Ciel rouge : Luke Short

Titre : Ciel rouge

Auteur : Luke Short
Édition : Actes Sud – Collection L’Ouest, le vrai (2016)
Édition originale : Blood On The Moon (1943)

Résumé :
La cupidité oppose deux hommes, et la fille de l’un d’eux aime celui qui s’apprête à escroquer son père.

Sur fond d’élevage de bétail et de répression d’Indiens croupissant dans des réserves dépourvues de bonnes terres, Luke Short compose un western efficace et exemplaire qui a été adapté par Robert Wise sous le même titre.

Robert Mitchum et Barbara Bel Geddes tiennent les rôles principaux dans ce film, considéré comme l’un des meilleurs westerns noirs.

Critique :
Prenez un shaker et mettez-y une bonne dose de western avec un zeste de policier et deux doigts de roman noir et secouez bien.

Servez-le sans glace, sec, et dégustez sans modération.

Voilà comment je pourrais résumer ce western policier noir ou ce policier western noir.

D’ailleurs, en lisant ce western, vous aurez un bon plan pour gagner du fric facilement avec une magouille bien ficelée.

Certes, il vous faudra un troupeau de vaches, une réserve indienne, un représentant local du Bureau des affaires indiennes véreux, un exploiteur, un gros éleveur de vaches, des cow-boys et des colons qui ne veulent pas de vaches pâturant sur les terres qu’ils ont squatté à l’éleveur puisque celui-ci n’a pas mis de barbelés sur la prairie.

Un vieux thème récurent dans le western car reflet de l’Histoire des États-Unis que ces guerres entre ranchers et squatters, entre les éleveurs et les colons et entre ceux qui veulent introduire des moutons et ceux qui ne voyait que par les vaches.

Si vous êtes sensible à la poésie d’une description de paysage ou de climat bienveillant, il va falloir vous munir d’une épaisse peau de mouton, d’un long manteau étanche car l’auteur va vous balancer dans ses pages un climat aride par le froid, la pluie, la neige, le tout au service d’une atmosphère des plus oppressante, d’une nature hostile et d’un sol guère accuillant.

Ce fut dans un triste endroit, un pitoyable endroit, parmi les trembles épars et détrempés, que Jim Garry établit son campement à la tombée de la nuit. Mais il n’avait pas d’autre choix, ses deux chevaux et lui étaient trop épuisés pour descendre jusqu’à la forêt. […] Il retira ses bottes, les enfila la semelle vers le haut sur des piquets plantés près du feu, puis réchauffa ses pieds à demi gelés. […] Les branches des trembles s’entrechoquaient dans le vent. Des filets de pluie froide ruisselaient dans son dos sous sa peau de mouton mais il restait assis, hébété de fatigue.

Dès le départ, vous êtes dans le bain et déjà votre campement est piétiné par un troupeau de bovins en fuite. Puis on sera menacé d’une arme, questionné subtilement et enfin on pourra reprendre sa route vers son destin.

Ne cherchez pas le personnage central, le héros, celui que l’on voit surgir dès le départ car ici, c’est assez obscur, on ne sait même pas si Jim Garry, le cavalier solitaire, est dans le camp des gentils ou des méchants car dans ce roman, point de dichotomie, tout le monde ayant un bon côté et un sombre, même si certains possèdent en eux plus de sombritude que les autres.

Comme dans tous les bons romans westerns qui volent plus haut que ceux de la sous-gare de Trifouillis-Les-Oies, en plus d’un scénario béton, les personnages sont travaillés avec peu de mots, ni tout blanc, ni tout à fait noir et la rédemption se taille une belle part dans les pages de ce western noir.

Si les femmes sont assez fortes et n’ont pas froid aux yeux, les hommes auront tous l’occasion de se racheter, libre à eux de changer de cap et de faire en sorte de se faire pardonner leur péchés (pour certains), ou leurs erreurs pour d’autres.

Rien n’est figé et c’est ce qui ajoute une touche de réalisme à ce western noir et serré comme un café et aussi sec qu’un whisky sans glace.

Un western qui nous parle de la possession du sol, de la propriété des terres dans ce pays où certains voulaient le libre accès au territoire dans son ensemble et sans la moindre restriction, de l’importance de l’eau, de l’obligation de protéger son bien contre les intempéries, les exactions des hors-la-loi.

Un western que la Série Noire n’aurait pas renié car il était sombre comme elle aimait, un western qui vole plus haut que ceux écrits pour un public de masse, un western sur fond de magouille, de mépris pour les indiens parqués dans des réserves, de rédemption, de traitrise et d’amour, sans que cela vire à l’eau de rose.

Un vrai café noir additionné d’un bon whisky. Des comme lui, j’en redemande jusqu’à l’ivresse.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) , Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

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25 réflexions au sujet de « Ciel rouge : Luke Short »

  1. Quand j’étais petite (la vie était encore en noir et blanc et les dinosaures peuplaient encore la planète d’après mes enfants), j’aimais bien les western parce que c’était les seuls films qui passaient le mardi soir, seul soir où je pouvais regarder le film du soir parce que pas école le lendemain…

    Mais quand j’y réfléchis aujourd’hui les westerns ça m’énerve! D’abord les personnages vivent à une époque où c’est tous des crasseux! Et puis c’est un truc de garçons qui passent leur temps à comparer qui a le pistolet qui tire le plus loin… sur des indiens qui sont forcément des salauds… et où les filles sont soit des putes, soit juste des potiches dont le seul but dans la vie est de se marier et de devenir la ménagère du mâle alpha qui joue mieux que les autres avec son pistolet!

    Arrrg! C’est sexiste et machiste à souhait! Confine les qualités viriles à peu de choses d’une manière très infantile! Et je passe sur la vision de l’histoire plus qu’orientée qu’il y a derrière et qui assène la suprématie de l’homme blanc sur le peau rouge!!! Arrrg!

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    • Oui, je sais tout cela et tu as raison, mais j’aimais les western surtout pour les chevaux et leurs putains de super selles western !! Si je m’écoutais, j’en ferais collection ! J’y inclurais aussi une selle camargue et une espagnole…

      Alors oui ça joue à celui qui tire le plus loin, le plus vite, alors oui ça a des calebutes jaunes devant et brun derrière, alors oui l’hygiène était en option, bien que, dans les films, ils aient tous des sourires ultrabright… mais putain, que j’aime ça !! La virilité qui leur suinte par tous les porcs (je sais, on écris « pore » mais le jeu de mots était tentant), les massacres, l’alcool, la femme réduite à ses deux clichés, le pute ou la sainte, et certes, je ne suis pas d’accord avec les indiens confinés dans des rôles de sauvages et méchants alors que le Blanc il est tout bon, mais ça fait partie du genre…

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  2. oh ouiii avec eddy mitchel…la derniere seance….(je reponds a Ida en passant)…..j’adorais ca….et bin celui-ci me tente vraiment….oui il va falloir que je le vois au moins…apres le lire….pourquoi pas ?

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    • Je pensais qu’il m’en manquait, mais comme pour les nouvelles versions du SDA, c’était planqué derrière le papier Q et j’avais pas vu… alors, pris chez un autre épicier, et puis boum, je les ai aperçu dans ses rayonnages.

      Un rdv chez l’ophtalmo me fera du bien, je pense ! mdr

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