Le détroit du Loup : Olivier Truc

Titre : Le détroit du Loup                                                              big_4

Auteur : Olivier Truc
Édition : Métailié Noir (2014)

Résumé :
Hammerfest, petite ville de l’extrême nord de la Laponie. Les bords de la mer de Barents, le futur Dubai de l’Arctique… Tout serait parfait s’il n’y avait pas quelques éleveurs de rennes…

L’histoire se déroule au printemps, quand la lumière ne vous lâche plus, obsédante. Autour du détroit du Loup qui sépare l’île où se trouve Hammerfest de la terre ferme, des drames se nouent.

Alors que des rennes traversent le détroit à la nage, un incident provoque la mort d’un jeune éleveur. Peu après, le maire de Hammerfest est retrouvé mort près d’un rocher sacré qui doit être déplacé pour permettre la construction d’une route longeant le détroit. Et les morts étranges se succèdent encore.

À Hammerfest, les représentants des compagnies pétrolières norvégiennes et américaines ont tout pouvoir sur la ville, le terrain constructible est très convoité, ce qui provoque des conflits avec les éleveurs de rennes qui y font paître leurs animaux l’été.

Les héros de ce grand centre arctique de la prospection gazière sont les plongeurs, trompe-la-mort et flambeurs, en particulier le jeune Nils Sormi, un plongeur d’origine sami.

Klemet et Nina mènent l’enquête pour la police des rennes. Mais pour Nina, troublée par les plongeurs, une autre histoire se joue, plus intime, plus dramatique. Les jeunes plongeurs qu’elle découvre lui rappellent ce père scaphandrier qui a disparu depuis son enfance.

Subissant cette lumière qui l’épuise, elle va partir à la recherche de ce père mystère, abandonnant Klemet à sa mauvaise humeur, à ses relations ambiguës avec son ombre.

Et c’est une police des rennes en petite forme qui va faire émerger une histoire sombre venue des années 1970, dévoilant les contours d’une patiente vengeance tissée au nom d’un code d’honneur venu d’un autre monde, montrant à quel prix a été bâtie la prospérité de la région.

Deuxième roman d’Olivier Truc, Le détroit du Loup confirme les talents de raconteur d’histoire de l’auteur et sa capacité à nous emmener sur des terrains insoupçonnés.

Critique : 
Hammerfest, vous connaissez ? Mais non, ce n’est pas le nom d’un groupe de heavy metal !

Hammerfest, c’est une petite ville située dans l’extrême nord de la Laponie, sur les bords de la mer de Barents,  en Arctique…  Là où certains aimeraient faire un autre Dubai (en version polaire) à cause de tous les hydrocarbures qui s’y trouvent.

Rien à voir donc avec le groupe de metal « HammerFall ».

Quoique, de par sa construction et son côté « je suis un polar mais pas que ça », ce roman pourrait avoir quelques liens de parenté avec ce genre de musique qui possède des sonorités lourdes et épaisses, le tout étant centré sur les impulsions de la batterie. Pardon, je voulais dire « du tambour traditionnel sami ».

D’un côté, nous avons du blues avec le peuple sami qui oscille entre traditions ancestrales et modernité, ces éleveurs de rennes, sans cesse en butte avec les autres habitants,  et qui, dans leurs joïk (chants traditionnels), pourraient chanter toute leur misère à voir les espaces pour les troupeaux se réduire comme une peau de chagrin à cause de tout ceux qui voudraient les voir dégager totalement du paysage.

Le roman a un côté rock aussi, parce que, sous ses airs de lenteur délibérée, les guitares électriques peuvent se déchainer dans vos tripes lors de la lecture de certains passages qui, sans vouloir vous faire la morale, frapperont quand même sous la ceinture.

Klemet et Nina, nos deux flics que nous avions découvert dans le roman précédent, nous en apprendrons un peu plus sur eux, tout en nous présentant d’autres personnages, dont certains sont des vrais requins d’eaux troubles et pas nettes.

L’enquête ne sera pas facile, les morts se succédant sans que l’on puisse déterminer si c’est un accident, un suicide déguisé ou véritablement un meurtre que l’on a maquillé.

Si le premier roman se déroulait dans le noir presque total (on sortait de la saison où le soleil ne se lève plus durant des mois), celui-ci bénéficie d’un ensoleillement énorme puisque nous finissons avec plus de 23h de clarté avant de se diriger lentement vers le moment où le soleil ne se couchera plus.

Durant de la lecture, on sent bien que l’auteur est familier du coin, des mœurs, des habitants, des éleveurs, du contentieux entre certains et des vieilles rancœurs…

D’ailleurs, on sent aussi le journaliste, qui, sous le couvert d’un roman, pourfend là où ça fait mal afin de dénoncer certaines pratiques.

Ben oui, nous, dans les pays sois-disant « développés », on ne se pose jamais la question de savoir d’où viennent les matières premières utilisées par notre société de sur-consommation, sur les métaux précieux utilisés dans nos I-Thunes, smartphones et autre PC ou sur la manière dont est extrait le pétrole dont nous remplissons nos réservoirs.

On se fiche pas mal des conditions de travail de certains, tant que nous avons ce que nous désirons. Si certains sont exploités, ce n’est pas notre problème. Et si des gens risquent leur vie pour que nous ayons de l’Or Noir dans nos réservoirs, nous n’en avons même pas conscience.

Attention, je ne parle pas des pionniers du pétrole de l’époque du colonel Drake (celui qui fora le premier véritable puits de pétrole américain en 1859, près de Titusville). Non, non, je parle des années 80 à nos jours. Cette époque où l’argent est Maître, et non serviteur. Cette époque qui veut que certains s’enrichissent très vite au détriment des autres et de toutes les règles.

Mensonges, tromperies, manipulations, argent sale, écologie, réchauffement climatique, pollution, morts, plongée sous-marine et médecins se comportant comme des petits Mengele zélés sont au menu de ce roman qui laisse les codes habituels du polar au vestiaire.

Ne vous attendez pas à un thriller, ça ne court pas dans tous les sens, on prend son temps parce que tout ça doit mijoter. C’est ce qui rend le plat meilleur.

L’écriture glisse comme un traîneau sur de la neige bien tassée et on mange le livre comme un renne affamé se jetterait sur du lichen.

Un excellent moment de lecture et une belle plongée en eaux froides, au sens propre comme au figuré.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et le Challenge « Nordique » chez Mes chroniques Littéraires.

CHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1) CHALLENGE - Nordique loups_scandinavie

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21 réflexions au sujet de « Le détroit du Loup : Olivier Truc »

  1. Ping : Bilan Livresque : Décembre 2014 | The Cannibal Lecteur

  2. J’ai lu le précédent qui avait été un coup de cœur. J’avais peur d’être déçu par le suivant. Si je te croie, et c’est le cas, je ne devrais pas l’être. Donc dans quelques temps je devrais me lancer dans Le détroit du Loup. Et Klemet il a réussi à coucher avec Nina ? 😉

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    • Je ne parle jamais de sexe, tu le sais bien, donc, tu ne sauras pas s’ils ont fauté ensemble… sauf si tu verses un don de quelques milliers d’euros à mon compte bancaire 😉

      J’avais peur d’être déçue, je ne l’ai pas été, maintenant, je pourrais aimer un livre et toi être déçu 😦 ça peut arriver 😉

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  3. mouais, pas tentée par le thème (du moins pas en ce moment) mais merci quand même pour la découverte. Tu es ma référence en matière de polars et je découvre l’existence de tout un tas de bouquins grâce à toi !

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    • ben merci pour le compliment ! Mes dealers en matière de polars se nomment Yvan, Pierre, Claude, Vincent… des sacrés chippendales tentateurs ! 😆

      Entre nous, on a encore rien vu en matière de polars, il y en a encore tellement à découvrir 😛

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