9. Sherlock Holmes : L’Interprète Grec – The Greek Interpreter

Sherlock Holmes : L’Interprète Grec – The Greek Interpreter

SAISON 1- ÉPISODE 9 (Série II)

  •     Producteur : Michael Cox, Stuart Doughty
  •     Adaptation : John Hawkesworth
  •     Réalisateur : Alan Grint
  •     Scénariste : Derek Marlowe
  •     Décorateur : Margaret Coombes
  •     Musique : Patrick Gowers
  •     9ème épisode tourné
  •     Série 2 : 2/6
  •     1ère diffusion : Angleterre : 1er sept 1985 – ITV Network (9ème épisode diffusé); Etats Unis : 6 février 1986 – WGBH; France : 19 février 1989 – FR3 (9ème épisode diffusé)
  •     Durée : 50 min 25 sec

  •  Distribution :

Jeremy Brett …  Sherlock Holmes
David Burke …  Dr. John Watson
Charles Gray …  Mycroft Holmes
Alkis Kritikos …  Mr. Melas
Anton Alexander …  Paul Kratides
George Costigan …  Wilson Kemp
Nicholas Field …  Harold Latimer
Victoria Harwood …  Sophy Kratides
Rita Howard …  Mrs. Stern
Oliver Maguire …  Inspector Gregson

Le pitch ?
Pour la première fois, le docteur Watson entend Sherlock Holmes évoquer sa famille et lui révéler l’existence de son frère de 7 ans son aîné, Mycroft.

Ce dernier plus habile que lui, mais moins doué d’énergie, les invites au Club Diogène pour leur soumettre l’affaire étrange d’un interprète grec.

Monsieur Melas a été engagé par un certain Harold Latimer pour servir d’interprète entre un grec et deux anglais qui les retiennent, lui et sa sœur contre leur volonté.

Conduit de force, les yeux bandés dans un lieu secret, il a été témoin des sévices infligés au grec, qui par son refus obstiné de signer un document met sa vie en danger.

Un port, la nuit… Un homme dans la rue, bagage à la main. Un certain monsieur Latimer vient le chercher et l’emmène vers sa voiture, tirée par deux chevaux (oui, une deux chevaux !!) et boum, il assomme l’homme !

Baker Street, la rue animée.

Le prologue est laissé à Watson qui nous dit que Sherlock Holmes n’a jamais parlé de sa famille et qu’il avait fini par croire qu’il était orphelin. Nous aussi, tiens.

Jusqu’à ce que Holmes lui parle de son frère !!

Baker Street, intérieur… Un bordel de papier est étalé dans l’appartement (ce n’est ni la première ni la dernière fois).

Et voilà que Holmes nous parle de sa mamy, qui était la sœur du peintre Vernet et enchaîne sur son frère Mycroft qui possède les mêmes qualités que lui, Sherlock reconnaît même qu’il lui est supérieur dans le don d’observation.

C’est dans ce dialogue que Holmes lui dit qu’il déteste la fausse modestie, Watson ayant pensé, à tort, que son détective d’ami faisait son modeste…

– Mon cher Watson, dit-il, je ne saurais être d’accord avec ceux qui rangent la modestie parmi les vertus. Pour le logicien, toutes les choses doivent être exactement ce qu’elles sont, et se sous-estimer soi-même, c’est s’écarter de la vérité, autant qu’exagérer ses propres mérites. Donc, quand je dis que Mycroft a des facultés d’observation supérieures aux miennes, vous pouvez croire que je dis à la lettre l’exacte vérité.

Pourquoi son frère n’est-il pas connu en tant que détective ?? Parce qu’il n’est pas un homme de terrain, il ne sort jamais ses rails « Pall Mall / Whitehall ».

C’est son frère qui a fondé le Diogene’s Club.

– Le club Diogène est le plus étrange de Londres et Mycroft est un de ses membres les plus étranges. […] Il y a à Londres, vous le savez, beaucoup d’hommes qui, les uns par timidité, les autres par misanthropie, ne recherchent nullement la société de leurs semblables. […] C’est pour la commodité de ces gens-là que le club Diogène a été formé, et il compte, maintenant, les hommes les plus asociaux, les plus ennemis des clubs qui soient à Londres. On ne permet à aucun membre de se préoccuper d’un autre. Sauf dans la salle des Étrangers, il est interdit de parler, dans quelques circonstances que ce soit, et trois infractions à cette règle, si le comité en est informé, peuvent entraîner l’exclusion du bavard. Mon frère fut l’un des fondateurs et j’ai moi-même trouvé dans ce club une atmosphère éminemment sédative.

Le côté drôle de la scène, c’est la tête de Watson qui vient d’apprendre que Holmes avait une famille et que oui bien sûr il veut le rencontrer, ne fut-ce que pour vérifier qu’il existe !!

Dans cette série, les robes des dames sont magnifiques, le costume noir et haut-de-forme de Holmes est superbe, mais alors, les décors, purée, la classe !

Sexy le Sherlock en habits et haut-de-forme ! Plus élégant que le deerstalker et le macfarlane !!

Surtout le Diogene’s Club ! Des boiseries partout et une bibliothèque à vous faire tomber raide mort !

Cet épisode, je l’apprécie surtout pour une scène : Mycroft Holmes, assis sur une escabelle dans le bow-windows, aussi large que Sherlock est mince, la figure rougeaude et bon enfant.

Il invite son cadet à le rejoindre sur l’escabelle en face et tout deux vont se livrer à un exercice de déduction sur un type dans la rue. Un vrai match de tennis, chacun en ajoutant ou corrigeant l’autre, sous les yeux ébahis de Watson.

Pour moi, c’est un pur moment de bonheur !

C’est Charles Gray qui joue le rôle de Mycroft, rôle qu’il connait bien puisqu’il avait déjà interprété ce rôle en 1976 dans le film « The seven-per-cent solution » tiré du roman de Nicholas Meyer (traduit en français sous le titre « Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express).

Charles Gray était taillé pour interpréter Mycroft. Il a le profil physique, décrit dans le canon comme corpulent, au visage massif, au regard d’acier et au sourire énigmatique passant de l’aménité à la dureté.

Et cet Holmes là excelle tout aussi bien que son célèbre cadet, dans l’art de la déduction, comme en témoigne leur joute devant la fenêtre.

Leurs rapports sont très complices, faits d’émulation intellectuelle et de tendresse fraternelle.

Lorsque Mycroft s’avance pour accueillir monsieur Melas, Sherlock émerge de sa large stature, donnant l’impression que le jeune frère s’échappe de l’ombre envahissante de son aîné pour prendre la prérogative.

Après ce petit échauffement, Mycroft parle à son frère de Monsieur Melas, interprète grec, à qui il est arrivé une bien curieuse affaire !

Ici, beaucoup de moments angoissants, surtout lorsque monsieur Melas raconte comment il a été emmené un soir, par un mystérieux individu pour se retrouver à faire le traducteur entre deux hommes anglais et un grec dont le visage était quasi tout bandé.

La pièce est remplie de meubles couverts de draps afin de les protéger des poussières… ambiance !

Si Latimer a encore quelques airs de gentleman, son complice, Kemp, a tout de la gueule du truand sadique.

— Quoi ma gueule, qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?? Quelque chose qui n’va pas ? Elle ne te revient pas ?

Melas a aussi une paire de couilles, parce qu’il a testé les deux salopards en ajoutant quelques petits mots grecs dans les questions qu’il devait poser au pauvre gars, et, ne voyant aucune réaction de leur part, en a conclu qu’ils ne pétaient pas un mot de la langue du pays de la feta.

Alors, tout en répétant sans cesse « Vas-tu signer le document ? », il converse avec le pauvre hère qui, incapable de parler, doit tout écrire sur un petit tableau.

Durant tout l’interrogatoire, l’inquiétant Kemp affiche en permanence un sourire narquois, avec ses petits yeux presque enfantins écarquillés derrière ses lunettes rondes à la Harry Potter qui aurait sombré du côté obscur de la Force.

Son langage caustique et son rire sadique renforcent la gêne et le coté sordide de l’histoire.

L’équipe du film a gardé les dialogues entre les interlocuteurs anglais et grecs dans leurs langues maternelles, ce qui donne plus de réalisme en accentuant le côté énigmatique, l’impossibilité de communiquer et de se mettre d’accord.

Melas, d’ailleurs, lorsqu’il parle anglais, a une pointe d’accent ! Oui, j’ai visionné en V.O STFR.

Notre Melas (qui était dedans) étant en train d’en apprendre de plus en plus sur cet énigmatique prisonnier lorsqu’une dame fit irruption dans le salon, se plaignant qu’elle s’emmerdait (bon, pas en ces termes, je vous l’accorde)…

Le prisonnier se lève et hurle « Sophiaaaaaa » (sans le côté débile d’un « Adriiiiiaaaaannne »).

Melas touchera 5 souverains pour oublier cette soirée et, après deux heures de trajet dans la voiture aux fenêtres masquées, il se fera déposer sans ménagement devant chez lui.

Ces moments angoissants et très mystérieux seront contrebalancés par un Sherlock qui réveillera brusquement Mycroft, endormi durant le récit !

Petite mention spéciale à la phrase que nous sort Mycroft, avec un petit sourire d’excuses, presque :

— Sherlock est l’énergique de la famille !

Comme toujours, beaucoup de mystères entourent cette aventure : que fait ce grec en Angleterre, qui est cette femme qui semble le connaître, pourquoi le retient-on prisonnier, pourquoi veut-on lui faire signer un document à tout prix…

Tiens, ça va même faire sortir Mycroft de ses rails : il vient rendre visite à Sherlock car il a obtenu des réponses à ses petites annonces (qui n’étaient pas matrimoniales !).

Beaucoup de scènes de rues, aussi, avec Sherlock qui passe à la boutique de livres en bas de chez eux, des enfants qui courent un peu partout, des fiacres, des charrettes de foin.

Ça fleure bon l’ambiance victorienne !

On court beaucoup et on s’énerve aussi, surtout Sherlock qui, ayant été prévenir Scotland Yard, doit attendre l’arrivée d’un mandat dûment signé pour aller dans la maison des deux salauds afin de récupérer Melas et le sieur Kratides.

Ben oui, le pauvre traducteur s’est de nouveau fait enlever…

Rhôôôô, la petite pique que lance Mycroft à Sherlock quand celui-ci dit que la sœur de Kratides n’a pas dû se faire enlever, mais suivre les deux truands de son plein gré.

— Vous avez toujours la même opinion des femmes ?
— Dans ce cas, j’ai peur que ce soit justifié.

Le final dans le train ne se trouve pas dans la nouvelle canonique et c’est bien dommage parce qu’il vaut son pesant de tabac !!

Une poursuite pareille, c’est génial sans sombrer dans le jamesbondien.

Holmes qui fume dans un wagon où il est marqué que c’est interdit et Mycroft qui a dû courir pour monter dans le train, hurlant :

— Je ne suis pas fait pour courir, Sherlock !

« Fumer est strictement interdit dans ce compartiment »…!

J’aime bien Mycroft, parce que sous ses airs de gros ours débonnaire, il a de la suite dans les idées et, sans en avoir l’air, sera utile dans le final, même si, dans le compartiment, il dormait à poings fermés !

La soeur Kratides, c’est toute la froideur faite femme et Holmes aura raison de dire que « Ce n’est pas un crime d’avoir un cœur de pierre et aucune once de compassion ».

Holmes l’aura même dans ses bras, quand, à la fin, la pauvre choutte aura un peu peur…

Mon avis final ?
De la tension dramatique à la louche, du mystère, des questions, du stress et des grosses touches d’humour.

Les rapports entre les deux frères Holmes offrent des moments très amusants.  Il en est de même entre Watson et Holmes.

De plus, dès le début de l’épisode, on découvre un pan de la vie privée de Sherlock Holmes, ce qui est fort rare, avec l’existence de son frère aîné.

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« Ce n’est pas un crime d’avoir un coeur froid et aucune once de compassion »

♫ I’m poor lonesome consulting detective ♪

Quelques petites vidéos :

Challenge « Victorien » chez Camille, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.

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The private life of Sherlock Holmes – La vie privée de Sherlock Holmes [FILMS]

La Vie privée de Sherlock Holmes (The Private Life of Sherlock Holmes) est un film britannique réalisé par Billy Wilder en 1970.

1. Synopsis :

Sherlock Holmes et le docteur Watson sont invités à une soirée des Ballets russes, sur l’initiative de la danseuse étoile Madame Petrova : celle-ci voudrait d’Holmes un enfant qui ait son intelligence et lui offre en échange un violon Stradivarius.

Le détective refuse, prétextant que Watson est son « compagnon ».

Un peu plus tard, un cocher amène à leur domicile une jeune femme amnésique qui vient d’échapper mystérieusement à la mort et n’a sur elle qu’un indice, l’adresse des deux hommes.

Cette personne, retrouvant la mémoire, déclare s’appeler Gabrielle Valladon et demande à Holmes, qui accepte, d’enquêter sur la disparition de son mari. Le frère du détective, Mycroft Holmes, un agent du Gouvernement, le dissuade de poursuivre ses recherches.

Holmes va néanmoins poursuivre ses investigations qui vont le mener aux abords du Loch Ness…

2. Fiche technique :

  • Titre original : The Private Life of Sherlock Holmes
  • Titre français : La Vie privée de Sherlock Holmes
  • Réalisation : Billy Wilder
  • Scénario : Billy Wilder, I.A.L. Diamond, basé sur les personnages créés par Sir Arthur Conan Doyle
  • Décors : Alexandre Trauner
  • Costumes : Julie Harris
  • Photographie : Christopher Challis
  • Son : Roy Baker
  • Montage : Ernest Walter
  • Musique : Miklós Rózsa
  • Société de distribution : United Artists Corporation
  • Pays d’origine : États-Unis,  Royaume-Uni
  • Genre : Film policier
  • Durée : 117 minutes
  • Dates de sortie : décembre 1970

vlcsnap-2011-07-03-16h53m34s1163. Distribution :

  • Robert Stephens (V.F. : Marc Cassot) : Sherlock Holmes
  • Colin Blakely (V.F. : Albert Médina) : le docteur Watson
  • Geneviève Page (V.F. : Geneviève Page) : Ilse von Hoffmanstal, alias Gabrielle Valladon
  • Christopher Lee (V.F. : Raymond Loyer) : Mycroft Holmes
  • Irene Handl (V.F. : Hélène Tossy) : Mme Hudson, la logeuse de Holmes
  • Clive Revill (V.F. : Serge Nadaud) : Nikolai Rogozhin, le directeur des Ballets russes
  • Tamara Toumanova : Mme Petrova
  • George Benson : l’inspecteur Lestrade
  • Catherine Lacey : la vieille dame en chaise roulante
  • Mollie Maureen (V.F. : Henriette Marion) : la reine Victoria
  • Peter Madden : Von Tirpitz
  • Michael Elwyn : Cassidy
  • Stanley Holloway : le premier fossoyeur
  • Eric Francis : le second fossoyeur
  • Graham Armitage : Wiggins

4. Analyse (mais pas de moi) :

Au moment d’une diffusion télévisée en 1989, Patrick Brion (alias André Moreau) écrivait dans Télérama :

« Sherlock Holmes — déclarait Billy Wilder — a toujours été un de mes personnages de fiction préféré, comme Cyrano et Les Trois mousquetaires.

Ce n’est pas un moraliste, ni un redresseur de torts qui veut livrer les criminels à la justice. Cela, il s’en moque. Ce qui l’intéresse, c’est de résoudre l’énigme.

Son grand regret, ce n’est pas qu’il y ait des crimes, mais qu’il y ait des crimes sans imagination.

Wilder a donc choisi, non pas d’adapter une des nouvelles de Conan Doyle, mais de se livrer à une éblouissante variation sur Holmes et Watson.

L’atmosphère victorienne est recréée avec beaucoup de goût, grâce notamment aux décors d’Alexandre Trauner.

L’esprit de Billy Wilder apparaît tout au long du film, que ce soit dans la description, parfaitement narquoise, du couple Holmes-Watson, ou dans un dialogue exceptionnellement brillant, sans oublier l’apparition d’une reine Victoria assez surprenante.

C’est dire que le film ravira tant les amateurs de Billy Wilder que ceux de Sherlock Holmes, confronté à une ténébreuse intrigue où se croisent des nains, le monstre du Loch Ness et le frère de Sherlock. Une grande réussite ».

Le prologue du film commence avec un générique qui nous fait comprendre que nous allons assister à une succession d’affaires laissées de coté par Watson du vivant de Holmes afin de ne pas écorner la légende.

On n’en aura en vérité que deux : celle de la ballerine Russe de passage à Londres et l’affaire Valladon…

Ce que j’en ai pensé (et ce, depuis le début) :
Oui, vous devez vous douter que vu mon addiction pour Sherlock Holmes, ce film avait été vu et revu depuis longtemps !

Je profite juste de l’occasion du Mois Anglais 2015 pour me refaire quelques lignes de Sherlock. Mes films préférés que je n’avais pas encore chroniqués…

Pour les premiers de classe, pas besoin de vous rappeler l’émoi qui m’avait saisi lorsque j’étais tombée sur le roman de Michaël Hardwick nommé « La vie privée de Sherlock Holmes » en 1990 (chronique ICI).

Mon cœur avait de nouveau raté quelques battements lorsque, peu de temps après, j’avais vu qu’il existait en film et qu’on le diffusait à la télé ! Après j’ai appris que c’était le contraire : le film en premier, la novélisation après.

Bon, je n’orgasme plus lorsque je le revisionne, mais le plaisir est toujours là, même si la surprise originelle du livre n’existe plus.

Si Billy Wilder s’est basé sur un apocryphe, il a tout de même réuni les choses essentielles qui font Holmes : le détective qui s’ennuie lorsqu’il n’a pas d’affaire en cours, qui s’adonne de temps en temps à la cocaïne pour stimuler son brillant cerveau et son côté maussade quand il a le cerveau au repos forcé, sans oublier son violon.

Holmes râle même sur Watson qui l’a fait trop grand dans ses chroniques !

Par contre, j’ai toujours un peu de mal avec l’acteur qui incarne Watson… Il manque de flegme et je le trouve un peu trop ronchon, trop excité, genre petit roquet et pas toujours très futé. Watson n’avait pas les dons de Holmes, mais ce n’était pas un branque non plus.

Il me fait un peu penser au rôle qu’avait Jack Lemmon dans « Some like it hot » : celui de Daphné, le Jiminy Cricket de Tony Curtis (de Billy Wilder aussi).

L’avantage de connaître l’histoire, c’est que je me marre à l’avance lorsque Holmes et Watson sont invité à l’opéra et que Holmes est reçu dans la loge de Madame Petrova, la danseuse étoile qui voudrait que Holmes soit son étalon…

La manière dont il lui explique avec soin qu’il décline son invitation est à mourir de rire. Il essaie tout, même la maladie de l’hémophilie avant de balancer que lui et Watson… sont de la jaquette !

— Le docteur Watson est votre verre de thé ?

Le pauvre Watson qui dansait au milieu de toutes les jolies danseuses de l’opéra verra progressivement son cheptel de femelles diminuer pour être remplacé par tous les danseurs, à son plus vif désaccord.

Et je ne vous raconte même pas sa crise de retour à Baker Street quand Holmes lui avouera le mensonge qu’il a dû dire afin d’éviter de devoir saillir madame Petrova comme un vulgaire étalon reproducteur !

Watson prendra très mal la chose, et lors de sa discussion avec Holmes, il lui demandera de confirmer qu’il a bien des rapports avec les femmes, ce que Holmes refusera de faire, laissant la question en suspend vu la manière dont il lui répond.

Si Robert Stephens n’est pas mon Sherlock Holmes préféré, j’ai appris à l’apprécier en apprenant, bien après, qu’il était un ami de Jeremy Brett (mon Holmes préféré) et qu’il l’avait mis en garde sur le personnage de Holmes qui avait failli le tuer…

Ce que je reproche à l’acteur, c’est le fait qu’il l’air un peu tsoin-tsoin, parfois. Et pour moi, bien que le personnage de Holmes ne soit pas intéressé par les femmes et qu’il s’en méfie ne fait pas de lui un homo.

Vu la manière dont il est maquillé dans la scène de l’opéra, on pourrait croire qu’il est vraiment de la jaquette !

Là où le film commence à devenir une véritable enquête, c’est lorsque la pauvre Gabrielle Valladon débarque chez nos deux compères avec sa mémoire lui faisant défaut… Elle a reçu un coup sur la tête et ne se souviens plus de rien.

Ne sachant plus qui elle est ni ou elle est, notre Gabrielle fera irruption, totalement nue, dans la chambre de Holmes, au soir, pensant qu’il est son mari ! Elle l’invite même clairement à le rejoindre dans le lit… Rhââââââ !

Holmes, pas trop perturbé, s’intéressera alors à un indice pour son identité : elle a une marque d’encre sur la paume.

Mais comme dans le livre, nous ne saurons pas plus ce qu’il s’est passé entre eux deux… Coucherie or not coucherie ?

Le lendemain, c’est Watson qui découvre la jeune femme seule, couchée dans la chambre de son ami.

Le retour de Holmes dissipera l’équivoque. En tout cas, Watson et surtout madame Hudson, la logeuse, seront outrés par le fait que Holmes ne l’ait pas chassé de sa chambre.

Durant tout le film, Gabrielle Valladon et Holmes vont maintenir une étrange relation, distante, mais pas trop, laissant flotter une certaine équivoque quant à la nature de leurs relations.

Le pot-aux-roses ne sera jamais dévoilé, seuls les sentiments de l’un et de l’autre seront, eux, parfaitement clairs.

Le film a vieilli, certes, mais il se regarde toujours avec plaisir. On voyagera de Baker Street au Club Diogène, le club de Mycroft, le frère de Sherlock, interprété par Christopher Lee (décédé le 07 juin 2015).

Cet ancien Holmes, ancien Sir Henry Baskerville et ce futur Saroumane, est excellent dans le rôle.

Et comme avec le Mycroft de la BBC, on ne sait pas très bien à quoi il joue. Mauvais point pour Holmes qui sort affublé de la deerstalker et du macfarlane !! En plein Londres, je vous demande un peu !!

Ensuite, malgré le fait que son frère l’en dissuade, Sherlock va emmener sa petite troupe sur les bords du Loch Ness, faisant passer sa cliente, Gabrielle Valladon, pour son épouse (ils ont tous pris une fausse identité) et Watson comme valet.

Le film est rempli de petites péripéties et de moments un peu plus intimes entre Holmes et Gabrielle, mais vous ne verrez pas une scène de cul ou même le début, tout reste parfaitement propre ! Dommage…

Les dialogues sont succulents et lorsqu’on a vu souvent le film, on prend plus attention aux détails, comme ces moines que l’on voit passer plusieurs fois en arrière-plan.

Tous les petits détails qui semblaient anodins au départ trouvent leur sens une fois qu’on nous les explique et on additionne nous même les faits pour se rendre compte qu’on s’est fait mener par le bout du nez depuis le début.

Billy Wilder avait semé des petits cailloux tout au long du film et nous n’y avions pas prêté attention, trop occupés que nous étions à avoir notre attention ailleurs : les décors bien reproduits et l’histoire qu’il pourrait y avoir en Holmes et Gabrielle (♫ tu brûles mon esprit ♫)

Ni Sherlock, ni nous, n’avions vu venir la chose…

La scène finale est splendide de mélancolie et c’est alors que tout s’éclaire : après avoir eu lecture du télégramme, Holmes tenter de jouer du violon, puis l’abandonner pour s’adonner à son autre passe-temps, sous le regard de Watson.

Si Watson avait donné son approbation tranquille à l’écoute des notes de musique, ce sera l’inquiétude en entendant le violon s’arrêter, et sa désapprobation totale lorsque, sans un mot, Holmes se dirigera vers la petite mallette qui contient la solution à 7%.

Une scène dans laquelle toute la science de Wilder, sa délicatesse, mais aussi son amour du détail, vont droit au but, et en disent plus long sur Holmes, et aussi sur Watson, que les paragraphes entiers de Sir Arthur Conan Doyle.

Verdict Final : À juste titre, « La Vie privée de Sherlock Holmes » est considéré par les amoureux du détective comme l’une des meilleures variations du personnage à l’écran. Je ne suis pas loin de le penser, moi qui ait toujours une tendresse particulière pour ce film, quelque soit le nombre de visionnages.

Billy Wilder et I.A.L Diamond ont écrit un scénario original, qui reprend les personnages créés par Arthur Conan Doyle, afin de mieux s’attaquer au mythe du personnage de Sherlock Holmes.

Personnages super, décors aussi, dialogues au poil, mais pas de scène de cul, merde alors !

Note en plus : Le film original, plus long, allait plus loin encore, aussi bien sur les mensonges et les stratagèmes que sur les aspects graveleux (un épisode concernait les rapports ambigus de Holmes et d’une prostituée, un autre voyait Watson tenter de résoudre une affaire impliquant des fêtards nus dans un lit, etc).

Watson entrait en compétition avec Holmes, lui soumettant une affaire truquée par ses soins, infaisable, mais dont Holmes triomphait sans souci.

Une touche discrète reste dans le film, de façon insistante : Holmes n’est pas infaillible.

5. À savoir :

C’est un Billy Wilder fragilisé par ses derniers échecs qui s’attaque à une nouvelle extravagance : un film épique, énorme, sur Sherlock Holmes, dans lequel le personnage de fiction serait traité comme un homme ayant existé, et bien sur dans lequel la voix du Dr Watson allait pouvoir être entendue à sa juste valeur.

Ce film, on le sait, on ne le verra probablement jamais en entier, puisqu’il a été mutilé avant sa sortie par les Mirisch, et qu’aucune des quatre scènes qui avaient été enlevées afin de raccourcir la durée du film n’a survécu.

Ce qui reste, ce sont les 125 minutes de la version que les Mirisch ont assemblée, afin de capitaliser un tournage somme toute cher, et prestigieux.

Néanmoins, une fois ramené à une longueur moins effrayante, ce film est un bien bel anachronisme en 1970 : situé à la fin du XIXe siècle, il épouse le verbe de Conan Doyle, ça et là rehaussé de ces brillants traits d’humour Wilderiens.

Ici, le fin limier, formidablement incarné par Robert Stephens, possède des mœurs douteuses, est complètement manipulé par une femme qui de plus se révèle être une ********, et s’adonne à la cocaïne dans une solution diluée à 7 pour cent (telle que Conan Doyle l’avait décrite dans son œuvre).

Finalement les scénaristes accentuent les défauts du détective mais respectent le personnage et l’époque victorienne où ce dernier évoluait.

Par ailleurs, le scénario du film donnera une novélisation signée Michael et Mollie Hardwicke, deux grands experts holmésiens.

Le terme de « private life » adopté dans le titre, et qui était déjà dans la version de 180 minutes, fait allusion à la nature scabreuse du film, et au fait que dans les sujets ici retenus, il est largement question de sexe, et d’une manière générale des rapports de Holmes avec les femmes en général.

BILAN - Coup de coeurChallenge « Victorien » chez Arieste, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict et le Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.

CHALLENGE - Mois Anglais 2015 Minions - OK challe11