Les Soldats de l’aube : Deon Meyer

Titre : Les Soldats de l’aube                                                    big_4

Auteur : Deon Meyer
Édition : Éditions du Seuil (2004)

Résumé :
Zatopec, dit « Zet », van Heerden fut un brillant officier de police de la brigade des vols et homicides du Cap, en Afrique du Sud. Pour l’heure, il s’applique à traîner, de bar en bar, une culpabilité dévorante et une violence à fleur de peau.

C’est donc presque malgré lui qu’il est amené à enquêter, pour le compte de l’avocate Hope Beneke, sur le meurtre de Johannes Jacobus Smit, tué d’une balle de M16 dans la nuque après avoir été torturé à la lampe à souder. Wilna, l’épouse de la victime, rapidement mise hors de cause, les pistes sont minces pour orienter les investigations de Zet.

Prêt à renoncer, il découvre par hasard que le coffre de la victime contenait des dollars US, et que Smit cachait des secrets risquant de mettre en péril de hautes instances qui n’ont guère envie de faire la lumière sur des affaires empoisonnées aux relents de racisme d’avant apartheid.

Critique : 
Un homme assassiné dans sa maison, un testament volé et une veuve qui, n’étant pas mariée au défunt, va devoir faire une croix sur les pèpètes.

Voilà un début aussi trépidant qu’un épisode de l’inspecteur Derrick.

Son avocate qui demande à van Heerden, ancien flic de faire la lumière sur ce papier volé…Passionnant comme un Derrick, toujours.

Là, je m’étais dit qu’au lieu de m’attarder en Afrique du Sud, j’aurais mieux fait de décoller pour l’Europe ou de me taper un roman noir américain. Et j’aurais eu tort de quitter l’Afrique du Sud ! Bien fait de prolonger le voyage, même.

Certes, ça commence un peu lentement, mais une fois accroché, la surprise est de taille !

L’écriture ? Un plaisir ! La narration ? Alternance de récit à la troisième personne (pour les faits présents) et certains chapitres à la première personne parce que Zatopek (Zet) van Heerden va nous raconter une partie de sa vie afin d’expier ses fautes passées.

Van Heerden… Un personnage trouble, troublé, torturé, aigri, mais sans sombrer dans la caricature habituelle. Voyez-vous même : Zet a le caractère d’un Dr House croisé avec un pit-bull qui aurait une épine dans le coussinet, le tout avec des relents d’un Mike Tyson. Monsieur est mélomane aussi.

Il y a de la profondeur dans ce personnage auquel on s’attache immédiatement. Un Erlendur du grand Sud, presque (sauf pour le côté Rocky).

Durant son enquête, tout en ronchonnant et en distribuant quelques coups de poings, on va découvrir son passé, ce qui est arrivé lorsqu’il était enquêteur, ainsi qu’une partie de sa jeunesse.

La mort de son père, ses masturbations, son dépucelage (ah, j’en vois qui relèvent la tête, intéressés), ses études… C’est Zet qui nous écrit sa propre histoire, non pas comme un romancier, mais plutôt comme le témoin de sa propre vie.

— Ton grand-père van Heerden a dit à ton père qu’il deviendrait aveugle à force de se masturber et ton père m’a rapporté que lorsqu’il était en pension il ouvrait très lentement les yeux le matin parce qu’il avait la trouille. Mais moi, je ne veux pas que tu écoutes ce genre d’âneries. Se masturber est normal, sain et ne fait de mal à personne. En plus que ça ne met pas les filles enceintes et n’oblige personne à quoi que ce soit. Si ça peut t’aider, vas-y.

Deux mystères dans le roman : qui a tué Jacobus Smit et forcé son coffre et que s’est-il putain bien passé ce jour maudit pour l’affecter autant ?? Comment est-il passé d’un enfant souriant à un homme aigri ? Surtout qu’il nous répète que tout le monde se trompe sur la cause de son mal-être. Rhâââ, suspense.

Pourquoi faut-il donc que quand il s’agit de porter un jugement sur la vie d’autrui, les gens se contentent d’arrondir au chiffre supérieur ? Alors que pour leurs propres vies ils sont prêts à jongler avec des milliers de chiffres, à multiplier, ajouter et soustraire jusqu’à ce que, les comptes étant bien truqués, le résultat final leur convienne ?

Ma seule petite critique sera que je n’ai pas vraiment senti (au début de ma lecture) que j’étais en Afrique du Sud : hormis les noms des personnes et les noms des journaux à forte consonance hollandaise. C’était plus prégnant dans « La tuerie d’octobre ».

C’est plus loin dans le récit, que l’on sentira alors tout le poids de l’apartheid, toujours fidèle au poste, cette haine latente entre les Blancs et les Noirs, cette haine des Boers, les programmes de développement séparés. Ce sera surtout au travers des souvenirs d’un autre personnage du livre, P’tit Mpayipheli, que nous aurons droit à quelques souvenirs sur cette période trouble.

— Il était prof au township de Mamelodi. Il parlait afrikaans mieux que moi. Il s’était fait arrêter parce qu’il marchait à pied dans un quartier blanc après minuit. Il se rendait à la gare distante de douze kilomètres. Il venait de voir un professeur de l’Université d’Afrique du Sud, sur l’invitation expresse de ce dernier. Il devait lui dire où il en était de son mémoire de maîtrise sur Breyten. On l’avait bouclé parce que qu’est-ce qu’un Noir pouvait bien faire dans un quartier blanc à une heure pareille, hein ?

Niveau personnages, Zet n’est pas le seul a être bien travaillé, les autres aussi, de l’avocate aux mercenaires, en passant par les flics, les militaires et tutti quanti. L’auteur ne les a pas laissé en rade et s’est bien penché sur eux aussi.

Ce roman  qui avait tout des airs d’un Derrick pépère se révèle donc plus profond que ce que j’avais pensé au début. Le suspense est présent, savamment dosé et le mystère ne sera dévoilé qu’à la fin des 7 jours d’enquêtes (on est en juillet 2002).

— Vous êtes bon, van Heerden, je dois le reconnaître. En quoi… six-sept jours ? vous avez réussi à faire quelque chose que toutes les forces armées de ce pays réunies ont été incapables d’accomplir en vingt-trois ans.

Personnages au poil, avec un Zet qui a les manières d’un Rick Hunter – la précision de tir en moins – la sagacité d’un Sherlock et le caractère d’un ours mal léché qui aurait gagné Master Chef, vu la manière dont il nous mitonne des bons petits plats.

On aura un passage limite « Piège de cristal » avec des balles qui siffleront à vos oreilles et là, je vous conseille de vous planquer derrière le divan parce que vous risquez gros si vous restez planté comme des imbéciles au milieu de la pièce.

Un très beau voyage en Afrique du Sud et je compte bien encore réitérer l’expérience avec l’agence de voyage Deon Meyer.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Grand prix de littérature policière 2003 et Prix Mystère de la Critique 2004).

CHALLENGE - À tous prixCHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016

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39 réflexions au sujet de « Les Soldats de l’aube : Deon Meyer »

  1. Je l’ai lu celui-là. Et puis le suivant. Mais, tu vois, j’ai nettement moins accroché que toi… Après, je me dis que j’ai du passer à coté où que les histoires de Deon ne sont pas pour moi. J’ai connu Meyer en terme de polar, mais chacun ses histoires, surtout dans la cambrousse.

    Aimé par 1 personne

    • Je suis passée à côté de certains romans aussi, pas de stress. Lui, je suis pas passé au-dessus du nid de coucou ! J’ai aimé l’aventure et je vais tenter les autres Deon, mais sans Zet… :((

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    • Rassure-toi, je suis revenue sur le vieux continent et j’ai posé mes bagages en Angleterre ! Vous allez bouffer anglais comme si on était en plein mois !!! C’était ma passe « bédés »… j’ai fait un tour dans les magasins de livres…

      Si tu retourne en Afrique, emprunte mon guide du routard ;-))

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  2. Ping : Challenge Thriller et polar – session 2015-2016, bilan final | deslivresetsharon

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