La nuit du chasseur : Davis Grubb

Titre : La nuit du chasseur                                  big_5

Auteur : Davis Grubb
Édition : Série Noire Gallimard / Folio

Résumé :
« Pendi, pendu, pendant ! Vois ce qu’a fait celui qui pend. Pendu, pendi, pendant ! Vois le voleur se balançant ! ».

C’était la chanson que chantaient les enfants : tous les enfants du débarcadère de Cresap sauf, bien entendu John et Pearl.

Car leur père qui s’était promis de ne plus voir des gamins mourant de faim a fini au bout d’une corde. Et parce qu’il a planqué un magot, ses orphelins vont croiser la route meurtrière de Prêcheur. Son charme. Sa si belle voix. Sa violence cachée…

John, neuf ans, devra se défendre seul et protéger sa sœur. Il devra résister au charme immonde du Mal, être plus fort que sa naïve mère, que les odieux voisins…

Il devra fuir pour survivre, pour tenir sa promesse…

Critique : 
Il est des livres terrifiants, ceux qui vous font dresser les cheveux et qui vous malmènent le palpitant sans avoir besoin de vous sortir des monstres du placard, des vampires de tombes sinistres ou des cadavres sanguinolents et torturés.

Tout l’art de foutre la trouille se trouve dans l’atmosphère de ce roman : sombre, plombée, angoissante, étouffante, oppressante. Ce combat psychologique entre un homme (un magnifique salaud) et un enfant qui gardera les lèvres scellées…

Que lui veut-il ? Faisons un bref retour en arrière.

La crise de 1929 fut terrible. Tout le monde garde en mémoire ces banquiers se défenestrant ou ces gens jetés sur les routes, ces familles Joad partant en quête d’une hypothétique vie meilleure en Californie.

Les années qui suivirent furent dures pour tous et parce qu’il ne voulait pas voir ses enfants souffrir de la faim et parce qu’il voulait leur offrir une vie meilleure, Ben Harper a braqué la banque, dérobant 10.000$ et tuant les deux caissiers.

Les hommes en bleus (pas des membres de l’UMP) sont venus l’arrêter devant ses enfants mais avant cela, il avait eu le temps de cacher le magot, faisant jurer à John et à la petite Pearl de ne jamais rien dire et de garder le secret.

Ces incommensurables imbécilités qui furent de voler et de faire jurer le silence sur sa planque à deux enfants de 9 et 5 ans seront complétées par la pire autre connerie qu’il pouvait faire…

Attendant sa pendaison, Ben Harper se vantera devant un autre détenu que l’argent existe toujours, un homme qui se présente comme un homme de Dieu et nommé le Prêcheur, Robert Mitchum pour le cinéma.

Les anciens se souviennent que « Love-Love » était le surnom donné à Marlène Jobert par Charles Bronson dans « Le passager de la pluie ».

Ici, nous avons « Love-Hate » : les mains du Prêcheur Harry Powell sont tatouées au niveau des phalanges. Sur la droite, le mot « LOVE » et sur la gauche, celle dont il dit que ce fut la main avec laquelle Caïn tua Abel : « HATE ».

Cette dualité qui habite le Prêcheur a plus tendance à basculer du côté obscur de la Force, heu, de la haine.

Portant le masque de la gentillesse et de l’Amour Divin, Harry Powell est prêt à tout pour mettre la main sur le pactole. Il a du charme, c’est un beau parleur, un bon prêcheur et les femmes l’aiment bien.

Toutes les femmes ? Oui ! Ne reste pour lui résister que le petit John, neuf ans, qui a très bien compris que cet homme ne vise qu’une chose : la magot de son père.

Le petit John sait pourquoi Powell veut s’introduire dans la maison, il sait très bien pourquoi il séduit sa mère… Il sait qu’il doit garder le silence et protéger sa sœur au péril de sa vie, s’il le faut. Le plus mature dans tous les adultes qui l’entourent, c’est John, neuf ans ! Sa mère, elle, est bête à manger du foin.

Les scènes entre le Prêcheur et John sont des moments fort pour le petit cœur fragile du lecteur. Cet homme est d’une cupidité qui fait froid dans le dos, le tout camouflé derrière sa foi intransigeante et ses belles paroles sur le péché, le tout enrobé de paroles doucereuses et mielleuses.

Il sut presque aussitôt que Prêcheur était là où bien avait été là un instant auparavant, car il y avait son odeur dans l’air silencieux et c’était, à ses narines, comme l’odeur de l’épouvante.

Un huis clos qui vous oppressera et un  Méchant qui renverrait presque l’infirmière Annie Wilkes (Misery) au rayon des gentils.

Heureusement que dans tous ces crétins bêlant devant le Prêcheur, il y en aura d’autre pour se dresser devant lui.

Pas de temps mort, une ambiance à vous glacer les sangs, des personnages forts, un style qui frappe et une lecture qui vous laisse groggy, mais heureuse.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, Le « Challenge US » chez Noctembule, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et Ma PAL « Canigou »… C’est du massif !

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Brunswick Gardens : Anne Perry [Charlotte et Thomas Pitt 18]

Titre : Brunswick Gardens                            big_3

Auteur : Anne Perry
Édition:  10/18

Résumé :
Alors que la bataille fait rage entre les tenants de l’évolution des espèces de Darwin et l’Église anglicane, une jeune femme, Unity Bellwood, est engagée par un pasteur, le révérend Ramsay Parementer, afin de l’aider à traduire des textes anciens.

Cette jeune femme, féministe convaincue, prêche également pour la théorie de Darwin.

Or, après une âpre dispute avec le pasteur, elle tombe dans l’escalier et se brise la nuque…

L’enquête étant délicate, elle est confiée à Thomas Pitt qui se rend aussitôt au manoir de Brunswick Gardens, ou vit le pasteur avec ses trois enfants et Dominic Corde, un vicaire, qui se trouve être également le beau-frère de Charlotte et Thomas Pitt.

Tout accable Ramsay, et pourtant Thomas a du mal à croire à sa culpabilité. Plusieurs nouveaux incidents viendront obscurcir l’affaire, avant qu’un coup de théâtre de dernière minute ne dévoile enfin l’identité du meurtrier.

Critique : 
1891… Suite à une chute mortelle dans les escaliers de Unity Bellwood, l’assistante du révérend Ramsay Parementer, Pitt est appelé à faire toute la lumière sur cette triste affaire dans laquelle le révérend semble impliquée, la jeune fille ayant crié « Non, non, révérend » avant de se rompre le cou en bas des marches.

Une fois de plus, il va devoir marcher sur des œufs afin de ne pas inculper le révérend si celui-ci s’avérait finalement innocent comme il le dit.

Je dois avouer que j’ai eu bien du mal avec les cent premières pages… Toutes les considérations religieuses étalées dans les pages et le mini huis-clos entre toute la famille : le fils catho, les deux filles non-conformistes, le père révérend qui avait la tête ailleurs, la mère et le vicaire vivant avec eux.

Mais en m’accrochant, je me suis fait violence et je n’ai pas sauté de pages. Une fois passé ce cap, le reste défile tout seul et j’ai pris plaisir à ma lecture, bien que j’aie deviné assez vite qui était coupable…

Une fois que j’avais éliminé l’impossible, ce qui restait, aussi improbable que ce soit, devait être la vérité… Bingo pour le nom, mais erreur pour le mobile et la manière de faire.

Notre morte, Unity Bellwood était une femme libre, une féministe et grande militante des théories de Darwin.

Toute la maisonnée est suspecte : personne n’est venu de l’extérieur et les idées modernes de la jeune femme lui avaient valu de nombreuses inimitiés dans la maison, hormis avec Tryphena.

Une bonne idée que de nous avoir ressortit le beauf à Charlotte, Dominic Corde, le veuf de sa sœur Sarah (voir le premier tome « le meurtre de Callender Square »). De « personnage détestable » il est devenu beaucoup plus intéressant à suivre. Une belle évolution.

Comme toujours, la palette de personnages est bien fournie et travaillée. On aurait envie d’en brûler quelques uns sur un bûcher… Quant à d’autres, on aimerait les croiser dans le roman suivant pour voir s’ils ont pu conclure dans le foin. Pardon, « concrétiser leur amour naissant ».

Ce roman aborde les questions de la place de la femme dans la société victorienne, de son non-droit de vote, du jugement de son intellect face aux hommes (on s’en prend plein la gueule, mesdames !), il fera aussi la part belle à la « religion anglicane vs religion catho » et à Darwin.

— Elle n’aurait jamais dû avoir le droit de se pencher sur des sujets théologiques aussi sérieux. […] Ce n’est pas fait pour les femmes. De pas leur constitution, elles sont incapables de comprendre. Ce ne sont pas des questions qui font appel aux sentiments mais à l’esprit pur, à la raison, débarrassée des émotions et des préjugés.

— Je crois vous l’avoir déjà expliqué, dit-il avec aigreur. Les femmes sont, de par leur nature, inaptes aux graves questions intellectuelles. Miss Bellwood ne faisait pas exception à la règle. Elle avait l’esprit vif, saisissait aisément les faits, s’en souvenait aussi bien que n’importe qui, mais la compréhension profonde lui échappait.

Petit bémol… Dans le roman, les personnages réduisent Darwin à la théorie selon laquelle l’homme descendrait du singe : ce qui est faux.

Premièrement, on ne descend pas du singe, merci bien, je n’ai rien avoir avec les primates et même si on partage 98,5% de notre ADN avec le chimpanzé, nos tendons de la cheville n’ont rien en commun (pour ne citer que cela). Hé ho, je suis un être humain, pas un numéro et encore moins un singe.

Deuxièmement, Darwin n’a jamais dit ça… je le pensais aussi (avec horreur) à un moment, jusqu’à ce qu’on me remette dans la bonne direction.

Alors, mauvaises connaissances de l’auteur ou juste la transcription de ce que les gens pensaient à l’époque, puisque les critiques, hostiles à Darwin, avaient tiré cette théorie qui n’était pas exprimée…

Pour info, dans « L’Origine des espèces », Darwin ne parlait pas des origines de l’homme. Le public a confondu les idées exprimées dans le livre de Darwin avec celles de Lamarck, qui cinquante ans auparavant avait avancé cette idée, sans que cela fasse scandale.

Je pencherais pour une vision de la pensée telle qu’elle était à l’époque : déjà amalgamée de choses fausses et fort réduite. Vous pensez ce que vous voulez, mais moi, je n’ai rien à voir avec le singe !

Bref, un tome un peu chiant au départ, mais plus instructif et plus « chaud » ensuite, car les repas familiaux seront haut en couleurs et en noms d’oiseaux ! Sans parler de la solution de l’affaire…

Le côté huis-clos m’a bien plu aussi (celui après la page 100), ainsi que les incursions de Pitt dans le passé trouble de son beau-frère. Par contre, Charlotte est un peu moins présente.

L’avantage, avec cette collection, c’est que l’on en apprend plus sur la société victorienne et ça me plaît.

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), du Challenge « Polar Historique » de Samlor (repris par Sharon), du Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, de l’Objectif « PAL Noire à Zéro » de George et « Vingt Mille Lieues Sous Mes Étagères » by The Cannibal Lecteur, du Challenge « Victorien » chez Arieste, du Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et, last but not leaste, d’une LC chez Bianca.

Dossier 64 : Jussi Adler-Olsen

Titre : Dossier 64                                                       big_5

Auteur : Jussi Adler-Olsen
Édition : Albin Michel (2014)

Résumé :
Copenhague. Une brutale agression dans les quartiers chauds de Vesterbro incite Rose à rouvrir un cold case sur la disparition inexpliquée d’une prostituée.

Cédant à ses pressions, le Département V exhume une affaire macabre datant des années 50, dont les ravages dévoilent le visage d’une société danoise loin d’être exemplaire…

Petit plus : À l’origine d’un véritable phénomène d’addiction chez les lecteurs, les enquêtes du Département V ont fait de Jussi Adler-Olsen, Grand Prix policier des lectrices de Elle et Prix polar des lecteurs du Livre de poche, une figure incontournable du thriller scandinave.

La nouvelle enquête du trio formé par l’inspecteur Mørck et ses assistants Assad et Rose fait monter la tension d’un cran en nous plongeant dans le sombre passé politique du Danemark.

Critique : 
Westeros a été le théâtre d’une brutale agression. Une tenancière d’agence d’escort girls s’est faite « saudecaustiquée » le visage. C’est à cause – ou grâce à ça – qu’un cold case sur la disparition inexpliquée d’une prostituée en 87 va atterrir sur le bureau de l’inspecteur Carl Mørck.

Westeros ? Heu, George R.R Martin se serait-il associé avec Jussi Adler-Olsen dans ce roman ? Oh pardon, mes yeux m’ont joué des tours, il s’agit de la ville de « Vesterbro ». J’ai eu le même soucis avec le personnage de Viggo Mogensen que mon esprit traduisait en « Viggo Mortensen », le bel Aragorn, alors que le personnage était plus que détestable

Mais revenons à notre cold case… Râlant un peu, soupirant beaucoup, comme à son habitude, Carl va la trouve très mauvaise en voyant débarquer son ancien collègue, Børge Bak, qui va utiliser le chantage et les sous-entendus pour amener son ancienne tête de turc à trouver le coupable de l’arrosage « soudecaustien » de sa sœur. Hé, on peut avoir été flic tout en ayant une sœur dans les milieux chauds.

Que ceux qui cherchent du trépidant passent leur chemin ! Chez Adler-Olsen, on prend son temps de poser les bases, de faire de réguliers passages dans le temps passé afin de nous raconter l’histoire. Ici, ce sera celle de Nete Hermansen, son enfance, son adolescence et sa vie d’adulte.

C’est ce que j’aime dans ses romans : l’habile mélange entre le passé et le présent; le mélange subtil entre l’enquête sur un cold case, sur des faits criminels contemporains, sans oublier le fil rouge de l’enquête sur la bavure qui valu à Mørck de perdre ses 2 collègues, il y a quelques temps et une Histoire avec un grand H.

Au départ, on ne sait pas comment tout cela va se goupiller, mais petit à petit l’histoire se tricote, ne se dévoilant que tout doucement, vous donnant même un coup de pied dans le derrière à la fin. Quel plaisir.

L’écriture est simple mais à cent lieue de « gnangnan », saupoudrée d’humour ou de bons mots. 600 pages bouffées en même pas trois jours, dont une journée qui a vu 350 pages dévorées comme pour rire.

— Assad, ma chère victime innocente d’une grippe carabinée. Voudrais-tu avoir l’obligeance de venir tousser à la face de connard ici présent ? Prends bien ta respiration avant, surtout.

Les personnages sont haut en couleur, surtout Assad dont nous en découvrons un peu plus au fur et à mesure. Rose est un peu chtarbée et Carl a souvent des soucis dans sa vie de tous les jours, avec son ex-femme, sa maîtresse et ses locataires…

L’équipe de nos trois compères du « Département V » a eu du mal pour trouver ses marques, ça se fritte encore un peu, mais on sent bien qu’il y a de l’amitié entre ces trois là, même si on doit forcer le destin pour que certain s’en rende compte.

Ce roman, en plus d’être une enquête policière, c’est aussi une incursion dans les pages sombres de l’Histoire du Danemark, ce temps où l’on internait et stérilisait les femmes dites « de mauvaise vie » ou d’un niveau social qui dérangeait certaines personnes à la recherche d’une race pure. Oui, la bête est morte, mais les idées, elles, elles ne meurent jamais !

— Elles étaient maltraitées, elles travaillaient dur. Elles étaient menées à la baguette et brutalisées quotidiennement par un personnel sans qualification qui considérait ces filles, ainsi qu’on les appelait là-bas, comme des êtres inférieurs. Elles étaient surveillées nuit et jour. Il y avait des cellules on l’on mettait à l’isolement celles qui refusaient de marcher au pas. Elles pouvaient y rester des jours et des jours. Si l’une de ces filles nourrissait quelque espoir de partir un jour de Sprogø, il fallait de toute façon qu’elle accepte d’abord d’être stérilisée. Stérilisée de force ! On leur enlevait tout, Carl ! Excision et hystérectomie ! 

La politique et ses travers n’est jamais loin et on a froid dans le dos parce que les idées prônées par ce parti le sont aussi par d’autres partis européens. Dites d’une autre manière, mais si la forme change, le fond, lui ne change pas !

Lorsque l’on repose ce livre, l’ombre de Nete Hermansen reste présente dans la pièce et on a envie de lui crier que « Oui, Nete, tu étais une bonne fille » mais que c’est ce putain de système additionné des putains d’idées de merde de certains qui se pensaient plus « pur » que les autres, qui l’ont poussée dans le trou.  Nete, c’était une victime et on en a fait une coupable des maux de la société.

— Tss ??? « Attardées mentales », railla Rose.
— C’est ce qu’on prétendait, bien sûr. Et elles l’étaient sans doute au regard des tests d’intelligence ridicules et primitifs que leur faisaient passer les psychiatres.

Au fait, vous n’auriez pas un « Petzi » à me prêter ? J’ai besoin d’un peu de douceur après toute cette littérature sombre.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Challenge « Nordique » chez Mes chroniques Littéraires, « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

La jeunesse de Sherlock Holmes – Prélude – Tome 1 : François Pardeilhan

Titre : La jeunesse de Sherlock Holmes – Prélude – Tome 1

Auteur : François Pardeilhan
Édition : Le Patient Résidant (2009)

Résumé :
Avant ces révélations, on ne savait rien de la jeunesse du plus célèbre limier d’Angleterre. La première aventure de Sherlock Holmes, relatée avec tant de brio par Sir Arthur Conan Doyle, commence par la rencontre du docteur Watson avec le détective alors que celui-ci est déjà établi.

Deux autres aventures parlent d’exploits isolés à l’époque universitaire du jeune anglais mais nous n’avons aucun renseignement sur l’origine de ce prodige.

Comment a-t-il acquis sa fameuse méthode d’observation ? Était-ce un don ou le fruit d’un travail acharné ? Quels événements ont pu initier ses facultés hors du commun ? Par quelles circonstances a-t-il pu forger son tempérament exceptionnel ?

Quelles ont été les rencontres qui ont influencé son parcours ? Autant d’interrogations qui seront révélées dans ces passionnantes nouvelles, en amont de l’œuvre d’Arthur Conan Doyle.

Elles éclairent une partie inconnue de la vie de ce personnage légendaire tout en annonçant le futur maître de l’investigation.

30 septembre 1868 : le jeune Sherlock Holmes arrive à Pau pour recouvrer la santé.

Au pied des Pyrénées, dans une ville sous l’influence du tourisme britannique, au travers d’aventures dignes d’un futur détective hors du commun, il rencontrera des personnages hauts en couleur qui ont marqué l’histoire de Pau.

Qu’ils soient écrivain, docteur, montagnard, magistrat, notable ou commissaire, aucun ne restera indifférent au passage de ce jeune Anglais, pour la plus grande gloire de Pau.

Critique : 
Année 68… Non, pas celle qui consacra le moi de mai, mais celle de 1868 qui vit Sherlock Holmes, jeune garçon, débarquer à Pau pour se refaire une santé.

À cette époque, le duo Chevalier et Laspales n’avait pas encore rédigé leur fameux sketch « Le train pour Pau » et il était donc très facile pour des anglais d’arriver dans la ville du Béarn puisque les trains – couchettes ou pas – s’y arrêtaient.

Sherlock est un jeune garçon de 14 ans possédant une santé pulmonaire fragile et un médecin a conseillé à ses parents d’aller lui faire respirer le bon air pur de la ville de Pau et de ses Pyrénées.

Ce sera l’occasion pour le jeune homme de faire ses toutes premières armes et de mettre au point sa future méthode de travail tout en résolvant quelques petits mystères.

De l’enfance ou la jeunesse de Holmes, nous ne savons rien, Conan Doyle, son père littéraire nous l’ayant présenté lors de sa rencontre avec le docteur Watson et de leur installation à Baker Street, dans le roman « Une étude en rouge », publié en 1887.

Sherlock Holmes aurait entamé ses activités en 1878, à 24 ans, selon les holmésiens. Sa collaboration avec Watson commencerait en 1881 ou en 1882.

Mais avant ça ?? Rien, silence radio (hormis une affaire ancienne que Holmes avait raconté à Watson – Le Gloria Scott) !

L’auteur de la collection « La jeunesse de Sherlock Holmes » a donc remédié à ça tout en se basant sur les travaux de William S. Baring-Gould (pas toujours rigoureux !) qui disait que Holmes avait séjourné à Pau durant sa jeunesse.

Comment Holmes a-t-il eu sa babouche persane, celle dans laquelle il stocke son tabac ? La peau d’ours devant la cheminée, elle vient d’où ? Sa science de l’escrime et de l’art martial Bartitsu (orthographié « Baritsu » par Conan Doyle), comment lui furent-elles apprises ?

L’auteur, à sa manière, nous donnera des réponses tout ce qu’il y a de plus satisfaisantes.

3 petites enquêtes fort simples dans ce roman (paru aussi sous la dénomination « La jeunesse de Sherlock Holmes – Tome I » aux Éditions « Pin à Crochets ») qui fait plus la part belle au jeune Sherlock et à sa découverte de la ville de Pau (on apprend des tas de choses sur la ville de Pau, sur sa géographie, sur son histoire,… Instructif !), ses promenades, sa rando dans les Pyrénées et son entrée à l’école.

Les enquêtes sont plus accessoires qu’autre chose, mais ce fut un véritable plaisir pour moi de me plonger dans cette jeunesse fictive de Holmes, qui, tout compte fait, pourrait être tout à fait réelle.

L’auteur prend son temps pour nous présenter le jeune Sherlock et c’est très plaisant de voir l’homme qu’il va devenir, élaborant ses futures méthodes et sa manière de faire. C’est tout son apprentissage dans ce premier tome et dans les suivants.

À découvrir !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), au Challenge « Polar Historique » de Samlor (repris par Sharon), au Challenge « Victorien » chez Arieste, au Challenge Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, au Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, au « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et Ma PAL « Canigou »… C’est du massif !

Autre cover dans une autre maison d’édition (Le Pin à Crochet):

Black Butler – Tome 16 : Yana Toboso

Titre : Black Butler : Tome 16                                            big_2-5

Scénariste / Dessinateur : Yana Toboso
Édition : Kana (2014)

Résumé :
Il n’existe qu’une seule façon pour Ciel de participer au thé de minuit organisé par le principal du Weston College… Être le joueur qui se distinguera le plus au tournoi traditionnel de cricket.

Les élèves choisis pour représenter chaque dortoir, débordants de jeunesse, courent sur la pelouse vert tendre.

Critique : 
L’école de sorcellerie de Poudlard avait 4 maisons qui s’affrontaient au Quidditch, le Weston College a 4 dortoirs qui s’affronteront au criquet !

Le jeune Ciel a compris qu’il se tramait un truc louche avec les disparitions de certains élèves, transférés – sois-disant – à la « Purple House ».

Hors, vu que les relations entre les 4 maisons qui composent le collège sont souvent orageuses, on peut en déduire que les transferts d’élèves entre les maisons sont inhabituels, étranges et hautement suspect. C’est un peu comme si la reine Elizabeth II allait en représentation sans ses traditionnels gants. C’est vous dire si c’est bizarre.

Personne n’a rien dit parce que c’est le Principal du collège – celui qu’on ne voit jamais ! – qui a pris la décision.

Le Principal, dont on ne met jamais en doute les décisions, ne se montre jamais que lors du traditionnel match de criquet du 4 juin. Et pour pouvoir parler avec, il faut s’être distingué durant le match pour avoir le droit de prendre le thé de minuit avec lui et les préfets.

Ciel va devoir mettre toute sa science en marche pour élaborer une stratégie afin de gagner le match parce que sa maison est la plus faible, étant composée d’intellectuels.

Suspense, sport, petites infos sur le criquet anglais – ancêtre du base-ball américain – et flash-back consacrés au père de Ciel composent ce tome où, pour une fois, l’enquête n’est pas close à la fin de ce triplé.

Agréable à lire, récit composé d’indices pour résoudre l’enquête, dessins superbes, mais ça n’avance pas fort…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), au Challenge « Polar Historique » de Sharon, au Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, au Challenge « Victorien » chez Arieste, au Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et au « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore.

 

Trois mille chevaux vapeur : Antonin Varenne

Titre : Trois mille chevaux vapeur                                  big_5

Auteur : Antonin Varenne
Édition:  Albin Michel (2014)

Résumé :
Birmanie, 1852. Arthur Bowman, sergent le la Compagnie des Indes orientales est choisi pour accomplir une mission secrète durant la 2e guerre anglo-birmane. Mais l’expédition tourne mal et les hommes sont capturés et torturés pendant plusieurs mois. Seuls dix d’entre eux en sortiront vivants.

Londres, 1858. Alors qu’il se noie dans l’opium et l’alcool, luttant avec ses fantômes, Bowman découvre dans les égouts le cadavre d’un homme mutilé. La victime semble avoir subi les mêmes sévices que ceux qu’il a endurés dans la jungle birmane.

Persuadé que le coupable est l’un de ses anciens compagnons de captivité, Bowman décide de partir à sa recherche. Une quête qui s’achèvera douze ans plus tard, en 1864, sur les rives d’un autre continent.

À l’Ouest. Où une autre guerre a éclaté. Le chemin qui le mènera à la vérité sera aussi celui de sa rédemption.

Walden qui fait ses oreilles méchantes ?

Critique :
1852, Madras, Birmanie… Nous partîmes 15 mille, mais pas un prompt renfort, nous ne fûmes plus que dix élus à monter sur le Sea Runner. 30 en arrivant à la jonque qui devait nous mener en mission, mais elle s’échoua sur la berge…

Par mon commandement, mes hommes se mirent en joue et nous vainquîmes la jonque ennemie, mais deux autres survinrent. Prisonniers, nous ne fûmes que 10 à survivre aux tortures lorsqu’en 1853, les Birmans libérèrent les prisonniers britanniques dont nous faisions partie.

1858. Arthur Bowman est rentré depuis 5 ans à Londres, cassé, traumatisé, hanté par une armée de fantômes qu’il tente de noyer dans l’alcool. Surveillant à la brigade de la Tamise, il regarde la ville suffoquer sous l’odeur pestilentielle qui la ronge.

Les chaleurs des derniers mois ont fait descendre le niveau de la Tamise et les déchets s’y accumulent : merde, cadavres de bêtes en provenance des abattoirs et tutti quanti. Franchement, n’éditez jamais ce roman en odorama, on le fuirait tant ça y fouette dans ces passages !

« Fin juin, la température avait continué de grimper et la Tamise s’était épaissie au point de devenir une lente coulée de lave putride.

Les déchets des usines, déversés dans les mêmes égouts ou directement sur les berges, s’accumulaient en nappes noires et grasses. Les rejets des abattoirs flottaient à la surface du fleuve solidifié.

Des carcasses de vaches et de moutons, engluées dans la boue, passaient lentement devant le nouveau Parlement de Westminster.

Les pattes des squelettes pointaient en l’air comme sur un champs de bataille abandonné et des corbeaux venaient s’y percher.

Il fallait une demi-journée pour que les cornes d’un bœuf, à l’horizon du pont du Lambeth, passent sous les fenêtres de la Chambre des Lords et disparaissent sous le pont de Waterloo. On prétendait qu’à certains endroits on pouvait traverser le fleuve à pied.

Le 2 juillet, la chaleur fut sans égale et la ville tout entière recouverte par l’odeur d’un gigantesque cadavre ».

Londres crève, Londres pue, Londres à soif mais Londres survit !

« Si l’enfer avait une odeur, elle ne pouvait pas être différente de celle-là et l’idée faisait son chemin: Londres se changeait bel et bien en enfer, il y avait derrière cette peine divine une raison enfouie, un péché monstrueux ».

C’est un meurtre horrible qui va faire bouger l’ancien sergent Bowman de la torpeur dans laquelle il se complaisait : ce corps, comme passé à la moulinette, il est persuadé que c’est un de ses anciens hommes qui l’a torturé. Ils étaient dix à s’en être sorti…

Menant son enquête afin de retrouver les 9, il élimine les incapables, les décédés, le fou, l’emprisonné et le suicidé. Lorsque sa liste ne comporte plus que deux noms, il apprend qu’un est parti et que l’autre est pasteur.

Bowman n’hésitera pas à traverser l’océan à destination de l’Amérique pour suivre la piste de son homme lorsqu’il lira qu’un meurtre semblable à celui des égouts de Londres à eu lieu dans une ville américaine.

Là, on peut dire que ce roman vous fait vivre l’aventure avec un grand « A ». Un Triple « A » même : Aventure, Action, Amérique.

Réunissant un peu tous les genres, mélangeant le roman de guerre avec du polar historique et trempant le tout dans du western et de l’aventure intérieure, ce roman entre dans 7 de mes challenges littéraires.

Un superbe voyage sur trois continents, passant de la Birmanie à Londres puis New-York et ensuite sur les plaines désertiques de cette jeune nation en construction que sont les États-Unis. Le portrait n’est pas flatteur, mais il est réaliste.

— Les États-Unis ne sont pas une jeune nation, mais un commerce d’êtres humains florissant. Ceux qui débattent aujourd’hui à Washington de l’émancipation des esclaves sont les propriétaires des usines où travaillent ces femmes. Ce sont eux qui font tirer sur les ouvriers. Dans le Sud, un Blanc qui tue un Nègre ne va pas en prison, mais un Blanc qui aide un esclave en fuite ira moisir dans une cellule pendant longtemps. Les pauvres sont trop nombreux, on ne doit pas les laisser se réunir.

— Les Blancs ont inventé en Amérique un pays sans passé pour avoir une vie nouvelle. Mais cette terre a une mémoire. C’est pour ça qu’ils nous tuent [les indiens], pour l’effacer. Qu’est-ce que tu en penses ?
— Ce que j’en pense ? Que c’est la même saloperie partout où je suis allé.

L’écriture est magique, elle vous scotche aux pages qui défilent plus vite que le vapeur Persia sur l’océan, celui qui possède un moteur de trois mille chevaux vapeur et qui vous fait la traversée en 9 jours et quelques heures (sans croiser d’iceberg, lui).

Pas de bâillement, pas de décrochement de la mâchoire, pas de « Hé, c’est du chiqué » car tout est bien dosé, bien écrit, bien pensé, bien dosé et les personnages secondaires sont bien travaillés. Un pensée émue pour les Fitzpatrick.

L’aventure est une véritable épopée, vous traverserez les states sur votre mustang, suivant la piste sanglante du criminel, mangeant sur le pouce une tambouille de haricots ou de lard, bivouaquant à la belle étoile, chassant, dépeçant et buvant des les rivières, avant de vous saouler dans un bar quelconque.

Ce roman, c’est aussi des galops furieux durant des heures et des heures qui m’ont cassé le dos, mis les reins en compote et collé des hémorroïdes au cul tellement la selle était peu confortable et que mon Arthur Bowman cravachait comme un fou.

L’ex-sergent Bowman… un sacré mec ! Bougon, grognon, un meneur d’homme, pas un tendre, mais tout de même… sous sa carapace, là, bien au fond, il saura s’émouvoir. Et nous émouvoir de par ses blessures profondes dans l’âme.

Bowman, c’est un boxeur. Cent fois mis au tapis, cent fois il se relèvera et repartira au combat, encore plus enragé qu’avant. Jusqu’au K.O final, mais il ne renonce jamais.

— Pour votre malheur, Bowman, vous avez survécu à des choses qu’un homme normal n’aurait pas supportées. Vous auriez dû vous tuer depuis longtemps, mais si vous ne l’avez pas fait, c’est qu’il y a en vous quelque chose de plus fort que ce dont vous avez été victime.

La traque est intense, rude, il est seul avec Walden, son mustang, seul avec lui-même et ses fantômes. Seul avec ses armes et ses pensées noires. Seul sur la piste…

Un livre qui restera gravé dans ma mémoire, tel un mustang marqué au fer rouge sur la cuisse : à vie.

Un anti-héros avec qui j’ai voyagé sans m’ennuyer une seule seconde, un homme qui m’a ému, émerveillé, emballé et avec qui j’aurais encore fait un bout de chemin.

À tel point que ce matin, alors que je continuais mon roman sur la jeunesse de Sherlock Holmes à Pau entamé la veille (j’étais p 40) dans la foulée de « Trois mille chevaux vapeur »  je me suis dit « Mais pourquoi Bowman va-t-il à la biblio municipale ? Il n’y en a pas dans l’Ouest sauvage ! » quand je me suis souvenue que le roman était terminé et que j’étais dans un autre où les biblio municipales sont présentes.

C’est vous dire si Bowman m’a marqué ! Dommage que c’était son dernier coup d’archet… His Last Bow(man).

Réclamation : pourquoi, à un moment donné – p554 – ce roman se termine ?? L’auteur ne pouvait-il pas encore ajouter 200 pages juste pour mon plaisir personnel ? Quel est l’imbécile qui a inventé le mot « Fin » à des romans de cette trempe là ??

Un gros coup de cœur pour ce roman sombre, mais lumineux.

« Je ne crois pas au fond nous ayons lu trop de livres. Seulement nous vivons entourés de gens qui n’en n’ont pas lu assez, aussi incultes que cette terre. Si nous avons été naïfs, c’était en croyant des hommes d’affaires, plus qu’à nos idées ».

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Challenge « Polar Historique » de Samlor (repris par Sharon), Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, Challenge « Victorien » chez Arieste, le « Challenge US » chez Noctembule, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore,  « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence ».

Ma « Pedigree » PAL

 

BIBLIO - Pedigree PALNon, non, je ne vais pas vous parler de Canigou ! Juste de ma PAL « d’exception »… Autrement dit, des livres qui doivent aller en haut de cette terrible pile et être lu avant tout autre !

Bref, ce que je considère, moi, comme la crème de la crème et que je veux découvrir avant tout autre chose…

Mes titres d’excellences – 87 (lus 18 titres) :

  1. Donnybrook : Franck Bill (07/07/2014 – 1)
  2. La faux soyeuse : Maravélias (10/07/2014 – 3)
  3. Un long moment de silence : Colize (08/08/2014 – 8)
  4. Dossier 64 : Adler-Olsen (20/07/2014 – 5)
  5. Trois mille chevaux vapeur : Varenne (13/07/2014 – 4)
  6. Né sous les coups : Martyn Waites (15/08/2014 – 10)
  7. Une terre d’ombre : Ron Rash (30/07/2014 – 6)
  8. Le visage de Dieu : Mallock
  9. L’homme qui a vu l’homme : Marin Ledun
  10. W3 – Le sourire des pendus : Camus / Hug (01/12/2014 – 17)
  11. Le tueur intime : Claire Favan
  12. Le tueur de l’ombre : Claire Favan
  13. Bastards : Ayerdhall
  14. Le loup : Katzenbach
  15. Ces lieux sont morts : Graham
  16. Ressacs : David-James Kennedy
  17. Smoky : Will James
  18. Et si Notre Dame, la nuit : Catherine Bessonart
  19. Témoin de la nuit : Desaï
  20. Un pied au paradis : Ron Rash (
  21. Ce qui reste en forêt : Neil
  22. Rafael, derniers jours : McDonald
  23. Carter contre le diable : Glen David Gold
  24. Après la fin : Barbara Abel
  25. Des saisons de solitudes : Joseph Boyden
  26. Lundi mélancolie – Le jour où les enfants disparaissent : Nicci French
  27. Sombre mardi – Le jour où les vieilles dames parlent aux morts : French
  28. Maudit mercredi – Le jour où les jeunes filles rencontrent la mort : French
  29. Le chasseur de lucioles : Janis Otsiemi
  30. La malédiction du gitan : Crews (31/08/2014 – )
  31. Mais c’est à toi que je penses : Braunbeck (08/07/2014 – 2)
  32. Le dernier tigre rouge : Guez
  33. Le camp des morts : Craig Johnson (05/08/2014 – 7)
  34. Mais délivrez-nous du mal : Maurice Gouiran
  35. La mort en rouge : Pierre Gaulon
  36. Karoo : Steve Tesich
  37. Swan Peak : James Lee Burke
  38. Le voleur de regard : Fitzek
  39. Djebel : Vincent
  40. Aimer et laisser mourir : Jacques Olivier Bosco
  41. African Tabloïd : Janis Otsiemi
  42. Je suis Pilgrim : Terry Hayes
  43. Scarface : Armitage Trail (11/09/2014 – )
  44. Apnée Noire : Claire Favan
  45. Baiser d’adieu : Gurthie (12/08/2014 – 9)
  46. Instinct maternel : Barbara Abel
  47. Le sable était brûlant : Smith
  48. Black Coffe : Loubière
  49. Max : Cohen-Scali
  50. Atom[ka] : Thilliez
  51. Puzzle : Thilliez
  52. La porte des enfers : Gaudé
  53. Avant d’aller dormir : Watson
  54. Mapuche : Férey
  55. L’écorchée : Carisi
  56. Chevauchée avec le diable : Woodrell (12/09/2014 – )
  57. Une poire pour la soif : James Ross
  58. Un vent de cendre : Colette
  59. La main droite du diable : Bruen
  60. De sang-froid : Truman Capote
  61. Gone Baby Gone : Lehane
  62. Le soleil des Scorta : Gaudé
  63. La bête : Anders Roslund
  64. Celui qu’on ne voit pas : Jungstedt
  65. Le tribunal des âmes : Carisi
  66. Green River : Tim Willocks
  67. Yellow Birds : Powers (
  68. Le monde à l’endroit : Ron Rash
  69. N’oublier jamais : Bussi
  70. Fais-le pour maman : Dillard
  71. L’heure des fous : Lebel
  72. Les larmes de Pancrace : Mallock
  73.  Une fille comme les autres : Ketchum
  74. 1974 : Peace
  75. 1977 : Peace
  76. 1980 : Peace
  77. 1983 : Peace
  78. GB84 : Peace
  79. La mort du petit cœur : Woodrell
  80. Enfants de la poussière : Craig Johnson
  81. Martyre des Magdalènes : Bruen (27/08/2014 – )
  82. Les leçons du mal : Thomas H. Cook
  83. Sale temps pour le pays : Michael Mention
  84. La fille de nulle part : Brown
  85. Seuls les vautours : Zeimet (05/10/2014 – )
  86. Ils vivent la nuit : Lehane
  87. Bonne conduite : Westlake
  88. Justice blanche, misère noire : Donald Goines [NUM] (16/09/2014 – )
  89. Jeudi Noir : Michael Mention (06/12/2014 – 18)

1280 âmes : Jean-Bernard Pouy

Titre : 1280 âmes                                                       big_3-5

Auteur : Jean-Bernard Pouy
Édition : du Seuil (2000) / Points (2000)

Résumé :
Si Pierre de Gondol est le plus petit libraire de Paris, sa connaissance de la littérature tous azimut est considérable.

C’est ainsi qu’un matin, l’un de ses clients, dérouté par la lecture d’un célèbre roman de Jim Thompson, vient lui demander où sont passés les cinq personnes oubliées dans la traduction de ce texte qui, en anglais, se nomme Pop 1280 et, en français, 1275 âmes.

Pierre va alors se transformer en détective littéraire, pour retrouver dans d’autres livres, mais aussi en effectuant le voyage jusqu’aux Etats-Unis, la trace de ces étranges disparus.

Une enquête littéraire haute en couleurs, qui revisite les grands textes tout en posant sur l’Amérique un regard débarrassé de bien des clichés.

Critique : 
La preuve qu’on peut avoir la plus petite mais être efficace quand même… Voyez plutôt : Pierre de Gondol possède la plus petite librairie de Paris – What did you think ?? – mais c’est un librairie efficace car sa connaissance en littérature est considérable et tous azimut.

Dans son 12m², il ne possède que des livres rares, des incunables, des signés… Sa clientèle ? Des amoureux pervers polymorphes du livre !

« Mes clients : des amoureux pervers polymorphes du livre et de l’écrit en général. Une race en voie de disparition, disent les gazettes. Le dernier carré. Mais de tels dingues que, pour abattre, faudrait envoyer l’armée ».

Ses clients, des érudits tout comme lui, aime lui poser des questions, des énigmes… Jusqu’au jour où un lui parle du roman de Jim Thompson « Pop. 1280 » et traduit par Marcel Duhamel « 1275 âmes » (le N°1000 !)… Soit-disant que ça sonnait mieux !

Pour un Belge qui dira « Mille deux cent septante-cinq âmes », oui, mais le français ira par un autre chemin, nous donnant un « Mille deux cent soixante-quinze âmes »… Faut déjà additionner !

Alors, elles sont où, ces 5 âmes perdues ?? Et c’étaient quels personnages qui sont passé dans les limbes lors de la traduction ?

– Vous connaissez Jim Thompson, bien sûr.
– Quand même…
– Et le numéro 1000 de la Série Noire.
– 1275 âmes. Un chef d’œuvre.
– Traduit par Marcel Duhamel himself. Titre anglais ?
– Pop 1280.
– Voilà le problème. Soi-disant que ça sonnait mieux. Mais avec des conneries comme ça, lors de cette traduction, cinq personnes ont disparu, cinq habitants de la bourgade de Pottsville.
– Ploucville, comme disait Duhamel.
– Ça me taraude. Ça m’empêche de considérer cette littérature, la noire, comme parfaite, un truc comme ça. J’aimerais que vous me les retrouviez, ces passés à l’as, pour raison signifiante. Je vous en garderais une éternelle reconnaissance.

Pour ceux qui ne le saurait pas encore, la mythique « Série Noire », qui importait et traduisait des romans « noirs » américains, n’était pas toujours regardante dans ses traductions et sabrait de bon cœur dans le texte original afin qu’il « colle » avec le nombre de pages prévu.

Véritable enquête, ce petit roman nous emporte dans Paris et ensuite, aux États-Unis, dans son trou du cul parfois, pour un périple où les références culturelles, littéraires et cinématographiques vont se bousculer au portillon et être très utile pour l’enquête.

Parce que Pottsville, la ville du roman avec le shérif Nick Corey, elle n’existe pas ! Alors, il faut aussi mener une enquête avec des cartes afin de trouver une petite ville du début du siècle, avec une rivière capable d’emporter des corps, un chemin de fer et une rue qui donne sur la rivière…

Notre libraire est un érudit, ses références culturelles sont nombreuses, son enquête est sérieuse et c’est un véritable plaisir que de se détendre avec ce roman, surtout si on a lu « 1275 âmes ».

L’auteur nous parlera aussi des nombreuses adaptations cinématographiques qui furent faites des romans de Thompson, ainsi que des passages coupés dans le roman, dont deux pages importantes au début et manquantes dans la traduction.

Mélangeant la culture avec l’humour, les 166 pages défilent sans que l’on s’ennuie une seconde et je vous avoue que j’ai souri très souvent des bons mots de Gondol qui ne se prend pas la tête… la tête de Gondol ! Déjà que son surnom est « Épictète »…

Si j’ai sorti rapidement ce livre acheté la semaine dernière, c’est suite à une question d’un membre de Babelio, au sujet de « 1275 âmes » et qui voulait savoir de qui Buck parlait-il en disant à Nick Corey « Tu dois te prendre pour l’Autre. Celui qu’a la même initiale que toi ».

J’ai apparemment trouvé la solution puisque confirmée dans « 1280 âmes ».

À lire si vous voulez en savoir plus sur « 1275 âmes » ou tout simplement pour boire un super bouillon de culture, additionné de bons mots ou de métaphores, tout en voyageant en Oklahoma avec notre libraire érudit et vous détendre après des lectures sombres.

« Mon interlocuteur était autant scotché sur son siège qu’un Malien dans l’avion du retour. »

« Le lendemain, je me suis levé avec, dans la tête, une scie, un air idiot, un truc de pub, « Le soleil vient de se lever, encore une belle journée, l’ami Ricoré… » Va savoir pourquoi…
Moi, le café, c’est sacré. Et, contrairement à la majorité coincée de nouvelops, j’aime bien le robusta. Mais va expliquer ça à des arabicomaniaques branchés sur le Costa-Rica. « 

« Bizarrement on s’en fout. Car au niveau des probabilités, on a autant de chances de se prendre un astéroïde sur la tronche que de mettre un singe devant une machine à écrire et qu’il se mette à taper, par hasard, la première phrase de La Divine Comédie. »

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015),  « Challenge US » chez Noctembule et « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore.

La faux soyeuse : Éric Maravelias

Titre : La faux soyeuse                                             big_5

Auteur : Éric Maravelias
Édition : Série Noire  Gallimard (2014)

Résumé :
« La Faux Soyeuse » est un roman noir, pas de doute. Très noir. Suivant la définition d’Aurélien Masson, le directeur de la mythique série noire, un roman noir se doit de respecter au moins trois critères. Un milieu, avec son langage et ses codes, des personnages vivants et attachants, et une intrigue.

Pour le milieu, avec La Faux, on a la tête dans le sac. On est en banlieue, près de Paris, et au fil des 253 pages, le lecteur traverse deux décennies.

La folie des années 80, les vols, les braquages, la belle vie, l’amour, et l’arrivée en masse de la dope dans les quartiers, la glissade et la chute irréversible de Franck, le héros, triste héros, racaille toxicomane au cœur tendre.

C’est une odyssée, poignante et pathétique, dure et sans pitié. Pas de rédemption. Pas de pardon. Mais c’est aussi poétique et tendre, parce que ce sont des hommes et des femmes, comme vous, avec un cœur qui bat. Mais trop vite. Trop fort.

Puis les années 90 et les ravages du Sida, la déchéance, la maladie, la mort.

Petit Plus : « J’ai voulu, avec La Faux Soyeuse, porter un témoignage sur ce que fut ma vie. Ne vous y trompez pas, c’est un roman. Franck n’est pas moi et je ne suis pas lui. Mais ce qu’il a vécu, je l’ai vécu, moi aussi. En grande partie ».

C’est un roman qui s’adresse à tous, de tous âges et de toutes conditions.

C’est ce qui se passe aux pieds de vos immeubles. C’est ce qui s’y est passé, en tout cas. Dans toute sa cruauté. Vous en avez entendu parler, mais jamais vous ne pénétrerez ce monde mieux qu’avec La Faux Soyeuse. Et sans danger pour vous, sinon celui d’être hantés par ces hommes et ces femmes.

Vous allez les aimer. Malgré tout. Malgré leurs vices et leur laideur. Malgré leur langage et leurs esprits tordus. C’est ce que je veux. C’était mes potos. Nous étions des enfants.

Les personnages : Ils sont là, et ils vous balancent ce qu’ils sont au visage, sans honte. Le bon comme le mauvais. Et leur folie vous capture. Leurs démons vous pénètrent.

L’intrigue : Elle est simple, affreusement simple, horriblement simple. Pathétiquement simple. Mais elle est l’enchaînement, le destin, qui vous prend et vous pousse irrémédiablement vers la fosse. De violences en cris, en trahisons. D’amertume en amertume, il vous entraîne dans le chaos, sans répit.

Dans ce roman, pour ce qui est du style, j’avais comme une obsession.

Unir E.Bunker et J.Lee Burke. Mes deux auteurs fétiches depuis toujours. Le style au scalpel de la rue, son langage cru, direct, et la poésie de Burke dans les descriptions de l’environnement. C’était presque inconscient, au début, et puis cette évidence m’a sauté aux yeux. C’est comme ça que je voulais écrire. C’est comme ça que j’écrivais déjà. J’ai travaillé dans ce sens.

Critique : 
« Mes veines sont comme un fleuve tari, une rivière asséchée et parsemée de cailloux, où la roche affleure, une terre devenue stérile et dure. Elles forment de longues cicatrices qui ne véhiculent plus aucune vie. Ce sont les routes sombres de mon passé que mon sang a désertées. »

Je n’ai jamais eu envie de me droguer, mais si je l’avais eu, ce roman m’en aurait dégoûté à tout jamais !

C’est le genre de livre à offrir à une personne qui vous dirait que goûter là a poudreuse le tenterait bien, « juste pour essayer, parce que lui, il saura résister et pas recommencer, pas comme tous ces camés qui n’ont aucune volonté »

Mettez-lui ce livre dans les mains ! Il est rempli de gens qui voulaient « juste essayer une fois » et qui y sont resté pour toujours, passant des bras de la blanche pour ceux de la faucheuse.

Une fois de plus, un roman noir… mais cette fois-ci, rempli de poudre « blanche ».

Si la poudreuse peut-être coupée avec tout et n’importe quoi (strychnine !), le roman, lui, il est pur ! C’est de la bonne, de celle qui arrache et qui te marque à tout jamais, comme « L’herbe bleue » m’avait marqué à vie à l’âge de 16 ans, horrifiée que j’étais de voir qu’ils étaient prêt à tout pour avoir leur came.

Franck « Eckel » est un camé et il est au fond du gouffre, en ce 12 septembre 1999. Il a besoin de sa dose, comme tous les jours, depuis des lustres. Nous le suivrons lors de ses achats et nous écouterons ses pensées. Rien ne nous sera caché ou épargné.

Comment il en est arrivé là ? Il vous le racontera, sans édulcorants, avec son langage à lui, argotique et sans fioritures.

Franck nous fera vivre les années 80 et l’arrivée de la poudre sur le marché, les toxicos utilisant tous la même seringue, se refilant ensuite le HIV. C’est tout un pan d’histoire qui nous est conté, ici. Et il m’a fait frémir.

S’il a commencé « petit », Franck est vite monté vers de la « dure » et dans les doses, n’hésitant pas à prendre des médocs pour avoir son shoot, à cambrioler des pharmacies ou à devenir dealer pour se faire du fric et avoir ses doses à lui.

Volant, agressant, mendiant, implorant,… faisant tout ce qui est possible pour avoir son shoot dans les veines.

Il n’y a pas à dire, un toxico en manque, ça ne manque pas d’imagination pour se procurer sa dope, de l’argent ou le matos pour s’injecter la petite mort dans ses veines.

Ce qui frappe, dans ce roman, c’est la réalité avec laquelle il est écrit ! Tel un Edward Bunker nous parlant de la taule, Maravélias nous parle du milieu des toxicos comme si on y était. Des décors environnants jusqu’à la déchéance des corps et des esprits, en passant pas la crasse immonde, tout est superbement bien décrit.

« Mon univers s’exhibe dans un rectangle opaque, derrière les vitres sales drapées de rideaux gris. A l’ombre de deux peupliers, observateurs silencieux de ma lente décomposition. Un bout d’azur terni, usé, témoin indifférent de tant d’horreurs mais de plaisirs fugaces, aussi, ces rares moments de joie, comme une ponctuation, des instants en italique dans ces récits fiévreux ».

Comme je vous le disais, l’utilisation de l’argot et des codes des camés ajoutent au texte une réalité qui vous place au centre du jeu avec autant de réalisme que si vous étiez vraiment.

Pourtant, l’exercice n’était pas facile. En effet, il s’agit tout de même, pour Franck, de décrire des sensations à des lecteurs qui ne les ont jamais ressenties (du mois,, je l’espère pour eux).

« Ce n’est pas facile de décrire avec de simples mots, même en ayant du vocabulaire, les expériences extrêmes. Hors du commun. D’en faire saisir l’intensité à ceux qui ne l’ont pas vécues. Comme il est dur d’accorder foi au récit d’autrui sans aller voir par soi-même de quoi il retourne. Il n’y a guère que les enfants pour aller foutre les doigts dans la prise bien qu’on leur ait répété mille fois que ça faisait mal. Mais l’homme est un éternel enfant. Peu de gens, en vérité, sont conscients de ce qu’ils sont capables de faire dans certaines conditions ».

Franck n’est pas un personnage que l’on aime, mais on le suit dans sa déchéance, lui, ou les autres, les filles n’ayant pas honte de se prostituer ou de sucer contre une dose. Du liquide contre de la poudre…

On a beau ne pas les aimer, savoir qu’ils sont là de par leur volonté – ou par leur manque de volonté – on a mal pour eux, mal de les voir s’enfoncer de plus en plus profondément, sans espoir de retour, dans les sables mouvants que sont les drogues.

« Mon his­toire n’est qu’une suite d’exemples de mon in­com­pa­rable connerie » nous avouera même Franck. C’est vous dire que même lui, drogué jusqu’à la moelle, a encore de la lucidité de temps en temps. Mais il aime trop les sensations que les drogues lui procurent.

« Comment dire à quelqu’un de ne pas faire une chose sous prétexte que c’est nocif et mortel, alors que de toute évidence, ça vous procure un vif plaisir ? À tel point, même, que vos journées se passent à courir après ? Cherchez pas. C’est impossible ».

Mélangeant habilement les moments de 1999 et ceux des années 80, c’est dans un voyage fantastique que vous emmènera la plume de l’auteur, jonglant avec les époques, avec les personnages tous plus défoncés les uns que les autres, déambulant tous dans les tréfonds de la société, ayant perdu jusqu’à la moindre parcelle de pudeur ou de raison.

« Elle [la came] nous a obligé à faire des horreurs pour pouvoir profiter d’elle et en tirer du plaisir. Elle a fait de nous des parias. Des malades asociaux et violents. Elle a fait de Carole une pute. Sa putain exclusive ».

Le ton du texte est juste aussi… Franck a beau être camé jusqu’au sourcils, il reste logique dans ses pensées. Il ne se trouve pas d’excuses, mais il sait le prix qu’il devra payer pour ce qu’il a fait circuler dans son corps.

Quant au final, s’il ne vous arrache pas une larme, je n’y comprends rien. Là, j’ai eu mal. Une douleur sans nom quand j’ai compris en même temps que Franck que…

Un texte fort qui se dévore d’une traite – comme d’autre snifferont d’une traite leurs rails de coke – ne vous laissant pour séquelles que le souvenir de toutes ces ombres que vous aurez croisé dans ses pages. Ombres, qui, comme la Blanche, vous laisseront un grand vide lorsque vous refermerez ce livre et vous hanteront comme la fugueuse de « L’herbe bleue » me hante encore.

« La faux soyeuse » porte bien son nom. Le jeu de mot est habile, subtil, magnifique et aura le mérite de mettre en garde les imbéciles crâneurs contre cette fossoyeuse !

« La came se sert de notre bouche pour fumer des clopes à la chaîne et dire des conneries […]. Elle se sert de notre corps pour en faire une épave et prendre son plaisir. Elle utilise notre esprit d’où, installée confortablement, elle dirige tout et pourrit notre existence. De l’extérieur, c’est à ce point flagrant. Mais nous, on ne s’en rend pas compte. On croit au contraire que l’on maîtrise. C’est affligeant.« 

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, « La coupe du monde des livres » chez Plume de Cajou (mon second gardien de but) et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence ».

BIBLIO - Pedigree PAL

Petit dico du toxico :
Came  (n. f.) : Drogue, cocaïne, héroïne ; consommer de la drogue, se droguer. Abrév. de camelote = marchandise (GR) / Ancien argot (Arnal) • synonyme : drogue • morph : apocope  • usage : drogue • famille : cam- (camelote)

Dope (n.f.) : (familier) drogue agissant sur le système nerveux et dont l’abus conduit à la toxicomanie.

Chrome : Faire crédit

Carotter : Voler, se faire avoir

Bicrave : Vendre, dealer (origine gitane)

Brown-sugar & brown sugar ; brown (n. m.) : Héroïne en grains, mélangée à de la caféine

Coke : Drogue, cocaïne

Rail rail de coke ; rail d’héroïne ; se faire un rail : Ligne de drogue en poudre préparée pour aspiration nasale ; se préparer une prise de cocaïne (ou parfois héroïne) (disposer la poudre en ligne)

Blanche : Drogue en poudre blanche (avec parfois idée de pureté) : cocaïne, héroïne

Mais c’est à toi que je pense : Gary A. Braunbeck [E-Book et papier]

Titre : Mais c’est à toi que je pense                                big_5

Auteur : Gary A. Braunbeck
Édition : Bragelonne (2010)

Résumé :
Pour Thomas, Arnold, Rebecca et Christopher, c’est la fin du supplice. Ils viennent d’échapper à leur tortionnaire, un tueur en série pédophile qui les séquestrait depuis des années.

Mais une nouvelle épreuve les attend : et si on les avait oubliés ? Et si on ne les aimait plus ?

Horriblement défigurés et mutilés, ils ont besoin d’un adulte pour les ramener à leurs parents, que certains n’ont pas vus depuis dix ans… et ils ont choisi Mark.

Critique : 
« Donnybrook » de Franck Bill était sombre et pas pour les enfants… Ce roman mériterait lui aussi un bandeau-titre « À ne pas mettre dans toutes les mains – Âmes sensibles, cassez-vous ! »

Pourtant, au départ, on ne dirait pas que l’on va plonger dans l’horreur.

Déjà, le titre, est à chier (merci les traducteurs « Prodigal blues » méritait mieux que ce titre). Quant à la couverture, elle deviendra magnifique lorsqu’elle prendra tout son sens un peu plus tard dans le récit…

Mark Sieber, agent d’entretien dans un lycée, casse la gueule d’un ado à cause d’une blague d’un mauvais goût.

Un pédophile se promène dans les bois, la nuit, avec un gosse de six ans. Le gamin regarde autour de lui et chuchote: « Il fait vraiment noir ici. J’ai peur. » Le type le dévisage et répond : « Plains-toi ! Ce n’est pas toi qui vas devoir rentrer tout seul ! »

Ok, elle était d’un goût douteux, mais de là à lui massacrer sa gueule ! Sa femme ne le reconnait plus depuis qu’il est revenu du Kansas, il y a quelques jours. Qu’est-ce qui s’est passé, là-bas durant ces quelques jours ??

Alors quoi ? Mark va alors lui raconter toute l’histoire qu’il a vécu…

Tout à commencé quand il revenait de chez sa mère, décédée.

Sur l’autoroute, la voiture prêtée par son beauf tombe en panne, il se fait dépanner, sourit de voir passer plusieurs fois un Minibus Volkswagen argenté tirant une Airstream argentée elle aussi. S’il avait su…

Mark n’a rien d’un héros, pourtant, il a été choisi par 4 enfants pour mener à bien une mission… Les ramener chez leurs parents, eux qui ont disparu depuis des années, séquestrés qu’ils étaient par un pédophile. Une mission importante dont Mark ressortira ébranlé, cassé, laminé, lessivé et en larmes. Le lecteur aussi.

Voilà un roman noir qui vous prendra aux tripes – si vous en avez au départ – et qui vous laissera les tripes vidées ou nouées à la fin.

Sans jamais sombrer dans le pathos ou dans les descriptions horribles et gratuites, l’auteur nous racontera, au travers de ces quatre enfants, les supplices et le calvaire qu’ils ont vécu durant leur captivité chez Grendel, leur tortionnaire pédophile.

L’odeur me frappa de plein fouet, pas uniquement les exhalaisons habituelles d’un être humain, bien que l’odeur de pisse et de merde se suffise à elle-même. La puanteur des corps était insoutenable – des effluves de viandes avariée, moite, une présence invisible, presque physique, du genre qui pénètre chaque couche de l’épiderme, refuse de partir au lavage pendant au moins un mois et s’incruste à jamais dans les narines.

Pour la première scène vidéo, je me doutais que j’allais lire des choses horribles – tout comme Mark se doutait qu’il allait les voir – et j’ai pu blinder mon esprit.

Mais ensuite, je ne me suis pas méfiée et j’ai morflé grave. « Respire, me suis-je dit, ne pense plus à rien, faisons le vide dans mon esprit et »… Non, pas moyen de faire sortir les images de ma tête.

Les enfants ne demandent pas la pitié de Mark, mais juste son aide… La pitié ne servirait à rien : admirons plutôt leur courage et pleurons avec eux les imbécilités de la vie et sur la pâte à modeler (ceux qui l’ont lu comprendront).

La pâte à modeler qui sera la cause d’un grand malheur, mais d’une délivrance aussi. À quoi la vie tient, tout de même.

Un roman sombre, mais prenant, une écriture mêlant adroitement les moments les plus horribles, les plus intenses, avec une note d’humour, qui, croyez-moi, est souvent la bienvenue !

« Grand Dieu. Je me tenais au bord de la route, à quatre heures et demie du matin, débattant tranquillement de la meilleure technique pour contenir la puanteur de corps en décomposition à l’intérieur d’une caravane. Tout marchait comme sur des roulettes ».

« Il donna un brusque coup de volant à gauche afin d’éviter le raton-laveur le plus gras et le plus lent que la terre ait porté (et qui venait apparemment de décider que le milieu de la route était l’endroit parfait pour une petite pause consacrée au léchage de ses parties), mais nous roulions beaucoup trop vite ».

Des personnages tellement attachants qu’on voudrait ne jamais quitter le Minibus Volkswagen. Des enfants déjà si adultes, mais toujours des enfants tout de même, se taquinant, se chamaillant, veillant l’un sur l’autre.

Un méchant – Grendel – qui est présent psychologiquement, son ombre maléfique planant sur le Minibus. Un homme que l’on ne voudrait pas croiser la route. Si semblable à tant d’autres pédophiles sur terre qui sèment le malheur chez les enfants. Bien que lui sois d’un niveau assez élevé point de vue tortures et sadisme.

Ah, qu’il serait agréable de mettre les pédophiles, les prédateurs sexuels, les grands sadiques ou les serial-killer dans la catégorie « Monstres »…

Pourtant, ce sont des humains comme nous. Et c’est là que le bât blesse dans notre conscience : l’idée qu’ils fassent partie de la même espèce que nous ne nous enchante guère. Mais faire d’eux des « monstres » leur donnerait des excuses et nous rassurerait un peu trop sur le genre humain.

— Tu penses réellement que je m’apprête à prendre la vie d’un autre humain ? Ces gras-là ne sont pas humains. Ils ne l’ont jamais été !
— Bien sûr que si ! L’idée de faire partie de la même espèce ne nous enchante peut-être pas, mais ce sont des hommes !

Alors, n’oublions jamais que se sont des êtres humains comme nous et qu’ils sont capables de commettre les pires atrocités. Et ça, ça donne vraiment des sueurs froides.

Je ne sais pas si vous avez déjà eu l’occasion d’observer des photographies de tueurs en série ou de violeurs, mais tous semblent avoir le même regard éteint, froid et détaché, figé sur un ailleurs qui n’appartient qu’à eux, comme s’ils avaient renoncé à vous faire comprendre la logique de leurs actes et se satisfaisaient de contempler une ambition dont vous resterez à jamais indigne.

Si vous avez des tripes, ouvrez ce roman et lisez-le…

Une fois dedans, on ne le lâche plus, on frémit avec eux, on hurle avec eux, on pleure et en n’en ressort pas le même car, même si ceci est une fiction, ces abominations se passent dans le monde réel et ça fait mal.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015),  « Challenge US » chez Noctembule et « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore.