La Vallée des ombres : Xavier-Marie Bonnot

Titre : La Vallée des ombres

Auteur : Xavier-Marie Bonnot
Édition : Belfond (03/11/2016)

Résumé :
René Vasseur est une machine, un être au cuir épais qui a fait la guerre, qui a changé de nom. René Vasseur est un légionnaire. Après vingt ans d’absence, la haine au coeur, il revient dans son village natal, au fond d’une vallée industrielle dévastée par la crise.

Peu à peu, surgissent les ombres du passé : la femme qu’il a aimée, l’ennemi d’enfance devenu flic, l’ami qui a basculé dans le grand banditisme, son père, ancien patron de la CGT locale, tyrannique et désabusé… Et le drame qui a bouleversé sa vie : la mort de son frère, Rémy, dix-huit ans, assassiné lors des grèves de décembre de 1986.

René est-il venu venger son frère ? Pourquoi ne l’a-t-il pas secouru alors qu’il en était capable ? Pourquoi a-t-il rejoint la Légion ?

Critique :
♫ Dans la vallée, oh oh, enclavée, lalilala, dans la vallée, ho ho, des rancœurs de pierre près des tombeaux ♪

(Pardon de vous avoir remis cette chanson dans la tête).

Dans la vallée (non, on ne chante plus), des usines qui ne tournent plus à plein régime…

Dans la vallée, le chômage qui, comme la petite bête, monte, monte, monte.

De la vallée, les jeunes s’en sont exilés afin de trouver du travail… Là où leurs ancêtres (♫) bossaient comme des forçats, ceux qui ont encore un job voient leurs avantages se réduire comme peau de chagrin.

Ces avantages sociaux que les anciens avaient acquis au prix de grandes grèves, de sueur, de sang et de larmes. À cette grande époque ou le mot « syndicat » voulait encore dire quelque chose.

Et puis, comme dans tous les villages (ou les petites villes) où tout le monde se connait, on nage dans les secrets lourds et ténébreux. Tout le monde sait tout, mais tout le monde se tait, sauf que les rancœurs ou les haines sont comme des braises sous la cendre, une légère brise et le feu repart de plus belle, encore plus destructeur.

♫ Comme ces jours de peine où l’homme se traîne à la limite du règne du mal et de la haine ♪

René Vasseur a quitté la vallée (de Dana, lalilala) enclavée, laissant le village de Pierrefeu dans son dos, mais aussi son père, son meilleur ami Brahim, sa copine Samia, son frère Rémy, mort durant une grève et sa mère, qui était morte après.

Au départ, on ne saura pas pourquoi René est parti en coup de vent, mais ce jeune homme un peu frêle et toujours en butte aux coups et aux railleries des autres s’est engagé dans la Légion. Des combats, il en a fait, des batailles dégueu, il en a vu.

Là, notre homme revient au bled, il a 40 ans et à la Légion, à cet âge là, tu es pensionné. Et quand tu reviens au bled après 20 ans de silence, on ne peut pas dire qu’on va sortir les cotillons et les flonflons pour ta pomme ! Que du contraire, on te regarde comme un étranger.

La force de ce roman est dans son écriture, dans ses personnages tourmentés, forts, ni tout blancs, ni tout noirs, dans René, homme taciturne qui se souvient de son enfance, du poids de l’Histoire avec un grand-père paternel qui avait pris le maquis et qui est mort d’une balle dans la nuque, dénoncé par des gens du village, sans aucun doute.

Le père de René est aussi un homme fort, il était syndicaliste et il en a mené, des grèves, ce communiste pur et dur. Pourtant, il y a de la fragilité dans cet homme qui a perdu son père alors qu’il n’était qu’un petit garçon et qui a senti peser sur ses épaules le poids de la Légion d’honneur de son père, reçue à titre posthume.

Et puis, il y a des flics ripoux, des salauds qui ne sont forts que planqué derrière leur uniforme ou derrière les autres, parce que une fois seul, ils se chient dessus.

Sans oublier les vieilles rancœurs qu’on a laissé couver, telle des braises sous la cendre, et des vengeances que l’on voudrait accomplir envers ceux qui ont tabassé votre frère, le laissant mort sur le béton.

Un roman rural noir, mais pas trop rural, un roman rempli de flash-back, une histoire qui ne se dévoile que petit à petit, des souvenirs trop grands pour être gardés en soi, une histoire d’amitié, de haine, de vengeance que l’on voudrait accomplir mais dont on sait qu’elle nous laissera des séquelles.

Ça se lit tout seul, ça se dévore, ça se déguste comme un mojito bien frais sur une terrasse (ou du petit-lait pour ceux qui n’aiment pas boire), et ça donne des frissons durant la lecture car certains rebondissements sont des véritables chocs.

Une fois de plus, je viens de sonder l’âme noire des Hommes et croyez-moi, c’était pas beau à voir, mais tellement beau à lire.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

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56 réflexions au sujet de « La Vallée des ombres : Xavier-Marie Bonnot »

  1. Voilà, je reprends le Reader aujourd’hui et déjà Belette me met une chanson impossible en tête et l’envie de noter !!! 🙄 C’est malin ! 😆 Tu sais quoi ? Par moments, même si c’est pas du tout le même décor, ça me fait penser à une nouvelle de Marcus Malte, lue le mois dernier et qui est à la suite de Fannie et Freddie, c’est « Ceux qui fabriquent les bateaux ne les prennent jamais »… Un peu cet esprit des choses qui ont disparu (grèves, syndicats, etc). ♪♫lala je m’en vais♪♫ et je ne te remercie pas !!! 😀 ♪♫

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    • Je suis trop forte, moi ! 😆

      Chouette, j’ai envie de noter moi aussi !! On est terrible, nous !! 😀

      Allez, ensuite, on chantera ♫ j’entends le loup, le renard et la belette ♪

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      • Vi vi t’es trop forte !!! 😆 Moi j’entend surtout ding ding ding : le bruit des sous qui tombent de mon porte-monnaie à la librairie !!! 😀 😆 Mais bon, vu ce que j’économise depuis que je ne fume plus, je ME FAIS PLAISIR ! Ha mé !!! 🙄 Sauf que mon ordi est au bout du rouleau (et on a vu quelle hystérique je devenais sans lui), donc je fais attention car il va falloir que j’en achète un neuf très très très prochainement ! 😉 Et là tu m’entendras chanter !!!♥♪♫Belette y es-tu ? Belette m’entends-tu ?♫ 😀

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        • Aie, le PC qui flanche, je sais ce que c’est, le mien arrive en bout de course aussi, sûrement, et il déconne, il déconne ! Bon, de nos jours, on peut déjà en avoir un correct pour 500€, sauf si tu veux un Mac ou un Alien, eux coûtent des bras…

          On calculait déjà, à l’école, tout ce qu’on pouvait économiser en ne fumant pas, et à ce moment là, on avait les paquets à 80 BEF ou 100 BEF (2€ ou 2,5€, tout en sachant que fin 80 et début 90, le coût de la vie n’était pas le même).

          Putain, le fric que ça faisait en fin de mois et d’année !! J’avais vite calculé mon gain à ne pas fumer.

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          • Oui Belette, moi aussi je calculais mais le « vice » était trop fort !!! 😆
            J’ai vu des bonnes marques de PC portables correctes (pas ceux à plus de 1000 € « spécial gamers » ou que sais-je), sachant qu’il faut que je compte 100€ de plus pour que mon informaticien me le configure, me sauvegarde l’ancien et mette des logiciels (anti-virus et autres Word, Excel, etc, corrects)… Quand on peut payer en 5 fois sans frais ça va ! 😉 Suis incapable de mettre de côté chaque mois, une vraie cigale je suis !!! 😀 Je fais des petits cadeaux !!!

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            • Un PC de gamer, ça coute cher, mais putain, ça dure longtemps ! Mon Sony VAIO date de 2009… jamais eu internet et il fonctionne toujours super, avec des images et un son magnifique ! Mon Médion qui me sert à surfer peut aller se rhabiller !

              Pour le configurer, faudra que je me coltine le Windows 10 que je hais, si je change de PC… je vais encore tenir le coup le plus longtemps possible !

              Je suis cigale parfois, mais aussi fourmi !

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            • Bah moi je me suis très bien habitué à Windows 10 (que j’ai Haï longtemps au début) et finalement, il est très intuitif (pour une fois qu’on a des atomes crochus d’intuition) et je ne suis pas mécontente de mon Lenovo portable, de toute façon, je ne pourrais plus avoir de PC fixe ! Alors je fais avec ! 😉

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            • J’ai du mal, je l’aime pas… au fait, avec le Windows 10, on peut toujours faire défiler un diaporama à l’arrière, quand on est sur l’écran des « icônes », comme avec le 7 ???

              Lenovo ? C’est IBM, ça ! Pas de la merde en principe 😉

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  2. ♪♫ Dans la vallééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééééeeeeeeeeeeee ♪♫ Rhoooo, c’est malin ! Et en lisant ta critique, j’ai aussi la magnifique chanson de Ferrat, « La Montagne ». Ma tête est un juke-box !!!
    Mais ce roman a l’air super ceci dit.

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