Le Mois Anglais is back the 1er juin : check-list et liste définitive !

DSC_1983 littleBon, pour ceux qui étaient sur la Lune ces derniers jours, le mois Anglais is back et on le commence le 1er juin, jour de la fête des drogués (le premier joint !).

Ma pile à lire ou à regarder est prête et ce ne fut pas facile de me décider. Pour finir, je relirai mes mangas durant la première semaine de juin, cela m’évitera de les emmener en vacances. Ils ont beaux être minces, vu la pile des 11, ça fait beaucoup !

J’ai malheureusement dû retirer les deux « Jeunesse de Sherlock Holmes » parce que l’histoire se passait à Pau et que je n’avais pas l’horaire des trains qui partent pour Pau… Y en a qui ont essayé, ils z’ont eu des problèmes !

Comme vous le saviez, le mois allait être dédié à mon personnage littéraire préféré, j’ai nommé Sherlock Holmes, mais aussi à un autre personnage tout aussi mythique en Angleterre et qui défraya la chronique en 1888 : Jack l’Éventreur ! J’ajoute donc le « Livre rouge de Jack l’Éventreur » à ma liste.

Pour le reste, j’ai fait ma check list et, comme vous pouvez le voir sur les photos prises dans mon bureau, tout est en place pour me sentir en Angleterre ! Les livres sont prêts, les DVD à visionner aussi, les mugs, le café, le thé et le fond d’écran ad hoc !

Mug « Sherlock » pour boire mon thé : Ok

Mug « Mes auteurs de polars favoris » pour boire mon café : Ok

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Je vais donc pouvoir boire mon café ou mon thé dans des conditions optimales ! Ça m’aidera à carburer pour tout ce que j’ai envie de faire durant ce mois spécial.

Mes Thé préférés pour tenir le coup ?? Présent dans mes boites « vintage » style anglais.

DSC_1981 little coupée

Au programme de ce mois :

1. Ce dont je vous avais déjà parlé ne change que très peu : 2 abandons et un ajout… mais j’ai un point « 2 » que je dévoile maintenant plus bas !

  1. Élémentaire mes chers parents : Pardheillan
  2. Elephant Man : Howell & Ford
  3. Les mois d’avril sont meurtriers : Robin Cook
  4. J’étais Dora Suarez : Robin Cook
  5. Maurice : E.M Foster
  6. Adieu demain : Michael Mention
  7. Retour à Whitechapel : Michael Moatti
  8. Le vrai journal de Jack l’Éventreur : Bob Garcia
  9. Black Butler – Tomes 1 – 2 – 3 – 4 – 5 – 6 – 7 – 8 : Yana Toboso (relecture jamais fait de fiches)
  10. City Hall – Tomes 1 – 2 – 4 : Lapeyre (relecture jamais fait de fiches)
  11. Sherlock Holmes Crime Alleys – Tome 2 : Vocations forcées : Cordurié
  12. + « Le livre rouge de Jack l’Éventreur » : Stéphane Bourgoin

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2. À ceci s’ajoutera quelques autres petites surprises que le Chef a envie de vous concocter !

  1. Sherlock Holmes : articles sur le Consulting Detective. Lorsque j’avais réfléchi intensivement à la manière d’aborder ce portrait tout en sortant mes vieux dossiers, il m’était venu à l’esprit un titre assez drôle : « Amour, sexe, drogue et rock’n’roll » et je l’ai gardé ! Je trouvais qu’il lui allait bien. Reste plus qu’à le remplir !
  2. Épisodes de la série « Sherlock Holmes » de la Granada (quelques uns, pas tous !! Les plus emblématiques pour moi – 5 si tout va bien)
  3. Jack The Ripper : articles sur ses victimes et son « modus operandi »
  4. Ripper Street : Série – saison 2
  5. From Hell : Film d’Albert et Allen Hughes, sorti en 2001 avec Johnny Deep et consacré à Jack
  6. Meurtre par décret : Film de Bob Clark avec Christopher Plummer dans le rôle de Holmes qui traque Jack l’Éventreur
  7. Whitechapel : Série – saison 1
  8. Jack The Ripper : téléfilm de 1988 avec Michael Caine
  9. Articles sur la série « Sherlock Holmes » de la Granada (si j’ai le temps !!!) et qui serait consacré à l’envers du décor – personnages, choix des acteurs, décors, étude du personnage de Holmes…

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Joyland : Stephen King

Titre : Joyland                                      big_4-5

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (2014)

Résumé Albin Michel :
Les clowns vous ont toujours fait un peu peur ?
L’atmosphère des fêtes foraines vous angoisse ?
Alors, un petit conseil : ne vous aventurez pas sur une grande roue un soir d’orage.

Résumé véritable :
Après une rupture sentimentale, Devin Jones, 21 ans, débarque l’été 1973 à Joyland, petit parc d’attraction sur le littoral de la Caroline du Nord.

Il est embauché avec d’autres étudiants pour compléter l’équipe de forains, à la fois étrange et joyeuse. Sa rencontre avec un petit garçon doué de voyance, atteint d’une maladie grave, et surtout de sa mère, va changer la vie de Devin.

Obsédé par le mystère du train fantôme soi-disant hanté par le spectre d’une femme égorgée 4 ans auparavant, le jeune homme se lance dans l’enquête.

Un nouveau meurtre est-il possible ? Parviendra-t-il à l’éviter ? Une chose est sûre, l’aventure le changera à jamais.

POLAR - map-of-kings-joylandCritique : 
Vous êtes à la recherche de clowns terrifiants et de fêtes foraines plus angoissante que la scène de douche dans « Psychose » ? S’il vous plaît, reposez ce livre dans le rayon et allez voir ailleurs…

Quand au fait qu’il ne faut pas monter sur une grande roue un soir d’orage, n’importe quel plouc… heu, n’importe quel lapin aurait pu vous le dire (seuls ceux qui ont lu le livre la comprendront, celle là !).

Sincèrement, je ne sais pas ce qu’ils fument au service de rédaction des « 4ème de couv' » chez Albin Michel, mais en tout cas, c’est de la bonne ! Ou alors, personne n’a lu le livre, parce que le court résumé au dos du livre ne correspond pas du tout à l’histoire !

On m’avait déjà prévenue et ça tombait bien parce que je ne voulais pas lire un récit avec un clown qui fait peur.

Durant ses vacances d’été de 1973, Devin Jones, 21 ans et toujours puceau, débarque à Joyland, petit parc d’attraction sur le littoral de la Caroline du Nord. Il est embauché avec d’autres étudiants pour compléter l’équipe de forains, à la fois étrange et joyeuse.

Notre brave gars, dont la copine n’a jamais voulu qu’il trempe son biscuit dans sa tasse de café, sent bien que ça ne marche plus fort dans son couple et en effet, il va se taper un gros chagrin d’amour durant son job d’été car madame le largue comme un vulgaire torchon (le truc sur lequel on essuie ses pieds).

« Les gens trouvent que les premières amours sont tendres. Et jamais plus tendres que lorsque ce premier lien se brise… Il y a bien un millier de chansons pop et country à l’appui : des histoires d’imbéciles qui ont eu le cœur brisé. Le fait est que ce premier cœur brisé est toujours le plus douloureux, le plus long à guérir, et celui qui laisse la cicatrice la plus visible. Tendre, vous croyez ? »

« J’ai la soixantaine maintenant, les cheveux blancs, j’ai survécu à un cancer de la prostate et, malgré tout, je me demande toujours pourquoi je n’étais pas assez bien pour Wendy Keegan ».

« Aujourd’hui, ce que je sais, c’est que les mecs galants tirent rarement leur crampe… Brodez ça sur un canevas et accrochez-le dans votre cuisine ».

Mais non, Devin, toute la vie ne s’écroule pas après une rupture ! Tu es désespéré, c’est normal, mais tu verras ensuite quelle renaissance tu vas avoir.

L’histoire commence doucement durant les 80 premières pages, mais je ne m’ennuyais pas et je suivais Devin, un personnage attachant, faire ses premiers pas dans le parc. Oui, j’étais bien, dans le parc en compagnie de mes bleus préférés : Devin, Erin et Tom.

C’est bien simple, le King aurait pu me raconter la fabrication du pop-corn, j’aurais eu la banane tellement j’étais bien dans son roman.

Quand au personnel déjà présent à Joyland, j’avais plaisir à les retrouver au fur et à mesure des chapitres, Devin nous racontant tout de cet été, mélangeant les moments de 1973 et ceux vécus plus tard, à l’âge vraiment « adulte » ou à 60 ans.

« Quand t’as vingt et un ans, la vie est nette comme une carte routière. C’est seulement quand t’arrive à vingt-cinq que tu commences à soupçonner que tu tenais la carte à l’envers… et à quarante que t’en as la certitude. Quand t’atteins les soixante, alors là, crois-moi, t’es définitivement largué ».

Pas une seule seconde d’ennui, les pages se tournaient toutes seules et j’avais envie d’en savoir plus sur le mystérieux tueur qui avait tuée sa « fiancée » dans le train fantôme, ainsi que sur ce garçon dans son fauteuil roulant.

Un parc d’attraction, c’est le milieu des « forains de chez forains » et j’ai adoré le fait que l’auteur nous ait plongé dans le bain avec la « parlure », terme utilisé pour décrire ces expressions réelles ou inventées par l’auteur et utilisées par le milieu forain.

Les traductrices ont dû en voir de toutes les couleurs pour mettre à la sauce française ces expressions plus que particulières.

L’écriture est plaisante, elle coule toute seule, les personnages sont attachants et on a du mal à les quitter, comme on a du mal à quitter des amis.

Quand au rythme, bien qu’un peu lent au départ, il s’accélère dans les dernières pages pour nous mettre le suspense à son comble avec la résolution de l’affaire du meurtre dans le train de la maison de l’horreur.  Devin était-il un Sherlock Holmes qui s’ignorait ?

– T’es vraiment sûr de vouloir savoir ? Parce que je ne pense pas qu’après m’avoir écoutée, tu vas t’exclamer « Élémentaire ma chère Erin » et nous sortir le nom du tueur comme Sherlock Holmes.

Je n’avais pas besoin qu’on me rappelle que je n’étais pas Sherlock Holmes, mon idée folle d’Eddie Parks en Tueur de la Maison de l’Horreur en était la preuve…

Sans oublier, au passage, quelques vérités assénées dans les dialogues ou les réflexions des personnages.

– Je n’arrive pas à comprendre pourquoi les gens utilisent la religion pour se faire du mal alors qu’il y a déjà tant de souffrances dans le monde, intervint Mrs. Shoplaw. La religion est censée apporter du réconfort.

La fin sera douloureuse et la mâchoire me faisait mal à force de me retenir de pleurer. C’est donc les pieds lourds que j’ai quitté le parc de « Joyland » où on m’a vraiment vendu du bonheur sous forme d’un roman de 325 pages délicieusement attachantes.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), Le « Challenge US » chez Noctembule et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Joyland a été nommé au prix Edgar-Allan-Poe 2014 dans la catégorie du meilleur livre original en poche).

CHALLENGE - À tous prixCHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (2)CHALLENGE - US

POLAR - joyland_ltd POLAR - Joyland

 

Des nœuds d’acier : Sandrine Collette

Noeuds d'acier - ColetteTitre : Des nœuds d’acier                            big_4

Auteur : Sandrine Collette
Édition : Le Livre de Poche (2014)

Résumé :
Théo Béranger sort de prison. Dix-neuf mois de rapports humains violents et âpres, qu’il a passés concentré sur un seul objectif : sa libération.

Son errance le mène au fin fond de la France, dans une région semi-montagneuse couverte d’une forêt noire et dense. Là, kidnappé par deux frères déments, il va replonger en enfer.

Un huis clos implacable, où la tension devient insoutenable.

Critique : 
Si, pendant mes vacances dans le Sud, notre proprio nous parle d’une super balade qui ne se trouve pas sur les cartes et qu’il se met à tracer la route sur la carte, je vous jure que je fou le camp en hurlant !

« J’ai bu mon café à petites gorgées, heureux qu’il soit trop chaud, heureux de prendre mon temps. J’ai déplié la carte sur la table en teck. Mme Mignon m’a montré un trajet insoupçonnable. Je ne voyais aucun chemin et je le lui ai dit ; elle a répondu qu’il y avait une sente, et que si je réussissais à la trouver, j’arriverais dans une sorte de crevasse qui permettait de monter jusqu’en haut du petit mont. Et là, la vue était à couper le souffle.[…] Elle a tracé le chemin au crayon, elle a dit : À peu près, hein. Elle m’a montré où laisser la BM. Elle a souri ».

Après avoir purgé sa peine de 19 mois, Théo Béranger sort de prison. Il avait cassé la gueule à son frère, le laissant avec autant de dynamisme qu’un légume passé de date. Ses 19 mois furent constitués de rapports humains violents et âpres, qu’il a passés concentré sur un seul objectif : sa libération.

« La violence, j’en ai soupé et je n’en ai pas le goût. Mais que ce soit clair : s’il faut l’utiliser, je le fais. Je n’ai pas l’âme d’une victime. Certains ressortent écrasés par la prison, d’autres endurcis ; je suis de ceux-ci. Avec une conscience aiguë des choses pour lesquelles cela vaut la peine de cogner, et celles qui ne le justifient pas ».

S’il n’avait pas décidé d’aller faire le mariole devant son légume baveur de frère, il n’aurait pas eu les infirmiers aux fesses et n’aurait pas dû ficher le camp sur les chapeaux de roues afin de ne pas retourner à la case « prison » pour la violation de son « interdit de visite ».

Son errance le mène au fin fond de la France, dans une région semi-montagneuse couverte d’une forêt noire et dense. Logeant chez des petits vieux, il se lie avec madame Mignon, qui gère le gîte…

Randonnant gaiement, nos ancien taulard va se retrouver aux prises avec deux petits vieux tellement sadiques et salauds qu’à côté d’eux, ses anciens compagnons de cellule sont des anges !

Prisonnier, obligé de les servir comme un esclave, il va perdre petit à petit son humanité pour finir quasi comme un chien. Non, comme l’ombre d’un chien…

« Peu à peu, je suis devenu transparent. Les autres êtres transparents possibles sont peu nombreux dans l’univers. Les fantômes. Les ectoplasmes. La fumée peut-être. Comme eux, j’existe à peine et je me coule dans les recoins du monde ».

Oh, il a bien essayé de résister, mais les vieux l’ont cassés, physiquement et psychologiquement. Il s’est résigné, lui qui voulait tant se révolter.

Pourtant, Theo n’est pas une femmelette, j’aurais même pensé qu’il aurait résisté beaucoup plus.

« J’ai arrêté de lutter contre ma propre déchéance. Et oublié la moindre idée de révolte ».

Huis clos prenant, violent, inhumain… tout ça au menu.

On assiste, impuissant, à la déchéance d’un homme qui, au départ, répugnait à manger sa pitance sur le sol, apprendra à happer les os au vol où même tombé dans la crasse.

Il était devenu un chien…

« Je ne suis plus qu’un reste d’humanité. Une entité qui ne pense qu’à manger, boire et dormir, éviter les coups, et à se relever le lendemain. Les vieux avaient raison. Je ne vaux pas beaucoup plus qu’un chien. Je ne suis même pas affectueux. Je suis de la race de ces bêtes galeuses qu’on attache au bout d’une chaine et que personne ne veut plus caresser ».

L’écriture est simple, mais elle fait mouche parce que l’auteur ne décrit pas des scènes de tortures abominables, mais notre imagination fait le travail lorsqu’elle suggère avant de nous balancer le tout en pleine figure.

La narration est à la première personne, renforçant le sentiment du lecteur qu’il lit le journal écrit par Théo lui-même. Le prologue en avait déjà ajouté une couche : « Non, non, ce n’est pas l’auteur qui écrit, mais c’est bel et bien Théo » me suis-je dit, complètement immergée dans le récit.

Les personnages des deux vieux sont des salauds de première, rien ne les excuse, et on s’attache à Théo. Lui qui était un peu arrogant au départ va manger son pain noir et j’ai ressenti de l’empathie pour lui.

Ambiance tendue comme une corde de violon jusqu’à la fin, suspense psychologique assez lourd qui laissera le lecteur vidé.

L’auteure est vache et j’aime ça ! Et en plus, la boucle est bouclée.

PS : j’aime bien les Rottweiler, moi… Théo aussi je pense.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Grand Prix de la Littérature Policière 2013).

CHALLENGE - À tous prixCHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (2)

Le mois Anglais is VRAIMENT back !

Voilà, c’est officiel, le Mois Anglais est vraiment de retour ! Le logo est prêt et on peut déjà s’inscrire chez Lou pour signaler sa participation.

Le but ? Lire des auteurs anglais, des romans qui se passent en Angleterre et tout ce qui se rapporte à l’Angleterre.

Bref, si vous bouffez anglais, si vous buvez anglais… un billet ! Si vous vous tapez un anglais, là, c’est chez moi que vous envoyez les photos, la vidéo et le récit coquin, merci ! J’ai les pleins pouvoirs dans ce domaine là ! 😉

Pour le moment, j’en suis toujours à me demander si j’emmènerai mes mangas avec moi en vacances ou si je les lirai à la maison, au début du mois. Je reste dubitative devant les bagages qui amoncellent et Chouchou, le brave homme, pense que je me gratte la tête en me demandant comment je vais arranger les sacs ou si j’emporte telle ou telle chose.

Pas du tout ! Je me pose des questions pour mon mois anglais !

D’ores et déjà, il y aura du Sherlock Holmes au menu !

  1. La jeunesse de Sherlock Holmes – Le départ : Pardheillan
  2. La jeunesse de Sherlock Holmes – Prélude I : Pardheillan
  3. Élémentaire mes chers parents : Pardheillan
  4. Elephant Man : Howell & Ford
  5. Les mois d’avril sont meurtriers : Robin Cook
  6. J’étais Dora Suarez : Robin Cook
  7. Maurice : E.M Foster
  8. Adieu demain : Michael Mention
  9. Retour à Whitechapel : Michael Moatti
  10. Le vrai journal de Jack l’Éventreur : Bob Garcia
  11. Black Butler – Tomes 1 à 8 : Yana Toboso (relecture jamais fait de fiches)
  12. City Hall – Tomes 1 – 2 – 4 : Lapeyre (relecture jamais fait de fiches)
  13. Sherlock Holmes Crime Alleys – Tome 2 : Vocations forcées : Sylvain Cordurié

Bon, je ne promet pas de lire tout, mais c’est ma présélection… et je n’ai pas tout mis, sinon, je gâcherais la surprise !

Puis, si le temps me le permet, j’aimerais me fendre de deux articles sur des personnages célèbres ET anglais ! Conan Doyle m’a accordé un interview exclusif… et le reine Victoria aussi. Quoi ? Vous ne me croyez pas ? Je fais tourner les tables, vous savez !

SH - Keep-Calm-Sherlock Power déduction

Aucune bête aussi féroce : Edward Bunker

Titre : Aucune bête aussi féroce                        big_5

Auteur : Edward Bunker
Édition : Payot et Rivages

Résumé :
Le discret Mister Blue de Reservoir Dogs eut une vie avant d’étaler son faciès vérolé sur le grand écran. Bunker, le bien nommé, était l’auteur d’un traité postcarcéral sans égal publié en 1973 et alors épuisé outre-Atlantique.

L’une de ces vraies fausses autobiographies qui ne s’encombre d’aucune couenne littéraire. La chair, les os et les tripes suffisent à faire de ce roman noir un aller simple pour l’enfer d’une vie toute tracée dès le berceau.

Un parcours horriblement classique, balisé et implacable : problèmes familiaux, délinquance juvénile et au bout une succession de séjours « au château »…

Rien de vraiment neuf, si ce n’est la violence aride, impitoyable, voire clinique, avec laquelle Edward Bunker décrit le quotidien du taulard en liberté conditionnelle et, surtout, l’impossibilité de modifier, voire seulement de rectifier une destinée ou de réécrire ce scénario.

Son héros, Max Dembo (Bunker lui-même, évidemment), s’applique ainsi consciencieusement en sortant de prison à ne pas s’engouffrer dans les culs-de-sac de son passé.

Mais le milieu et la prison sont des aimants dont on n’interrompt pas l’attraction à coup de rédemption. La cavale se fait alors allégorique, avec un terminus on ne peut plus kafkaïen.

Petit plus : En 1978, Dustin Hoffman achètera les droits d' »Aucune bête aussi féroce », confiant à Ulu Grosbard la mise en scène de l’adaptation.

Le film, « Le Récidiviste » (Straight Time), superbe road movie nu comme un haïku, amplifiait ce sentiment tragique d’impossible rachat.

Bref, « Aucune bête aussi féroce » confirme que le roman noir demeure un genre idéal pour sonder l’esprit humain. Dostoïevski ou Chandler s’en doutaient bien ; Bunker n’eut qu’à confirmer.

Critique : 
Si Harlequin est le champion de l’Amûûr, on peut dire que « Aucune bête aussi féroce » est LE champion des bas-fonds et des vols à main-armée.

Max Dembo vient de sortir de prison, en liberté conditionnelle, s’entend. Il a vraiment envie de mener une vie honnête et de trouver un travail. Son désir est de tirer un trait sur son ancienne vie de braqueur et de faussaire.

Mais… Il n’est pas facile pour un ex-taulard de se dégotter un travail, surtout si on doit prévenir son employeur de son ancien statut.

Mes lettres de demande d’emploi, pour sincères qu’elles étaient, masquaient l’entière vérité. Les visages auraient blêmi devant l’intégralité des faits dans leur brutalité. « Monsieur » songeai-je, « Auriez-vous un emploi disponible pour un cambrioleur saisonnier, arnaqueur, faussaire, et voleur de voitures? Justifiant également d’une certaine expérience en tant que voleur à main armée, maquereau, tricheur professionnel, et autres petites choses. J’ai fumé la marie-jeanne à douze ans (dans les années quarante) et je me piquais à l’héroïne à seize. Je n’ai aucune expérience du LSD et de la méthédrine. Ils sont venus au goût du jour depuis mon emprisonnement. J’ai enculé de jeunes et jolis garçons ainsi que des homosexuels féminins (mais uniquement lorsque j’étais enfermé, privé de femmes). Dans le jargon des geôles, des prisons et des bas-fonds (certains bas-fonds très sélects), je suis un enfoiré capable de baiser sa mère. Pas vraiment en fait, puisque je ne me souviens pas de ma mère. Dans le monde qui est le mien, ce terme, dans l’emploi que j’en faisais, était la revendication orgueilleuse et vantarde d’être un démon en marche, aux réactions imprévisibles, scandaleuses et outrancières, un véritable virtuose du crime. Naturellement, le fait d’être un enfoiré dans ce monde-là fait de moi une raclure de poubelle dans le vôtre. Disposez-vous d’un emploi pour moi? »

Pas évident non plus quand votre responsable de conditionnelle vous tient la laisse un peu trop courte et le collier trop serré car il ne vous fait pas confiance.

Peut-être que s’il avait laissé un peu de mou dans la laisse, Max n’aurait pas replongé. Bien que…

Une chose est sûre : c’est son responsable de conditionnelle qui l’a poussé à la faute, le faisant replonger dans son ancienne vie.

Dans ce roman, écrit par un ancien taulard, on comprend que le monde n’est pas fait pour la réinsertion. Confrontés, dans le meilleurs des cas à l’indifférence ou, au pire, à l’hostilité ou la haine, les anciens détenus n’ont pas facile et on leur en demande beaucoup dès le départ. C’est ce qui est arrivé à Max.

« Laissez quelqu’un en prison suffisamment longtemps et il se retrouvera aussi mal armé face aux exigences de la liberté qu’un moine trappiste jeté au milieu du maelström de New York. Mais le moine aurait au moins pour lui sa foi qui le tiendrait, tandis que l’ancien prisonnier ne dispose que du souvenir de la prison, le souvenir d’échecs passés – et la conscience brûlante de se retrouver « ex-taulard » rejeté par la société ».

« Je partais en guerre contre la société. Au fond, je ne ferai peut-être que reprendre une guerre qui n’avait jamais cessé. Il n’y avait plus en moi place pour le doute ou l’hésitation. Je me déclarai libéré de toute règle à l’exception de celles que j’étais prêt à accepter – et celles-là, je les changerai au gré de mon caprice. Je prendrais tout ce qui me plairait. Je serais ce que j’étais, avec la volonté de me venger en plus : un criminel ».

Ce roman, c’est presque une autobiographie de l’auteur. Lui qui, jusque ses 40 ans, avait passé plus d’années en cabane que libre. Bref, il sait de quoi il nous parle,  rendant par-là le récit plus vivant, plus vrai, plus profond.

La devise de Max ? « Mieux vaut encore être fugitif loin de sa cage que prisonnier déjà derrière ses barreaux ».

Là, je viens de suivre la route d’un braqueur et de deux de ses amis, j’ai commis un cambriolage et deux braquages en leur compagnie et j’étais du côté des bandits.

Oui, Edward Bunker a réussi le coup de force de nous faire apprécier Max Dembo et ses deux complices. Et tout ça sans victimiser son personnage principal. Incroyable, mais vrai !

« Au moins, il m’était resté en propre l’intégrité de l’âme, j’avais été le patron de mon petit arpent d’enfer, même s’il était tout petit, même s’il se trouvait confiné aux limites de mon propre esprit ».

Pourtant, aucune concession, aucunes excuses, rien. Son écriture est d’un réalisme incroyable et nous plonge dans toute la férocité et la dureté de certains quartiers de Los Angeles.

Le langage est digne des bas-fonds, mêlé d’argot des criminels, des codes du milieu. Seul un ancien taulard pouvait nous en parler aussi bien tout en critiquant le système judiciaire Américain qui colle les anciens détenus dans des « cases » et ensuite prétend les comprendre.

Les comprendre ou les aider à se réinsérer ? Que nenni ! Pour le reste de la population, les années de détention des anciens repris de justice ne représentent pas une rédemption significative et valable. À leur sortie, ils seront traité en parias, les poussant à replonger dans le crime, créant par là même le problème que la société voulait éviter.

La société est parfois responsable… et se tire elle-même la balle dans le pied. En voulant éviter un problème, elle le crée de toute pièce.

« La société avait fait de moi ce que j’étais (et elle m’avait rejeté dans son ostracisme
par peur de ce qu’elle avait créé) et je me complaisais à ce que j’étais. S’ils refusaient de me laisser vivre en paix, leur paix, je n’en voulais plus. (…) Qu’elle aille se faire foutre, la société ! La partie qu’elle jouait, qu’elle aille se faire foutre ! Et si les probabilités contre moi étaient immenses, ça aussi, ça pouvait aller se faire foutre ! ».

Ce roman noir ne brille certainement pas par son action trépidante, mais ce n’est pas cela qu’on cherche ici. Par contre, il brille de par son analyse psychopathologique du criminel.

Si le rythme est lent, l’écriture est nerveuse, sans concession aucune pour le politiquement correct.

Ma rencontre avec Max Dembo me marquera durablement, lui qui voulait se reconstruire et auquel on n’a pas laissé la possibilité de le faire.

Livre participant au challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), au Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre et  au « Challenge US » chez Noctembule.

Fausse piste : James Crumley

Titre : Fausse piste                                                    big_4

Auteur : James Crumley
Édition : Gallimard (2006)

Résumé :
Quand on est pauvre avec un héritage bloqué par testament jusqu’à l’âge de cinquante-trois ans et que l’on vient de perdre l’essentiel de son gagne-pain quotidien, on ne crache plus dans la soupe.

Milo Milodragovitch, rejeton maudit de ce qui fut une famille importante de Meriwether (Montana), ne peut qu’accepter l’offre d’Helen Duffy. Retrouver un frère innocent, gentil garçon raisonnablement de gauche et passionné d’armes à feu, disparu dans un incendie, n’est pas si compliqué. Surtout si la demande émane d’une femme à ce point démunie qu’elle en devient troublante.

Le vice, la haine et la violence ne sont pourtant pas loin. La laideur cache son jeu et les morts s’amoncellent. Qui ment et pour quelles raisons ?

À coucher avec ses clients, Milo ne verra que trop tard ce qu’il avait sous le nez…

Critique : 
Ne lisez pas un livre de Crumley dans l’espoir de suivre un détective privé futé, qui remonte les pistes, tel un chien de chasse lancé sur un gibier ! Oubliez aussi les déduction parfaites, l’étincelle dans l’œil à la perspective d’avoir une nouvelle énigme à résoudre…

Milo Milodragovitch a été flic, il est devenu privé, mais il tenait plus du détective cherchant la photo compromettante qui prouvera l’adultère, donnant ainsi la possibilité de divorcer à son cocu de client (ou à sa cocue de cliente).

Catastrophe, la loi a changé et maintenant, pour divorcer, plus besoin de prouver le cocufiage, on peut divorcer pour n’importe quel motif ! Bardaf, c’est l’embardée pour la petite entreprise de Milo…

Notre privé biberonnait déjà à la bouteille, se demandant comment effectuer son recyclage professionnel, son héritage testamentaire étant bloqué jusqu’au jour béni de ses 53 ans, lorsque Helen Duffy, une potentielle cliente rousse à la croupe incendiaire, lui proposa une enquête sur la disparition de son petit frère.

Ça commence bien, Milo veut déjà la sauter… La cliente a tout d’une gentille naïve et le petit frère n’est pas aussi clean qu’elle le dit.

Une enquête assez difficile pour notre privé qui passe plus de temps à boire qu’à enquêter. Ou qui boit beaucoup trop en enquêtant.

« Que ce soit par de longs et ennuyeux discours ou par des regards qui en disent des kilomètres, les ivrognes ont toujours de bons arguments pour justifier leur ivrognerie. Ils boivent pour oublier ou pour retrouver la mémoire, pour y voir plus clair ou pour ne plus y voir du tout ; ils boivent parce qu’ils ont peur, parce que leur réussite les étouffe ou que leurs échecs les consternent ; ils boivent parce qu’ils n’ont pas de foyer et que leur cœur est solitaire, ou au contraire pour fuir l’horreur de leur ménage qui bat de l’aile ».

Avec Crumley, pas de précipitation dans le récit, pas de courses poursuites, mais des ambiances de bars plus vraies que nature.

D’ailleurs, au bout de quelques pages, j’étais bourrée en lisant toutes les gorgées de whisky que Milo avait ingurgité en compagnie de tout un tas de laissés-pour-contre.

À la fin de l’enquête, je frôlais le coma éthylique… hips, et j’étais remplie de tous les coups reçu au fil des pages. Suivre Milo dans ses pérégrinations n’est pas toujours de tout repos, mais je me suis attachée à lui, ainsi qu’au clodo Simon.

Ceci est un roman noir ! Le lecteur explore les bars crades où se retrouvent les paumés; les clodos, les alcoolos et les flics corrompus, qui, pour quelques dollars de plus, ferment les yeux sur les flippers et autres infractions.

L’auteur n’est pas tendre avec son éponge imbibée d’alcool qu’est Milo. Pas tendre non plus envers les habitants de la ville de Meriwether qui regardent un jeune voleur à la tire se faire rouler dessus par des voitures, dans une parfaite indifférence, des flics corrompus ou des dealer occasionnels. Bref, tout le monde en prendra pour son grade.

Les personnages sont tous plus ravagés les uns que les autres et le ton du roman est assez impertinent, surtout avec Milo !

« Je me sentais à peu près aussi en forme qu’une capote usagée ».

« Mais debout devant cette femme endormie, je compris qu’il me serait impossible d’ingurgiter assez d’alcool pour évacuer tout ça de mon esprit. Le gros problème bien sûr, c’est que j’allais devoir affronter ma propre incapacité. Car, détective, je ne l’étais que sur ma licence. Putain de merde ! Moi qui ne lisais même pas de polars parce que je trouvais les intrigues toujours trop compliquées ».

Ne lisez pas ce roman noir dans l’espoir de croiser un foudre d’enquêteur parce que Milo tourne souvent en rond, se bourre la gueule, fume des joints, doit débourrer de ses multiples gueules de bois et soigner ses coups. C’est simple, j’avais le nom du coupable avant lui…

« Je considérais un instant le joint, puis décidai de tirer une petite taffe, juste pour me décontracter. Je pourrais toujours m’arrêter au Willomot Hill Bar pour y prendre une bière, avaler deux amphés, fumer un pétard ou deux pour trouver dans la défonce un ersatz au courage qui me manquait. Selon la bonne vieille tradition américaine ».

Non, on lit cet auteur pour sa plume, son ironie, ses descriptions de la misère humaine échouée dans les bars. On le lit pour sa galerie de personnages… et on s’enfonce dans les eaux sombres car l’auteur nous maintient la tête sous l’eau.

On le lit pour ses 473 pages que je n’ai pas vue passer… pour le coup de pied au cul final.

En fait, on peut même dire que l’enquête est secondaire, accessoire. Juste une manière de faire plonger le lecteur en eaux troubles.

– Barman ! La prochaine tournée est pour moi !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et le « Challenge US » chez Noctembule.

Le Mois Anglais is bientôt back !!

Tâdaaaammmmm !! L’année dernière, le 1er juillet, le Mois Anglais avait tiré sa révérence, nous disant « I’ll be back » et le revoici de retour bientôt pour un mois de juin à l’heure anglaise !

Sortez votre thé et vos scones !

Titine n’ayant pas encore dévoilé son nouveau logo, je suis chaude boulette encore plus à l’idée de ce qu’elle a choisi (paraît que c’est pas Sherlock Holmes tout nu…).

Un an que je suis sur les braises, attendant le retour du 1er juin (droguée que je suis 😀 ) avec l’impatience d’une amante trop longtemps délaissée par son jules.

Oui, j’aime le Mois Anglais, mais juin, c’est aussi et surtout, le mois de mes congés annuels ! Double jouissance.

Anybref (©Meloe), j’ai déjà commencé à réfléchir à ce que je pourrais faire pour pourri… heu, pour faciliter la vie à l’organisatrice Titine, tout en évitant de me surcharger pour mes vacances.

Le choix s’est bêtement porté tout naturellement sur ma collection de manga gothico-victorien qu’est « Black Butler » et dont je n’ai jamais chroniqué les 8 ou 9 neufs premiers tomes.

Je ne me souviens plus trop des premières aventures et une relecture ne me ferait pas trop de mal et ça ne pèse pas trop lourd dans mon sac de voyage spécial « livres ». Sans compter qu’à la piscine, ça se lit vite et que c’est du bon !

D’ailleurs, tant que je suis au rayon Manga, autant relire en début de mois la série « City Hall » ! Un Londres steampunk, ça change ! Avec un peu de chance, je pourrai acheter mon tome 4 en même temps que le 5 en juin ! (oui, le 4 est sorti, mais pas encore acheté ! Je sais, y’a du laisser -aller).

J’ai sélectionné aussi quelques livres qui parlaient de sujets qui me tenaient à cœur, ainsi qu’un grand auteur anglais de roman noir et un français qui nous parle d’un tueur de Yorkshire (certains comprendront !).

Mon cerveau ne s’arrêtant jamais et cherchant moult possibilités pour pourri.. heu, égayer ce challenge mensuel, j’ai aussi pensé à quelques sujets dont je pourrais traiter durant ce mois… Des articles typiquement londonien, œuf corse !

  • L’élevage des escargots de Bourgogne dans le Derbyshire, pour en faire baver tout le monde.
  • La reproduction des fourmis dans le Suffolk, par temps de pluie.
  • Sussex : comté coquin ou réputation usurpée ?

Ma documentation est regroupée, je réfléchis à comment je vais introduire les sujets, je note dans mon carnet toutes mes bêtises et j’ai du café pour tenir le coup ainsi que du temps !

Donc, Titine, accroche-toi, je suis prête à te faire chi.. heu, à casser la baraque ! 😉

Le Mois Anglais sera chaud ou pas… N’est-ce pas, Sherlock ?

Chiennes de Vies (Chroniques du Sud de l’Indiana) : Frank Bill

Chiennes de vies - Franck BillTitre : Chiennes de Vies (Chroniques du Sud de l’Indiana)   big_5

Auteur : Bill Frank
Édition : Gallimard

Résumé :
Bienvenue dans l’Amérique profonde d’aujourd’hui, où les jobs syndiqués et les fermes familiales qui alimentaient les revendications sociales des Blancs ont cédé la place aux labos de meth, au trafic d’armes et aux combats de boxe à mains nues.

Les protagonistes de Frank Bill sont des hommes et des femmes acculés au point de rupture – et bien au-delà. Pour un résultat toujours stupéfiant.

Si le sud de l’Indiana dépeint par Frank Bill est hanté par un profond sentiment d’appartenance à une région qui rappelle le meilleur de la littérature du Sud, ses nouvelles vibrent aussi de toute l’énergie urbaine d’un Chuck Palahniuk, et révèlent un sens de l’intrigue décapant, inspiré de l’écriture noire à la Jim Thompson.

Une prose nerveuse, à vif, impitoyable et haletante, qui fait l’effet à la fois d’une douche glacée et d’un coup de poing à l’estomac.

POLAR NOIR - abandon-all-hope-ye-who-enterCritique : 
Ce roman, plus noir que le fond d’un encrier est composé de 17 nouvelles. 17 tranches de vie du sud de l’Indiana… 17 histoires noires, violentes, qui explorent les tréfonds de l’Homme dans ce qu’il a de plus vil.

Il ne fait pas bon vivre dans le sud de l’Indiana. Des paumés, des alcoolos notoires, des trafiquants de drogue, des bandes organisées, des pédophiles, des papys ou pères incestueux, des assassins, des voleurs, des traumatisés des guerres (la Seconde, le Vietnam, l’Afghanistan), des maris violents, des drogués accros aux méthamphétamines, tous vivant dans une crasse monstre et dans une dépravation qui frise souvent avec le point de non retour.

« Lessiveuses rouillées, carcasses de gazinières, pneus moisis tout desséchés et téléviseurs cassés fleurissaient sur le fond pierreux des vallons. Un paysage de remorques corrodées et de fermes délabrées devant lesquelles traînaient des tracteurs rouge argile abandonnés, ainsi que diverses carcasses de véhicules posées sur des parpaings. Le conte de fées de la survie en milieu rural version Les Misérables ».

Toute cette tripotée de rednecks bouseux se retrouvent dans les pages de ce court roman qui vous fiche un coup de trique dans les gencives avant de vous étaler par un uppercut qui vous laissera K.O.

17 nouvelles qui pourraient être indépendantes les unes des autres, mais dont certaines sont la continuité des autres. Les trois premières histoires sont une suite, les protagonistes se connaissant bien. Et elles vous plombent déjà bien l’ambiance, les trois premières nouvelles.

« Il avait mis le feu à la maison de son père pour toucher l’argent de l’assurance. Buté le chien d’Esther MacCullum sous le nez de ce dernier pour une sombre histoire de dette. Grimpé sur la fille de Needle Galloway, treize ans à l’époque. Défoncé le crâne de Nelson Anderson avec un marteau à la Leavenworth Tavern, parce que cet enfoiré l’avait ouvertement accusé d’avoir balancé Willie Dodson sur un deal intercomtés, alors qu’il avait agi pour le compte du shérif.
Et aujourd’hui, il venait de vendre sa petite-fille Audry, la P’tiote, au clan de Hill pour qu’elle tapine. Avec le fric qu’elle gagnerait, il pourrait payer les médicaments anticancéreux de sa femme Joséphine. Mouais, pas de doute, j’suis un enfant de salaud, pensa-t-il ».

Il y a un fil rouge dans tout cela et ce n’est pas que dû au sang qui coule, car certains personnages sont récurrents et nous croisons quelques fois leur route de misère.

Ici, pas une étincelle d’espoir. L’espoir, on l’a étouffé dans l’oeuf,  noyé dans la Blue River. L’espoir a été décapité sur l’autel des oubliés, sous un fronton où devait être inscrit « Vous qui entrez, abandonnez toute espérance ».

Le sud de l’Indiana, c’est l’Inferno de Dante. Même Charon, le nocher des Enfers, le fuirait !

La seule lueur d’espérance se trouvera dans la dernière nouvelle.

Franck Bill possède une plume acérée, acide, sans concession, sans fioritures et il pique là où sa fait mal, fouraillant dans la plaie, crevant les abcès de pus.

L’auteur tire à boulets rouge sur l’Amérique qui n’a pas aidé ses anciens combattants à guérir leurs traumatismes, qui ne les a pas aidés, qui a oblitéré les blessures secrètes qu’ils pouvaient avoir dans l’âme et qui les a transformé en machine violente.

« À cette époque, personne ne parlait du syndrome de stress post-traumatique. Des dégâts provoqués par la guerre dans le cerveau d’un homme. Des conséquences de ce que celui-ci avait pu voire, entendre et faire avec d’autres ».

Le portrait est au vitriol sur les maris qui battent leurs femmes, sur les gangs, les combats clandestins de chiens, et tout ce qui fait la noirceur de l’être humain.

« De même, la maltraitance des femmes était un sujet tabou. On ignorait le problème, tout simplement. C’était l ‘époque où le « jusqu’à ce que la mort nous sépare » était la règle imposée du mariage. Une femme ne quittait pas son mari, elle lui obéissait ».

Ce livre ne vous laisse pas indemne, ça vous remue les tripes avant de vous laisser K.O.

Les personnages sont puissants, violents, noirs, sombres, sans âme et ils ont une forte présence.

Lire Franck Bill, c’est se plonger dans le sud de l’Indiana et en ressortir comme après un combat de boxe : tabassé en règle et cassé de partout.

Magnifique, tout simplement. Mais noir, horriblement noir.

« La ville où il faisait respecter la loi avait beau ne pas être bien grande, Mitchell en avait vu des vertes et des pas mûres en quinze ans de service. Des cadavres flottant sur la Blue River. Des couples où les hommes à l’haleine chargée de bière ne savaient caresser leur femme qu’à coups de poing, leur offrant généreusement ecchymoses violettes, boursouflures rouge vif et os fracturés. Des véhicules encastrés dans les arbres, d’où on retirait des corps sans vie. Depuis quelques années, cependant, la situation s’était aggravée. La meth avait dévasté le pays, dépouillant de son humanité une partie de la classe laborieuse. Propageant en elle le germe de la criminalité ».

Livre participant au Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), Le « Challenge US » chez Noctembule, le challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez Arieste et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Meilleures Nouvelles de l’année 2013 élues par le magazine « Lire »).

CHALLENGE - À tous prixCHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (2)CHALLENGE - US

Complètement cramé ! : Gilles Legardinier [Version Numérique et Papier]

Titre : Complètement cramé !                         big_3-5

Auteur : Gilles Legardinier
Édition : Pocket (2014)

Résumé :
Arrivé à un âge où presque tous ceux qu’il aimait sont loin ou disparus, Andrew Blake n’a même plus le cœur à orchestrer ses blagues légendaires avec son vieux complice, Richard. Sur un coup de tête, il décide de quitter la direction de sa petite entreprise anglaise pour se faire engager comme majordome en France, pays où il avait rencontré sa femme. Là-bas, personne ne sait qui il est vraiment, et cela lui va très bien.

Mais en débarquant au domaine de Beauvillier, rien ne se passe comme prévu… Entre Nathalie, sa patronne veuve aux étranges emplois du temps ; Odile, la cuisinière et son caractère aussi explosif que ses petits secrets ; Manon, jeune femme de ménage perdue ; Philippe, le régisseur bien frappé qui vit au fond du parc, et même l’impressionnant Méphisto, Andrew ne va plus avoir le choix. Lui qui croyait sa vie derrière lui va être obligé de tout recommencer…

Critique :
Une petite dose de Legardinier, ça fait toujours du bien dans la morosité ambiante. Une sorte de remonte-moral – sans ordonnance – entre deux polars noirs.

De plus, j’inaugurais une nouveauté avec ce roman puisque je l’ai lu en alternance dans deux versions : la numérique (sur le PC à la maison) et sur papier dans le métro et au boulot.

Le pitch ? Andrew Blake a confié la direction de sa petite entreprise anglaise à sa secrétaire car il en a marre et a décidé de se faire engager comme majordome en France. Là-bas, personne ne sait qui il est vraiment, et cela lui va très bien. Oui, mais…

Je n’irai pas par quatre chemins  : les personnages sont diablement sympathiques, attachants et les « méchants » sont de vrais peaux de vache sans rien pour les relever. Manichéen, sans doute, mais ça ne m’a pas dérangé pour autant.

On pourra me dire que c’est pétri de bons sentiments, que tous les soucis, problèmes, ennuis, s’arrangent tous comme par miracle, que le Andrew Blake trouve toujours les solutions à tout, que dans la vraie vie, ce genre de choses est impossible, que tout les événements ce qui se déroulent dans le roman sont « chiqués ». Je vous rétorquerai « Je le sais très bien et je m’en contre-fiche royalement ! ».

Si on lit les livres de cet auteur, c’est pour se détendre, rire un bon coup, passer du bon temps et se régénérer tout entier. Faut pas croire non plus qu’il a une écriture simpliste et bêbête, loin de là, il en profite souvent pour nous asséner quelques vérités qu’on aurait parfois tendance à oublier.

— Vous n’êtes sans doute pas un imbécile, Addinson, mais ce n’est pas l’intelligence qui fait la valeur d’un homme, c’est la façon dont il l’emploie.

— N’oublie jamais qu’un adulte n’est qu’un enfant qui a vieilli.

— Pour les gens comme vous, l’amour est de la guimauve, la gentillesse est une preuve de faiblesse, et dire des choses simples est un manque de culture. 

— Je me souviens d’une phrase lue sur le fronton de catacombes que je visitais à Rome avec mes parents. Au-dessus de ces empilements d’os et de crânes, était écrit : »J’ai été ce que tu es. Tu seras ce que je suis. »

— On peut être violent sans insulter. Parfois, dire ce que l’on pense correctement peut s’avérer bien plus offensif que des mots qui n’ont plus aucun sens parce que tout le monde les emploie à tord et à travers.

Certes, j’ai eu moins d’éclats de rire que dans « Et soudain tout change », mais j’ai tout de même eu de nombreux sourires et quelques larmes aux coins des yeux (un truc dans l’œil, sans doute). Mais les bons mots sont légion.

A une allure d’escargot, le véhicule quitta la grange.
 —Il va mettre huit jours pour aller jusqu’en ville…, commenta Magnier.
 — S’il éclate un pneu, il pourra descendre et le réparer sans même s’arrêter tellement il traîne, renchérit Hakim.
Les deux hommes éclatèrent de rire. Blake leur lança :
 — Vous êtes en train de vous moquer de moi, je vous vois !
Magnier répliqua :
 — Attention, il y a un arbre à deux cent mètres devant toi. freine, tu vas le percuter demain soir !

— En France, vous faites moins cuire la viande qu’en Angleterre. Chez vous, tout est servi rouge, saignant à l’intérieur.
— Et chez vous, c’est de la semelle. C’est vous qui avez un problème avec la viande. Vous la faites toujours trop cuire. C’est un défaut historique. Regardez ce que vous avez fait à notre Jeanne d’Arc. Vous l’avez tellement cuite que vous l’avez brûlée !

Pour une fois, le chat de la couverture n’est pas fictif, il y en avait un beau angora dans les pages, Mephisto. Mais je n’ai pas été dupe sur l’embonpoint du chat, ni sur sa disparition. On ne me la fait pas à moi !

— Au fait, merci pour ce midi. Votre terrine était succulente.
Odile se retourna :
— Ma terrine ?
— Celle que vous m’aviez préparée sur l’assiette.
Odile devint toute rouge.
— Vous avez mangé le repas de Méphisto ?
L’animal ouvrit les yeux brutalement. Blake en fut presque plus surpris que de la remarque de la cuisinière. Comment le chat avait-il compris ?

Point négatif : j’aurais bien aimé passer plus de temps en compagnie des personnages. Premièrement, j’étais en agréable compagnie et deuxièmement, j’aurais aimé en savoir plus sur les événements qui allaient se passer. Mais j’ai eu beau secouer la version papier comme la numérique, j’étais arrivée au bout de ce charmant petit roman qui m’a fait passer un super bon moment de lecture, sans me prendre la tête.

Maintenant, je peux retourner dans mes romans noirs.

Derrière la haine : Barbara Abel

Titre : Derrière la haine                                                 big_5

Auteur : Barbara Abel
Édition : Pocket (2013)

Résumé :
D’un côté, il y a Tiphaine et Sylvain, de l’autre il y a Laetitia et David. Deux couples, voisins et amis, fusionnels et solidaires, partageant le bonheur d’avoir chacun un petit garçon du même âge. Maxime et Milo grandissent ensemble, comme des jumeaux. Jusqu’au drame. Désormais, seule une haie sépare la culpabilité de la vengeance, la paranoïa de la haine…

Petit Plus : Barbara Abel n’a pas son pareil pour distiller l’angoisse, manipuler le lecteur, multiplier les rebondissements… jusqu’à la conclusion, noire à souhait.

Un roman noir, très noir. De ces livres qui oppressent, donnent des frissons, ne laissent pas intact.

Critique : 
Derrière la haie, il y a la haine… Mais il n’en fut pas toujours ainsi… Il fut une époque, pas si lointaine, où les Brunelle et les Geniot étaient les meilleurs amis du monde. Deux couples, deux enfants nés à trois mois d’intervalles. Presque une famille.

« L’amitié est une force dont nul ne peut prétendre pouvoir se passer. On a besoin d’amis, comme on a besoin de manger, de boire ou de dormir. L’amitié, c’est un peu la nourriture de l’âme : elle ravitaille le cœur, elle sustente l’esprit, elle nous comble de joie, d’espoir et de paix. Elle est la richesse d’une vie. Et le gage d’une certaine idée du bonheur ».

Pour peu, on se croirait au Pays Enchanté… Si ce n’était que l’auteure, dans son prologue, nous donne un aperçu de ce que deviendront les relations amicales des deux couples, 7 ans après.

Au moins, ça rassure le lecteur en recherche de frissons, parce que ensuite, ça pétille de gentillesse et de joie de vivre. Quoique… De temps en temps, on sent des tensions, des frictions, des secrets honteux confiés un soir de beuverie. Il y a aussi les petits reproches fait à l’un ou à l’autre sur l’éducation des enfants.

– Je ne sais pas si c’est une bonne idée (…) Cet accès direct d’un jardin à l’autre.
– Pourquoi cela ne serait pas une bonne idée ?
– Ce qui fait que notre amitié fonctionne, c’est justement qu’on soit chacun chez soi. On ne marche pas sur les plates-bandes des autres, on ne s’envahit pas. Quand on sonne chez vous, si vous n’avez pas envie d’ouvrir, vous n’ouvrez pas. Pareil pour nous. Et c’est très bien comme ça. 

Bref, tout baigne dans leurs vies jusqu’à ce que, un jour : « bardaf, c’est l’embardée ! ».

« Un cri qui n’en finit pas. Un cri dont l’écho résonna longtemps, secondes d’éternité, comme si le combat que se livraient sans merci le silence et le bruit pouvait encore déjouer le cours du destin. Un torrent aux eaux tumultueuses se fracassait contre la structure trop rigide d’une digue, ondes volages qui allaient et venaient sans relâche, malgré le courant qui s’épuisait, pour bientôt ne plus émettre que le clapotis ténu d’un souffle ultime ».

Le jour du drame, tout s’effrite et commence à partir en coui****.

« Le malheur est un fardeau qui, à l’inverse du bonheur, ne se partage pas ».

Jalousie, vengeance, culpabilité, folie, accusations graves, accidents louches… tous ces ingrédients furent mis dans un shaker et secoué pour distiller du plaisir avec un cocktail détonnant.

Ceci n’est pas un thriller où on court dans tous les sens, mais une sorte de huis-clos entre deux couples, avec juste quelques intervenants.

Pour ce qui est des frissons et des angoisses, l’auteure joue avec nos nerfs, dissimule des indices dans ses pages, nous fait pencher pour un couple, avant que nous ne fassions machine arrière en se disant que, décidément, l’autre couple a plus la tête sur les épaules…

Vous l’avez compris, entre les deux couples, notre raison balancera jusqu’à ce que nous ne sachions plus très bien à quels saints nous vouer tant l’auteur aura joué avec nous.

Parlons-en, de nos deux couples : ce sont des gens ordinaires, simples, avec leurs soucis, leurs secrets, leurs faiblesses, leurs forces, leurs passé, pas toujours très joyeux. Des gens crédibles, quoi !

J’avais pensé à une fin… me suis plantée parce que l’auteure fut encore plus vicieuse et sadique que je ne le pensais. Une vraie peau de vache ! Et ceci ne sont pas des insultes, mais des éloges !

Vlan dans mes dents… Une chose est sûre, si je croise Barbara Abel au détour d’une allée d’un salon du livre, je fuirai, parce qu’on est jamais trop prudente !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014).