Blueberry – Tome 01 – Fort Navajo : Charlier & Giraud

Titre : Blueberry – Tome 1 – Fort Navajo                       big_3-5

Scénariste : Jean-Michel Charlier
Dessinateur : Jean Giraud
Édition : Dargaud (1967)

Résumé :
Blueberry est affecté à Fort Navajo. En cours de chemin il rencontre le Lieutenant Graig et ils tombent sur le ranch des Stanton complètement calcinée et jonchée des cadavres de ses habitants.

Tout porte à croire qu’il s’agit d’un coup des indiens et le Lieutenant Graig décide de suivre leur piste pour délivrer le fils Stanton qui est entre leurs mains.

Blueberry va devoir manœuvrer entre l’inconscience de Graig et la haine des Indiens qui anime le commandant Bascom, bras droit du Colonel Dickson à Fort Navajo.

Quand un rattle-snake entre dans la partie, tout se complique…

Critique : 
L’ambiance était plus au rire et à la détente lorsque les « Tuniques Bleues » du tandem Cauvin et Salvérius affrontaient les Indiens, à Fort Bow… Mais ce n’était pas réaliste.

La série Blueberry est certes plus violente, mais le réalisme est présent.

Ce premier tome est l’occasion de faire connaissane avec Mike T. Blueberry, un ancien Sudiste passé chez les Nordistes durant la guerre de Sécession.

Blueberry, on vient de recevoir un rapport sur vous…

— Ce rapport sur votre compte m’est arrivé. Juste avant vous. Par la diligence qui vous a transporté.
— Hmmm… Je vois… Pas fameux, hein ?
— C’est le moins qu’on puisse dire ! Buveur… Joueur… Tricheur… Indiscipliné… Bagarreur… Une vraie litanie !
— Heu… Vous en oubliez !

Blueberry, vous l’aurez compris, est un personnage aux antipodes des « bons » auxquels nous sommes habitués. Laissez tomber les Lucky Luke, les Jerry Spring, on entre dans un autre univers, ici.

Pour faire court, la famille Stanton a été attaquée, massacrée, le ranch brûlé et Blueberry, en route pour le Fort Navajo en compagnie du lieutenant Craig, découvre une flèche Apache.

Étrange, les Apaches sont en paix avec les Blancs et les Tuniques Bleues depuis des années. Il n’en faut pas plus pour échauffer les esprits.

Mike est une tête brûlée qui tient à son scalp, mais il a du courage, car sans lui, le tout frais lieutenant Craig ne serait plus de ce monde.

Le racisme est omniprésent dans ce tome, le major Bascom du fort Navajo voulant à tout prix se venger pour les mort chez les Stanton et décidant de s’attaquer à une paisible tribu Apache qui changeait de camp.

Le sang pour le sang… Le non respect de la parole donné par l’officier en chef du fort, le colonel Dickson, qui, suite à une morsure de serpent, devra passer le commandement au major Bascom. Et lui, les indiens, il veut les voir tous morts.

C’est ainsi qu’on commet des erreurs dont le prix sera lourd à payer.

Violence, racisme, riposte aveugle et disproportionnée… On sent poindre chez certains le côté belliqueux de l’Oncle Sam qui, si on lui prend des vies, riposte en en exécutant dix fois plus, tuant sans distinction les innocents.

Le trait du dessin est encore un peu hésitant, Blueberry ressemble à Belmondo (ce qui était voulu) pour s’en éloigner au fil des albums. Les couleurs ne sont pas super, mais tout cela s’arrangera ensuite.

Une série que j’ai toujours aimée, bien que je l’ai découverte assez tard.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), « Le mois Américain » chez Titine, Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez Cannibal Lecteur (oui, chez moi !) et le « Marathon Bédé » chez Chroniques Littéraires.

Dans le grand cercle du monde : Joseph Boyden [NUM]

Titre : Dans le grand cercle du monde                              big_4

Auteur : Joseph Boyden
Édition : Albin Michel (2014)

Résumé :
Un jeune jésuite français venu en Nouvelle-France pour évangéliser les Indiens est abandonné par ses guides et capturé par les Hurons en même temps qu’une jeune Iroquoise.

Petit Plus : Après « Le Chemin des âmes » et « Les Saisons de la solitude » qui l’ont imposé parmi les grands écrivains canadiens contemporains, Joseph Boyden poursuit une œuvre ambitieuse.

Situé dans les espaces sauvages du Canada du XVIIe siècle, ce roman épique, empreint tout à la fois de beauté et de violence, est d’ores et déjà considéré comme un chef-d’œuvre.

Trois voix tissent l’écheveau d’une fresque où se confrontent les traditions et les cultures : celle d’un jeune jésuite français, d’un chef de guerre huron, et d’une captive iroquoise.

Trois personnages réunis par les circonstances, divisés par leur appartenance.

Car chacun mène sa propre guerre : l’un pour convertir les Indiens au christianisme, les autres, bien qu’ennemis, pour s’allier ou chasser ces « Corbeaux » venus prêcher sur leur terre.

Trois destins scellés à jamais dans un monde sur le point de basculer.

Mêlant lyrisme et poésie, convoquant la singularité de chaque voix – habitée par la foi absolue ou la puissance prophétique du rêve – Boyden restitue, dans ce roman d’une puissance visuelle qui rappelle Le Nouveau Monde de Terrence Malick, la folie et l’absurdité de tout conflit, donnant à son livre une dimension d’une incroyable modernité, où « le passé et le futur sont le présent ».

Critique : 
Maître Corbeau, sur sa chaire perchée, tenait dans son bec ce langage : « Convertissez-vous et vous entrerez au Royaume des Cieux ».

Les Sauvages, par ce bagou peu alléchés, lui tinrent à peu près ce langage : « Casse-toi, pauv’ con ! ».

Cette entrée en matière humoristique – bien que résumant les grandes lignes ce superbe roman – omet la manière bien plus subtile dont se déroulera cette évangélisation du peuple des Hurons.

L’auteur fait dans le sérieux, moi pas. Mais la lecture (faite entièrement sur liseuse) fut enrichissante et enivrante…

Le récit m’a emporté en Nouvelle-France, au 17ème siècle, dans une tribu Wendat (Hurons) où le père Christophe vient de débarquer, ne doutant pas qu’il arrivera à évangéliser ceux qu’il nomme « les Sauvages ». Lui sera surnommé « Corbeau » par les gens de la tribu.

« Avant l’arrivée des Corbeaux, vos prêtres, nous avions la magie. Avant la construction de vos grands villages que vous avez si grossièrement sculptés sur les rivages de la mer intérieure de notre monde en leur donnant des noms arrachés à nos langues – Chicago, Toronto, Milwaukee, Ottawa -, nous avions aussi nos grands villages sur ces rivages-là. Et nous comprenions notre magie. Nous savions ce que l’orenda impliquait ».

Nous sommes face à un roman à 3 voix : 3 voix aussi dissemblables qu’elles sont indissociables…

Premier narrateur, le père Christophe, notre jésuite. En second, une jeune iroquoise prénommée « Chutes-de-Neige » dont la famille vient d’être massacrée par le troisième narrateur « Oiseau », un chef Huron qui va l’adopter comme sa fille. Oui, il massacre la famille mais il adopte…

Ce changement de narrateur à chaque chapitre donne un autre souffle au roman, nous faisant entrer dans la peau et les pensées de trois personnes différentes, avec une culture différente (de par le sexe du personnage, sa place dans la société ou son origine ethnique) et un mode de vie diamétralement opposé (prêtre et guerrier chasseur).

Si j’ai eu envie de baffer bien souvent le jésuite, il est tout de même remonté dans mon estime à la fin, en faisant preuve d’un courage que je n’aurais jamais eu.

Oiseau, grand guerrier, à eu le cœur brisé par le massacre de sa famille. Alors, en juste vengeur qu’il est, il massacre lui aussi des gens de la tribu responsable de la mort des siens et adopte la fille des gens dont il vient de défoncer la tête…

Chutes-de-Neige est habitée par la vengeance envers Oiseau, mais on sent le personnage mûrir, jusqu’à devenir une femme. Son évolution est présente au fil des pages, la gamine changeant au fil des saisons qui passe dans le récit.

Tout le récit est baigné par de l’incompréhension et de la méfiance de part et d’autre des protagonistes (prêtre, Wendats et Chute-de-Neige). Comme des chiens qui se reniflent, les Wendats observent avec des sourires ce Corbeau qui fait d’étranges signes et notre jésuite implore Dieu de leur pardonner parce qu’ils sont des sauvages.

Pourtant, je ne les ai pas trouvé si « sauvages » que ça, moi, ces Hurons ! Ils vivaient juste de manière différente, c’est tout. Cela en fait-il des barbares pour autant ? Non.

« La laine n’est pas le plus mauvais des textiles dans ce pays. Elle fascine les Sauvages qui m’interrogent tout le temps pour savoir de quel animal elle provient. J’essaie alors d’expliquer ce que sont les moutons, la domestication et l’élevage, et je réussis uniquement à dire que là d’où je viens, nous parquons pour notre consommation de grands troupeaux d’animaux qu’ils ne peuvent même pas imaginer. Dieu le veut ainsi. L’idée qu’on puisse avoir des troupeaux de gentils chevreuils ou d’orignaux qui vont gaiement au massacre quand les hommes désirent manger de la viande déclenche leur hilarité. Certains doutent franchement qu’il soit bon de mener une vie aussi facile. La question me passionne ».

Ce roman magistral est une immersion dans la culture des différentes peuplades qui composaient la « Nouvelle France » pendant la colonisation et l’évangélisation. Impuissant, on assistera à un changement radical chez ces gens avec la découverte des armes à feu par la tribu « ennemie ».

Oui, l’homme Blanc a tendance à faire pourrir les fruits intacts qu’il touche… Il lui impose sa pensée, veut imposer son mode de vie, son Dieu. Oui, nous avons corrompu des tas de gens qui ne nous demandaient rien. Juste parce que nous estimions que c’était « pour leur bien ». L’enfer est pavé de bonnes intentions, c’est bien connu.

Attention, les Hurons n’étaient pas des tendres non plus et se livraient entre eux à des guerres sans merci, mais ils le faisaient avec leurs propres armes, des arcs, des lances et pas avec des mousquets !

Nous ap­par­te­nons à cette terre. Nous par­lons des langues si­mi­laires, nous culti­vons les mêmes plantes et nous chas­sons le même gi­bier. Pour­tant, nous sommes en­ne­mis et nous cher­chons mu­tuel­le­ment à nous dé­truire. Je ne com­prends pas.

Un tout grand roman que j’ai dévoré en peu de temps, malgré les petits temps morts qui parsèment le récit. Les personnages étant tous bien décrits, ils étaient des plus agréable à suivre afin de les voir évoluer dans le bon ou le mauvais sens.

Quant à l’écriture, c’était un petit bijou, tant au niveau des descriptions que des personnages.

Le charbon dans mes entrailles consume les franges de mon profond chagrin. Ses flammes lèchent ma souffrance que je sens devenir aiguisée comme le bord d’une coquille de clam. Je la sens se changer en quelque chose qui a les couleurs du sang et du charbon de bois, et ces couleurs soulagent un tout petit peu ma douleur.

Seul bémol, quelques scènes de tortures qui auraient pu être suggérées et pas décrites. Trop de violences tue la violence et j’aimais mieux la violence sous-jacente du début que celle, brute de décoffrage, qui sévit à la fin.

Quand au titre, j’aurais préféré qu’ils laissent l’original « Orenda » qui non content d’éveiller notre curiosité, trouvait réponse dans le récit.

Pour le reste, un grand roman.

Challenge « Le mois Américain » chez Titine, Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix Littérature Monde 2014) et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.