Des nœuds d’acier : Sandrine Collette

Noeuds d'acier - ColetteTitre : Des nœuds d’acier                            big_4

Auteur : Sandrine Collette
Édition : Le Livre de Poche (2014)

Résumé :
Théo Béranger sort de prison. Dix-neuf mois de rapports humains violents et âpres, qu’il a passés concentré sur un seul objectif : sa libération.

Son errance le mène au fin fond de la France, dans une région semi-montagneuse couverte d’une forêt noire et dense. Là, kidnappé par deux frères déments, il va replonger en enfer.

Un huis clos implacable, où la tension devient insoutenable.

Critique : 
Si, pendant mes vacances dans le Sud, notre proprio nous parle d’une super balade qui ne se trouve pas sur les cartes et qu’il se met à tracer la route sur la carte, je vous jure que je fou le camp en hurlant !

« J’ai bu mon café à petites gorgées, heureux qu’il soit trop chaud, heureux de prendre mon temps. J’ai déplié la carte sur la table en teck. Mme Mignon m’a montré un trajet insoupçonnable. Je ne voyais aucun chemin et je le lui ai dit ; elle a répondu qu’il y avait une sente, et que si je réussissais à la trouver, j’arriverais dans une sorte de crevasse qui permettait de monter jusqu’en haut du petit mont. Et là, la vue était à couper le souffle.[…] Elle a tracé le chemin au crayon, elle a dit : À peu près, hein. Elle m’a montré où laisser la BM. Elle a souri ».

Après avoir purgé sa peine de 19 mois, Théo Béranger sort de prison. Il avait cassé la gueule à son frère, le laissant avec autant de dynamisme qu’un légume passé de date. Ses 19 mois furent constitués de rapports humains violents et âpres, qu’il a passés concentré sur un seul objectif : sa libération.

« La violence, j’en ai soupé et je n’en ai pas le goût. Mais que ce soit clair : s’il faut l’utiliser, je le fais. Je n’ai pas l’âme d’une victime. Certains ressortent écrasés par la prison, d’autres endurcis ; je suis de ceux-ci. Avec une conscience aiguë des choses pour lesquelles cela vaut la peine de cogner, et celles qui ne le justifient pas ».

S’il n’avait pas décidé d’aller faire le mariole devant son légume baveur de frère, il n’aurait pas eu les infirmiers aux fesses et n’aurait pas dû ficher le camp sur les chapeaux de roues afin de ne pas retourner à la case « prison » pour la violation de son « interdit de visite ».

Son errance le mène au fin fond de la France, dans une région semi-montagneuse couverte d’une forêt noire et dense. Logeant chez des petits vieux, il se lie avec madame Mignon, qui gère le gîte…

Randonnant gaiement, nos ancien taulard va se retrouver aux prises avec deux petits vieux tellement sadiques et salauds qu’à côté d’eux, ses anciens compagnons de cellule sont des anges !

Prisonnier, obligé de les servir comme un esclave, il va perdre petit à petit son humanité pour finir quasi comme un chien. Non, comme l’ombre d’un chien…

« Peu à peu, je suis devenu transparent. Les autres êtres transparents possibles sont peu nombreux dans l’univers. Les fantômes. Les ectoplasmes. La fumée peut-être. Comme eux, j’existe à peine et je me coule dans les recoins du monde ».

Oh, il a bien essayé de résister, mais les vieux l’ont cassés, physiquement et psychologiquement. Il s’est résigné, lui qui voulait tant se révolter.

Pourtant, Theo n’est pas une femmelette, j’aurais même pensé qu’il aurait résisté beaucoup plus.

« J’ai arrêté de lutter contre ma propre déchéance. Et oublié la moindre idée de révolte ».

Huis clos prenant, violent, inhumain… tout ça au menu.

On assiste, impuissant, à la déchéance d’un homme qui, au départ, répugnait à manger sa pitance sur le sol, apprendra à happer les os au vol où même tombé dans la crasse.

Il était devenu un chien…

« Je ne suis plus qu’un reste d’humanité. Une entité qui ne pense qu’à manger, boire et dormir, éviter les coups, et à se relever le lendemain. Les vieux avaient raison. Je ne vaux pas beaucoup plus qu’un chien. Je ne suis même pas affectueux. Je suis de la race de ces bêtes galeuses qu’on attache au bout d’une chaine et que personne ne veut plus caresser ».

L’écriture est simple, mais elle fait mouche parce que l’auteur ne décrit pas des scènes de tortures abominables, mais notre imagination fait le travail lorsqu’elle suggère avant de nous balancer le tout en pleine figure.

La narration est à la première personne, renforçant le sentiment du lecteur qu’il lit le journal écrit par Théo lui-même. Le prologue en avait déjà ajouté une couche : « Non, non, ce n’est pas l’auteur qui écrit, mais c’est bel et bien Théo » me suis-je dit, complètement immergée dans le récit.

Les personnages des deux vieux sont des salauds de première, rien ne les excuse, et on s’attache à Théo. Lui qui était un peu arrogant au départ va manger son pain noir et j’ai ressenti de l’empathie pour lui.

Ambiance tendue comme une corde de violon jusqu’à la fin, suspense psychologique assez lourd qui laissera le lecteur vidé.

L’auteure est vache et j’aime ça ! Et en plus, la boucle est bouclée.

PS : j’aime bien les Rottweiler, moi… Théo aussi je pense.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Grand Prix de la Littérature Policière 2013).

CHALLENGE - À tous prixCHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (2)

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23 réflexions au sujet de « Des nœuds d’acier : Sandrine Collette »

  1. Ce roman a l’air flippant à souhait, je l’ai noté mais il fout ouille ouille j’ai la trouille comme dirait l’admirable King Julian ! Et moi j’aime pas les rottweiller

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    • Il est flippant, mais moins que « purgatoire des innocents » de Giebel. Plus court, aussi et pas d’enfants pour être abusés.

      L’auteur te fiche parfois l’horreur sans rien dire, mais en te laissant deviner la scène et crois-moi, tu ne te la détailles pas dans ton esprit !!!

      J’aime les gros chiens mais les obéissants ! 😉

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  2. J’ai adoré ce bouquin ! Mais moi qui n’aimais déjà pas la campagne, ça va être coton désormais pour me convaincre d’aller faire une ptite balade !!!!

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    • J’adooore la campagne et j’adoore faire des balades avec les chiens de mes parents dans les chemins perdus ou les chemins forestiers ! Avec ou sans Chouchou… mais j’ai un avantage, le chien de mon père est plus grande qu’un Rottweiller, plus haute qu’un Berger Malinois et plus large qu’un Berger Allemand… c’est le fruit des amours entre un Beauceron déjà très grande et d’un Berger Allemand qui avait dû bouffer des croquettes irradiées tellement il était grand aussi… Ok, derrière sa grande carcasse, elle peut avoir la trouille… les sangliers, notamment, ça la fait courir la queue entre les jambes et venir se planquer derrière moi ! 😀

      Mais si je rencontre un p’tit vieux, je l’abat sans sommation !!

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    • Ah oui, tu aimes être vidé… 😛 Je peux te faire les poches… je sais, c’est moche (♫ 5h du mat’♪).

      Je ne fais que suivre les pistes de l’ami Gruz qui lui a du flair !! Moi, je suis le chien de chasse paresseux, je suis les traces des autres. J’ai des tas qui chassent pour moi ! La preuve, ma PAL gigantesque…

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