Hard Revolution : George P. Pelecanos [Derek Strange et Terry Quinn 4]

Titre : Hard Revolution                                                     big_4

Auteur : George P. Pelecanos
Édition : Points (2006)

Résumé :
Washington D.C., 1959. Derek et Dennis Strange grandissent dans une famille noire qui lutte contre la violence et la misère ambiantes.

Neuf ans plus tard, le premier devient flic, le second, de retour du Vietnam, sombre dans la drogue et la délinquance. Les deux frères vont alors s’entredéchirer dans une ville au bord de l’explosion.

Critique : 
Celui qui cherche un livre rempli  de courses poursuites, de rebondissements à gogo, de suspense trépidant, devra aller chercher son bonheur ailleurs… Bien que je lui conseille fortement de se pencher sur ce roman aussi noir que la peau d’ébène des protagonistes et aussi noir que le coeur de certains ségrégationnistes, car ce livre en vaut vraiment la peine.

Dans cette histoire, l’homme Blanc n’en sortira pas grandi, que du contraire, mais de toute façon, on ne récolte jamais que ce que l’on sème. Et lorsque l’on sème la haine des autres, le mépris, l’arrogance, l’intolérance, le racisme, on sait qu’un jour on récoltera la tempête qui aura poussé dans ce terreau plus que fertile.

Comme toujours, les Blancs méprisent les Noirs et les considèrent comme des moins que rien, alors, à force, un jour, ces derniers risquent de renvoyer l’ascenseur afin de leur retourner leur morgue glaciale.

Mais venons-en au récit… 1959. Nous sommes avec le jeune Derek Strange, un ado qui vit dans un quartier noir de Washington. Quartier Noir qui a tout du ghetto… Malgré tout, la famille de Derek l’entoure, l’aime, et hormis quelques conneries de son âge, il grandit sans tomber dans la délinquance.

À quelques encablures de là, d’autres adolescents poussent aussi, et pas toujours en sagesse. Des Blancs,  pour la plupart (italiens, grecs, irlandais, juifs…). Entre les deux communautés, c’est pas l’amour fou, on se côtoie difficilement et la ségrégation est toujours une réalité…

Le rythme du livre est assez lent. Une grande partie du récit est consacrée à la jeunesse de Derek et de son frère aîné, Dennis, sans oublier la vie du quartier, personnage à part entière, lui aussi, avec ses délinquants, ses gens honnêtes, ses commerçants, ces jeunes blancs-becs qui roulent dans leur grosses bagnoles chromées.

1968… Derek est flic et ce n’est pas évident pour lui de faire son boulot alors qu’il est méprisé par sa communauté. Dennis, son aîné, lui, a mal tourné. Sans travail, il vit de petits trafics et se la joue petit trafiquant.

La force de Pelecanos est de nous captiver avec ses atmosphères, ses petits morceaux de vie de l’Amérique des années 50 et 60, cette part pas très réjouissante de son Histoire.

L’auteur ne jette pas la pierre à l’un ou à l’autre, ses personnages sont travaillés, on passe du temps avec eux, ils expriment leurs pensées et on s’attache à certains.

Oui, bien que « calme », le récit m’a captivé de par son histoire, de par sa force, de par le style d’écriture agréable de l’auteur et grâce à ses personnages bien travaillés.

Juste que, à un moment donné, je me suis dit que le 4ème de couverture était trompeur, car Derek et Dennis, bien que en désaccord, ne se déchiraient pas vraiment (comme annoncé sur la couverture) et que, bien que nous ayons déjà eu deux crimes crapuleux, l’embrasement de la ville ne se produisait pas (annoncé aussi sur le 4ème)…

Mal m’en pris ! À 60 pages de la fin, une balle a tout changé… Un mort et tout s’est déclenché. La ville s’est bel et bien embrasée.

Avec l’imbécilité des gens qui foutent en l’air leur quartier, leurs magasins, pillent les commerçants qui les servaient, leur faisaient crédit, les connaissaient tous par leurs prénoms…

Un livre fort sur une part obscure de l’Amérique qui, en 1968, n’aurait jamais élu un Obama.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et le « Challenge US » chez Noctembule.

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41 réflexions au sujet de « Hard Revolution : George P. Pelecanos [Derek Strange et Terry Quinn 4] »

  1. oh toi tu vas faire super plaisir à l’ami Vincent ! 😉
    J’ai prévu de me plonger dans l’univers de cet auteur cette année, j’ai du retard à rattraper et ce n’est pas ton avis qui va me contredire

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  2. Que voilà un grand monsieur du noir américain. Et oui l’Amérique des année 60-70 est parfaitement retranscrite dans l’œuvre de Pelecanos. Et on ne sort jamais complètement indème d’une de ces lectures tellement c’est sombre.
    Merci pour ce magnifique ressenti chère Belette.

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    • De rien, ma chère Collectif 😉 Je ne connaissais pas cet auteur, je l’ai découvert grâce à un lecteur de babelio qui en avait dit le plus grand bien… depuis, je compte me faire la suite !!

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  3. Cela fait longtemps que je me dis qu’il faut découvrir cet auteur. Il me fait de l’oeil à chaque fois que je croise ses couvertures sur une table. Un jour, je ne saurai y résister. Un jour George, on se fera une ligne, ensemble.

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    • George te fait de l’oeil ?? Tu comptes boire un café serré avec lui ? Un Voluto ??

      Oups, ce n’est pas le même George ! 😆

      Mon Bison, laisse-toi tenter, laisse-toi aller aux délices de la plume de George 😉

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  4. Ma belette, je suis vraiment ravi que tu aies aimé ce livre, et il y en a encore bien d’autres à découvrir, si ce n’est déjà fait…
    Pelecanos a une magnifique plume, et ses bouquins sont autant de petit bijoux.

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  5. Ce livre de Pelecanos me semble bien meilleur que son dernier bouquin (Une balade dans la nuit) qui n’a rien de bien palpitant. Alors que là, le contexte et les personnages me paraissent très intéressants, si j’en crois ta belle chronique.

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    • Une ballade dans la nuit, je n’ai jamais lu… mais je retiens qu’il n’est pas très palpitant selon toi 😉

      Contexte intéressant, personnages travaillés, pas de tout blanc ou de tout noir, pas de politiquement correct, bref, un grand roman

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  6. Je me tâte depuis des lustres avec cet auteur..Pis Papa m’en a parlé pis ma Belette aussi…donc…CQFD (ce que Foumette démontre) je vais le lire!!!!

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  7. Que j’aime ce billet qui me donne envie de militer pour l’ouverture des librairies le dimanche ! 😉
    Ce que tu dis de l’atmosphère, du contexte et des personnages me donne très envie de me plonger dans ce roman. Et en poche ! Que demander de plus !

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    • Un truc de fou ! Lent, mais profond, c’est l’Amérique raciste qui se trouve dans ces pages, l’Amérique Noire qui se révolte, qui en a marre, mais qui ne le fait pas vraiment comme elle devrait le faire…

      ça remue les tripes, en effet.

      Chez nous, on a des librairies et des bouquineries ouvertes le dimanche et jours fériés, mais c’est dangereux !! 😉

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    • Je ne dirais pas ça, il faut de temps le poser pour respirer un peu. On est loin des thrillers page-turner, mais je peux dire qu’une fois dedans, on avance dans ce livre, lentement, mais sûrement. Lentement pour mieux s’imprégner des ambiances… et parce que dans le fond, le portrait de l’Amérique est peu reluisant et qu’on se dit que chez nous, c’était pas plus reluisant 😦

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  11. J’avais loupé cette chronique lors de sa parution, pas encore abonné à ton blog. La chronique sur Peter Karras m’ a permis de rattraper mon retard, et comme le prévoyait l’ami Yvan, tu me fais super plaisir… Pelecanos nous dépeint son Amérique sans concession ni faux-semblants, quelle que soit l’époque à laquelle il place son histoire. 🙂

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