3. Holmes travestit… [Sherlock Holmes]

Holmes, un travestit ???

Mais non, bêtes que vous êtes !

Je voulais juste vous signifier que Sherlock Holmes excellait dans l’art du déguisement et était très doué pour se transformer physiquement grâce à du maquillage ou l’utilisation des postiches en tout genre.

Il savait adopter des postures, changer sa voix et prendre des accents.  Avec un rien, il se transformait.

Il s’est même déguisé en vieille dame, une fois, dans « La pierre de Mazarin » (MAZA).

Aujourd’hui une vieille femme. De la journée ils ne m’ont pas quitté d’une semelle.
– Vraiment, monsieur, vous me flattez ! […]
– C’était vous ? Vous-même ?
Holmes haussa les épaules.
– Vous pouvez voir dans ce coin l’ombrelle que vous m’avez si galamment tenue avant que vous ayez soupçonné quoi que ce soit.

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Le déguisement de Holmes devait être plus convaincant et mieux réussi que celui de l’acteur Robert Downey Jr (j’apprécie l’acteur, mais pas dans le « Holmes II ».

Oui, Sherlock Holmes a du talent ! Quelques extraits du canon :

  • « Vous auriez pu devenir un acteur, et quel acteur ! » lui lance Athelney Jones dans « Le signe des quatre »(SIGN).
  • « Le théâtre a perdu un merveilleux acteur quand il s’est spécialisé dans les affaires criminelles. Son expression, son allure, son âme même semblent se modifier à chaque nouveau rôle » dans « Un scandale en Bohème » (SCAN).
  • « Je me suis déguisé avec toute la minutie d’un véritable artiste » dans « Le détective agonisant » (DYIN).
  • « Et le vieux baron Dowson a dit à mon sujet, la veille du jour ou il fut pendu, que ce que la loi avait gagné, la scène l’avait perdu. » dans « La pierre de Mazarin » (MAZA).
  • « Il possède au moins cinq refuges dans Londres ou il peut se maquiller et se transformer à sa guise » dans « Peter Le Noir ». (BLAC)

Déguisé, Holmes passe ainsi totalement inaperçu et peut enquêter en toute impunité.

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Holmes en pasteur non conformiste dans « Un scandale en Bohème »

Normal, si on veut faire parler un lad ou un valet d’écurie, vaut mieux être déguisé en un homme appartenant à son milieu et se fondre dans l’atmosphère des lieux en ramassant le crottin ou en flattant la croupe d’une jument, non ?

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Holmes en valet d’écurie, d’après un dessin de Sidney Paget, illustrateur de presse et de littérature anglais, en particulier pour le Strand Magazine. Créateur de l’image du personnage de Sherlock Holmes.

En fait, il est constamment en représentation, il aime surprendre ses clients et son ami Watson, qui lui même n’y voit que du feu et se laisse berner. Il avoue souvent être incapable de se refuser une note dramatique.

Parmi les déguisements cités par Watson, il y a :

  • Un marin (Signe des quatre)
  • Un vieil officier de marine asthmatique (Signe des quatre)
  • Un valet d’écurie ivrogne (Un scandale en Bohème)
  • Un clergyman non conformiste, aussi aimable que simplet (Un scandale en Bohème)
  • Un vieux fumeur d’opium dodelinant (L’homme à la lèvre tordue)
  • Un vulgaire vagabond (le diadème de Béryls)
  • Un homme connu dans l’East End sous le nom de Captain Basil (Peter-Le-Noir)
  • Un jeune plombier libertin nommé Escott (Charles Auguste Milverton)
  • Un vénérable prêtre italien (Le problème final)
  • Un vieux bibliophile voûté (La maison vide)
  • Un ouvrier français mal rasé (la disparition de lady Frances Carfax)
  • Un chômeur ou un vieux « sporting man » (La pierre de Mazarin)
  • Une vielle femme (La pierre de Mazarin)
  • L’espion irlando-américain Altamont (Son dernier coup d’archet)

 

Et niveau fringues??

Argh, non, Holmes ne se balade pas affublé d’un long McFarlane et coiffé d’un deerstalker !! Remisez au placard vos clichés à la con, je vous en remercie et lui aussi !

Et non, Holmes ne ressemble pas à un clodo comme l’acteur Robert Downey Jr l’a laissé penser dans les films de Ritchie.

Non, non, non, pas ce débraillé là ! Jamais en ville, s’il vous plaît !

Holmes, qui avait la propreté d’un chat, ne laissait sans aucun doute ses cheveux pousser dans tous les sens, se coiffait et s’habillait d’une certaine élégance, du genre strict : costume deux pièces (j’aurais aimé voir son autre costume deux pièces, moi), en tweed ou une redingote, de temps en temps, un ulster.

Pour la tête, un chapeau melon ou haut-de-forme, comme tous les hommes distingués de Londres.

Dans la poche du gilet, une montre à gousset avec le souverain offert par Irène Adler accroché à sa chaîne de montre.

Ceci n’est pas tout à fait sa montre… mais elle doit y ressembler !

Lorsqu’il était à Baker Street, dans l’intimité de son meublé, il pratiquait un débraillé qui ne plaisait pas toujours au docteur Watson.

Il lui arrive de vivre en robe de chambre dont il possède plusieurs modèles : une est pourpre, une bleue et une « gris souris ».

Cette robe de chambre ne l’empêche pas de recevoir ses clients, que du contraire. Il est normal d’en porter une sur ses habits. Oui, il n’était pas nu dessous ! Lorsqu’il devait sortir, il se changeait !

Si d’aventure, une enquête devait l’amener dans la campagne, il enfilera (oh oui !) un long manteau gris, un costume de tweed et une casquette de drap qui pourrait être une deerstalker.

Mais UNIQUEMENT pour les enquêtes à la campagne !! Jamais à Londres.

À suivre demain… Vous ferez la connaissance de Gédéon Theusmanie…

Book Illustration Depicting Sherlock Holmes and Dr. Watson in a Train Cabin

Sherlock Holmes par Sidney Paget

Ah, là c’est parfait ! Le costume, le cheveux bien coiffé. Un vrai gentleman !

Ôtez-moi ce ridicule déguisement qui ne vous sied point, monsieur Holmes/Rathbone ! Au moins, la pipe est bonne (oups !)

Holmes, pas cet accoutrement pour la ville de Londres, voyons ! Nous ne sommes pas à la campagne !!

CHALLENGE - Embarquez pour Mois anglais

2. Amour, Sexe, Drogues et Rock’n Roll – 2.4 ♫ ROCK’N ROLL ♪ [Sherlock Holmes]

ImageGen.ashx♫ Rock’n Roll ? ♪

Non, Holmes ne dansait pas le boogie-woogie (du moins, pas sans avoir dit ses prières du soir), il ne chantait pas non plus les classiques du rock dans sa salle de bain, hurlant « Irène… mourir d’amour enchainé », mais il pratiquait de la musique !

Holmes possédait un violon Stradivarius qu’il avait acheté pour 55 shillings à un brocanteur de Tottenham Court Road. Vu la somme payée, on peut dire qu’il l’a eu pour une bouchée de pain.

Le détective qui aime le violon,on l’apprend assez vite dans le canon. Avant même de connaître la profession de Holmes ! Oui, dès le premier chapitre des  aventures, dans « Une Etude en rouge » (mars 1881), il en prévient Watson, avant de partager un appartement avec lui :

 — Faites-vous entrer le violon dans la catégorie des bruits fâcheux ? demanda-t-il avec anxiété. (Holmes)
 — Cela dépend de l’exécutant, répondis-je. Un morceau bien exécuté est un régal divin, mais s’il l’est mal !… (Watson)

Mais pas de panique, Watson, Holmes sait jouer du violon !! La preuve…

Il exécutait des des lieder de Mendelssohn à la perfection et Watson nous avouera, dans « La ligue des rouquins » (REDH) :

« Mon ami était un mélomane enthousiaste ; il exécutait passablement, et il composait des œuvres qui n’étaient pas dépourvues de mérite ».

Et il ne s’agit pas d’une simple distraction. Il l’utilise pour réfléchir lors d’une enquête : « La musique allemande… est davantage à mon goût que la musique française ou italienne, elle est introspective et j’ai grand besoin de m’introspecter… » nous apprend-il dans « La ligue des rouquins »(REDH).

Parfois, Holmes semble un peu paresseux dans sa pratique de l’instrument bien qu’il puisse exécuter des morceaux compliqués, toujours selon Watson : « …sur ma prière, il m’avait fait entendre des lieder de Mendelssohn et quelques autres chefs-d’œuvre que j’aimais. Mais il faut l’en prier… il avait ensuite exécuté avec brio une série de mes airs favoris. »

Par contre, il pouvait aussi gratter son violon (connotation sexuelle) de manière anarchique quand il le voulait :

« Livré à lui-même, il faisait rarement de la musique. Pendant toute la soirée, renversé dans son fauteuil, les yeux clos, il grattait négligemment l’instrument posé sur ses genoux. Les accords qu’il en tirait ainsi, sonores ou mélancoliques, fantastiques ou gais, reflétaient avec clarté les pensées qui l’obsédaient […] »

Il aime les motets de Roland de Lassus, les œuvres de Wagner, de Chopin, la musique de chambre….

Holmes se déplace volontiers pour aller entendre un artiste : la violoniste Norman-Néruda, les frères de Reszké ou une œuvre qui lui plaît de Wagner, de Chopin…

« Il faudra faire vite. Je veux aller au concert de Hallé, cet après midi, pour entendre Norman Neruda… (…) Ses attaques et son coup d’archet sont magnifiques. Quelle est donc la petite chose de Chopin qu’elle joue si admirablement ? Tra la la lira lira lay. » dans « Une étude en rouge » (STUD)

Citons aussi « Les Huguenots » de Meyerbeer dans « Le chien des Baskerville » (HOUN) et « Tristan et Yseult » de Wagner dans « L’aventure du cercle rouge » (REDC)

Oui, en plus d’être un amateur éclairé en tant que violoniste, Sherlock Holmes aime entendre la musique de chambre (non, pas cette musique à laquelle vous pensez ! S’il a écouté une femme crier de plaisir, il s’est bien gardé de nous en parler).

Le canon holmésien regorge de musique…

Les cinéastes et les producteurs de téléfilms n’ont jamais manqué de représenter leurs Holmes muni de cet instrument.

Robert Downey Jr dans le film « Sherlock Holmes » de Ritchie

Jeremy Brett dans « Sherlock Holmes » de la Granada. Ne sachant pas jouer du violon, il faisait semblant.

À suivre avec « Holmes travestit » !

Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine,  « Mois anglais III » chez Titine et Lou, Challenge « Victorien » chez Arieste et Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park.

CHALLENGE - Embarquez pour Mois anglais