlons-en, tiens. Son père le brutalise, le fils se comporte comme une lavette, pas fait beaucoup d’études (pour ne pas dire « n’a rien fait), dépend de son père pour vivre et à une mère malade (qu’il doit garder, tu parles d’une vie).
  • Famille Sjöberg : 5 enfants. Tiens, c’est le nom du commissaire sur le quatrième de cover! Ils ont l’air d’une famille « normale ».
  • Petra et Jamal qui boivent un verre. On apprend que Petra est flic aussi.

Jusque là, on ne sait pas encore ce qui va relier tout ces personnages.

7h00 : Plus de café depuis longtemps… J’ai suivi Jennifer (fille chaudasse numéro 1) sur le ferry qui relie Stockholm à la Finlande. Son mec est avec, mais on sent que elle n’en a rien à foutre de lui. Là voilà même qui se fait un plan sexe avec deux hommes de 45 ans !

Voilà, j’en suis arrivée à la page 74 avant de partir pour faire les courses, vers 7h45… Oui, le magasin ouvre trèèèès tôt ! 😉

20h – 23h10 : de la page 74 à la… 308 !! Les 50 dernières seront pour demain matin. J’ai lu avec quelques interruptions, mais je dois dire que le roman se lit facilement, assez vite, qu’on ne s’embête pas et que tout est en train de s’imbriquer !! Là, je suis trop crevée que pour continuer. 😉

Dimanche 23 mars :

7h00 : Levée à cette heure-là et j’ai avalé un petit déj express, pris un mug de café brûlant et j’ai terminé le livre sur les chapeaux de roues !

Aaaah, enfin un roman suédois qui me plaît ! L’intrigue était bien, le suspense était au rendez-vous, les personnages intéressants, le rythme correct (ni trop rapide, ni trop lent). Un chouette moment de lecture, bien que la fin nous laisse avec beaucoup de questions quant au devenir de certains personnages et la découverte d’un complice… La suite au prochain épisode, sans doute… (Ma chronique ICI)

8h00 : montée en haut pour attraper un autre un autre grand blond aux yeux bleus et je suis tombée sur « Le sang des pierres » de Johan Theorin que je me suis empressée de sortir de la biblio dans le but de poursuivre le RAT.

Le pitch ? A Oland, à la fonte des neiges, de nouveaux venus s’installent à Stenvik : Vendela Larsson, qui a grandi sur l’île, occupe avec son mari, écrivain célèbre, une luxueuse villa flambant neuve. Peter Mörner réintègre sa maison familiale avec son fils et son père.

Le vieux marin Gerloff revient lui aussi au village de son enfance, peut-être pour la dernière fois. Les maisons de tous ces arrivants sont bâties, dit une légende de l’île, entre le monde des trolls, au fond de la carrière, et celui des elfes, qui dansent sur la lande. Cette frontière est marquée par une ligne rouge dans la falaise, une veine sanguine, qui a toujours porté malheur.

Et le malheur ne tarde pas à s’abattre sur cette communauté puisqu’on retrouve le père de Peter assassiné…

Après le brouillard d’automne de « L’Heure trouble », l’hiver, saison du deuil, de « L’Écho des morts », Johan Theorin tresse ici un suspense virtuose où se mêlent présent et passé sur fond de réveil printanier des forces de la nature.

De 9h00 à 12h00 : Faut croire que je ne suis pas faire pour les RAT… je me suis préparée mon repas de demain, j’ai rédigé les brouillons de mes deux futurs billets, j’ai regardé avec Chouchou l’émission « Escales » qui nous montrait de la cuisine chinoise bien appétissante, ensuite, on a préparé le Teppanyaki (il a coupé les filets de dindonneau et les légumes, a joué avec ses épices et les sauces).

12h30 à 15h30 : On a mangé et puisque le soleil brillait, après avoir été prendre l’air, je suis restée à la cuisine, dans le soleil, et j’ai rangé mes armoires… parce que entre mes tasses (collection) et mes boites (collection), mon homme ne sait plus où mettre ses épices (il en a tout plein). Donc, j’ai tout rangé et fait de la place, avec une planche rien que pour mes thés !

Bref, j’ai pas encore ouvert le livre ni lu une seule page… Non, je ne suis pas faite pour les lectures non stop. Je le fais d’ailleurs rarement, mais le petit RAT que je viens de faire m’a bien plu et je recommencerai, mais toujours à mon rythme 😉

17h00 : Commencé à lire 46 pages de « Le sang des pierres » et distraite ensuite par des tas de petites choses, tel qu’une émission sur « National Geographic » qui nous parlait de l’origine de l’homme, avec les dinosaures et les bêbêtes qui peuplaient la terre avant les grands dinos de Jurassic Park ! Vous saviez qu’il y avait eu des autres grosses bêtes avant les dinos, vous ??

20h00 : Grand Prix de Moto GP au circuit de Losail, au Quatar et Valentino Rossi a fait deuxième derrière Marc Marquez ! Mon pilote revient sur les devants ! Quoi ? Non, il n’est pas suédois, mais italien… non, le Quatar n’est pas un fjord suédois… Oui, je me suis dissipée de mon RAT, oui, ce n’est pas bien, non, je ne le ferai plus, oui, je vais lire sérieusement, là ! 😉

22h00 : Crevée, je vais au lit… Et je finirai ma lecture demain

Lundi 24 et mardi 25 : j’ai eu un peu de mal à continuer le livre parce qu’il était assez lent, mais le final était plus trépidant, ce qui me fait dire que le livre était « correct » mais sans plus et qu’il ne valait sans doute pas un « Prix des lecteurs 2013 », hormis pour le billet que j’enverrai à Asphodèle !

Ma grosse nique de ce roman est ICI ! Ce qui clôt le challenge « Un hiver en Suède » qui m’a fait passer de bons moments, même si les lectures n’étaient pas toujours au top ! Je le poursuis avec la suite, qui sera consacrée au polars du Nord de manière plus générale, autrement dit, je vais pouvoir sortir mes norvégiens, islandais, scandinaves, de ma PAL 😉

Winter on the island II

 

Mr. Shivers : Robert Jackson Bennet

Titre :  Mr. Shivers                                                      big_2

Auteur : Robert Bennett
Édition : Eclipse (2011)

Résumé :
Etats-Unis, époque de la grande dépression. Par milliers, les gens quittent leur foyer, à la recherche d’une meilleure vie. Mais Marcus Connelly n’en fait pas partie. Lui ne désire qu’une chose : la vengeance.

Passager clandestin des chemins de fer, le vagabond couvert de cicatrices qui a tué la petite fille de Connelly rôde dans les campements de ceux qui ont tout perdu. Nul ne connaît son identité mais tout le monde connaît son nom : Mr Shivers.

C’est l’histoire d’une Amérique hantée par la mort et le désespoir. Un monde dans lequel un homme doit affronter une sombre vérité et répondre à une question : jusqu’où peut-on aller pour obtenir satisfaction ?

Critique :
Un mystérieux tueur en série que personne n’arrivait à stopper… Un homme qui décidait de traquer cet assassin qui lui avait ravi sa petite fille, sa route croisant celle d’autres personnes poursuivant le tueur eux aussi… Ça ne pouvait qu’être intéressant ! J’en avais eu l’eau à la bouche en achetant ce roman et c’est donc toute contente que j’ai entamé cette lecture.

La lecture s’est terminée avec la gorge sèche pour cause de récit qui ne m’a pas rassasié le gosier !

Le seul point positif, c’est la description de cette Amérique des années 30, après le krash boursier et la tempête de sable qui dévasta toutes les plantations, obligeant les gens à se mettre en route et à jouer les explorateurs des temps modernes, sillonnant leur pays à la recherche du travail, passagers clandestins sur les trains.

Pour le reste, l’histoire manque de rythme, les moments plus « intenses » étant suivis de moments plus calmes qui ne sont pas intéressants, juste bon à me faire bailler et soupirer. Quand je pense que certains auteurs pourraient me recopier l’annuaire de Saint-Embroisine et me captiver tout de même ! Là, il n’en fut rien.

Les personnages ne sont pas très attachants et le méchant vilain tout plein ne fait pas peur.

Dommage, parce qu’il a tout pour plaire, heu, pour déplaire, ce mystérieux tueur au visage couturé de cicatrices non esthétiques (n’est pas le sexy Albator qui veut) et au palmarès « cadavres » bien rempli. Il semble insaisissable, tuant sans motifs, sans mobiles, sans schéma précis, suivant juste sa route. Les membres de la série « Esprits criminels » y auraient perdu leur latin, avec un tueur pareil. Las… *gros soupir*

Ce tueur étrange, je me suis posée des tas de questions sur lui. Étrange, tout le monde connaît son nom : « Mr. Shivers ». Et tout le monde a des anecdotes sur lui (soit vu de ses yeux vus, soit raconté par d’autres).

Mais voilà, mal exploité, il ne fait même pas froid dans le dos, ce tueur ! Un comble.

Ce qui m’a dérangé aussi, c’est que je ne m’attendais pas à tomber sur du fantastique dans le livre. Et c’est là aussi que le bât a blessé…

Bref, je ne le recommande pas du tout !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), au Challenge « Polar Historique » de Samlor (repris par Sharon) et au  « Challenge US » chez Noctembule.

CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (1)CHALLENGE - Polar historique CHALLENGE - US

Hard Revolution : George P. Pelecanos [Derek Strange et Terry Quinn 4]

Titre : Hard Revolution                                                     big_4

Auteur : George P. Pelecanos
Édition : Points (2006)

Résumé :
Washington D.C., 1959. Derek et Dennis Strange grandissent dans une famille noire qui lutte contre la violence et la misère ambiantes.

Neuf ans plus tard, le premier devient flic, le second, de retour du Vietnam, sombre dans la drogue et la délinquance. Les deux frères vont alors s’entredéchirer dans une ville au bord de l’explosion.

Critique : 
Celui qui cherche un livre rempli  de courses poursuites, de rebondissements à gogo, de suspense trépidant, devra aller chercher son bonheur ailleurs… Bien que je lui conseille fortement de se pencher sur ce roman aussi noir que la peau d’ébène des protagonistes et aussi noir que le coeur de certains ségrégationnistes, car ce livre en vaut vraiment la peine.

Dans cette histoire, l’homme Blanc n’en sortira pas grandi, que du contraire, mais de toute façon, on ne récolte jamais que ce que l’on sème. Et lorsque l’on sème la haine des autres, le mépris, l’arrogance, l’intolérance, le racisme, on sait qu’un jour on récoltera la tempête qui aura poussé dans ce terreau plus que fertile.

Comme toujours, les Blancs méprisent les Noirs et les considèrent comme des moins que rien, alors, à force, un jour, ces derniers risquent de renvoyer l’ascenseur afin de leur retourner leur morgue glaciale.

Mais venons-en au récit… 1959. Nous sommes avec le jeune Derek Strange, un ado qui vit dans un quartier noir de Washington. Quartier Noir qui a tout du ghetto… Malgré tout, la famille de Derek l’entoure, l’aime, et hormis quelques conneries de son âge, il grandit sans tomber dans la délinquance.

À quelques encablures de là, d’autres adolescents poussent aussi, et pas toujours en sagesse. Des Blancs,  pour la plupart (italiens, grecs, irlandais, juifs…). Entre les deux communautés, c’est pas l’amour fou, on se côtoie difficilement et la ségrégation est toujours une réalité…

Le rythme du livre est assez lent. Une grande partie du récit est consacrée à la jeunesse de Derek et de son frère aîné, Dennis, sans oublier la vie du quartier, personnage à part entière, lui aussi, avec ses délinquants, ses gens honnêtes, ses commerçants, ces jeunes blancs-becs qui roulent dans leur grosses bagnoles chromées.

1968… Derek est flic et ce n’est pas évident pour lui de faire son boulot alors qu’il est méprisé par sa communauté. Dennis, son aîné, lui, a mal tourné. Sans travail, il vit de petits trafics et se la joue petit trafiquant.

La force de Pelecanos est de nous captiver avec ses atmosphères, ses petits morceaux de vie de l’Amérique des années 50 et 60, cette part pas très réjouissante de son Histoire.

L’auteur ne jette pas la pierre à l’un ou à l’autre, ses personnages sont travaillés, on passe du temps avec eux, ils expriment leurs pensées et on s’attache à certains.

Oui, bien que « calme », le récit m’a captivé de par son histoire, de par sa force, de par le style d’écriture agréable de l’auteur et grâce à ses personnages bien travaillés.

Juste que, à un moment donné, je me suis dit que le 4ème de couverture était trompeur, car Derek et Dennis, bien que en désaccord, ne se déchiraient pas vraiment (comme annoncé sur la couverture) et que, bien que nous ayons déjà eu deux crimes crapuleux, l’embrasement de la ville ne se produisait pas (annoncé aussi sur le 4ème)…

Mal m’en pris ! À 60 pages de la fin, une balle a tout changé… Un mort et tout s’est déclenché. La ville s’est bel et bien embrasée.

Avec l’imbécilité des gens qui foutent en l’air leur quartier, leurs magasins, pillent les commerçants qui les servaient, leur faisaient crédit, les connaissaient tous par leurs prénoms…

Un livre fort sur une part obscure de l’Amérique qui, en 1968, n’aurait jamais élu un Obama.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et le « Challenge US » chez Noctembule.

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea : Romain Puértolas

Titre : L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea

Auteur : Romain Puértolas                                                            big_3
Édition : Le Dilettante (2013)

Résumé :
Un voyage low-cost… dans une armoire Ikea ! Une aventure humaine incroyable aux quatre coins de l’Europe et dans la Libye post-Kadhafiste.

Il était une fois Ajatashatru Lavash Patel (à prononcer, selon les aptitudes linguales, «j’arrache ta charrue» ou «achète un chat roux»), un hindou de gris vêtu, aux oreilles forées d’anneaux et considérablement moustachu.

Profession : fakir assez escroc, grand gobeur de clous en sucre et lampeur de lames postiches. Ledit hindou débarque un jour à Roissy, direction La Mecque du kit, le Lourdes du mode d’emploi : Ikea, et ce aux fins d’y renouveler sa planche de salut et son gagne-pain en dur : un lit à clous.

« Quand vous aurez passé une semaine à planter les quinze mille clous dans les quinze mille petits trous prédessinés de la planche, vous ne vous poserez plus la question, monsieur, et vous regretterez de ne pas avoir pris le modèle, certes plus cher, moins confortable et plus dangereux, de deux cents clous. Croyez-moi ! »

« En 2009, Ikea avait renoncé à l’idée d’ouvrir ses premiers magasins en Inde, la loi locale imposant aux dirigeants suédois de partager la gérance de leurs établissements avec des directeurs de nationalité indienne, actionnaires majoritaires de surcroît, ce qui avait fait bondir le géant nordique. Il ne partagerait pas le pactole avec personne et encore moins avec des charmeurs de serpents moustachus adeptes de comédies musicales kitsch ».

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, un spectacle en Eurovision qui a du battant, du piquant et dont le clou vous ravira. Non, mais.

Une histoire d’amour plus pétillante que le Coca-Cola, un éclat de rire à chaque page mais aussi le reflet d’une terrible réalité, le combat que mènent chaque jour les clandestins, ultimes aventuriers de notre siècle, sur le chemin des pays libres.

Critique : 
Que voilà donc une lecture rafraîchissante après des polars noirs sombres ! Un vrai petit bijou de fantaisie, de gaité, doublé d’un message et de piques à l’adresse des règlements à la con de nos « beaux pays » qui font que la vie des immigrés clandestins n’est pas toujours facile, eux qui ne sont pas nés du bon côté de la Méditerranée.

« Car sa seule faute avait été de naître du mauvais côté de la Méditerranée, là où la misère et la faim avaient germé un beau jour comme deux maladies jumelles, pourrissant et détruisant tout sur leur passage ».

« C’est d’ailleurs comme ça que la police connaissait le nombre approximatif d’immigrés illégaux en attente sur la zone. La Croix-Rouge avait servi deux cent cinquante couverts ? Et bien il y avait au moins deux cent cinquante clandestins dans le coin. Pour la police, ils étaient des clandestins, pour la Croix-Rouge, ils étaient des hommes en détresse. C’était déstabilisant de vivre avec une telle dualité et cette peur au ventre ».

Je ne sais pas si le périple du faux fakir Ajatashatru Lavash Patel (Aja pour les intimes) pourrait être réalisable (je pense que non), mais ce n’est pas là-dessus que je chicanerai parce que je n’ai pas envie de chicaner puisque ma lecture fut dépaysante et amusante.

Oui, j’ai aimé le côté burlesque de toute cette aventure rocambolesque.

Ce que je retiendrai de cette lecture, c’est le fait que toutes les rencontres faites par Aja le changeront radicalement. Comme nos rencontres que nous faisons peuvent nous changer dans le bon sens du terme. Même si, dans un cas de figure, l’enfer sera lui aussi pavé de bonnes intentions…

« Finalement, le monde n’était pas fait que d’arnaqueurs, de tricheurs et de charognes. Et, ces derniers jours, les rencontres lui avaient enseigné qu’il y avait bien meilleur profit que de prendre l’argent aussi frauduleusement aux gens, celui de le donner et de faire le bien autour de soi. S’il l’avait entendu de la bouche de quelqu’un d’autre, il aurait trouvé cela mielleux, dégoulinant de bons sentiments, démago au possible. Mais c’était tellement vrai ».

Certes, on pourra trouver l’humour un peu lourd et le style d’écriture un peu léger, mais je ne demandais pas un style alambiqué, je voulais juste un récit m’entraînant dans un ailleurs… Si je veux du style, je choisirai d’autres auteurs.

On pourrait dire aussi que la situation horrible des immigrants et des clandestins, de ces gens qui ont tout abandonné pour un avenir meilleur, a déjà été traitée par d’autres auteurs, de manière plus profonde, mais bon, nous ne sommes pas dans « Les raisins de la colère » non plus.

Ici, on traite le sujet mélangé avec de l’humour, mais sans se moquer d’eux.

« Eux, ils avaient tout abandonné pour se rendre dans un pays où ils pensaient qu’on les laisserait travailler et gagner de l’argent, même s’il fallait pour cela ramasser la merde avec les mains. C’était tout ce qu’ils demandaient, ramasser la merde avec les mains, du moment qu’on les acceptait. Trouver un travail honnête afin de pouvoir envoyer de l’argent à leurs familles, à leurs peuples, pour que leurs enfants n’aient plus ces ventres gros et lourds comme des ballons de basket, et à la fois si vides, pour qu’ils survivent tous sous le soleil, sans ces mouches qui se collent sur vos lèvres après s’être collées sur le cul des vaches. Non, n’en déplaise à Aznavour, la misère n’était pas moins pénible au soleil ».

Les personnages sont attachants, un peu stéréotypés, mais drôles. Les situations sont cocasses, improbables, le tout est léger… Mais le tout reste brillamment analysé !

« Pour quelqu’un venant d’un pays occidental de tendance démocratique, monsieur Ikéa avait développé un concept commercial pour le moins insolite : la visite forcée de son magasin. Ainsi, s’il voulait accéder au libre service situé au rez-de chaussée, le client était obligé de monter au premier étage, emprunter un gigantesque et interminable couloir qui serpentait entre des chambres, des salons et des cuisines témoins tous plus beaux les uns que les autres, passer devant un restaurant alléchant, manger quelques boulettes de viande ou des wraps au saumon, puis redescendre à la section vente pour enfin pouvoir réaliser ses achats. En gros une personne venue pour acheter trois vis et deux boulons repartait quatre heures après avec une cuisine équipée et une bonne indigestion ».

Bref, un livre à lire sans se prendre la tête, lorsqu’on a envie d’un peu de joyeuseté entre deux polars noirs. Un livre pour s’aérer l’esprit avant de replonger dans du plus sérieux.

Au lieu-dit Noir-Etang… : Thomas H. Cook

Titre : Au lieu-dit Noir-Etang…                                  big_4

Auteur : Thomas H. Cook
Édition : Seuil (2012) / Points (2013)

Résumé :
Dans une petite ville de Nouvelle-Angleterre, en 1926, le jeune Henry découvre la relation adultérine qu’entretiennent deux de ses professeurs.

La solitude de M. Reed, marié et père de famille, l’intrigue ; tout comme le fascinent la beauté et le caractère passionné de Mlle Channing.

Henry va être le témoin complice et muet de la tragédie qui se noue au lieu maudit appelé Noir-Étang. Du coup, l’idéal de vie digne et conventionnelle que prône son père lui semble être un carcan.

« Peut-être que nous sommes tous limités,aussi tourmentés les uns que les autres par des amours conflictuelles, essayant, du mieux que nous le pouvons de trouver une place entre la passion et l’ennui, l’extase et le désespoir, la vie à laquelle nous ne pouvons que rêver et celle qui nous est insupportable ».

Il voit en eux « deux figures romantiques, des versions modernes de Catherine et de Heathcliff « . Mais l’adultère est mal vu à l’époque, et après le drame qui entraine la chute de Chatham School, le lecteur ne peut que se demander, tout comme le procureur : « Que s’est-il réellement passé au Noir-Etang ce jour-là ? »

Critique :
« Le mal contre lui-même se retourne » est une expression qui illustre bien ce roman noir que je viens de terminer, toute retournée. Sherlock Holmes avait raison, les sentiments, ça ne donne rien de bon !

Au départ, j’ai eu un peu de mal avec le roman, n’arrivant pas à m’immerger dans son histoire qui était aussi calme que la surface d’un étang… Mais tout le monde sait qu’il n’y a rien de plus traître que la surface calme d’un plan d’eau.

La surface de l’eau a commencé à clapoter, l’eau s’est agitée, comme si un monstre nageait sous sa surface, elle a commencé à bouillonner, se transformant en torrent boueux, nous donnant à la fin un tsunami qui balaiera tout sur son passage, nous laissant sans oxygène.

« Avec le temps, on oublie la douce exaltation qui nous saisit la première fois que l’on s’adresse à vous comme à un adulte. Moi, ce fut ce que je ressentis à cet instant-là : une douce exaltation, la sensation qu’une partie de mon enfance venait d’être arrachée et mise de côté, que l’homme en dessous recevait la permission de commencer à respirer tant bien que mal ».

Oui, le début du roman est lent, à tel point j’aurais presque souhaité qu’un cadavre tombe du ciel afin de réveiller tout le monde. Mais l’histoire prendra le temps de se mettre en place, nous présentant les différents protagonistes, les laissant se renifler, faire connaissance…

L’auteur est un malin, il sait comment capter l’attention et la curiosité de son lecteur en mélangeant le passé avec le présent : Henry, en 1926, qui nous raconte en direct ce qu’il voit dans la ville de Chatham; Henry, adulte, qui se souvient de toute l’affaire et Henry, vieux, toujours en train de ressasser cette histoire. Sans compter les extraits des minutes du procès…

Quel procès ? C’est ce que nous découvrirons durant la lecture, passant sans cesse d’une époque à l’autre.

Au bout d’une cinquantaine de pages, tel un poisson voyant un ver se trémousser au bout de son hameçon, j’ai été captivée, me demandant ce qui avait bien pu se passer dans cette foutue boite de cassoulet la nuit du 5 au 6… Pardon, je m’égare ! Qu’est-ce qui avait bien pu se passer dans cette foutue ville de Chatham ? Pourquoi un procès ?

Que s’est-il donc déroulé de si grave ? Henry a vu deux de ses professeurs se rapprocher un peu trop selon les convenances de cette époque et il fut un complice, témoin muet de ce qui ressemble fort à une future tragédie en devenir… Une sorte d’histoire dont on sent qu’elle sera plus tragique que celle de Catherine et Roméo ou d’Heathcliff et Juliette (vous composez les couples que vous voulez !).

« Ce fut à cet instant que je mesurai pour la première fois la profondeur de ce qu’ils en étaient venus à éprouver l’un pour l’autre. ça avait émergé lentement, graduellement, ça s’était construit de jour en jour, de parole en parole, de regard en regard jusqu’à ce que, finalement, ça brise la surface de leur éternel respect des convenances et flamboie irrésistiblement entre eux, transformant la moindre démonstration d’amitié en ruse d’amants ».

Pas moyen de le savoir avant d’aborder la page 300. C’est là que toute l’horreur va se mettre en branle, et lorsqu’on découvre quelle chose « insignifiante » cette tragédie est partie, on a envie de pleurer devant ce terrible gâchis.

L’enfer était pavé de bonnes et de mauvaises intentions… J’en ai eu des frissons alors que je lisait au soleil.

Un roman dont la fin est aussi sombre que son étang…

Une phrase me frappa à jamais : « La vie ne vaut d’être vécue qu’au bord de la folie ». Je me souviens qu’une exaltation farouche gonflait mon cœur à mesure que je lisais et relisais cette phrase dans ma chambre, et qu’il me semblait qu’elle illuminait tout ce que j’avais ressenti jusqu’alors. Aujourd’hui encore, je suis frappé de constater que nulles ténèbres n’avaient jamais surgi d’une flamme aussi vive.

« Au cours de toutes les années qui se sont écoulées depuis, j’ai connu mon lot de peurs, d’incertitudes et de peines, mais je ne crois pas les avoir jamais revues si entremêlées, la terreur si délicatement combinée à la douleur, la douleur si inséparablement liée à la détresse que, au final, l’impression donnée était celle d’être au comble de la peur, de l’angoisse et de la confusion. C’était ce que je percevais sur [son] visage. C’est ce que je vois toujours quand je repense à elle. C’était clair et éclatant. Elle portait toute la misère du monde sur ses épaules. N’importe qui l’aurait compris. Cela sautait aux yeux. Le seul mystère, c’était de savoir pourquoi son désespoir, si profond, si terrible, ne m’émouvait absolument pas ».

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), Le « Challenge US » chez Noctembule et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle. (Prix Edgar Allan Poe 1996 -Prix du meilleur polar des lecteurs de Points 2013)