Le dernier baiser : James Crumley

Dernier Baiser, le - Crumley

Titre : Le dernier baiser

Auteur : James Crumley
Édition : Folio (2006) / 10-18 (1986)
Édition originale : The Last Good Kiss (1978)

Résumé :
Il s’agit de la toute première enquête de C.W. Sughrue. Un détective par défaut parce que l’on s’aperçoit vite qu’il ne peut rien faire d’autre.

Une femme lui demande de retrouver son ex-mari, un écrivain, qui a entamé une longue tournée des bars. Sughrue va le retrouver. Ils vont même sympathiser, à tel point que l’écrivain confie au détective que, s’il avait su, il se serait laissé rattraper plus tôt.

Bref, ces deux losers se sont bien trouvés et vont à leur tour enquêter sur la disparition de la fille de la patronne du bar où ils ont échoué. Fascinante, la jeune femme a disparu depuis dix ans.

Extrait : « Quand j’ai finalement rattrapé Abraham Trahearne, il était en train de boire des bières avec un bouledogue alcoolique nommé Fireball Roberts dans une taverne mal en point juste à la sortie de Sonoma, en Californie du Nord ; en train de vider le cœur d’une superbe journée de printemps.

Trahearne en était à près de trois semaines de foire et de balade, et avec ses fringues kaki toutes fripées, le grand homme ressemblait à un vieux soldat au bout d’une longue campagne qui essaierait de faire durer ses bières pour faire passer le goût de mort qu’il avait dans la bouche. »

9782264007834FSCritique :
Tout le monde de ma génération connaît la série bête « Premiers baisers » mais peut-être pas encore « Le dernier baiser » de James Crumley, qui, soit dit en passant, vole vachement plus haut que la série.

Ce n’est pas compliqué, vous me direz, et je suis bien d’accord !

Mais en quoi ce livre vole-t-il plus haut qu’un autre polar ?

Imaginez que James Crumley ait rassemblé dans un sac tout ce qui fait l’essence même d’un grand polar et qu’à l’aide d’un marteau, il ait tapé sur ce sac, cassant ainsi tous les codes avant de vous les servir, façon glace pilée qui fondra sous votre langue.

Chauncey Wayne Sughrue – C.W pour les intimes – est un détective privé, une sorte de Sherlock Holmes en version looser, qui aurait pour compagnon d’enquête, non pas un Docteur Watson, mais la dive bouteille d’alcool.

J’essaie de garder toujours deux verres d’avance sur la réalité et trois verres de retard sur la biture.

Notre détective, pas toujours toujours très appliqué, tète les bouteilles pire qu’un veau au pis. Vétéran du Viêt Nam, il aime les armes à feu, les femmes fatales, la drogue de temps en temps (un pétard et ça repart) et les nuits sans sommeil. Un peu comme son pendant, Milo Milodragovitch, l’autre enquêteur du même auteur.

Sa mission ? Retrouver le gros Abraham Trahearne, pilier de bar notoire et écrivain en panne d’inspiration.

Son client ? L’ex-femme de Trahearne, qui vit dans la maison d’à côté, avec la mère de l’écrivain, tandis que la nouvelle épouse, elle, vit avec son Abraham de mari. C’est compliqué la vie chez Trahearne qui doit faire avec une épouse aimante et une ex-femme inquisitrice qui vit chez la mère à Trahearne, à deux pas…

— Vous avez fait connaissance avec la vieille bique et la dame dragon, et vous avez visité le Palais des rêves perdus, alors qu’est-ce que vous avez besoin de savoir de plus ?

On peut comprendre que lorsqu’il est en manque d’inspiration (souvent), l’Abraham parte écluser l’alcool dans tous les troquets à mille lieues à la ronde.

Lorsque enfin notre détective mettra la main dessus (dans un bar à la sortie de Sanoma), notre gros homme était en train d’écluser à tout va dans le bar de Rosie,en compagnie de Fireball, le bouledogue de la patronne, pochtron notoire lui aussi.

Une balle perdue dans une partie charnue de l’individu va faire sympathiser le détective et sa proie et c’est leur deux qu’ils vont partir sillonner les routes (et aussi les bars) à la recherche de Betty Sue, la fille de Rosie la tenancière, disparue il y a 10 ans.

— Étant donné que vous foutez rien aussi bien que n’importe qui, je me suis dit qu’on pourrait rien glander ensemble.

Cette enquête dans l’enquête ne sera pas la seule et toutes emmèneront le lecteur là où il ne s’y attendra pas, sans jamais le saouler, malgré les quantités d’alcool ingurgitée au cours des 448 pages de folie pure.

Oui, on va mener l’enquête en buvant comme des trous, en baisant comme des castors, en matant des films porno à très petit budget (c’est pour l’enquête qu’on vous dit) tout en se baladant en grosse bagnole dans l’Amérique des années 1978, avec un écrivain qui n’obéit pas, qui râle tout le temps, qui est égocentrique et un bouledogue qui ne boit que de la bière.

J’ai traversé la route pour aller me laver la figure dans le torrent, histoire de rincer tous ces kilomètres dans l’eau glacée. Fireball m’a jeté un sale œil, mais il en a finalement lapé une petite gorgée. Il s’est immédiatement ébroué, secouant la tête, comme horrifié par le goût. Je l’ai ramené sur la route et lui ai donné une bière. On en avait bien mérité une, tous les deux.

James Crumley devait aimer les détectives blasés, cyniques, à l’humour noir et corrosif comme l’alcool à 90° parce que son C.W.Sughrue est caustique tout en étant amusant, ironique et persiffleur. C.W est comme son homologue, Milo Milodragovitch, bien que Sughrue ait levé plus de femmes, il me semble.

Dans ce roman, rien n’est simple, rien n’est comme vous le pensez, ici, les hommes et les femmes sont à égalité, c’est à dire qu’ils s’en prennent tous dans la gueule pour pas un balle.

Jusqu’au dernier point final, l’auteur n’en aura pas terminé avec vous. Moi même j’étais en zone de confort avant que Crumley m’assassine.

C’est glauque, poisseux, ironique, caustique, rempli de situations familliales pas nettes, de gens qui mentent ou qui ne disent pas toute la vérité (non, c’est pas la même chose), de femmes fatales, de types pas nets et de non-dits qui, au final, pèseront plus lourd qu’une Cadillac.

Quant au final, il est magistral et vous donne le coup de grâce, tel le dernier verre qu’on aurait pas du boire mais qu’on a quand même bu et qui nous assomme.

Un livre dont l’histoire s’efface au profit des personnages qui sont hauts en couleurs, même le chien ! C’est vous dire.

Voilà encore un grand moment de lecture que je viens de passer avec James Crumley.

Des fois j’arrive plus à savoir si c’est moi qui débloque ou si c’est le monde qu’est devenu une fosse septique.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et Le « Challenge US » chez Noctembule.

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43 réflexions au sujet de « Le dernier baiser : James Crumley »

    • Cette référence n’est guère brillante, surtout que je l’ai regardée, à une époque… mais j’étais jeune et… la jeunesse n’excuse pas tout, je sais, mais à cette époque, le Net n’existait pas ! Et là, les deux djeun’s qui me lisaient sont tombés dans les pommes.

      Nous allons devoir briller un peu mieux de par nos réf communes… 🙄

      Aimé par 1 personne

    • Avec le dahlia noir… 😉 qu’il faut que je lise aussi, ainsi que ses trilogies… mon dieu, je ne serai jamais en chômage de lecture, moi ! 😀 CDI ! PTDR

      Le mulot aussi avait aimé et Jean-Marc sur actu du noir a un extrait de ce roman en citation.

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  1. Oui, oui, oui et oui !
    J’adore ce roman, d’ailleurs j’ai repris sa première phrase, magistrale en en tête de mon blog.
    J’ai vu une fois Crumely expliquer la différence entre Sughrue et Milo : Si vous êtes mal, Milo essaiera de vous aider, Sughrue vous tirera une balle dans le pied et vous demandera ensuite si la douleur au pied vous fait oublier le reste.
    il faut lire et relire Crumley !

    Aimé par 1 personne

    • Ça c’est de l’orgasme positif que tu viens de nous crier sur la page ! mdr

      J’ai vu la phrase et là j’ai fait tilt… shame on me.

      Milo ça fait longtemps que je ne l’ai plus lu, faudrait que je me remette à jour. J’adore la différence entre les deux, après autant de temps, elle ne m’aurait pas sauté aux yeux.

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  2. J’ai adoré ce premier baiser. Un grand Crumley (mon meilleur ? mais je n’en ai pas assez lu pour le confirmer ou l’infirmer). Mais on se souvient toujours de son premier baiser.
    N’est-ce pas ? Et puis maintenant, on peut aller plus loin, ma belette, que ce premier baiser. Non ?!

    Aimé par 1 personne

    • Oui, on pourrait même jusqu’à aller à notre première bière ensemble… ou notre premier meeting hollandais, même, soyons fous !

      J’ai oublié mes premiers baisers, z’étaient pas terribles.

      Crumley, ça fait la deuxième fois avec lui… faudra que je retourne au lit avec lui…

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    • Attends, bouge pas !

      Notre bouledogue alcoolique, qui sera trimballé à droite à gauche, se prendra une balle dans bide, et qui, devenu momentanément infirme, aura la décence de se cacher derrière un buisson pour faire ses besoins, afin masquer le fait qu’il n’est plus en capacité de lever la patte !

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  3. Ma belette, je crois qu’il va falloir que je le relise, celui-là… Je l’ai lu il y a 6 ou 7 ans déjà, et une piqûre de rappel serait peut-être salutaire.
    Décidément, ce James Crumley était un très bon… 🙂

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