La conspiration de Whitechapel : Anne Perry [Charlotte et Thomas Pitt 21]

Titre : La conspiration de Whitechapel [NUM]                    big_4

Auteur : Anne Perry
Édition:  10/18

Résumé :
Printemps 1892. John Adinett, un membre respecté de la haute société londonienne, est jugé pour le meurtre d’un de ses meilleurs amis.

Le commissaire Thomas Pitt, chargé de l’enquête, est appelé à témoigner.

Mais à l’issue de ce bien étrange procès, le voilà traîné dans la boue, démis de ses fonctions et exilé dans un des quartiers les plus sordides de Londres.

Seule sa femme, l’intrépide Charlotte, sera capable de reprendre l’enquête de son cher mari afin de sauver sa carrière et sa vie des griffes du mystérieux et puissant Cercle Intérieur…

Des somptueux salons de l’aristocratie aux taudis de l’East End, Anne Perry n’a pas son pareil pour faire le portrait d’une société victorienne gangrenée par l’injustice sociale et au bord du chaos.

Critique : 
Moi qui croyait que cette lecture allait me déconstiper car elle avait tout pour devenir chiante, et bien, je me suis lourdement fourrée le doigt dans l’oeil, et ce, jusqu’au coude !

Non pas que je me sois ennuyée avec le déroulement du procès (j’aime ça), mais la mise à pied de notre commissaire Thomas Pitt et son envoi dans la Special Branch m’avait fait craindre une lecture insipide ou neuneu. Il n’en fut rien !

Je dois avouer que j’ai même souffert pour lui. Lorsqu’on a un travail que l’on apprécie, quelques soit ces défauts, et qu’on le fait du mieux que l’on peut, tel Pitt, cela fait mal de s’en voir destitué et descendu sur l’échelle sociale alors qu’on n’est pas responsable.

— Nous ne nous rendons compte à quel point nous tenons à notre vie présente, malgré toutes ses imperfections, uniquement quand quelqu’un menace de la détruire, dit-elle. Je n’ai rien contre certains changements, mais je ne veux pas d’un bouleversement.

Pour une fois, on laisse de côté les beaux salons et les tasses de porcelaine pour s’aventurer en plein dans les quartiers pauvres de la grande ville de Londres où les gens ne savent pas s’ils mangeront demain. Ils ne savent d’ailleurs pas s’ils mangeront aujourd’hui… Et si on ne les tue pas au travail, c’est parce que les morts, ben ça travaillent moins bien.

De par cette immersion dans les quartiers les plus pauvres, on peut dire que cette aventure à tout d’un roman noir vu le contexte social mis en avant : si l’usine de sucre ferme ses portes, c’est 1000 familles qui crèveront de faim et l’insurrection commencera dans ces quartiers oubliés de tous. Ça grogne déjà, et à juste titre.

Cette aventure est rythmée, l’enquête avance vite, on n’a pas le temps de regarder les mouettes dans le ciel et, hormis les premiers chapitres qui pourraient coller de l’urticaire à ceux qui sont allergiques aux déroulements des procès, tout le reste est diablement agréable à lire.

La salle d’audience de l’Old Bailey était bondée. Tous les sièges étaient occupés et les huissiers refusaient du monde. On était le 18 avril 1892, le lundi après Pâques qui marquait également l’ouverture de la Saison à Londres. C’était aussi le troisième jour du procès du distingué John Adinett, militaire, accusé du meurtre de Martin Fetters, grand voyageur et spécialiste de l’antiquité.
A la barre des témoins se trouvait Thomas Pitt, commissaire du poste de police de Bow Street.

Si Thomas est présent malgré son éviction, ce tome fait la part belle à la petite bonne des Pitt, Gracie, et à l’inspecteur Tellman qui est remonté dans mon estime. Il est d’ailleurs un des personnages détestables qui a le mieux évolués aux fil des derniers tomes.

Une autre chose qui m’a bien plu, c’est le côté politique dans lequel on baigne durant notre lecture. Et comme vous le savez, avec le mot « politique » il y a aussi corruption, magouilles, petits arrangements entre amis, complots, manipulations de la vérité… Ajoutons à cela une société secrète qui tire des ficelles et une race que je déteste particulièrement : les spéculateurs. Moi, j’aime tout ces ingrédients dans un roman.

— Les nihilistes ? Eux veulent tout détruire.
— C’est idiot ! À quoi ça servirait ? Après, on n’aurait plus rien pour personne.
— Oui, c’est idiot, approuva Charlotte. Je ne pense pas qu’ils aient beaucoup d’idées, juste de la rancœur.

— Cela dépend de ceux à qui il a emprunté, dit-il avec gravité. De spéculateurs ou de courtisans qui, à leur façon, ont pris leurs propres risques, on peut se dire qu’ils n’ont que ce qu’ils méritent. Mais il en va différemment si son créancier est un homme de bonne foi qui s’en trouve ruiné, entraînant d’innombrables malheureux dans sa chute.

L’auteure connait son sujet et en nous parlant de la politique, de la justice, des crèves la faim, de la reine qui vit recluse depuis 30 ans et de son fils qui dépense sans compter. On comprend que tout cela c’est le terreau dans lequel pousse la grogne sociale, la peur de l’autre et l’antisémitisme, une fois de plus.

— Par ailleurs, l’antisémitisme est très fort par ici, nourri essentiellement par la peur et l’ignorance. Quand la vie est dure, les gens cherchent toujours un bouc émissaire et ceux qui sont différents d’une manière visible sont les premières cibles parce qu’elles sont plus faciles.

Sans compter que l’ombre de Jacky plane sur les pages et sur les ruelles de Whitechapel qui se trouvent à un pet de cheval de là. Cela ne fait jamais que 4 ans que l’homme au grand couteau trucidait des prostituées dans le quartier.

Ceux et celles qui ont étudié les faits de 1888 savent que la théorie dont on parlera dans le roman est saugrenue, l’homme impliqué étant dans l’impossibilité physique d’assassiner les femmes. Quant au fait que les meurtres auraient eu lieu dans une voiture, c’est tout aussi farfelu, les coupures étant trop nettes que pour avoir été faites durant des chaos.

Alors que je haussais les sourcils de dépit, me disant que tout ça c’était du déjà vu, l’auteure a su ne pas tomber dans la facilité et je l’en remercie.

Un polar historique aux relents de roman noir, le tout baignant dans la politique corrompue qui magouille à tour de bras.

— C’est le crépuscule, Vespasia, pour des dieux gâtés qui ont gâché leurs chances, dépensé trop d’argent qu’ils ne possédaient pas, emprunté des sommes qu’ils n’ont jamais remboursées. De braves gens crèvent de faim à cause d’eux et ils ne sont pas les seuls à être furieux. La rage s’est propagée et c’est cela qui fait tomber les rois.

Ça conspire à tous les étages et il faudra toute l’adresse de Thomas Pitt, de sa femme, de sa bonne et de son inspecteur pour démêler les fils de cet écheveau qui pourrait en amener quelques uns sur l’échafaud à force d’échafauder des complots.

Au final, ce qui se passait en 1892 est toujours d’actualité : on est manipulé, les faits sont manipulés, la vérité est travestie, et nous, pauvres fous, nous courons derrière le bâton que l’on nous lance, sans même penser une seule seconde que ce pourrait être un leurre.

Eux, ils avaient au moins l’excuse qu’ils n’étaient pas alphabétisés et instruits comme nous le sommes et les informations n’étaient pas aussi facilement accessibles que maintenant.

PS : Ceci est mon 500ème billet !!

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), du Challenge « Polar Historique » de Samlor (repris par Sharon), du Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, de l’Objectif « PAL Noire à Zéro » de George et « Vingt Mille Lieues Sous Mes Étagères » by The Cannibal Lecteur, du Challenge « Victorien » chez Arieste, du Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et, last but not leaste, d’une LC chez Bianca.

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