TEA TIME : vous reprendrez bien une cup of tea [PART 2/2]

Après quelques petits rappels historiques nécessaires pour tout savoir sur le carburant sans lequel les auteurs de polars anglais ne pourraient écrire, nous allons aborder aujourd’hui quelques règles de base de sa préparation, histoire de n’avoir pas à rougir si Her Magesty The Queen venait frapper à votre porte pour le tea time ».

Bon d’accord… ce serait mieux avec une recette de sponge cake… Car un afternoon tea sans scones et sponge cake est une hérésie… Mais bon… Faut pas pousser ! C’est un blog littéraire chez Belette ! Et c’est une Cannibale ! Pas une mangeuse de cakes ! Il lui faut de la viande encore tiède à autopsier !

Comme pour les vins, les thés se regroupent en familles de couleurs (noir, bleu, vert, jaune, blanc), mais en aussi en pays (Chine, Japon, Inde) ou régions de production (Darjeeling, Assam, Ceylan etc…)…

Et pourront prendre des noms particuliers en fonction des saisons ou des modes de préparation.

Le thé n’est pas une boisson uniforme, mais un ensemble quasiment infini d’arômes et de nuances subtiles.
Au restaurant, lorsque l’on commande du « vin » on vous demandera de préciser si vous voulez qu’il soit rouge, blanc, rosé, sec, moelleux, pétillant ou non, fruité, tanique… si vous voulez un bordeaux, un bourgogne un côte du Rhône, un vin d’Alsace de Loire ou d’Arbois…

Quand on ne vous propose pas les vins des autres pays du monde ! On peut ne pas aimer le rouge, et adorer le blanc… ne pas aimer les bordeaux et préférer les bourgognes… Etc…

De fait… j’aurais tendance à penser qu’on ne peut pas dire qu’on n’aime pas le thé tant qu’on ne les aura pas goûté tous !

Si le thé vert (« gunpowder ») à la menthe fraîche très sucré est une tradition bien ancrée dans le moyen orient, et si le très britannique et fameux Comte (« Earl » en anglais) Grey (pitié ! Pas celui des 50 nuances !!!) nous a légué un thé noir parfumé à la bergamote pour faire plaisir à sa femme, la tradition des thés aromatisés reste très française.

Les thés aromatisés représentent un tiers des ventes par chez nous…

Si les thés aromatisés de la grande distribution associent dans leurs sachets de la poudre de thé issue des feuilles de moindre qualité sans caractère et sans subtilité à des cristaux d’arômes artificiels souvent très agressifs pour l’estomac, les marchands de thés spécialisés qui proposent des thés plus qualitatifs, vendrontdes feuilles ou brisures de feuilles aromatisées par des huiles essentielles naturelles.

Les fleurs ou morceaux de fruits séchés ajoutés au thé pour faire joli et « naturel » n’apportent en réalité rien au goût entièrement porté par les huiles essentielles dont on a imprégné les feuilles.

NB : sur les boîtes de thé, du fait d’un flou juridique, la mention « arômes naturels » ne garantit en rien que les arômes soient réellement naturel si la nature de l’arôme n’es pas précisée (comme par exemple « arômes naturels de bergamote »).

Je vous avoue que le petit passage du reportage de France 5 nous expliquant quels produits mélangeant chimie et poussière de thé de qualité zéro on nous vend aujourd’hui dans la grande distribution, a eu le don de me faire monter ma tension, surtout quand on sait que la consommation de thé est très entretenue par sa réputation de produit bon pour la santé !

Feu Jean Pierre Coffe nous aurait lancé un tonitruant « C’est de la merde » bien mérité !

Au-delà du choix de la qualité du thé (poudre commune insipide aromatisées aux cristaux corrosifs vs feuilles entières de qualité aromatisées ou non avec des huiles naturelles), la réussite d’une bonne tasse de thé passe par d’autres critères très délicats.

La théière peut être de n’importe quelle matière. Il est juste conseillé de faire attention à ce que votre bec verseur ne verse pas à côté (certaines théières très jolies inondent toute la table avant que votre tasse soit pleine !), de n’utiliser qu’une seule sorte de thé avec une théière en terre cuite (la terre s’imprègne des arômes du thé), et de se contenter de les rincer à l’eau tout de suite après usage (l’astringence du thé dispense de l’utilisation de produit vaisselle qui mal rincé peut gâcher le goût de la prochaine préparation).

Il est conseillé d’ébouillanter sa théière par une première eau que l’on videra, avant de la remplir avec le thé et l’eau du thé. Elle maintiendra mieux la chaleur du breuvage.

Le choix de l’eau réclame plus de précautions : il ne faut jamais utiliser d’eau minérale. Seulement de l’eau de source ou de l’eau du robinet filtrée et qu’on laissera reposer quelques minutes pour évacuer le chlore.

Le calcaire et les minéraux fixent les tanins et renforcent leur goût au point d’altérer les arômes du thé. On peut s’aider d’un thermomètre de cuisine pour vérifier la température.

Pour l’eau à 95°C, il faut savoir que c’est la température atteinte dans la bouilloire juste avant l’ébullition. Il est dit qu’un bon anglais est censé savoir à l’oreille à quel moment il doit arrêter sa bouilloire !

Le Dosage : Le site du Palais des thés recommande un dosage de 6g/30cl pour la grande majorité des thés. Malheureusement nos balances de cuisines ne sont pas toujours assez précises. Certains site proposent de mettre une cuillère à café de 2 à 2,5g par tasse…

Mais là encore difficile de peser… et ces sites ne précisent pas la contenance de la tasse (cela étant la tasse a thé est plus grande que la tasse à expresso – je crois que le mug a une contenance de tasse à thé).

Le mieux est encore d’utiliser une cuillère à dosage vendue dans les magasins spécialisés. C’est un investissement raisonnable qui permet d’éviter les erreurs.

Chaque type de thé réclame une température d’eau et un temps d’infusion qui lui est particulier. Une eau trop chaude casse le goût du thé… Une eau trop froide ralentit ou empêche une bonne infusion… Un temps d’infusion insuffisant rendra le thé insipide et un temps trop long le rendra amer ou acide… Voici donc quelques données pour s’y retrouver :

THÉS NOIRS (Chine, Ceylan, Assam, Darjeeling, Pur Erh) : Température entre 80°C et 95° – Infusion entre 3 et 5mn (jamais plus et pour le Pur Erh pas moins de 4mn)

THÉS VERTS (parfumés ou pas) Température entre 70°C et 75°C pendant 2 à 4 mn (trop acide au-delà).

THÉS BLANCS (très rares et aux arômes très délicats) Température 70°C temps d’infusion entre 5 et 10 minutes

OOLONGS (une technique d’infusion plus complexe existe mais… c’est pour les pros !) : Température 95°C pendant 5 à 7mn

THÉ AU JASMIN (méthode déterminée par les exigences du jasmin) : Température 70°C-75°C pendant 3 à 4 minutes

THÉS PARFUMÉS (des thés noirs le plus souvent) OU FUMÉS (lapsang souchong) Température 80-95°C pendant 4 ou 5 minutes

THÉS ROUGES ou Rooibos : il ne s’agit pas réellement de thé mais d’une plante dont la saveur est voisine et qui ne comporte pas de théine. La nouvelle législation ne permet d’ailleurs pas de le vendre sous la dénomination « Thé » Ils sont rarement employés seuls mais dans des mélanges aromatisés – Température 90°C pendant 5 à 6 minutes.

Une fois que l’infusion est terminée, il ne faut JAMAIS laisser le thé dans la théière.

Pour finir je ne saurais que trop recommander de considérer le thé avant tout comme un produit de plaisir et de convivialité plus que comme un produit de santé.

En effet, même si le bio (peu de thés peuvent garantir l’être réellement et les certifications locales en matières de pesticides et engrais sont peu exigeantes) et le détox sont aujourd’hui à la mode, même si l’on vous assure que la teneur en antioxydant du thé (vert en particulier – les thés noirs ou aromatisés ne sont pas concernés) aurait des vertus préventives contre le cancer…

Les médecins n’en ont actuellement pas la preuve, et vous rappelleront que si vous fumez ou avez une hygiène de vie ou alimentaire déplorable… boire des litres de thé vert ne servira à rien d’autre qu’à vous faire aller souvent aux toilettes et à favoriser des carences en fer (le thé empêche la fixation du fer), et par conséquent à favoriser l’anémie (le fer est la composante principale de l’hémoglobine nécessaire à nos globules rouges) notamment chez les femmes du fait de leurs embarras mensuels et éventuels régimes.

Donc… À consommer avec modération ! Et oui… même le thé !

Voilà maintenant que vous savez toutes les bases de ce qu’une honnête femme doit savoir sur le thé et surtout pour ne pas le rater… Je n’ai plus qu’à vous dire : « À vos théières ! »

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