Donnybrook : Frank Bill

Titre : Donnybrook                                             big_5

Auteur : Frank Bill
Édition : Gallimard (2014)

Résumé :
Bienvenue dans l’Amérique profonde d’aujourd’hui, où les jobs syndiqués et les fermes familiales qui alimentaient les revendications sociales des Blancs ont cédé la place aux labos de meth, au trafic d’armes et aux combats de boxe à mains nues.

Les protagonistes de Frank Bill sont des hommes et des femmes acculés au point de rupture – et bien au-delà. Pour un résultat toujours stupéfiant.

Si le sud de l’Indiana dépeint par Frank Bill est hanté par un profond sentiment d’appartenance à une région qui rappelle le meilleur de la littérature du Sud, ses nouvelles vibrent aussi de toute l’énergie urbaine d’un Chuck Palahniuk, et révèlent un sens de l’intrigue décapant, inspiré de l’écriture noire à la Jim Thompson.

Une prose nerveuse, à vif, impitoyable et haletante, qui fait l’effet à la fois d’une douche glacée et d’un coup de poing à l’estomac.

Critique : 
« Chiennes de vie » n’était déjà pas pour les petits n’enfants, ni pour les âmes sensibles… Je vous rassure de suite, « Donnybrook » ne sera pas pour eux non plus !

Amateurs du ♫ pays joyeux des z’enfants heureux, des monstres gentils ♪ , des Bisounours ou de Mon Petit Poney, je ne vous dirai qu’une chose : Fuyez, pauvres fous !

Par contre, pour moi, voilà encore un livre qui va aller poser ses petites fesses au Panthéon de mes romans noirs préférés.

Au départ, je m’attendais à 240 pages consacrées uniquement au Donnybrook – ce tournoi de combats à poing nus qui se déroule dans le sud de l’Indiana et dont le vainqueur remporte cent mille dollars – imaginant un récit à la façon d’un mauvais film de Van Damme, genre « Bloodsport » ou « Kickboxer », le scénario béton en plus, bien entendu !

Vous savez, un genre de roman qui, à l’instar de ses films, mettrait en scène des combattants qui s’affronteraient dans combats « phases finales à élimination directe » afin d’en arriver aux deux derniers vainqueur du tournoi… qui s’affronteraient enfin dans l’arène ! Une sorte de coupe du monde en version « boxe » au lieu du ballon rond…

Il n’en fut rien ! Ce livre, c’est plus que ça ! C’est mieux que ça ! Bien mieux qu’une description de tous les combats éliminatoires qui auraient saoulé le lecteur, à la fin.

Nos différents protagonistes, avant d’arriver au Donnybrook – de leur plein gré ou pas – vivront quelques aventures assez mouvementées. Et une fois sur place, faudra pas croire qu’ils pourront s’affaler pour manger un hamburger à la viande d’écureuil garantie sans équidé !

« Les spectateurs avaient sorti leurs chaises pliantes, leurs glacières. […] Les feux de camp au-dessus desquels grillaient les poulets, les quartiers de chevreuil, les chèvres, les écureuils, lapins et autres ratons laveurs empestaient l’atmosphère. Il en serait ainsi pendant trois jours. Ils vendraient leur nourriture, accompagneraient les cachetons et la came de grandes rasades de bourbon ou d’alcools de contrebande. Ils regarderaient un vingtaine d’hommes pénétrer sur le ring de cent mètres carrés délimité par du fil barbelé, puis combattre jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. Ensuite, on appellerait les vingts suivants. Dimanche, les vainqueurs de chaque groupe s’affronteraient. Seul le gagnant demeurerait debout. La gueule en sang, édenté, il attendrait de récupérer son dû en espèces ».

L’écriture est sèche comme un muscle de combattant, nerveuse comme un chien de combat qui sent le sang sans cesse, piquante comme si vous embrassiez un hérisson (et pas sur le ventre !), le tout sur un fond de crise économique agrémenté de quelques métaphores choc ou de philosophie très particulière.

« Il se répandit au sol comme le liquide amniotique d’entre les jambes d’une femme enceinte ».

— Pas le temps de philosopher sur ta conception tordue des rapports humains. Certains ont la bite de traviole, d’autres l’ont bien droite, mais tout le monde l’utilise pour baiser.

Le tout nous donnera une couleur aussi joyeuse que le costume d’un croque-mort dans Lucky Luke.

« Le rêve américain avait vécu, puis il s’était perdu. A présent, travailler aux États-Unis signifiait juste que vous étiez un numéro qui essayait de gagner un peu plus de fric pour ceux d’en haut. Et si vous en étiez incapable, il existait d’autres numéros pour prendre votre place ».

Nous sommes face à un roman noir, sans complaisance aucune…

— Mettez-lui une balle dans la tête, ordonna McGill. On la donnera à bouffer aux cochons. De toute façon, elle est foutue.

Niveau personnages, on pourrait faire un grand trou et les mettre tous dedans pour les recouvrir ensuite, vivants, de terre ! Même le shérif m’a donné envie de vomir, alors que je le trouvais sympa. Le personnage de Gravier m’a fortement touché, par contre…

Quant à Johnny « Marine » Earl, il est un des personnages un peu moins « sordide » que les autres.

Du moins, dans la masse des autres, il y a encore un peu d’espoir pour ce père de famille qui aime ses gosses et sa femme et veut leur offrir une vie meilleure. À n’importe quel prix : la fin justifiant l’utilisation de moyens pas réglos du tout !

Ce que les personnages vivront ressemblera plus à une descente en enfer qu’à un voyage de plaisance. Nous sommes à mille lieues de l’excursion d’Antoine Maréchal (Bourvil) qui emmenait, de Naples à Bordeaux, la Cadillac remplie d’héroïne de Saroyan (de Funès).

À propos d’héroïne, vous aurez tous les ingrédients qui entrent dans la fabrication de la meth. Admirez l’enchainement… Vous aurez même une héroïne bad girl qui a un réchaud Butagaz entre le jambes et que ne sent bien qu’avec une merguez là où je pense (et où vous pensez aussi).

« Le pharmacien l’avait ramenée dans sa maison style ranch […] Liz l’avait baisé à fond. Eldon [le pharmacien] avait été obligé de s’asseoir pour pisser pendant une semaine. Il avait peur de se réveiller avec la gaule depuis que Liz lui avait mis le dard à vif ».

« Tout ce qu’elle voulait dans la vie, c’était avoir assez de meth, de cigarettes et de Bud pour passer la journée. Et puis une bite bien raide pour satisfaire sa soif de contact humain ».

Quand je vous disais que ce n’était pas pour les gosses ou les âmes sensibles !

Ici, ça bastonne, ça flingue, ça trucide, ça torture, ça plante le frangin, ça baise à tout va, ça arnaque ou plus, si affinités, le tout sans foi, ni loi, ni morale : manger ou être mangé ! Tuer ou être tué…

Un auteur que je vais suivre à la trace, guettant sa prochaine publication…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Le « Challenge US » chez Noctembule, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, « La coupe du monde des livres » chez Plume de Cajou (un de mes gardiens de but) et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence »..

BIBLIO - Pedigree PAL

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17 réflexions au sujet de « Donnybrook : Frank Bill »

  1. Aaaah que cette critique me fait plaisir. Mais bon je n’avais aucun doute sur ton ressenti.
    Ce bouquin c’est une putain de claque dans la gueule (ou pour les plus prudes une grande baffe dans la face).

    J'aime

    • Merci 😉 Le livre est encore plus alléchant que ma chronique, normal, Franck Bill a un talent énorme et il me tarde de voir ce qu’il nous offrira pour la suite.

      Je suis tordue moi-même; donc… 🙄

      J'aime

  2. Ping : Bilan Livresque : Juillet 2014 | The Cannibal Lecteur

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