Un Nommé Peter Karras‭ – George P. Pelecanos [D.C. Quartet 1]

Titre : Un Nommé Peter Karras‭ – Série D.C.‭ ‬Quartet                      big_5
 
Auteur : George P. Pelecanos
Édition : Points (2011)

Résumé :
Peter Karras, fils d’immigrants grecs, et Joe Recevo, issu d’une famille italienne, sont liés depuis l’enfance par une forte amitié.

Alors que la Grande Dépression frappait les États-Unis, ils appartenaient à la même bande de gamins dans un quartier pauvre de Washington. Ils ont grandi, participé à la Seconde Guerre mondiale et sont devenus les hommes de main de Burke, un caïd qui prête de l’argent.

Peter n’aime pas intervenir auprès des mauvais payeurs, surtout lorsqu’il s’agit de familles grecques.

Après deux échecs, Burke décide de le corriger. Estropié à vie, Peter devient cuisinier dans le restaurant de Nick Stefanos.

Un soir, il voit débarquer Burke et ses hommes venus racketter son employeur. L’heure de sa vengeance vient de sonner !

Petit Plus : Premier volet d’une passionnante chronique consacrée à Washington, ce récit qui décrit longuement les destins de plusieurs camarades d’enfance, est une réflexion sur l’honneur et l’amitié.

Il se poursuit par « King Suckerman » avec Dimitri Karras, le fils de Peter.

Critique :
DC, vous connaissez ? Non, je ne parle pas du groupe AC/DC ! DC… Washington DC (pour District Columbia), bande de moules.

En suivant le jeune Peter Karras – Spartiate d’origine – lors de sa jeunesse dans les années 30, juste après la Grande Dépression, en passant par la Seconde Guerre Mondiale et jusqu’en 1949, nous suivons aussi la ville de Washington DC dans ce qu’elle a de plus sombre.

De 1933 à 1949, ce sont les quartiers les pauvres que nous explorons aux travers de quelques personnages…

— Ah, ces grecs, si vous leur coupiez les mains, y avait fort à parier qu’ils ne sauraient plus parler.

Des immigrés grecs, italiens, chinois, cherchant tant bien que mal à s’en sortir, afin de nourrir leur famille, que se soit de manière honnête ou via la pègre locale, cette tique qui peut vous sauter un jour sur le dos pour vous pomper une partie de votre sang en vous proposant de vous protéger.

Ce qui est le plus étonnant avec ces immigrés grecs et italiens, qui furent eux-mêmes la cible d’un racisme ambiant, c’est qu’ils refusaient que les Noirs mangent dans leurs restos !

Ce n’est qu’ensuite, lorsque leurs petites gargotes eurent moins de monde, qu’ils ouvrirent leurs salles aux Noirs. Mais je ne devrais plus être étonnée de rien, moi.

L’écriture est agréable, presque « simple », pourtant, ce serait une erreur de dire que l’auteur écrit de manière simpliste. C’est… comment dire… ça ressemble à de la simplicité, mais ce n’est pas de la simplicité ! Simply the best…

— Vous autres, les gars, vous revenez de la guerre, et parce que vous en avez réchappé, vous pensez que tout et tout le monde doit se mettre à genoux devant vous. Tout vous est dû, dans un joli paquet cadeau, avec un ruban autour, rien que pour vous. Parce que vous avez survécu, vous croyez que vous êtes immortel. Mais je vais vous dire un truc : c’est juste un répit qu’on vous a accordé. Un simple répit.

Par contre, c’est sans concession pour cette Amérique des années 30. On plonge dans les quartiers les plus chauds, peuplés d’immigrés, ceux que les gens d’un statut social « plus élevé » ne veulent pas voir dans leurs rues.

Malgré tout, malgré les défauts et la critique de cette ville, on sent qu’il y a de l’amour derrière. L’auteur la connait, cette ville, lui même étant fils d’immigrés grecs, il l’aime, cette ville, mais il ne se prive pas pour la mettre en scène dans ses coins les moins reluisant.

Au niveau des personnages, c’est bien simple, on a l’impression de les connaître, de les côtoyer depuis des années, on les voit grandir, prendre des mauvaises directions…

Ils ont leurs défauts, leurs qualités, leurs péchés aussi, bien que la messe ne soit pas encore dite tout à fait pour tous. La rédemption peut encore avoir lieu.

— Qu’est-ce que tu vas en faire ? demanda Stefanos.
— Je vais faire plaisir aux poissons demain matin, Nico. Voilà ce que je vais faire. T’inquiète pas pour ça, d’accord ? Je m’occupe de ces types, et du caro aussi. T’inquiète pas.
— Je m’inquiète pas, dit Stefanos.
Mais il se demandait déjà quel châtiment Dieu réservait aux hommes qui ôtaient la vie à d’autres hommes.

Dans ce roman noir, il y a une ambiance terrible dans les pages, des atmosphères sombres, des contextes sociaux extrêmement forts, de la pauvreté, de la débrouillardise, du racisme et de l’amitié.

Qui dit pauvreté dit mafia ou pègre… l’argent peut arriver facilement dans votre poche, couler à flot, vous donner la sensation d’une vie facile, sans tracas, mais vous savez aussi que quand on dort avec son chien, il ne faut pas s’étonner de se réveiller avec des puces.

Le chemin le plus facile n’est pas le chemin le plus honnête… Il faut avoir du courage pour rompre avec certains et adopter une vie correcte, exempte de règlements de compte ou de dette.

Durant ma lecture, je me suis attachée à Peter, à Nick, à Costa, à Joe, à Florek… et je n’avais pas envie de les quitter en fermant le livre.

Un grand roman noir qui prend son temps pour planter le décor, ressemblant plus, au départ, à un roman « Historique » sur les conditions de vie des immigrés qu’à un polar et dont la construction nous donne même un petit puzzle chronologique de la vie de Peter Karras.

Excellent ! À déguster sans modération mais en prenant son temps afin que le roman fonde dans la bouche.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), Le « Challenge US » chez NoctembuleLire,  « À Tous Prix » chez Asphodèle (Grand Prix du Roman Noir étranger du Festival du Film de Cognac – 2001) et Ma PAL « Canigou »… C’est du massif !

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