La moisson des innocents : Dan Waddell

Moisson des innocents, la - Dan Waddell [NUM]

Titre : La moisson des innocents

Auteur : Dan Waddell
Édition : Rouergue Noir (2014)

Résumé :
Ils furent deux enfants assassins, condamnés pour avoir battu à mort un vieil homme sans défense. Deux garçons maudits qui ont purgé leur peine et se construisent une vie d’adulte sous une nouvelle identité.

Dieu sait comment, un justicier a retrouvé leur trace et décidé de leur infliger les affres de l’enfer.

L’inspecteur Forster revient sur la scène du passé, qui est non seulement celle du crime mais celle de ses propres souvenirs.

Avec une habileté machiavélique, Dan Waddell nous emporte dans l’Angleterre profonde où il faudra démasquer bien des mémoires pour faire surgir la vérité.

miners-67742_640Critique : 
— Oh my God, they killed Kenny !
— You bastards !

Putain, ils ont tué Kenny, ces enfoirés ! Et vous comprendrez plus loin le pourquoi de cette introduction non conventionnelle.

Pour une fois, j’ai commencé par le tome 3 des enquêtes de l’inspecteur Foster, mais ce ne fut pas un soucis, loin de là.

En effet, il m’a fallu une petite seconde pour plonger dans le roman et dans la vie de cet inspecteur. En fait, c’est comme si je l’avais toujours connu.

L’inspecteur Foster a ses blessures bien enfouies, il nous en parlera à l’occasion, durant son enquête. Pour le reste, il ne fait pas trop de bruit, il  est tenace et quand il tient un os, tel le pitbull, il ne le lâchera plus comme il le fit il y a 20 ans, lors de cette sordide affaire avec Kenny… Oui, Kenny !

Les premières blessures à l’âme sont toujours les plus profondes.

C’était une sordide affaire, celle d’y a 20 ans : Kenny Chester, un vieil homme, héros de la mine, se fit tabasser à mort par deux jeunes gamins de 10 ans. « Putain, ils ont tué Kenny, ces enfoirés ! » Condamnés, ils furent, dix ans plus tard, relâchés et pourvu d’une nouvelle identité.

Et 20 ans après, Foster se trouve devant les cadavres des gamins criminels devenus adultes. Qui a balancé leurs nouvelles identités ? Qui a obtenu sa vengeance ?

Mais quand la nouvelle de la liste disparue sortirait… Et dans la mesure où les personnes au courant étaient soit des flics, soit des pontes du ministère de l’Intérieur, deux des catégories professionnelles les plus poreuses, ce n’était qu’une question de temps.

Son enquête ne sera pas facile : tout le monde est content de la mort des deux anciens meurtriers et personne ne veut que l’on remue la merde. L’inspecteur Foster aura fort à faire pour résoudre tout ça, vu les inimités qu’il a avec certaines personnes bien considérées de son ancienne ville.

Sans user de métaphores, de grandes envolées lyriques, de phrases complexes et ampoulées, l’auteur nous plonge dans l’atmosphère « campagnarde » de la ville de Mackington (dans le Northumberland, le Nord) au-dessus de laquelle flotte une chape de plomb.

— L’affaire Kenny Chester.
Il sourit.
— Vous avez une mémoire impressionnante.
Elle laissa échapper un petit rire.
— Par ici, on n’est pas près d’oublier cet été-là.

Tous les clichés qu’on lui avait rapportés à propos du Nord avant qu’il n’y aille, le froid, les hivers sombres et la pluie, mais aussi le sens de la communauté, l’amitié, la chaleur humaine, tout s’était révélé vrai. Londres ne lui avait pas manqué une seule seconde.

Ici, personne n’a oublié l’affaire et tout le monde a rêvé de vengeance, surtout dans la famille de Kenny Chester. Lui qui était presque un Dieu a eu sa famille quasi canonisée après son meurtre affreux.

Après la mort de Kenny, Barry et sa famille avaient été canonisés par la presse qui avait loué leur dignité et leur retenue, citées comme des exemples de ce qu’il y a de mieux dans la nature humaine. Leur famille soudée contrastait avec les foyers brisés qui avaient engendré Dibb et Schofield.

Pas besoin non plus d’une pléthore de paragraphes pour décrire l’état de la ville et des gens après la fermeture des mines par la Tatcher : misère sociale, plus de boulot, jeunes sans avenir, alcool, drogues, moitié des commerces qui ont fermé, une population auparavant ouverte qui s’est repliée sur elle et plus de partage entre les habitants.

— Quand le puits a fermé, l’héroïne est devenue un véritable fléau par ici, particulièrement dans les années 1990. Les mômes n’avaient rien d’autre à faire. Pas de travail, pas de futur.

— Depuis, plus rien n’a été pareil ici. Entre ça et la fermeture du puits, le village a perdu son âme. Avant, les gens discutaient dans la rue, passaient chez les uns, chez les autres pour une tasse de thé. Le pub et le foyer communal étaient prospères et cette rue était pleine de commerces. Plus maintenant. Les gens communiquent moins, ils sont moins confiants.

On a bien compris en peu de mot la merde que la miss Maggie a foutu.

Nous sommes ici face à un roman noir plus sombre que dans la raie des fesses d’un mineur occupé au fond de sa mine, à minuit, par une nuit sans lune.

Tu penses que tu as atteint la veine la plus sordide de la mine, mais non, t’as encore rien vu ! On peut toujours creuser plus profond dans la saloperie humaine. Je m’en doutais un peu, d’ailleurs…

Le poids du passé est lourd et il a tendance à t’entraîner au fond de cette mine sombre et une fois qu’on en ressort, on respire un grand coup l’air frais, tout en frissonnant de ce que l’on vient de lire.

Une saloperie d’excellent roman noir, une enquête qui m’a laissée sur les genoux, même sans avoir fait de courses-poursuites, des personnages principaux que l’on a envie de revoir et un final haletant rempli de surprise et d’horreur.

Étoile 5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), « A year in England » chez Titine, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (310 pages – 1831 pages lues sur le Challenge).

BILAN - Coup de coeur

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29 réflexions au sujet de « La moisson des innocents : Dan Waddell »

  1. Pour la toile sociale en fond, ça me rappelle la série de La souris bleue de Kate Atkinson (si tu n’as pas déjà lu, je te la conseille vivement) ! Cette misère qui s’est installée après la fermeture des mines a fait couler beaucoup d’encre… Sinon, tu es tentante, tsss ! 😆

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  6. Pour celles et ceux qui hésiteraient encore (mais ils ne sont guère nombreux ^^), notre Belette nationale sur les genoux (où plutôt sur les papattes) ça vaut le détour ! J’achèèèèèèèète 🙂

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