5. Sherlock Holmes – Qui a dit « Sale caractère » ? [Part 1]

Un sale caractère ?? Non, non, juste « du caractère » !

Pour le lecteur qui le découvre, Holmes apparaît comme sans émotion et replié sur lui-même, scientifique jusqu’à l’insensibilité, comme un véritable automate, une machine à raisonner, radicalement inhumain, avec un masque d’Indien Peau-Rouge qui, tant de fois, le fait passer pour une machine insensible et non pour un être humain.

Ma foi, cela ne m’a jamais dérangé. Il est détective, a inventé la profession, il l’exerce, il est donc normal qu’il place au-dessus de tout la précision et la concentration de la pensée.

On ne peut pas dire non plus que Holmes était un homme calme (sauf quand il n’avait rien à faire et qu’il s’ennuyait).

Dans le canon, il est souvent fait référence à l’agitation de Holmes et à son impatience surtout lorsqu’il est sur une affaire !

« Sherlock Holmes, quand il avait un problème à résoudre, pouvait demeurer des jours entiers, et même une semaine sans se reposer : il tournait et retournait les faits dans sa tête, les examinait sous tous les angles jusqu’à ce qu’il eût bien approfondi le mystère, à moins qu’il ne trouvât insuffisants ses renseignements » nous dit-on dans « L’Homme à la lèvre tordue » (TWIS).

Au bout du compte il pouvait avoir jusqu’à « sept explications distinctes ; chacune se rapportant aux faits tels que nous les connaissions » (« Les Hêtres-Rouges »).

Une seule de ces explications s’avérera être la solution de l’énigme. D’où sa célèbre maxime qu’il cite aussi comme une règle : « Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, aussi improbable que cela paraisse, doit être la vérité. » (« Le signe des quatre »).

Comme vous pouvez le constater, dans ses écrits, Watson fait constamment référence à sa sa nervosité et à l’excitation de Holmes, à son naturel curieux et avide, à sa manie de se ronger les ongles quand il est préoccupé, à l’importance qu’il porte à son orgueil, à sa réputation, au respect de lui-même et à un certain égoïsme.

A contrario, lorsqu’il fallait rester calme, Holmes savait le rester durant des longues heures de guet ou de veille.

Il fut d’ailleurs imperturbablement calme et plein d’humour dans une situation  délicate : c’est avec calme et courtoisie qu’il a accueilli le redoutable docteur Roylott (« Le ruban moucheté ») en lui offrant un siège et en lui parlant du temps qu’il faisait.

– Je suis le docteur Grimesby, de Stoke Moran.
– Vraiment, docteur, dit Holmes d’un ton débonnaire. Je vous en prie, prenez un siège.
– Je n’en ferai rien. Ma belle-fille est venue ici. Je l’ai suivie. Que vous a-t-elle raconté ?
– Il fait un peu froid pour la saison, dit Holmes.
– Que vous a-t-elle raconté ? s’écria le vieux, furieux.
– Toute fois, j’ai entendu dire que les crocus promettent, continua mon compagnon, imperturbable.
– Ah ! vous éludez la question, s’écria notre visiteur, qui fit un pas en avant, en agitant son bâton. Je vous connais, canaille, j’ai déjà entendu parler de vous ; vous êtes Holmes, le touche-à-tout.
Mon ami sourit.
– Holmes l’officieux !
Le sourire d’Holmes s’accentua.

Si on parle de la haute taille de Holmes dans le canon (1,80m), on ne décrit pas sa « force » de manière directe. Par contre, cette dernière sera soulignée lorsqu’il redressera, sans effort, le tisonnier tordu par ce même terrible docteur Roylott.

– Voilà qui m’a tout l’air d’un très aimable personnage, dit Holmes en riant. Je ne suis pas tout à fait aussi massif que lui,mais s’il était resté, je lui aurais montré que mes griffes ne sont guère plus faibles que les siennes.

Tout en parlant, il ramassa le tisonnier d’acier et, d’un effort brusque, le redressa.

La modestie ne fait pas partie de ses vertus. Pour Holmes, les choses sont ce qu’elles sont : se sous-estimer ou se surestimer est une altération de la réalité. Il n’a pas peur de se vanter d’être le meilleur puisque c’est vrai ! Alors, pourquoi ranger la modestie parmi ses vertus ?

« Ce que l’on fait en ce monde importe peu. La question, c’est ce que vous pouvez faire croire que vous avez fait« . « Une étude en rouge » (STUD ).

Je ne dirai pas qu’il est narcissique, ou qu’il a tendance à s’analyser et à ne parler que lui, mais il est parfois égotiste.

Holmes est un autodidacte, ce qu’il sait, il l’a appris seul en observant.

Et le détective est aussi sensible à la flatterie, quand il s’agit de son art, que n’importe quelle femme quand il s’agit de sa beauté.

La vie ne doit pas toujours être facile pour un homme avec de telles compétences intellectuelles.

J’imagine qu’il devait voir les autres comme des poissons rouges… Sans compter qu’il reprochait souvent à Watson de « voir » mais de ne pas « observer »…

La preuve en était que Watson ne connaissait pas le nombre de marches menant à leur meublé ! (17)

Holmes pouvait être franchement méprisant avec les plus humbles de la cervelle, vous savez, celles qui sont moins vives que la sienne…

Non, pas facile d’évoluer au milieu des autres : pour eux, vous êtes un extraterrestre, un sorcier, le diable (à une autre époque, on l’aurait brûlé).

Et pour Holmes, il avait du mal à supporter ces escargots baveux de l’esprit. Cette manière de se comporter avec les autres ennuiera Watson très souvent.

La publicité ? Holmes n’est pas du genre à vouloir que son nom s’étale dans les journaux. Il s’en moque bien, de la postérité, lui, tout ce qui l’intéressait, c’était de résoudre une affaire.

Quasi à chaque fois, il laissera le crédit de ses affaires à la police, mais s’irritera parfois d’un manque de reconnaissance.

Malgré tout, à Scotland Yard, on le respectait et pas un n’aurait refusé de lui serrer la main ! Comme dans cet extrait des « Six Napoléons » (SIXN).

– Eh bien ! dit Lestrade, je vous ai vu entreprendre bien des affaires, Monsieur Holmes, mais je n’en ai jamais vu de mieux conduite. Nous ne sommes pas jaloux de vous à Scotland Yard… Non, Monsieur, nous sommes au contraire très fiers de vous, et si vous y veniez demain, il n’y aurait pas un de nous, depuis le doyen des inspecteurs jusqu’au plus jeune de nos agents, qui ne serait heureux de vous serrer la main.

– Merci, dit Holmes, merci ! – et tandis qu’il détournait la tête, il me parut plus ému que je ne l’avais jamais vu. Un instant après, il était redevenu le penseur froid et pratique que je connaissais.

Malgré le fait qu’il soit sensible à la flatterie et malgré le fait qu’on le respecte au Yard, Holmes s’est toujours la possibilité d’agir seul. Plus facile ainsi car, souvent, l’aide qu’il aurait trouvée à l’extérieur aurait été insignifiante.

Il s’intéresse à une affaire pour aider les fins de la Justice et le travail de la police. S’il se tient à l’écart de la police officielle, c’est d’abord parce qu’elle le tient à l’écart, bien qu’il n’ait jamais eu le moindre désir de marquer des points à ses dépens. Mais vous savez, pour un policier, se faire résoudre l’affaire par un « privé », ça la fou quand même mal niveau égo.

Holmes a de l’humour et c’est un petit taquin ! Son plaisir était de taquiner les détectives officiels en leur donnant des indices tout en négligeant d’expliquer leur signification. Ça l’amusait.

En réalité, il ne souhaite pas leur masquer l’évidence. Ses yeux étincellent de malice quand il fait miroiter la preuve dans la tragédie de Birlstone, par exemple. Cfr « La vallée de la peur«  (VALL).

S’il est dur avec les autres, il ne s’épargne pas lui-même. Il est le premier à se faire des reproches quand il est trop lent à résoudre le problème. Comme nous le voyons ici dans « L’homme a la lèvre tordue » (TWIS) :

— Je vais mettre à l’épreuve une de mes théories, dit-il en enfilant ses chaussures. Je crois, Watson, que vous êtes en ce moment en présence d’un des plus parfaits imbéciles de l’Europe. Je mérite un coup de pied qui m’enverrait à tous les diables; mais je crois que je tiens maintenant la clé de l’affaire.

Des autres, il aime les attentions, l’admiration et les applaudissements, comme le montrait l’extrait des « Six Napoléons » posté plus haut (SIXN).

C’est aussi sa nature froide qui fait qu’il ne se préoccupe pas de la gloriole. Par contre, il sera touché par les louanges d’un ami.

Il aime impressionner ses clients par l’étalage de ses facultés et surprendre ceux qui l’entourent. Comme un artiste, il est en représentation. Il y a en lui une certaine veine artistique qui l’attire sur la scène.

Holmes est aussi un homme qui est incapable de se refuser une note dramatique lors d’une résolution d’affaire. Il cachera ainsi les plans sous la cloche qui aurait dû contenir le petit déjeuner dans « Le traité naval » (NAVA) :

– Mme Hudson s’est montrée à la hauteur des circonstances, déclara Holmes, soulevant le couvercle d’un plat qui contenait un poulet au curry. Sa cuisine est un peu limitée, mais, pour une Écossaise, elle a une assez heureuse conception du petit déjeuner. Qu’est-ce que vous avez là-bas, Watson ?
– Des œufs au jambon.
– Bravo ! Que préférez-vous, Monsieur Phelps ? Oeufs ou poulet ?
– Je vous remercie. Je n’ai pas faim.
– Voyons ! voyons ! Servez-vous ! Le plat est devant vous.
– Non, vraiment, j’aimerais mieux ne rien prendre.
Holmes eut un sourire malicieux.
– Alors, voudriez-vous avoir la bonté de me servir ?

Phelps souleva le couvercle du plat qui était devant lui et, au même moment, poussa une exclamation de stupeur. Son visage était devenu aussi blanc que son assiette et ses yeux semblaient ne pouvoir se détacher d’un rouleau de papier bleuté qui se trouvait dans le plat qu’il venait de découvrir.

Il se décida enfin à le prendre. Il le déroula rapidement, jeta dessus un coup d’œil, puis nous le vîmes se lever d’un bond et se mettre à danser comme un fou au tour de la pièce,en poussant des cris de joie en en pressant sur son cœur le précieux document. Il se laissa ensuite tomber dans un fauteuil. Il était épuisé et nous dûmes lui faire avaler une gorgée de cognac pour l’empêcher de s’évanouir.

Holmes lui administra de petites tapes amicales sur l’épaule et s’excusa.
Je suis le premier à reconnaître, Monsieur Phelps, que j’aurais dû vous épargner cette émotion violente. Mais Watson, ici présent, vous expliquera que je n’ai jamais pu résister à ma passion de la mise en scène !

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11 réflexions au sujet de « 5. Sherlock Holmes – Qui a dit « Sale caractère » ? [Part 1] »

  1. Suite à ce que je t’ai dit… le livre… tu l’as peut-être…
    « Tout ce que vous avez voulu savoir sur Sherlock Holmes sans jamais l’avoir rencontréé de Pierre Nordon.

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    • Tu en as de la chance, toi, d’avoir encore à le découvrir, moi, depuis le temps, c’est un vieux mariage ! 😀

      Malgré tout, je ne me lasse jamais de relire encore et encore le canon et mes vieux dossiers 😉

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  2. Mouhahaha ne l’excuse pas, il est insupportable c’est juste qu’on l’aime comme oa (le coup des poissons rouges c’est du Benedict 🙂 ), est-ce dans l’escarboucle bleu non dans le rubis d’abbas qu’il cache la pierre dans le verre du client ? bon d’accord la deuxième histoire ne fait pas partie du canon mais quand même 🙂

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    • ça doit être le rubis, l’escarboucle, on se doute qu’il va aller la rendre… mais la comtesse de Morcar n’était pas sa cliente.

      Dans les 4 Napo, il enlève la nappe sans rien faire tomber, mais c’était du Brett.

      Les autres qui sont comme des poissons rouges, j’en ai hurlé de rire !

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