Vongozero : Yana Vagner

Titre : Vongozero                                                                         big_4

Auteur : Yana Vagner
Édition : Mirobole (2014)

Résumé :
La survie d’une femme, entre récit post-apocalyptique et thriller psychologique.

Anna vit avec son mari Sergueï et leur fils Micha dans une belle maison isolée près de Moscou. Un virus inconnu a commencé à décimer la population.

Dans Moscou en quarantaine, la plupart des habitants sont morts et les survivants – porteurs de la maladie ou pillards – risquent de déferler sur les alentours.

Anna et les siens décident de s’enfuir vers le nord, pour atteindre un refuge de chasse sur un lac à la frontière finlandaise : Vongozero. Bientôt vont s’agréger à leur petit groupe des voisins, un couple d’amis, l’ex-femme de Sergueï, un médecin…

Le voyage sera long, le froid glacial, chaque village traversé source d’angoisse, l’approvisionnement en carburant une préoccupation constante.

Tensions nées d’une situation extrême, perte de repères, jalousie, promiscuité, peur…

Plongée dans un exode moderne au cœur d’une Russie dévastée, Anna décrit avec une grande justesse les rapports entre ces onze personnes réunies par la nécessité.

Outre le suspense constamment présent dans le livre, Vongozero est un roman d’une rare densité psychologique porté par une écriture d’une finesse remarquable.

Critique : 
C’est dans les vieilles casseroles qu’on fait les meilleures soupes et ce sont les bons auteurs qui arrivent à transcender un scénario tellement éculé qu’on aurait peur de le lire…

Un virus mortel, les autorités qui minimisent l’affaire, tout qui s’emballe, les gens qui meurent, les survivants qui décident de quitter leurs maisons afin d’aller ailleurs… rien à dire, le postulat de départ puait le réchauffé dès le départ.

Oui mais Yana Vagner, tel son homonyme compositeur, va nous réécrire la partition et nous en jouer une neuve tout en utilisant des vieilles notes.

Du virus qui décime la Russie et le reste du monde, vous ne saurez rien. À vous de l’imaginer… Il est là, mais on ne saura pas grand-chose sur lui, hormis qu’il est mortel et que les grandes villes sont les plus touchées.

Si on avait posé un diagnostic correct dès le début, on aurait pu isoler les patients de façon vraiment efficace ; le problème, comme toujours, c’est qu’ils ont tous minimisé la gravité de la situation afin d’éviter la panique, et ensuite il était trop tard.

Ce qui change, dans ce récit, c’est que l’auteur reste sobre et ne nous fait pas vivre des scènes de pillages ou de violences incontrôlées à tire-larigot. Exit aussi longues descriptions – râles y compris – de l’agonie de la société. Ouf.

Non, chez elle, ce qui l’intéresse, c’est le groupe de fugitifs constitué au départ de 9 personnes. Le récit est centré sur eux et sur le voyage vers le lac Vongozero, à la frontière avec la Finlande. C’est Anna qui en sera la narratrice et vous fera partager ses doutes, ses craintes et son hostilité envers certains membres du groupe.

Hé oui, entre ces personnes là, ce n’est pas vraiment l’amour fou. Les voisins, Anna ne les aime pas. Quant à l’ex-épouse de son mari et le fils qu’ils ont eu, on ne peut pas dire que l’entente règne entre elles.

Va falloir se serrer les coudes, pourtant, parce qu’ailleurs, les structures sociales foutent le camp, l’autorité politique n’existe plus, l’armée par en coui***, on commence à se méfier de son voisin et de tout le monde, l’individualisme et l’égoïsme sont rois et la solidarité est aussi inhabituelle qu’un string brésilien sur la tête du père Nowel.

Ce roman ne se lit pas, il se dévore en quelques bouchées, malgré son épaisseur. Les temps morts sont inexistants, sans pour autant virer à Indiana Jones et dans les voitures qui remontent la Russie sous la neige et le froid, les huis-clos sont parfois étouffants tant l’adrénaline et les angoisses vous prennent aux tripes.

L’être humain, quand il en est à sa survie, peut être capable de tout, du meilleur comme du pire et ceci nous sera démontré durant le parcours de nos voyageurs car il ne sera pas de tout repos.

Pas besoin d’effets spéciaux ou de retournements à gogo, l’auteur maîtrise son sujet et sais user de sa plume pour qu’on ne lâche pas son livre.

Pas besoin de monstres dévoreurs d’enfants dans les pages pour vous mettre le trouillomètre à zéro quand on sait qu’un moteur doit boire de fuel ou de l’essence pour avancer et que si on s’arrête, on est mort. Mais dans un pays exsangue de gens, il en est de même pour le carburant…

Toute la subtilité du roman tient dans son scénario qui, malgré son postulat de départ, s’écarte des classiques habituels mais tout tient aussi dans la construction des personnages et dans leurs manières de se comporter entre eux et lorsqu’ils croiseront d’autres êtres humains.

Peut-on encore se considérer comme des gens bien lorsqu’on reçoit quelqu’un avec une carabine braquée sur lui ? Est-on une personne normale lorsqu’on ne veut pas partager notre nourriture avec de ceux qui crèvent la dalle ? Peut-on encore se regarder dans une glace, quand, après avoir été sauvé par un homme, on envisage de lui siphonner sa réserve de fuel ?

Et vous, comment vous seriez-vous comporté la place de tout ces survivants ?? la question m’a hanté, elle me hante encore et je ne suis pas très fière de moi…

Un roman magistral qui s’éloigne des sentiers battus pour nous entraîner dans un voyage angoissant, le suspense accroché à vos pare-chocs et la tension sous votre parka doublée de mouton…

Un roman qui ne vous laissera pas de glace et qui mettra vos peurs primales sous le feu des projecteurs.

Challenge « Myself II » par Près de la Plume… Au coin du feu.

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9 réflexions au sujet de « Vongozero : Yana Vagner »

  1. J’adoooore cette maison d’édition (qui est de chez moi en plus, du coup y’a le coté chauvin en plus). Le coté complément décalé et barjo des auteurs, que ce soit en polar ou en SF décoiffent. J’ai lu pour ma part « Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère… et retrouvé l’amour » de S.G Browne, il est franchement très très bien !

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    • Je voudrais bien lire le livre que tu me cites ! Oui, j’adore aussi cette maison d’édition, surtout qu’ils sortent des sentiers battus dans leurs publications et en plus, j’aime les récits qui se passent en Russie ou alors quand on aborde la politique de certains pays de l’Est. « les impliqués » m’avait bien plu. 😉

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    • D’ailleurs, il y a une suite paru il n’y a pas très longtemps, avec des zombies et le père noël, ça promet :P.

      C’est une maison qui ne publie que du roman étranger et franchement, y’a effectivement des pépites.

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  2. Et bien avec ta chronique je n’ai pas envie de passer a coté de celui ci!!!!Ca fait 2 /3 fois que je vois que cette maison a du bon!!!!!Je me le note malgré ce titre un peu compliqué a retenir!!!;)

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    • Il est assez facile à prononcer en tout cas, j’ai connu pire avec Yerulddeger que je ne sais jamais comment écrire 😆

      Oui, cette maison a du bon et du potentiel, je l’aime bien, surtout ses covers qui me font toujours sourire.

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    • Moi aussi je suis contente de l’avoir aimé parce qu’il me faisait de l’oeil et cela aurait chiant qu’il ne me plaise pas.

      La suite ?? Est-ce bien nécessaire ? Les pauvres, laissons les se reposer 😀

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  3. Ping : Bilan Livresque : Décembre 2014 | The Cannibal Lecteur

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