Le Village : Smith Dan

Titre : Le Village                                                                      big_5

Auteur : Smith Dan
Édition : Le Cherche midi (2014)

Résumé :
En 1930, dans le village ukrainien de Vyriv. Luka, vétéran de la guerre de Crimée et ses deux fils recueillent un homme inconscient qu’ils trouvent dans la steppe enneigée.

Dans son traîneau gisent deux corps d’enfants atrocement mutilés. La panique s’empare des villageois…

Lorsque Luka revient au village, les habitants s’affolent. Avec l’arrivée au pouvoir de Staline, la paranoïa règne.

Dans cette petite communauté jusqu’ici préservée, tout le monde craint l’arrivée de l’Armée rouge et des activistes. La venue de cet étranger n’annonce-t-elle pas un péril plus grave encore ?

Luka n’aurait-il pas fait entrer un monstre dans le village, un assassin d’enfants, l’incarnation du mal ?

Critique : 
Ce livre, à peine était-il paru que je l’ai voulu… Sans trop tarder, je l’ai lu et me voici sur le cul ! Mon plaisir de lecture est repu.

S’il y a une chose que j’apprécie, dans un roman, c’est que l’auteur me surprenne, qu’il emprunte des sentiers auxquels je ne pensais pas, auxquels je ne m’attendaient pas.

Pari réussi tant j’ai été surprise de la tournure que le récit prendra, partant dans une direction inattendue, m’entraînant dans l’immensité enneigée de la steppe et me tordant le cœur dans tous les sens.

L’avantage de n’avoir lu qu’un résumé succint m’a permis d’en savoir le moins possible sur le roman et j’ai gardé intacte ma virginité (littéraire, bien entendu).

Déjà, l’environnement me plaisait : Ukraine, 1930, un petit village perdu au fin fond du fin fond du trou du cul du monde. Ici, on vit chichement avec les quelques maigres possessions que l’on possède. J’avoue avoir un faible pour les récits se passant en Russie où dans ses alentours.

Le côté politique très présent est un autre argument qui m’a plu… Nos villageois vivent dans la crainte que l’on vienne tout leur confisquer.

Avec ce postulat de départ, je m’attendais à un huis clos tournant autour du fait que Luka, personnage principal et auteur du récit, avait fait entrer dans le village un homme grièvement blessé qui cachait sur son traineau  les cadavres de deux enfants dont un était atrocement mutilé.

Huis clos il y aura, mais l’auteur, dans un récit flamboyant, nous entraînera ensuite bien plu loin, dans une aventure où les épais manteaux sont de mises, les gants et la chapka aussi.

Accrochez-vous, vous allez vivre quelques heures angoissante de lecture qui vont vous transporter dans une époque fort sombre de par son contexte politique.

Le suspense présent dans ce livre est à couper au couteau tellement il est épais, dense, prenant.

Ici, la nature est tout sauf clémente et elle a façonné les gens à son image. Ici, il n’y a pas de faible femme, elle ont toutes endurées plus qu’il n’en faut dans leur courte vie de misère : guerre, révolution, famine, perte des proches…

Le personnage de Luka est d’un réalisme à couper le souffle, oscillant entre une humanité rare, une perception de la vie très forte, mais n’hésitant pas aussi à basculer du côté obscur de la Force.

Luka, c’est un vétéran de la guerre, tuer, ce fut son métier, il s’il doit le refaire afin de préserver sa famille, il le refera sans aucun état d’âme.

Tous les autres qui gravitent autour de lui sont aussi empreints d’une réalité rarement atteinte dans un roman. Ils sont travaillés, profonds, sans jamais être tout bon ou tout méchant.

Même les hommes bien peuvent faire le mal et a contrario, même les hommes méchants peuvent faire le bien.

Ce que tu as commis un jour parce que tu étais soldat et que tu obéissais aux ordres, c’est ce que tu me reproches aujourd’hui de commettre, moi qui suis un soldat et qui obéit aux ordres… C’est sadique mais cela décrit bien ce qui se passe depuis toujours : on reproche aux autres de faire ce que, un jour, nous leur avons fait.

Le contexte social du livre en fait un roman noir et comme je vous le disais plus haut, l’aspect politique est fort présent avec le communisme et toute la puissance de son illogisme puisque l’on prend à des pauvres gens leurs maigres biens, leurs maigres provisions pour l’hiver, pour les donner – sois-disant – à la collectivité et à ceux qui n’ont rien… Imbécilité et mauvaise foi, quand vous nous tenez.

Le roman nous parlera aussi de la chasse aux koulaks, ces paysans supposés êtres riches parce qu’ils possédaient un lopin de terre, une vache et deux poules.

Si on feuillette un peu la pages de l’Histoire, on ne peut qu’être glacé d’effroi devant la « collectivisation » des terres mise en place par Staline, de 1929 à 1933. Là, nous sommes en plein dedans et on imagine les horreurs durant la lecture.

À un moment donné, j’ai tiqué parce que l’auteur prenait un raccourci qui ne collait pas avec son talent. Le diable se cache toujours dans les détails et Sherlock Holmes n’aurait pas mieux déduit que moi puisque j’avais compris. Là, l’auteur ne m’a pas surpris mais a confirmé son talent pour les fausses pistes, le coquin !

Oui, c’est un véritable coup de cœur, ce livre.

Des personnages charismatiques oscillant souvent entre leurs côtés humaniste et leur part sombre qui peut faire d’eux des assassins qui n’ont pas de remords; un récit à la fois humain et barbare, la frontière étant ténue entre les deux, elle aussi; de la fraternité côtoyant de l’égoïsme pur et dur dicté par les aléas de la vie ou de la nature; des paysages enneigés à couper le souffle; un froid glacial, mordant, piquant; de la chaleur humaine, parfois distillé par des bourreaux.

Ici, rien n’est ni tout blanc ni tout noir, mais entre gris clair et gris foncé.

C’est tout ça, ce roman… avec des larmes et du sang.

Un grand moment de lecture et un déchirement de devoir quitter ces hommes et ces femmes, souvent rudes, mais possédant un cœur.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), le Challenge « Polar Historique » de Sharon et le « Challenge US » chez Noctembule.

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34 réflexions au sujet de « Le Village : Smith Dan »

  1. Je me le note, meme si je me dis que l’aspect politique me plaira sans doute moyen et vu la reflexion que tu en fais nous montre a quel point c’est très enervant!!!!Du vide et de l’imbécilité….Mais le coté humain et le cadre devrait quand meme me passionner donc je me dis :A decouvrir!!!!!!

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    • Non, ma réflexion ne concernait pas le livre mais la politique communiste en elle-même ! ça te donne envie d’entrer dans le livre et de leur hurler dessus, à ces cons qui l’appliquaient tout en sachant très bien que les biens n’étaient pas destiné aux plus nécessiteux.

      Mais l’auteur sait rester sobre dans la politique, mais quand tu en sais plus au départ ou que tu te renseigne un peu, tu défailles. La politique de la collectivisation a fait de nombreux morts en Ukraine qui était et est toujours le grenier de l’Europe niveau céréales.

      L’auteur devait nous faire vivre une partie de cette Histoire et il le fait magnifiquement bien avec peu de mots. Lui, c’est le poids des mots ! 😀

      C’est à lire !!! ❤ ❤ ❤

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      • Oui j’avais bien compris que c’était une reflexion personnelle, mais j’ai du mal m’exprimer: j’ai peur d’etre trop sensible sur ce point justement.Profiter des pauvres toussa, toussa…Ce coté politique ahurrissant….Mais bon si c’est un coup de cœur pour toi, je me le tenterai…….;)

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        • Il faut toujours mieux savoir ce qui s’est passé dans le monde, dans l’Histoire, afin de prévenir si les symptômes recommencent (hélas, les mauvaises idées reviennent toujours et l’homme n’apprend rien de ses erreurs).

          Partout dans le monde, dans nos pays, nos villes, nos villages, des hommes (au sens large) se comportent comme des despotes, nous imposant leurs idées qui sont à sens unique. :/

          Ne nous leurrons pas, ça continue encore et encore…

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    • Oui, faut avoir le courage, ne fut-ce que pour après s’instruire un peu sur ce qu’il s’est passé là-bas. On parle toujours des mêmes tragédies humaines, mais on en oublie beaucoup… :/

      Et puis, le livre est formidable 😉

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    • Lecture parfaite, en effet, et rendue encore meilleure par la présence d’un tapis neigeux… si pas de neige, devant le feu, avec un thé et du temps devant soi parce qu’il est frustrant de devoir le refermer sans en connaitre la fin ! 😀

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  2. Déjà rien que le fait de se trouver en Ukraine parait angoissant… Et puis le fait que tu ais gardé intacte ta virginité apporte le côté émotionnel pour convaincre de se jeter dessus (sur la Belette ?) Et si en plus, il y a de la chaleur humaine distillée par des bourreaux… c’est toujours mieux que de la vodka ukrainienne !

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    • Oui, tout est angoissant : la pays, l’époque, les communistes, les grandes étendues silencieuses couvertes de neige, les loups, la Belette qui est encore vierge (et là, ça va en faire flipper plus d’un)…

      La vodka, à côté de tout ça, c’est du pipi de chat 😉

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  3. J’ai dans ma PàL mais il avait perdu qq marches suite à la lecture d’une critique vachement négative… Bon allez je lui file un coup de pied au cul pour qu’il grimpe les échelons de la PàL.
    Nan je te dis pas merci, je l’avais déjà ! Na !

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    • Oui, je le sais ! J’ai pensé à toi durant ma lecture 😆 Moi, j’aime le contexte politique, surtout celui-là (attention, non pas que je repais des malheurs des gens, mais j’aime en apprendre plus).

      Il est présent, mais c’est soft, il est là pour expliquer l’imbécilité de certains, le manque de logique des politiciens et tout ce que l’homme est capable de faire endurer aux autres… 😦

      C’est distillé, tu devrais pouvoir le terminer sans avoir une indigestion 😉

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