La Montagne rouge : Olivier Truc

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Titre : La Montagne rouge

Auteur : Olivier Truc
Édition : Métailié Noir (2016)

Résumé :
Une pluie continue épuise les hommes et les bêtes.

Alors que les éleveurs du clan Balva procèdent à l’abattage annuel des rennes, des ossements humains sont retrouvés dans l’enclos, au pied de la Montagne rouge.

Or, le clan est opposé à un groupement de forestiers et de fermiers dans un procès exceptionnel à la Cour suprême de Stockholm. L’enjeu – le droit à la terre – est déterminant pour tous les éleveurs de rennes du pays : qui était là le premier ?

ob_90356d_olivier-truc-la-montagne-rouge-carteCritique :
Durant l’abatage de leurs rennes, les éleveurs sont tombés sur un squelette… Ben elle est où, sa tête ??

Le cavalier sans tête aurait-il quitté Sleepy Hollow pour le pays Sapmi ou bien serait-ce l’œuvre d’un règlement de compte à O.K Corral ?

Pour une fois, Klemet et Nina, les agents de la patrouille P9, ont affaire à un corps qui reposerait là depuis plus de 300 ans. Pas vraiment une affaire où on va se casser le cul et les méninges, a priori.

Et bien, détrompez-vous ! Ce squelette sans tête pourrait peut-être résoudre bien des problèmes de territoire, ce perpétuel conflit entre les Suédois et les Sami : qui était là le premier ??

Et quand on sait que l’État Suédois a tout faire pour spolier les Sami de leur territoire, leur faisant signer des papiers qu’ils étaient incapables de lire, qu’on les a traité comme des sous-hommes, des sous-merde, on se dit que l’État est un sacré fils de… sa mère, mais qu’accuser l’État revient à n’accuser personne en chair et en os.

Si ce tome prend plus de temps à se mettre en place, est lent de par son enquête qui ne sait pas trop dans quel sens elle doit aller, il est profond de par les thèmes qu’il exploite et grâce à sa brochette de personnages bien travaillés et dont certains sont plus attachants que d’autres.

Entre ces éleveurs de rennes, Sami, qui veulent que leurs bêtes puissent paître le lichen partout, entre ces forestiers qui eux veulent couper le bois et se foutent des bestioles des autres, entre les policiers qui ne savent plus à quel saint se vouer, entre ces archéologues et universitaires dont certains sont d’un racisme crasse, avec ce procureur un peu zinzin et ces vieilles dames qui arpentent la ville avec leurs pointes d’acier, on a une belle palette de personnages tourmentés, tracassés, jovials, au passé mystérieux.

Même nos policiers sont affectés par ce climat délétère, surtout Nango Klemet qui est tiraillé entre ses origines Sami, considéré comme un collabo chez les siens et comme un sous-homme chez les Suédois ou les Norvégiens car d’origine Sami.

Quand à Nina, ses soucis avec son père qui perd la boule font d’elle une personne aigre et souvent agressive envers Klemet. Ils sont torturés, nos policiers.

De plus, durant l’enquête et les tiraillements de nos deux enquêteurs préférés, nous aurons droit aux pages sombres de la Suède, des pages très sombres, même. À se demander si ce pays que nous admirons n’est pas qu’une belle façade cachant des horreurs… On a planqué la merde dans un joli bas de soie.

Au lieu de nous livrer un truc indigeste, l’auteur a choisi de nous expliquer tout cela aux travers de différents portraits, distillant les infos à son aise, faisant monter le suspense, les questions, le mystère, l’horreur. Tout le monde n’étant pas toujours ce qu’il veut nous faire croire, ici.

Dans ces pages, il y a des relents de racisme, de nazisme, d’eugénisme, du rejet de l’autre que l’on considère comme un frein à l’expansion du pays, de l’autre dont on a tout volé, tout pris, tout spolié et que l’on se permet encore de conspuer.

Ça se lit avec un arrière goût métallique dans la gorge car on sait que ceci n’est pas de la fiction, hélas.

Ceci n’est pas qu’un roman policier, loin de là ! Comme ces deux romans précédant, Olivier Truc va plus loin qu’un Whodunit, plus loin qu’un thriller, plus loin qu’un polar : il entre dans le roman noir, explore le contexte social, l’Histoire d’un pays et nous en sort ses plus belles horreurs, celles qui furent commises avec le sentiment du devoir accompli et d’avoir agit pour le bien de tous.

Un excellent roman noir qui ne vous laissera pas indifférent(e), sauf si vous êtes comme certains personnages abominables qui fraient dans ces pages…

Ne laissez pas passer ce roman où le travail de recherche est phénoménal et où un auteur donne la voix à ceux qui n’en ont pas, ou si peu.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge Nordique Édition Scandinavie Saison 2 (2017) chez Chroniques Littéraires.

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37 réflexions au sujet de « La Montagne rouge : Olivier Truc »

  1. Lu mais pas encore chroniqué.
    Un roman qui n’a pas dû être facile à écrire, vu tout ce qu’Olivier Truc parvient à faire passer dans un roman policier (alors que d’autres se contentent d’écrire une simple intrigue policière bien pourrie – oui, là aussi, j’ai un titre en tête).

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  2. C’est ce qui m’a tout de suite séduite chez Olivier Truc, c’est qu’il ne se contente pas de te balancer un thriller dépaysant. Il nous fait découvrir un pays, un peuple, son histoire et la difficulté pour les générations actuelles de vivre en harmonie, d’honorer et de défendre leur droits et leur culture! Je l’ai dans ma PAL depuis sa sortie, il ne faudrait pas que je laisse la neige fondre! 😉 Belle chronique!

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  3. Je viens lire son premier truc en Laponie. C’est rafraîchissant, c’est intéressant, c’est cultivant. Ça ne révolutionne pas le polar, mais ça apporte son questionnement, sur notre monde, et sur celui des Sami, qui peut se transposer à n’importe quel petit peuple (non, je ne parle pas du peuple belge).

    Je ne ferai peut-être pas toute la série, j’ai peur que le Truc ne passe pas tout au long de ses histoires, et qu’il manque peut-être de renouvellement…

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    • Nous, ça se renouvelle bien, et tu sais, avec les querelles dans les petits pays, on sait se renouveler, fait nous confiance 😉

      Le second était terrible aussi avec les plongeurs en grande profondeur pour les sociétés de forage…. terrible !

      Tu le sens bien le Truc venir ??

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  4. C’est assez rigolo cette façon dont depuis des années on nous parle du « modèle suédois » comme le top du top en matière de progrès social et toussa toussa! Le pays des droits de l’enfant… de la sexualité épanouie… la super protection sociale… La bonne blague! Quand on lit des romans suédois on voit les cadavres tomber en masse des placards… et je ne parle pas des morts des romans mais de la façon dont ces romans nous montrent l’envers du décor ! Le taux de divorce sans précédent… les rapports hommes femmes impossibles… les rapports parents-enfants effroyables… l’état lamentable de la jeunesse défavorisée qui n’a rien à envier à nos banlieues…

    Et là! V’lan! Le racisme et l’esprit colonial ne sont pas inconnus en Suède!😒

    Je m’étais rendu un peu compte de ça avec les aventures de Wallander… et quand j’ouvre où je lis la 4e de couverture d’un autre roman suédois… rebelote… 😕

    Anybref… tout ça pour dire que… la lecture permet de découvrir aussi ce qui se cache derrière les clichés et les fantasme! Vive les livres! 😁

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    • La Suède n’est pas un modèle de droititude (néologisme offert), que du contraire ! Elle a ses pages sombres, comme nous tous. Hé, elle y aurait échappé, sans doute ?? Mon cul. Certes, dans les pays scandinaves, ils ont l’air d’avoir un modèle d’éducation scolaire mieux que les nôtres, vu qu’ils trustent les premières places et que nous, nous sommes derrière le Burkina Faso et l’Antarctique. mdr

      De plus, alors que maintenant ils baignent dans le « tout va bien », ils n’ont jamais été aussi racistes ! Évidemment, quand tu as tout, tu as peur qu’on te le prenne… rhalâlâ !

      Wallender, faudrait que je replonge dedans, j’avais pas accroché à l’époque, quand j’avais lu le premier, j’avais 20 ans et j’étais bête ! 😀

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      • Le système scolaire suédois… le fameux modèle…

        Il faut préciser certaines choses… c’est facile de faire fonctionner mieux un système scolaire dans un pays qui n’a pas 10 millions d’habitants et peux d’enfants… Les effectifs par classe sont forcément plus petits… et on est beaucoup dans la proximité et le cocooning et les enfants peuvent aller en classe en chaussons. Tu m’étonnes! Et je passe sur le fait que l’urbanisme suédois évite les banlieues étendues avec des zones de plusieurs villes qui deviennent des catastrophes pour la jeunesse… il y a quelques quartiers plus pauvres… mais pas des zones entières de non droit sur tout un département où les seuls enfants qui traînent servent de guetteurs au dealers! On peut plus facilement faire dans la qualité dans un pays peu urbanisé de 10 millions d’âmes que dans un pays de 65 millions d’habitants organisé en grands pôles avec des banlieues étendues.

        En outre la faible démographie fait qu’on a promu l’enfant roi… avec les conséquences pas terribles que ça peut avoir par ailleurs… mais en Suede ça peut être contrebalancé par des valeurs protestantes très prégnantes (pas besoin de gifles quand on possède l’art séculaire de culpabiliser des mioches dès le berceau!).

        C’est très con la façon dont les politiques français prétendent vouloir s’inspirer du modèle suédois en France. Pas la même démographie… pas les mêmes besoins… pas les mêmes valeurs ni la même culture éducative… or on ne peut pas repenser tout un système scolaire sans prendre ça en compte!!!

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        • Va expliquer le modèle protestant aux sami, tu as intérêt à courir vite ensuite, ils se souvient toujours de Lars Levi Læstadius qui donna naissance au læstadianisme (merci Google pour l’ortho). Nom de dieu, ces gens n’ont pas rigolé tous les jours avec ce trou du cul.

          Niveau petite population, tu as la Belgique, chez moi, avec 10 millions d’âmes, et l’éducation ne va pas, malgré nos 6 ou 7 gouvernements qui ne s’occupent que de ça ! Oui madame, au moins ça, tu as le gouv Fédéral (1), les gouv régionaux (3 – wallonie, flandre, bxl) et les communautaires (3 – comm germanophone, flamande et la wallonie-Bxl). Un humoriste l’avait souligné un jour, avec tout ça, rien ne fonctionne.

          Je suis d’accord, notre pays est plus petit et moins étendu que la Suède, on ne saurait appliquer leur modèle, leur vie étant différente de la nôtre de par la démographie.

          Mais nos gouvernants veulent toujours appliquer les recettes qui marchent ailleurs, sans se poser de questions, ou adapter la chose à notre démographie à nous.

          L’enfant roi, c’est pas bon, mais avant, c’était l’enfant rien, pas bon non plus, le juste milieu étant difficile à atteindre, l’Homme a tendance à passer d’un extrême à l’autre…

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          • C’est vrai qu’un pays où cohabitent plusieurs langues rend plus difficile l’organisation du système éducatif. J’ai cru comprendre qu’en Belgique ça avait pour conséquence que la première langue vivante extérieure au pays (l’anglais en l’occurrence) ne commençait à s’apprendre qu’en 3e Année de collège parce qu’il faut prioriser le bilinguisme interne… La Suede n’a pas ce problème… En fait
            Une faible densité de population à langue unique facilité pas mal les choses…

            Évidemment je ne fais pas la promotion de l’éducation protestante… j’ai amis issus de famille protestante… et d’après eu c’est un système certes structurant mais aussi très « névrotisant »… cela étant… entre ça et un système qui favorise la psychopathie et l’irresponsabilité généralisée et le jeux pervers avec les limites des lois en vidant la loi symbolique de toute consistance… je ne sais pas ce qui est le mieux!!!

            Un jour je suis allée faire une présentation de projet dans un collège dit de banlieue… les 37 gamins étaient complètement azymutés, passaient leur temps à se lancer des injures racistes (alors qu’il n’y avait que trois « blancs » dans la classe!) et divers projectiles et à foutre le bordel… j’ai béni le ciel de ne pas être enseignante! Surtout quand on m’a dit que c’était la classe la plus sympa!!!😱😱😱

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            • En Belgique, certains parents voulaient mettre leurs gosses en école néerlandaise, pour en faire des bilingues, mais ça fait chier les flamands que les francophones aillent dans leurs écoles et deviennent bilingues, on leur prendrait leur place et ils ne pourraient plus râler qu’on ne sait pas parler leur langue. De plus, quand tu commences ta scolarité en néerlandais, tu dois faire tout chez eux, tu peux pas repasser ensuite au français ou commencer en français et bifurquer ensuite.

              Bref, ils font chier leur race… On t’apprend les langues trop tard, je trouve, on devrait commencer à la maternelle, bordel de cul.

              Je me demande s’il existe un système super génial sans problèmes, sans séquelles, sans chieries.

              Putain, ça va aller les élèves ! Mais ça, c’est de tout temps, les élèves azimutés et irrespectueux.

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    • Les livres audio, jamais tenté le coup, pas envie, peur d’être déçue… j’ai adoré la trilogie de la police des rennes, chaque opus étant différent du précédent, tout en restant dans la lignée.

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