Quatre racines blanches : Jacques Saussey

Titre : Quatre racines blanches                           big_3-5

Auteur : Jacques Saussey
Édition: Les Nouveaux Auteurs (2012) / Livre de Poche (2014)

Résumé :
Daniel Magne, officier de police à Paris, est en voyage professionnel au Québec. Il représente la France dans un congrès qui va se tenir à Montréal et qui rassemblera les polices des pays francophones.

Seul témoin du meurtre d’un de ses collègues canadiens et de l’enlèvement d’une femme, il est sollicité par l’inspecteur-chef Anatole Lachance de la Sûreté du Québec pour l’aider à identifier les assassins.

Peu après, le corps supplicié de l’inconnue est découvert à l’entrée de la réserve mohawk de Kanawaghe sur la rive du Saint-Laurent.

Avec sa coéquipière et compagne Lisa Heslin qui l’a rejoint, Magne se lance dans une enquête hors juridiction particulièrement délicate et périlleuse. Sans le savoir, ils viennent de mettre les pieds sur le territoire de l’un des criminels les plus dangereux du Canada.

Critique :
Câlisse de Crisse ! Tabarnak !  Oui, je suis en train de « sacrer » (jurer) en québecois.

Pourquoi ? À cause de l’excellente lecture que je viens de faire et qui se déroulait au Québec, à l’orée de l’automne, la neige commençant déjà à tomber, nous gelant les chnolles… Les gosses, quoi !

Voilà un roman que je n’aurais pas acheté si un vent favorable ne me l’avait pas déposé sous mon nez… Une connaissance qui me certifia que je passerais un bon moment de lecture tout en me refilant ce roman. Puisque j’avais promis de le lire vite, j’ai évité de le laisser traîner trop longtemps sur ma pile… Lu en une journée (480 pages).

Daniel Magne est un flic parisien et s’il se trouve au Québec, c’est en raison d’un colloque entre poulets francophones. Alors qu’il allait boire un verre avec un policier autochtone, ils assistent à un enlèvement d’une femme. Bardaf, voilà que le collègue du pays de Céline Dion se fait abattre comme un orignal au champ de tir, par le ravisseur.

Deux jours plus tard, la femme enlevée est retrouvée éparpillée aux limites de la réserve des indiens Mohawk de Kanawaghe.

Le tueur lui a fait une ordonnance, et une sévère. Comme Raoul Volfoni (« Les Tontons flingueurs »), il ne correctionne plus : il ventile, il disperse… Cette femme, il nous l’a éparpillé par petits bouts, façon puzzle quasi.

— Comment est-elle ?
— En morceaux…

Pourquoi tant de hargne sur ses phalanges ? Pourquoi l’avoir enlevée ? Qui ? Comment ? Les flics québecois vont pouvoir « sacrer » à coups de « câlisse de crisse » afin de résoudre l’affaire, aidé par un Daniel Magne remonté à balles de guerre et par sa copine qui vient de le rejoindre.

Rien à dire, le récit bouge et on n’a pas le temps de bayer (et non « bâiller ») aux corneilles car il y a du rythme, des retournements et l’alternance de chapitres nous permettant de découvrir les différents protagonistes de l’histoire.

On peut donc passer d’un chapitre plus « doux » à un plus trash avec le tueur, un membre d’un gang… L’avantage étant que si le lecteur avait trouvé la réaction des indiens Mohawk un peu violente à la vue des flics à l’entrée de leur territoire, il comprendra un peu plus loin pourquoi ces gens haïssent l’homme Blanc !

— Les Européens sont alors arrivés sur notre terre. Ils se sont déversés par milliers sur les rives du fleuve, chaque jour plus nombreux, chaque jour plus affamés de possessions. Ils sont venus avec leurs vices et leurs armes, avec leur cupidité et leurs mensonges, et ils ont mis la guerre dans le cœur des miens. Là où ils ne se battaient pas, ils ont donné des couvertures infestés de maladies à des femmes et à des enfants pour tuer silencieusement ce peuple qui était là depuis la nuit des temps, ce peuple qui les gênait, ce peuple qui n’était pas immunisé contre leurs microbes venus d’au-delà de l’océan.

Si j’ai parfois trouvé les personnages de Daniel Magne et de sa copine Lisa un peu lisse ou « too much » à certains moments, je me suis tout de même attachée à eux. Malgré tout, je trouve que les autres personnages étaient mieux construits que les deux principaux.

Le Méchant est particulièrement sadique, un vrai fils de pitoune.

Le langage québecois est présent, mais pas de quoi vous importuner durant votre lecture. Une fine dose pour vous dépayser et vous vous imaginez déjà là-bas, certains étant même explicité en note de bas de page. Amusant, bon nombre de noms de famille sont en « La » : Lafleur, Lacouture, Lachance (mais pas de « Latronche En Biais »), ajoutant de l’exotisme à la lecture…

Mélangeant le roman policier « classique » avec la triste réalité des bandes urbaines, des gangs, des yakusa, le tout sur fond de réserve indienne, véritable zone de non-droit possédant ses propres lois, sa propre police ethnique, ses coutumes sans compter une sacré dose d’omerta, ce roman est un récit détonnant qui se lit très vite et facilement.

Plus qu’un simple roman policier : un roman mettant en avant-plan les erreurs des Blancs et des conséquences qui en découlent encore maintenant, sans oublier la cupidité de certains, prêt à tous les trafics pour obtenir plus d’argent.

Ça fait froid dans le dos…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix des lecteurs, sélection 2014) et le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore.

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17 réflexions au sujet de « Quatre racines blanches : Jacques Saussey »

  1. Ping : Bilan Livresque : Août 2014 | The Cannibal Lecteur

  2. J’ai adoréééééééé et tombée sous le charme de l’auteur, quelle gentillesse et l’entendre parler du Canada c’est le bonheur.

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