Les Nuits de Reykjavik : Arnaldur Indriðason

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Titre : Les Nuits de Reykjavik

Auteur : Arnaldur Indriðason
Édition : Métailié (2015) / Points (2016)

Résumé :
Erlendur le solitaire vient d’entrer dans la police, et les rues de Reykjavik dans lesquelles il patrouille de nuit sont agitées : accidents de la circulation, contrebande, vols, violences domestiques…

Des gamins trouvent en jouant dans un fossé le cadavre d’un clochard qu’il croisait régulièrement dans ses rondes.

On conclut à l’accident et l’affaire est classée. Pourtant le destin de cet homme hante Erlendur et l’entraîne toujours plus loin dans les bas-fonds étranges et sombres de la ville.

Petit Plus : On découvre ici ce qui va faire l’essence de ce personnage taciturne : son intuition, son obstination à connaître la vérité, sa discrétion tenace pour résister aux pressions contre vents et marées, tout ce qui va séduire le commisaire Marion Briem.

En racontant la première affaire d’Erlendur, le policier que les lecteurs connaissent depuis les premiers livres de l’auteur, Arnaldur Indridason dépasse le thriller et écrit aussi un excellent roman contemporain sur la douleur et la nostalgie.

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Ça devient une habitude, dans les romans d’Arnaldur Indriðason, que les cadavres soient trouvés par des enfants qui jouent car dans « La femme en vert » c’était pareil.

Bon, dans l’autre roman, c’était un morceau d’os humain, ici, c’est tout le corps noyé d’un SDF que les gamins trouvent, en jouant au radeau de la méduse dans l’eau des anciennes tourbières.

Les garçons tapotèrent l’anorak vert qui tournoya à la surface de l’eau, puis décrivit un arc de cercle avant de couler. S’aidant de leurs bâtons, ils le firent remonter et furent saisis d’effroi.

Quel choc j’ai eu de découvrir mon cher commissaire Erlendur Sveinsson à l’époque où il était un simple flic travaillant de nuit, dans les années 70 (1974)… « Erlendur, simple flic », ça ferait un bon titre de film.

Notre vieil ami est jeune et bien moins bougon et ours mal léché que lorsqu’il prendra de la bouteille et du galon, malgré tout, un trait de caractère est déjà bien présent : il ne lâche rien et piétine toutes les règles imposées aux policiers.

– Vous devriez passer nous voir à la Criminelle si vous avez envie d’un peu de changement, déclara Marion. J’ai parcouru les rapports que vous nous avez remis sur Hannibal et Oddny. J’ai pu constater que ça ne vous gênait pas d’enfreindre toutes les règles que nous nous imposons au sein de la police.

Erlendur étant un simple flic de proximité, il n’a pas à enquêter sur la mort du clochard Hannibal puisque son domaine d’action c’est les tapages nocturnes, les bagarres, les cambriolages, les accidents de la route…

Mais c’est plus fort que lui, il veut savoir ce qu’il lui est arrivé, si c’est un meurtre déguisé en accident ou pas…

Pourquoi ? Parce qu’il avait croisé souvent la route de ce laissé-pour-compte, qu’il est curieux et qu’il avait trouvé que cette affaire avait été enterrée trop vite par ses collègues de la Criminelle car ils avaient une affaire de disparition sur les bras et qu’elle était plus importante que la mort d’un clochard.

Erlendur se demandait si la manque de zèle de ses collègues tenait au statut social de la victime, s’ils ne considéraient pas en fin de compte qu’il ne s’était tien passé de notable, si ce n’est que depuis il y avait un clochard de moins dans les rues.

Têtu et tenace, notre pas-encore-commissaire va remonter patiemment et méticuleusement la piste du SDF durant ses journées de récupération, à titre personnel et se rendre compte que… Non, je ne dirai rien de plus !

Lire les romans d’Arnaldur Indriðason c’est plonger la tête la première dans ce beau pays qui est l’Islande, mais pas du côté de la carte postale touristique, non, dans ces mauvais quartiers, entrant chez les gens et découvrant leur noirceur : drogues, viols, femmes battues, disparitions, meurtres… Que des joyeusetés, en fait.

L’auteur nous parle des disparitions mystérieuses de personnes, ceux qui, un jour, ont pris la route du travail, de la maison, de l’école et n’y sont jamais arrivés. Disparus, on ne les a jamais retrouvés, comme si la terre les avait englouti. Couché Fox Mulder ! Pas de vérité ailleurs, ici, ni d’aliens.

Il pensa à cette maison du quartier Ouest devant laquelle il lui arrivait de passer quand revenait l’obséder l’histoire de la jeune fille disparue sans laisser de traces alors qu’elle se rendait à l’Ecole ménagère.
Il était évident qu’il s’intéressait aux disparitions. Au phénomène en soi, mais aussi au sort de ceux qu’on ne revoyait jamais et à ceux qui restaient.
Il avait conscience que cette obsession plongeait ses racines dans le drame qu’il avait vécu dans sa chair sur les hautes landes des fjords de l’Est et dans ses lectures sur les gens qui se perdaient dans la nature et les épreuves qu’ils enduraient en sillonnant ce pays âpre et impitoyable.

Sans jamais avoir une plume ennuyeuse, l’auteur nous parle de son pays au travers des pérégrinations de notre Erlendur et nous ballade durant son enquête, nous entrainant sur des pistes qui peuvent se révéler être fausses ou dans des maisons qui cachent de vilaines choses derrière leurs façades.

Avec Erlendur, la résolution du crime passerait même pour sommaire tant le contexte social de l’Islande est important.

Mais rassurez-vous, l’auteur ne sacrifie ni l’un, ni l’autre et donne tout son talent aussi bien pour nous servir une enquête simple (mais jamais simpliste) avec une résolution plausible tout en nous mitonnant un portrait de son pays aux petits oignons.

Un roman qui se lit tout seul, découvrant, émerveillée, les premiers pas de Erlendur dans la police, moins bougon que d’habitude, encore célibataire et sans ses problèmes avec ses deux enfants (pas encore nés), mais déjà un homme soucieux, taciturne, mélancolique, solitaire et sans cesse hanté par les fantômes de son enfance.

Il pensait aux nuits de Reykjavik, si étrangement limpides, si étrangement claires, si étrangement sombres et glaciales. Nuit après nuit, ils sillonnaient la ville à bord d’une voiture de police et voyaient ce qui était caché aux autres: ils voyaient ceux que la nuit agitait et attirait, ceux qu’elle blessait et terrifiait. Lui-même n’était pas un oiseau nocturne, il lui avait fallu du temps pour consentir à quitter le jour et à entrer dans la nuit, mais maintenant qu’il avait franchi cette frontière, il ne s’en trouvait pas plus mal. C’était plutôt la nuit que la ville lui plaisait. Quand, dans les rues enfin désertes et silencieuses, on n’entendait plus que le vent et le moteur de leur voiture.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Nordique 2016 » chez Mes chroniques Littéraires, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (351 pages – xxx pages lues sur le Challenge).

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27 réflexions au sujet de « Les Nuits de Reykjavik : Arnaldur Indriðason »

  1. Hello Dame Belette,

    Merci beaucoup de mettre à l’honneur cet auteur et de personnage que j’apprécie beaucoup.

    C’est vraiment la force de ces polars venus du froid : la capacité des auteurs à donner une telle profondeur psychologique à leurs personnages en mêlant le récit de leurs failles à celle de leur quotidien d’enquêteur. Et évidemment en sortant des clichés (dans lesquels le polar américain et parfois français – on leur pique tous leurs défauts aux amerlocs – tourne souvent en boucle). On est face à des héros ordinaires… Banals… Qui rencontrent des gens banals et ordinaires qui commettent parfois des actes qui le sont nettement moins.

    On y retrouve ce que la philosophe Anna Arendt appelait la banalité du mal… Dans le roman US il y a quelque chose de clivé : gentils héros (parfois un peu fracassés mais toujours exceptionnels) contre des méchants exceptionnellement tordus. Là non… Le bien et le mal ne sont jamais qu’une question de choix quotidien chez des gens ordinaires.

    Merci encore!

    Aimé par 1 personne

    • C’est Indridason qu’il faut remercier pour nous avoir pondu un commissaire qui n’est pas un alcoolo ou drogué habituel… ici, il est un flic bougon, solitaire, avec ses soucis du quotidien. Les auteurs anglais sont aussi fort pour nous sortir des flics torturés mais pas cliché et les grands auteurs américains l’ont fait aussi, les grands, je ne parle pas des tout petits qui prenne le raccourci facile du méchant très méchant et du gentil, très gentil. « Manichéisme » pour les gens qui ont du vocabulaire.

      Ça a tendance à diminuer, je trouve, et tant mieux.

      Indridason a mis de la profondeur dans ses personnages, dans ses lieux, et l’enquête, même si elle ne court pas, avance lentement, à l’allure à laquelle toutes les enquêtes se passent.

      Arnaldur est mon copain, alors, je n’en resterai pas là, j’en ai encore de lui à découvrir :-))

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    • Merci de l’avoir organisé !! Un super truc, j’ai adoré et oui, comme tu aimes les bonnes clientes, je n’aurais pas voulu bâcler ton mois alors que j’ai toujours fait honneur aux mois anglais de Titine !

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  2. Ping : Le mois du polar commence | deslivresetsharon

    • Oui, surtout quand je suis allée revoir le nom de son épouse chiante… putain, c’est la future chieuse salope qui vient de lui proposer d’aller vivre chez lui ! Le polichinelle, c’est son futur gamin… ou a fille.

      Ça fout un choc de tomber sur Erlendur jeune. Le prochain, ce sera dans la cour de récré ! mdr

      Aimé par 1 personne

  3. Je ne suis pas une grande consommatrice des romans nord-européens. Sorti d’Adler Olsen et Larsson, j’ai pas lu grand chose d’autre. Et puis, j’avoue, je n’ai pas très envie d’attaquer une série déjà bien entamée. 🙂

    Aimé par 1 personne

  4. Il va falloir que je m’y mettes sérieusement à suivre Arnaldur. Je l’avais trouvé dans une de ses premières enquêtes, mais bien que j’en ai d’autres, je n’ai pas encore trouvé le temps de me plonger nu dans le grand bain des nuits froides et nordiques de l’Islande.

    Aimé par 1 personne

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