Aux urnes, les ploucs ! : Charles Williams

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Titre : Aux urnes, les ploucs !

Auteur : Charles Williams
Édition : Folio Policier (2001)
Édition Originale : Uncle Sagamore and his girls (1959) – Série noire N°602 (1960)

Résumé :
Tabac à chiquer, whisky de contrebande et superbes créatures vêtues de probité candide et de nylon.

C’est l’oncle Sagamore qui régale. C’est sa campagne électorale. Ceux qui aiment les boissons fortes et les faibles femmes voteront pour lui !

aux-urnes-les-ploucs-charles-williams-serie-noireCritique :
Qui a dit que la banlieue était morose ? Certains se sont pris en main et n’ont pour destin que de foutre le bordel, de faire tourner en bourrique les flics, ne jamais rien faire pour rien, de gagner de l’argent sans en faire trop et si possible, en arnaquant les autres, de raconter des bobards et de distiller de l’alcool.

Distiller de l’alcool ? Oui, ne cherchez pas à avoir du réseau pour you tuber une vidéo de l’affaire ou instagrammer, snapchater une photo de Sagamore Noonan, nous sommes  à Blossom, un bled paumé et au bon vieux temps de la prohibition !

Franchement, je pense que si les Pères Fondateurs des États-Unis avaient connu Sagamore, ils auraient restreint toutes les libertés individuelles !

— Même si, toute sa vie, Noonan, il n’a rien fait d’autre que de se fich’ du monde, la justice veut pas le savoir. Les auteurs de la Constitution ont voulu garantir la liberté des individus, et on peut pas leur en vouloir puisque, de leur temps, il n’y avait pas Sagamore Noonan. Donc, je l’ai pas arrêté pour la bonne raison qu’il n’existe pas de preuve valable de son délit.

Sagamore, c’est un homme que l’on aimerait avoir pour oncle, pour ami, pour frère, car avec lui, on ne s’emmerde jamais quand il s’agit de jouer des tours pendables aux policiers ou au nouveau pompiste qui tenterait de nous arnaquer avec des vieux pneus vendus pour des neufs.

Sagamore, c’est le Napoléon – non du crime – mais de l’arnaque ! Attention, pas des arnaques minables, non, de l’arnaque haut-de-gamme, m’sieurs, dames ! Des arnaques drôles où ceux qui voulaient l’arroser se font inonder… Joues pas au plus malin avec lui.

Le genre que quand tu en es le témoins privilégié, tu s’assieds avec des pop-corn pour ne rien rater de l’affaire tant elle est exécuté avec maestria, le tout avec des airs de je-ne-suis-pas-très-malin qui attire ceux qui se croient plus intelligents que lui, comme des mouches sur un pot de miel.

L’oncle Sagamore, si tu cherches à le baiser, il te la foutra bien profond avant même que tu ne sentes ton pantalon descendre !

Et niveau distillerie clandestine, ce bootlegger te ferait un demi litre de whisky en plein milieu du désert avec 3 raisins secs et un gobelet de fer blanc, et le tout avant même que tu ne réalises que les raisins et le gobelet était à toi !

Aidé de son frère Sam, dit Pop, le tout sous les yeux candides et innocents du narrateur, Billy, 8 ans, le fils de Sam (c’est lui qui l’appelle Pop), ces deux là n’en ratent pas une et mériteraient le grand prix de la comédie, ainsi que recevoir tous les César et Oscar du coin.

J’avais déjà pouffé de rire dans leurs aventures précédentes, « Fantasia chez les ploucs » et même si maintenant je connais la musique et les tours pendables de Sagamore, je me suis de nouveau laissée prendre au jeu de comprendre comment il arrivait à distiller de l’alcool sous les yeux de centaine de personnes, du shérif, du pompiste baisé par Sagamore (et qui se venge en se présentant à l’élection pour le poste du shérif) alors qu’il ne sort pas une goutte de son installation dans laquelle il dit vouloir faire de la térébenthine.

— Quant à savoir ce qu’il fait, vous m’en demandez trop… C’est comme l’histoire du médecin qui a inventé un traitement pour une maladie qui n’existe pas. Qui sait ? Il cherche peut-être à inventer une infraction inédite à la loi et il espère que le délit en question portera son nom ; ou alors, il essaie de rendre délictueuse une chose qui ne l’est pas et de faire voter une nouvelle loi, sur cette simple présomption que, même si son activité ne paraît pas répréhensible, elle est forcément contraire aux intérêts de la société et de l’humanité en général, du moment qu’elle est exercée par Sagamore Noonan.

Sagamore n’en rate jamais une de se faire du fric, de jouer des tours pendables et là, personne ne comprend ce qu’il fabrique avec son frère puisqu’il perd de l’argent et qu’il ne sort pas une goutte de térébenthine (ni d’alcool) de son alambique !

Tout le monde sait qu’il est en train de distiller de l’alcool mais personne ne comprend comment il y arrive et le pauvre shérif ne comprend plus un mot dans cette pantomime que Sagamore Noonan joue avec son frère Sam.

Même moi je n’avais pas trouvé la solution ! Sagamore reste le plus fort pour blouser les gens et nous faire rire, sourire, nous taper sur les cuisses, le tout sous le regard furax du shérif (et de ses adjoints) qui sent sa place foutre le camp.

La plume de Charles Williams fait une fois de plus mouche, ses personnages sont hauts en couleurs et inimitables, imbattables, leur gouaille et leur verve n’appartiennent qu’à eux et c’est toujours un plaisir de lire pareil roman noir à l’humour si bien distillé.

Aaaah, si seulement il existait encore d’autres romans avec mes ploucs préférés qui ne sont pas si ploucs que ça, que du contraire !

— Allez, on y va, dit Miss Malone. Qu’est-ce qu’on attend ?
— Minute, fait Murph. J’ai envie de voir ça.
— Quoi ?
— La souris qui va bouffer le matou.

Un roman noir feel-good qui a tout d’un grand. Un excellent Charles Williams, une fois de plus.

Étoile 4

 Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Le Mois du polar 2017 chez Sharon (février 2017) et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (250 pages).

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