Le martyre des Magdalènes – Une enquête de Jack Taylor : Ken Bruen [NUM et Papier]

Titre : Le martyre des Magdalènes : Une enquête de Jack Taylor

Auteur : Ken Bruen                                                                              big_3-5
Édition : Gallimard (2008)

Résumé :
Lessivé, rincé par sa dernière enquête, Jack Taylor tente d’en faire passer le goût amer en éclusant des pintes de Guinness au comptoir de son pub préféré. Alors qu’il répète à qui veut bien l’entendre qu’on ne l’y reprendra plus, Jack est sommé par un caïd local de retrouver « l’ange des Magdalènes ».

Contraint et forcé d’accepter afin de s’acquitter d’une dette d’honneur, Jack se retrouve au cœur d’un fait divers des années 1960, et croise bientôt les fantômes des « Magdalènes », des filles-mères reniées par leurs familles, exploitées dans des couvents catholiques où elles lavaient leurs péchés en travaillant comme blanchisseuses.

Hanté par ses échecs passés, poursuivi par une police locale qui lui cherche constamment des crosses, Jack va tenter de retrouver cet « ange », une mystérieuse femme qui serait venue en aide à ces pauvres filles mises au ban de la société.

Cependant, comme l’alcool, la vérité est bien souvent trompeuse. Gare au retour de flamme. Ce qui s’annonçait comme une mission rédemptrice va vite se transformer en chemin de croix.

Le martyre de Jack Taylor ne fait que commencer…

Critique : 
Si vous trouvez que le commissaire Erlendur est trop hanté par ses souvenirs, si vous pensiez qu’un flic ne pouvait pas être plus imbibé que l’inspecteur Harry Hole ou le privé Matt Scudder et qu’on ne pouvait pas faire plus torturé que le sergent sans nom qui enquêtait sur la mort de Dora Suarez, et bien, c’est que vous n’avez pas encore fait connaissance avec Jack Taylor…

Ancien guarda (flic), Jack Taylor s’est fait virer pour abus de substances illicites, dont l’alcool et la Guiness. Le savoir-faire des brasseurs n’était pas dégusté avec sagesse. Sans parler d’une petite « snifette » de temps à autre. Là, il vit dans un petit hôtel.

« Les alcooliques sont presque toujours des gens charmants. Ils sont bien obligés car ils doivent se faire de nouveaux amis en permanence. Ils consument les précédents ».

Alors qu’il fait briquer le zinc d’un pub avec ses manches (comprenez qu’il y est accoudé), un truand lui demande d’éponger sa dette en retrouvant « l’ange des Magdalènes », celle qui aurai sauvé des jeunes filles, dont la mère du truand.

Magdalènes ? Quoi t’est-ce ?? Pour ceux qui ne le sauraient pas, dans l’Irlande catho, les « Maisons des Magdalènes » étaient des charmantes institutions, tout ce qui a de plus légales, où des charmantes bonnes sœurs avaient la mission de purifier les filles mères ou toutes autres pécheresses. Amen.

Afin d’expliquer à ces gamines que ce qu’elles avaient fait était « mal », on leur donnait comme mission de s’occuper de la lessive, le tout dans des conditions de travail qui ferait défaillir le plus zen des syndicaliste. L’église – bénie soit-elle – se faisant bien entendu rétribuer pour ce service, les clients occultant les sévices reçus par ces filles.

Comme on se fichait pas mal de la cause qui avait planté un polichinelle dans le tiroir de ses jeunes filles – viol familial ou autre – on leur faisait payer leur ignominie afin de laver plus blanc que blanc leurs péchés imaginaires. La dernière de ces maisons a fermé dans les années 1990. Ite missa est… Circulez, y’a plus rien à voir !

Sérieusement, si ces bonnes sœurs méritent le peloton d’exécution et la damnation éternelle dans les flammes de l’Enfer, Jack Taylor aussi. Parce que niveau « enquête », il est à fouetter ! Je dirais même qu’il n’en a rien à branler, malgré le fait que son truand psychotique de client ait failli lui coller des traces de freinage dans le slip en lui donnant des frayeurs à coups de roulette russe. Non, ça le fera pas se remuer plus que ça…

De plus, Jack s’est vu confier une autre enquête sur une veuve qui aurait tué son mari. L’enquête étant demandée par le beau-fils. Là aussi, rien à battre, il continue de s’imbiber grave et décide que la veuve est innocente.

Il est dit dans une critique qu’on ne suit pas Jack pour ses enquêtes et c’est bien vrai. Non, on suit ses aventures dans les brumes de l’alcool et du brouillard de poudre blanche pour tout autre chose. Les ambiances… les mots d’irlandais, sa nonchalance, ses pensées, ses bons mots, son je-m’en-foutisme, sa manière de se mettre la terre entière sur le dos, son manque de morale absolue.

— Je vous emmerde, Jack Taylor. Vous êtes un individu méprisable.

La quête du savoir est semblable à un joli petit cul dont vous savez pertinemment que vous ne devriez pas essayer de vous le faire, à la fin, vous essayez quand même.

Comment enjoint-on à un homme de partir, en termes vulgaires ? Dégage, tire-toi, fous le camp, taille la route etc. Tous très efficaces. Mais rien ne vaut l’expression classique utilisée pour de vrai par Spike o’Donnell ( l’un des frères O’Donnell, de Chicago, la seule petite bande qui ait dit aux gangsters de Capone d’aller se faire voir et qui en ait réchappé). Ce qu’il a dit, c’était : fais toi rare.

Je m’attendais à avoir plus de passages sur les Magdalènes, mais l’auteur n’a inclus que quelques courts chapitres, sans trop développer, tout en arrivant à vous coller des sueurs froides. Écriture sobre, mais percutante, pour ces passages.

On frémit devant quelques sévices admonestés par ces femmes frustrées, qui n’avaient pas choisi les voies de Dieu par vocation ou alors, n’avaient rien compris au message initial. Et puis, le pouvoir, ça grise et ça fait jouir !

Si j’ai eu un peu de mal au départ en découvrant Jack, il a réussi à m’étonner sur la fin. Bon, il a fallu qu’il lâche un peu la bouteille et se bourre de médocs qui lui auraient fait gagner le Tour de France, s’il avait décidé de le courir.

Par contre, j’ai bien aimé le fait que Jack Taylor, grand lecteur, nous livre ses opinions et ses coups de cœur sur tel ou tel auteur. Mieux, le roman est truffé de citations, de clins d’œil ou de pensées sur ses auteurs favoris qui sont tout de même : Robin Cook, David Peace, James Ellroy ou Edward Bunker. Du lourd.

Au travers des bouteilles sombres de Guiness, la réalité est souvent trouble, Jack va s’en rendre compte. De plus, toutes les vérités ne sont pas bonnes à être exhumées.

Une enquête qui doit presque se résoudre sans l’aide de Jack, mais une fois que son euro est tombé, là, il y va à fond la caisse et la morale, il vous la fourre où je pense !

Un roman noir qui m’a fait découvrir un autre univers, celui de l’Irlande. Voilà un auteur que je vais suivre de très près.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015) et « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore.

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21 réflexions au sujet de « Le martyre des Magdalènes – Une enquête de Jack Taylor : Ken Bruen [NUM et Papier] »

  1. Eh hop, je le remonte illico au sommet de ma PAL celui-ci, depuis le temps que j’ai envie de le lire !
    As-tu vu le magnifique et effroyable film de Peter Mullan, « The Magdalene Sisters », La Belette ?
    Geraldine McEwan, l’ex-Miss Marple y est particulièrement monstrueuse…
    Brrrr, j’en ai encore froid dans le dos… Elles en ont vu toutes ces pauvres filles dans ces « institutions »….

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    • Non, je n’ai pas vu le film, mais je suis tombée sur des images lors de ma recherche d’image pour illustrer ma chronique. :/ oui, ça fait froid dans le dos, surtout que ce n’est pas de la S-F !

      Cela faisait un petit temps que je voulais lire Bruen aussi et je me suis décidée sur un coup de tête ! Allez hop, faut varier ses auteurs, nomdidjoû ! me suis-je dis. 😉

      Bonne lecture, mon manU !

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  2. J’avais vu le film les Magdalene sisters et ce livre me semble une bonne entrée pour lire à un peu à ce sujet. L’écriture a l’air bien (j’ai bien aimé l’image pour accoudé sur le comptoir ^^) Merci pour le tuyau !

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  3. Ping : Bilan Livresque : Août 2014 | The Cannibal Lecteur

  4. J’ai lu le livre en 2012, et Ken Bruen est vraiment un poids lourd… Ses autres romans mettant en scène Jack Taylor, dont Delirium Tremens le premier de la série, sont des petits bijoux de romans noirs. Auteur à suivre assurément…

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  5. Magdalene Sisters est à VOIR. Incontestablement. C’est pour cette raison que j’ai lu également ce livre et que j’en suis ressorti mitigé. J’ai adoré faire la connaissance de Jack Taylor. Un gars bien et fréquentable. Un gars qui se mérite et avec qui j’aimerai aussi briquer le zinc. Mais, si peu de chose à voir ou à découvrir des Magdalene Sisters malgré le titre… D’où cette déception.
    Par contre, je ne dis pas non pour reboire une Guinness avec Jack Taylor, parce que de toute façon ses enquêtes, je n’en ai rien à branler. Je le suis uniquement pour boire !

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    • Je pensais en lire plus sur le sujet aussi, mais le peu qui est dit en dit déjà long, même très long, parce que l’imaginaire se met en marche et là, ça s’arrête plus dans l’horreur !

      Je compte reboire une bière avec lui, mais pas à son niveau à lui, c’est trop !!!

      Ok, je vais chercher le film et me coller la frousse ! 😀

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  6. Moi aussi j’ai pensé au film The Magdalene Sisters. Excellent et effrayant. Quant à Jack Taylor, comme tous ces flics alcooliques, il ne m’emballe pas. J’ai lu 2 bouquins de Ken Bruen, je sais que je les ai lu mais je n’en garde pas d’autre souvenir que la grosse picole. Mais j’aime bien ta chronique avec sa dose d’humour qui fait ta marque.

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    • Merci ma Poulette, c’est agréable de lire tes petits messages. Tu ne reçois pas d’aussi gentil sur polars… 🙄

      Il est super imbibé, le jack et à baffer, mais j’ai aimé l’univers et j’ai l’intention de replonger encore une fois au moins. Si à ce moment là je suis déçue, je passerai, mais au moins, je pourrai dire « je l’ai lu » 😀

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  7. Le thème me plaisait beaucoup. Je trouve ça monstrueusement fascinant la façon dont ces couvents ont pu fonctionner jusqu’à une date très récente. Je sais aussi que des fouilles archéologiques ont été entreprises dans certains couvent et l’on n’y a retrouvé un nombre effroyable de restes de bébés et de très jeunes femmes. L’étude de leurs ossements a montré qu’ils étaient dans un état sanitaire déplorable.
    Bref, c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup.

    Maintenant, ça n’est visiblement pas le sujet principal du bouquin qui semble plutôt se concentrer sur Jack. Hors, je ne suis vraiment pas certaine d’adhérer au personnage ou même simplement de le supporter plus de quelques pages :/

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    • Si tu veux en savoir plus sur ces horreurs, faudra lire autre chose que Bruen parce que le sujet traité ne fait pas 20 pages, même si le peu qu’on en lise suffise à nous dresser les cheveux sur le crâne !

      Oui, une abomination… mais tu sais, les gens savent faire ceux qui ne savent pas, regarder ailleurs, ou tout simplement, ils ne pensent pas que ce genre d’horreur puisse se passer à deux pas de chez eux.

      Comment est-ce possible de faire autant de mal à des jeunes filles de la sorte ? Comment est-ce possible, tout simplement ?? :5

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