Arrêtez-moi là ! : Iain Levison

Titre : Arrêtez-moi là !

Auteur : Iain Levison
Édition : Liana Lévi (2012)

Résumé :
Charger un passager à l’aéroport, quoi de plus juteux pour un chauffeur de taxi ? Une bonne course vous assure une soirée tranquille. Ce soir-là, pourtant, c’est le début des emmerdes… Tout d’abord la cliente n’a pas assez d’argent sur elle et, pour être réglé, il vous faut entrer dans sa maison pourvue d’amples fenêtres (ne touchez jamais aux fenêtres des gens !).

Plus tard, deux jeunes femmes passablement éméchées font du stop. Seulement, une fois dépannées, l’une d’elles déverse sur la banquette son trop-plein d’alcool. La corvée de nettoyage s’avère nécessaire (ne nettoyez jamais votre taxi à la vapeur après avoir touché les fenêtres d’une inconnue !).

Après tous ces faux pas, comment s’étonner que deux policiers se pointent en vous demandant des comptes ? Un dernier conseil: ne sous-estimez jamais la capacité de la police à se fourvoyer !

arrêtezCritique :
Quand c’est pas ton jour de chance, ben c’est vraiment pas ton jour de chance ! À croire que l’ange gardien de Jeff était en grève sauvage où qu’un mauvais génie avait décidé de lui donner subitement une VDM puissance 1000.

Déjà, notre Jeff, brave chauffeur de taxi a de la chance à l’aéroport : pas de file interminable devant lui et il charge une bonne femme va lui faire réaliser une bonne course.

Il a de la chance, vous allez me dire. Que nenni ! C’est là tout le problème : quand les emmerdes te tombent sur le dos, elles préviennent pas, que du contraire ! Ces salopes te font croire que c’est ton jour de chance et que tu as touché le 5+ au Lotto Belge. Pas le gros lot, mais de quoi souffler un coup.

De plus, les emmerdes, elles sont sournoises et te tombent sur le râble sans vraiment te donner l’impression que tu es dans leur collimateur et que tu vas en baver.

Non, toi, tout content d’avoir gagné du fric, tu ne dis rien parce que la madame a pas assez sur elle pour te payer et qu’elle doit rentrer chez elle.

Pas de problème, tu en profites pour demander si tu peux aller faire la vidange dans ses toilettes et elle et, comble de la malchance, vu que ta maman t’a jamais dit « Touchez pas à ça, petit con », toi, comme un con, tu touches le châssis de la fenêtre et tu y colles l’empreinte de tes doigts pour qu’un Horatio Caine les retrouve plus tard.

Ce roman est un coup de pied dans les coui**** de la police incompétente (pas toujours mais souvent), une critique de la société qui juge vite, même vos amis, vos collègues, des médias qui font de vous un héros ou un coupable et un coup de poignard au système judiciaire américain tout entier qui envoie de temps des innocents dans les prisons ou les couloirs de la mort.

La télévision m’avait donné cette impression, et avec elle des notions irréalistes sur le fonctionnement de la police et de la justice. On devrait afficher une mise en garde sur les postes de télévision, comme on en a sur les paquets de cigarettes: Attention ! Cet appareil nuit à votre vision du réel.

Ces informations [télévisées] fournissent une analyse aussi solide qu’une carte postale de vacances.

S’il y a une chose que j’ai retenue de toute cette histoire, c’est que la télé ne donne pas une image fidèle de quoi que ce soit qui touche à l’application de la loi.

Vous pourriez transformer mère Térésa en gangster de South Dallas si vous l’habilliez en survêtement de l’administration pénitentiaire du Texas avec ceinture de cuir et chaines. Impossible de paraître innocent dans cet attirail. Si vous souriez, vous avez l’air diabolique. Si vous froncez les sourcils, vous avez l’air d’un pervers. Si vos épaules sont affaissées vous ressemblez à un pédophile dégénéré, si vous tenez la tête droite, à un chef de gang.

Se basant sur deux faits mineurs : les empreintes sur la fenêtre et son taxi lavé à la vapeur suite au retour de marchandises qu’une des filles ivres fit dans son taxi, les flics, peu habitués à des homicides, l’arrêtent et le déclarent coupable. Nos policiers ont fait en sorte que les faits collent avec leur théorie capillotractée.

Jeff est coupable épicétou. Et pour mieux enfoncer le clou, on va même inventer des témoins. On est loin du fait qu’on est présumé innocent jusqu’à ce que notre culpabilité soit prouvée.

Ils peuvent toujours s’époumoner à dire qu’un individu est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas vraiment comme ça que fonctionne l’esprit humain, je me trompe ?

Tu n’es pas innocent jusqu’à ce qu’il soit prouvé que tu es coupable, ça marche dans l’autre sens. Il faut prouver que tu es innocent. S’il y a un doute sur ton innocence, qu’est ce que les jurés ont à gagner en te laissant libre ? Ce n’est pas un problème pour eux si tu passes le reste de ta vie en prison pour quelque chose que tu n’as pas fait. Quand ils retournent à leur poste dans un bureau quelconque, il leur suffit d’être à peu près sûrs d’avoir éloigné un mauvais sujet.

Que voilà un roman qui frappe là où ça fait le plus mal, le tout avec une plume cynique et aiguisée qui se transforme en coup de projecteur sur la pourriture du système judiciaire tout entier, que ce soit les avocats, les juges, les magistrats…

Quand il s’agit de toucher de l’argent, nous avons tous de grands avocats. La crème de la crème de la profession se dévoue pour nous aider à encaisser les indemnités que l’on verse aux victimes d’erreurs judiciaires. Mais si nous avions rencontré ces grands avocats un peu plus tôt, il n’y aurait pas eu d’erreur judiciaire.

On aimerait hurler à l’injustice avec notre Jeff mais on ne peut qu’y assister, impuissant devant tant d’imbécilité, d’amateurisme ou de volonté de dire qu’on a trouvé le coupable et que si c’est pas lui, tant pis, la populace à son coupable, elle dormira en paix.

Ils n’ont jamais vraiment cherché à arrêter le véritable coupable… ils voulaient quelqu’un susceptible de l’être et qui n’avait ni les ressources ni la famille pour faire des histoires. Quelqu’un pour empêcher les médias, les parents de la victime et les résidents de Westboro de leur reprocher de ne pas avoir fait leur travail. Ç’aurait été super d’arrêter le vrai coupable, mais ça n’était pas une nécessité. Quand une fillette de douze ans est enlevée à sa riche famille, vous ne pouvez pas ne pas exhiber quelqu’un.

Et puis, une fois le processus enclenché, difficile de dire ensuite qu’on a arrêté un innocent, alors, on s’enfonce de plus en plus dans l’absurdité.

Une fois terminé, on a envie de chérir cette liberté que nous avons, de savourer notre café et de nous délecter de notre bête tartine parce que si nous étions victime d’une telle erreur commise sciemment, nous perdrions le goût du pain, les prisons n’étant pas réputée pour leurs menus.

Comment apprécier de pouvoir vivre sa vie quand on n’a jamais connu que la liberté ?

Une lecture prenante, lourde, donnant l’impression que la lumière ne va jamais se rallumer. Et dire qu’il ne reste même plus l’espoir quand noir c’est noir.

Ce ne sont pas l’ennui, l’injustice et l’absence de raison d’être qui tuent. C’est l’espoir. L’espoir est un poison. L’espoir vous brûlera de l’intérieur. L’espoir est un verre de soude caustique.

Parce que même si un jour on reconnaît que vous étiez bien innocent, tout compte fait, le mal est fait, on ne le répare jamais et vous, après avoir vécu en prison, en sortant, vous ne serez jamais plus le même.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US » chez Noctembule.

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