Delirium tremens – Une enquête de Jack Taylor : Ken Bruen

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Titre : Delirium tremens – Une enquête de Jack Taylor

Auteur : Ken Bruen
Édition : Gallimard (2006)

Résumé :
Il n’y a pas de détectives privés en Irlande. Les habitants ne le supporteraient pas. Le concept frôle de trop près l’image haïe du mouchard. Jack Taylor le sait.

Viré pour avoir écrasé sciemment son poing sur le visage d’un ministre, cet ancien flic a gardé sa veste de fonction et s’est installé dans un pub de Galway.

Son bureau donne sur le comptoir. Il est chez lui, règle des broutilles, sirote des cafés noyés au brandy et les oublie à l’aide de Guinness. Il est fragile et dangereux.

Une mère qui ne croit pas au suicide de sa fille de seize ans le supplie d’enquêter. « On l’a noyée » sont les mots qu’elle a entendus au téléphone, prononcés par un homme qui savait.

De quoi ne plus dormir. Surtout si d’autres gamines ont subi le même sort. Surtout si la police classe tous les dossiers un par un…

kh1Critique : 
Un roman de Jack Taylor, on ne le lit pas, on ne le dévore pas : on le boit. Cul-sec ! Avec un peu d’eau à la rigueur, mais sans glaçons.

Jack Taylor, ancien de la Garda Síochána (Gardiens de la paix, en Irlande), a réussi à se faire licencier de cette institution (un véritable exploit) et depuis, il est devenu un espèce de détective privé imbibé d’alcool.

Il est quasiment impossible de se faire renvoyer de la Garda Siochana. Il faut vraiment y mettre du sien. Tant que vous ne devenez pas un objet de honte, ils sont prêts à tolérer presque n’importe quoi. J’avais atteint la limite. Plusieurs
Mises en garde
Avertissements
Dernières chances
Sursis
Et je ne m’améliorais toujours pas. Je ne dessoulais pas non plus. Ne vous méprenez pas : les gardai et l’alcool entretiennent une vieille relation, presque amoureuse. A vrai dire, un garda abstinent est considéré avec méfiance, quand ce n’est pas avec une totale dérision, à l’intérieur et à l’extérieur de la police

Ok, pour ce qui est de l’alcool, non, non, rien n’à changé ! Il se pochetronnait déjà sévère du temps qu’il était à la Garda.

Jack Taylor n’a rien d’un Sherlock Holmes – loin de là – et pourtant, je l’aime bien. Limite un anti-héros vu le nombre de pages où il est dans le cirage le plus total. Même une éponge est moins imbibée que lui, c’est dire.

Jack Taylor est un détective atypique, comme il n’en existe pas deux dans la littérature, un privé bordeline toujours en pleine révolte sur tout le monde (sa mère notamment) et en train de regretter son père qui lui offrit sa première carte de bibliothèque. Sa seule constante dans son alcoolémie furent les livres.

Mon père adorait lire ; il parlait toujours du pouvoir du livre. Après sa mort, un type m’a arrêté dans la rue et m’a dit : « Ton père, c’était une vraie pute avec les bouquins. » — J’aurais dû faire graver ça sur sa tombe. Ça lui aurait fait plaisir.

Il y a toujours eu des livres. Au cours de ma vie dissolue, ils ont été la seule constante.

Sa vie est une véritable soulographie, il se détruit à petit feu – et ça fait mal de voir qu’un alcoolo ne retient jamais les leçons du passé – et malgré tout, j’adore suivre ses enquêtes.

Jack Taylor résoudre une enquête ?? Oui, il y arrivera, avec un peu de chance et avec l’aide d’autres personnes (mais pas avec celle de la dive bouteille).

Ici, c’est une mère qui ne croit pas au suicide de sa fille de seize ans (retrouvée noyée) qui l’engage, alors qu’il est assis à sa table de pub préféré. Alors, notre Jack va réouvrir l’enquête et on dirait que ça ne plait pas à tout le monde…

Durant ses « enquêtes », Jack nous raconte ses souvenirs, son enfance, son Irlande, sa ville de Galway, son pub préféré, celui tenu par le vieux grincheux de Sean.

Aucune décoration au bar. Deux crosses de hurling sont croisées au-dessus d’un miroir tacheté. Plus haut encore, il y a un triple cadre. On y voit un pape, saint Patrick et John F. Kennedy. JFK est au centre. Les saints irlandais. Autrefois, le pape occupait le poste de centre, mais après le concile du Vatican, il s’est fait virer. Maintenant, il s’accroche à l’aie gauche. Position précaire.

On peut critiquer Jack et son alcoolisme galopant, mais contrairement à ses compatriotes sobres lui au moins a de l’empathie et de la sympathie pour les clochards de tout poil qui vivent en marge de la société, exclus qu’ils sont.

Par contre, des amis, il n’en a pas beaucoup et certains ont même tendance à le tirer vers le bas…

— Fragile ! Cet arnaqueur ? Il serait capable de construire un nid dans ton oreille et de te faire payer le loyer.

L’écriture de Bruen, c’est de la poésie cynique, noire, vacharde. Et j’en redemande. Lire Bruen, c’est lire de l’Irlande et la respirer à plein poumons.

Je descendais Forster Street quand une averse éclata. Le genre de pluie qui vous en veut.

Je ne sais s’il trempe sa plume dans de l’alcool à 90° ou dans un encrier rempli d’amertume, mais il nous brosse un portrait de son pays peu flatteur, mais l’ambiance est là.

En réalité, le temps ne passe pas. C’est nous qui passons.

La pluie de Galway est capable de noyer presque toutes les prétentions.

À sa manière de planter des mots comme ça, l’un en dessous de l’autre, ça me fait penser à celle de Michael Mention, comme si Mention s’en était inspirée.

Un roman noir qui se boit plus vite qu’une Guiness… C’est drôle, incisif, bourré de répliques acerbes, des citations comme s’il en pleuvait, des références aux grands noms du Roman Noir, de la chanson, le tout mitonné aux petits oignons dans des chapitres et des phrases courtes qui donnent du rythme au roman.

C’est toute l’histoire de ma vie : les hordes se dirigent vers la plage, moi je vais au cimetière.

Étoile 5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (384 pages – 2215 pages lues sur le Challenge).

rat-a-week1-copieMois du Polar - Février - Sharon

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16 réflexions au sujet de « Delirium tremens – Une enquête de Jack Taylor : Ken Bruen »

  1. J’avais découvert Ken Bruen et son personnage de Jack Taylor avec ce roman. Je peux dire que ça m’a mis une sacrée baffe. Je n’ai ensuite eu de cesse que de lire les autres aventures de Jack (Je me suis arrêté à « La main droite du diable »., Le personnage est particulièrement attachant, malgré tous ses défauts.

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