Seuls les vautours : Nicolas Zeimet

Titre : Seuls les vautours                                                big_5

Auteur : Nicolas Zeimet
Édition : Éditions du Toucan (2014)

Résumé :
Un petit village de l’Utah en 1985, avant internet, la téléphonie mobile et les techniques modernes d’investigation scientifique. Shawna, une fillette de cinq ans, disparaît brutalement un matin.

Tout le village se mobilise. Non seulement les quelques policiers du poste local mais aussi le médecin, un journaliste et bien sûr les enfants. Des enfants et des adolescents qui ont l’imagination fertile et qui racontent d’étranges histoires.

En suivant les destins croisés d’une dizaine de personnages, l’enquête progresse, les haines et les attirances se cristallisent alors que des découvertes bien réelles mènent à des événements qu’on croyait définitivement sortis des mémoires.

Certains, en tous cas, auraient bien voulu les oublier…

201006232173Critique : 
Bienvenue dans le trou du cul de l’Utah ! Duncan’s Creek, petite ville peuplée de mormons avec des idées rétrogrades, de Gossip Woman pourvues de sacrées langues du vipère, d’un shérif antipathique et de toute une population assez haute en couleur.

Les seuls vautours que vous verrez dans ce roman font partie de cette espèce de charognards que je haïs : ceux qui se rassemblent devant une catastrophe et qui y vont de leurs petits commentaires fallacieux, fielleux et médisant. On les nommeras des « voyeurs morbides » car ils se repaissent d’événements dramatiques.

Malgré tout, l’ombre du grand rapace charognard plane et planera sur tout le récit : une petite fille de 5 ans a disparu et ce n’est pas le premier enfant qui disparaît.

Mais qu’est-ce qui se passe à Duncan’s Creek, doudou dis-donc ? Y aurait-il un croquemitaine ? J’ai l’air de prendre ça à la rigolade, mais je vous rassure de suite, l’affaire est grave.

Que voilà donc un roman magistral qui m’a entrainé sur les pentes escarpées du Devil Trail à la recherche de la petite Shawna, gamine innocente née dans une famille dont le père est un fainéant de première, protégé par sa famille qui voyait en lui un saint et qui a disparu il y trois mois. Bien fait, tiens !

Il y a une telle tension dans le récit, parfois, que j’étais contente de me changer les idées avec les aventures des autres personnages qui gravitent dans le récit.

Malheureusement, cette baisse de tension n’était que temporaire, tout le monde a des squelettes dans ses placards et le récit est digne d’un excellent roman noir tant la condition sociale y est décrite d’une manière féroce. C’est tout un pan de la société qui s’offre à nous dans ce microcosme et vous reconnaitrez des gens de votre entourage dans les habitants.

Les personnages ont des histoires qui se croisent et des destins qui s’entrecroisent, le tout étant raconté avec une maestria qui me laissera sans voix. On a l’impression qu’on gravite avec eux dans leur quotidien, suivant leurs pas dans cette petite ville des années 80, cette époque non polluée par le Net ou les GSM (et ça a toute son importance).

Toute cette petite galerie qu’on apprendra à connaître, à aimer, à détester (pour certains, je préconise le lance-flamme, directement), tous ces gens parfaitement décrits qui nous apprendront leurs histoires, leurs désirs, leurs pensées, leurs blessures secrètes… Le tout avec une bonne dose d’ironie et de cynisme.

Les descriptions, les récits des autres personnages, l’ambiance – tantôt sombre, tantôt plus douce ou romantique, le suspense, l’avancée du récit – tout est maitrisé et diffusé selon une prescription médicale des plus étudiée. Ni trop, ni trop peu. Juste assez pour nous rendre addict et faire que l’on en veuille plus ! Les 475 pages passant juste un peu trop vite à mon goût.

Accrochée dès le départ, mon cœur a eu peur pour la petite, mais, entraîné dans le récit des autres, j’en suis même arrivée à l’oublier, et de ça, je ne suis pas fière, mais l’auteur, lui, peut l’être !

C’est un tourbillon d’émotions que je viens de vivre ! Bluffée, menée par le bout du nez, plongée dans les misères des gens, ayant des envies de meurtres, dégoûtée par les ragots des langues de vipères qui font plus de mal que de bien, tenant fermement ma lampe de poche lorsque je cherchais la petite avec eux, me donnant l’impression que je vivais avec eux, étreignant plus mon livre lors des moments « suspense » et le refermant avec un sourire mêlant à la fois le plaisir et la tristesse.

Du plaisir à lire cet auteur français qui a réussi à me faire oublier sa nationalité française, tant j’avais l’impression de lire un bon auteur « yankee » et de la tristesse à l’idée de devoir refermer ce livre une fois arrivée au mot « fin ».

Merci Nicolas (Tu permets que je t’appelles par ton prénom après toutes les émotions que tu m’as donné ?), pour ce roman qui avait des airs de ressemblances avec les ambiances des petites villes reculées des romans du King. Oui, merci pour ce putain de magnifique roman que j’ai lu sous les bons conseils de l’ami Yvan.

PS : J’adore la couverture !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Le « Challenge US » chez Noctembule et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

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31 réflexions au sujet de « Seuls les vautours : Nicolas Zeimet »

  1. oh que je l’attendais cette chronique, oh qu’elle est digne de ce roman ! Tu as encore fait fort, bravo et merci, oui juste bravo et merci.
    Bon les autres, vous attendez quoi après un avis pareil ??

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    • Bheu, je bredouille quand je sais pas comment dire combien j’ai aimé un roman… grande gueule, mais quand je dois le mettre sur papier, j’en perd mon dico de mots ! 😛

      Mais en tout cas, c’était de la balle ! 😉 quelle qualité d’écriture… divin, du petit lait, le petit jésus en culotte de velours !

      Voilà, maintenant, ça vient ! 😀

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  2. Sais-tu que tu es en train de me faire basculer vers le polar? Je n’en ai pas lu beaucoup dans ma vie, mais doucement, je sens que je glisse vers ces lectures. Je pense que je serais toute remuée par la disparition de cette petite fille, je ne peux même pas m’imaginer… Et les pires restent encore, comme tu le dis trop bien, les vipères, la rapace, ces maudits vautours qui s’assoiffent des tragédies des autres et que je hais moi aussi!

    J’adore aussi la couverture!

    « Bienvenue dans le trou du cul de l’Utah? » Florida ou Texas étaient dans le coin? ha ha ha

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    • Mais faut lire des polars et ne jamais écouter ceux qui disent que c’est un sous genre !! 👿

      Tu sais, les gens sont des voyeurs, tu n’as qu’à voir ce qui se passe lors d’un accident… avant, on jetait un coup d’oeil mais maintenant, les gens prennent des photos avec leurs smartphone et les flics commencent à verbaliser !! non, mais, faut pas pousser ! :/ (émoticône réalisée grâce à : / )

      Oui, Florida se faisait mett** par le Texas 😆

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    • Oui, un coup du Gruz, une fois de plus. Il frappe sans prévenir… mais sur ce coup-là, il n’avait pas l’exclusivité et n’était même pas le patient Zéro 😛

      Heureusement qu’il est là pour nous faire découvrir des romans que nous n’aurions sans doute jamais acheté sans ses recommandations, mais niveau portefeuille, là, on peut dire « malheureusement » :/

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      • Il devrait nous fournir des chèques cadeaux à chaque fois qu’un roman est bon ^^
        Quoique à la fin, il ne nous proposerait peut-être plus rien.

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        • Je vais lui proposer le coup des chèques cadeaux, sinon, il peut aussi nous donner des sous lorsqu’on organisera un Polarthon 😀 Où alors, il nous invite chez lui, dans son salon et nous prête les livres intéressants… une solution facile et pas chère. Sa femme nous fera à manger et Yvan nous servira du café qu’il ne boira pas parce qu’il n’aime pas mais moi oui.

          Tiens, étrange, Yvan vient de se désabonner à mon blog… à mon Fesse Bouc aussi ! Oh, un mail qui me dit « zut » !! 😀

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  3. Commencer une critique par un trou du cul : toi, tu sais attirer mon œil !
    Faudrait que je fasse un tour dans l’Utah…

    Mais qu’est-ce que c’est que cette maison d’édition, doudou dis-donc ?

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    • Marketing, mon gland… heu, mon grand ! Faut attirer le chaland directement, frapper fort avec des mots qui attirent : donc, des mots coquins !

      De plus, le trou du cul est quand même l’élément le plus important de notre corps. Imagine qu’il se mette en grève… tu vois les dégâts d’ici ?? 🙄

      Va dans le trou du cul de l’Utah, j’irai dans celui du Texas et on retrouvera Florida et sa belle paire de fesses… 😀

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  4. Ping : Bilan Livresque : Octobre 2014 | The Cannibal Lecteur

  5. Ping : Le challenge USA revient | 22h05 rue des Dames

  6. Ping : Comme une ombre dans la ville : Nicolas Zeimet | The Cannibal Lecteur

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