Underground railroad : Colson Whitehead

Titre : Underground railroad

Auteur : Colson Whitehead
Édition : Albin Michel (23/08/2017)

Résumé :
Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition.

Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.

De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée.

Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.

Critique :
Quel roman, mes aïeux ! Le genre de lecture dont on ne sort pas tout à fait indemne, même si l’auteur a évité de sombrer dans le gore ou le larmoyant.

Il me faudra un certain temps pour le digérer, l’assimiler, mais impossible de l’oublier, il fera partie de ces livres coups de poing dans le plexus dont, quoi qu’il arrive, laissent une trace dans notre esprit.

Dressant une grande fresque au travers de quelques portraits, l’auteur nous mélange la fiction et la réalité : non, le chemin de fer souterrain n’existe pas, mais l’Underground Railroad, qui a réellement existé, était tout simplement les chemins empruntés par les esclaves en fuite pour arriver dans des états plus cléments ou abolitionnistes.

L’auteur ne nous entrainera pas dans les belles maisons à colonnades, ni dans les bals pour les gens riches avec de belles dames enrubannées, mais dans la misère des cabanons des esclaves de cette plantation où le mot « syndicat » et « repos dominical » sont des horribles gros mots prohibés.

Ils n’existent même pas dans le vocabulaire de ces pauvres êtres et encore moins dans l’esprit de leurs propriétaires. Ben oui, les Hommes Blancs tout puissant qui ont volé la terre des autres sont aussi propriétaires à part entière de ces gens qui furent volés sur leur continent où nés de parents esclaves.

J’ai aimé le fait que l’auteur ne nous dresse pas un portrait manichéen de l’esclavage où les opprimés seraient tous des gens biens, sympas, s’entraidant et ne souffrant pas des horribles mêmes travers que leurs propriétaires Blancs.

Hélas, certains Humains se comporteront comme des salopards, quelque soit le côté où ils se trouvent, et c’est ainsi que certains personnages du roman sont de véritables enfoirés, tels leurs maîtres Blancs et n’hésitent pas à traiter leurs semblables comme de la merde, et même moins que de la merde, car la merde, on ne la fouette pas à sang.

Les États-Unis ne sortent pas grandis de ce roman, une fois de plus, et l’Humain non plus, même si, heureusement, parmi ce monde de salopards, il existe encore quelques bonnes âmes, même si c’est parfois à leur corps défendant, mais je peux les comprendre lorsque je découvre le comportement des autres habitants.

Moi aussi j’aurais eu les foies, les chocottes et je ne sais pas si j’aurais eu le courage de risquer ma vie pour un autre, surtout en voyant le sort réserve à ceux que l’on nomme des traitres puisque acquis à la cause des esclaves.

L’écriture est plaisante à lire, elle se dévore, quant aux personnages, nous en croiserons des forts plaisants (Cora, Caesar,…) et des véritables enfoirés de première (et je reste polie), le tout formant un équilibre réaliste entre des gens simples qui ne veulent que vivre tranquilles et d’autres qui se repaissent de la fuite des Noirs car c’est un marché juteux la chasse à l’esclaves.

Demandez à Ridgeway, il vous le confirmera, lui qui a fait de la chasse aux Noirs un business florissant.

Un roman fort, qui nous parle d’une part sombre des États-Unis qui nous est connue, mais pas toujours dans le détail, comme avec ces chemins et ces gens qui aidaient les esclaves en fuite à arriver dans des états abolitionnistes.

Un roman qui explore une partie moins connue de la fuite des esclaves et qui nous offre une belle métaphore avec ce chemin de fer souterrain, tout en nous dressant un portrait pas toujours brillant des états sois-disant plus cool avec la condition des Noirs car il ne suffit pas de battre à mort une personne ou de lui mettre des fers pour la priver de son libre arbitre.

Un grand roman qui fait froid dans le dos car ce n’est pas si loin que ça dans l’Histoire et qui fait encore plus froid dans les os lorsque l’on voit émerger les suprémacistes Blancs qui reviennent à leurs premiers amours : le tabassage de l’autre qu’ils considèrent comme inférieur à eux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine (46ème et dernière fiche).

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47 réflexions au sujet de « Underground railroad : Colson Whitehead »

  1. Ah celui ci, je vois qu’il fait fureur, mais j’attendais de le voir de le voir chez les blogopotes! Et ça ne m’étonnes pas du tout de le voir ici!
    Déjà que je le voulais trop, mais là avec ton si bel avis, ça motive encore plus! Merci d’avoir ouvert le bal, je foncerai dessus (une fois que j’aurai fini ma PAL Rentrée Littéraire)….

    Aimé par 1 personne

  2. Bonjour,
    Merci pour cet avis, je vais foncer me l’acheter et j’ai hâte de me plonger dedans car je crois que cette lecture sera puissante et ne me laissera pas indemne de plus je ne connais pas l’histoire de la fuite des esclaves.

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  3. J’ai du mal à croire que Cora ait été abandonnée par sa mère à cette époque… l’usage était surtout que les « Maîtres » séparent les familles revendant les mioches quand ils pouvaient le faire s’il y en avait trop à nourrir et que la relève était déjà assurée pour maintenir le « cheptel »… Bande de pourris! Qu’ils brûlent en Enfer!

    Merde! Quelle époque de barbarie! Et dire que ce sont les desendants de ces déviants religieux (protestants rigoristes dont on est voulait plus en Europe) exterminateurs/expropriateurs (ok le néologisme n’existe pas…) des indiens et les esclavagistes des noirs et de psychotiques affolés de la gâchette au point d’avoir presque tous un flungue sous le lit qui osent nous tenir la dragée haute !

    Plus tu nous fais découvrir ces livres sur cette réalité glauquissime, moins j’ai envie d’y remettre les pieds!

    Je t’ai envoyé un looooong mail avant hier. Ne te décourage pas : après le récit palpitant de ma vie (tu vas finir pas devoir devenir ma biographe officielle si je deviens célèbre!) : il y a une surprise à la fin: l’histoire du « Mystère Mystérieux du Thé Interdit » avec Dame Ida qui mène l’enquête avec un certain Charlot Kolmes… le prochain prix Nobel de la lis-tes-ratures!

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    • Comme tu le sens ! J’aime lire des romans sur cette période, ça me conforte dans l’idée de l’homme blanc fils de pute quand il s’y met ! 😀 Et confirme que de l’autre côté, tout n’était noir ou blanc, ou rose.

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  4. Bon la Belette… Ce mois-ci, genre, je m’achète trois bouquins et quand je regarde d’où vient l’inspiration, bim, donc trois belettes pour ce mois-ci dont celui-ci en V.O… Merci en tout cas et si tu penses à un thriller historique un jour sur le mois américain, je t’invite à rencontrer ABY… avant qu’elle ne soit traduite…

    Aimé par 1 personne

    • My tailor est pauvre, my english encore plus ! En VO, je suis incapable de lire un livre, sauf s’il est sous-titré ! 😆

      Ok, je vois que je vais décrocher le titre de meilleure employée du mois grâce à toi et à mes trois ventes de livres directement chez toi 😀

      Thriller historique… américain, je dois avoir dans mon stock, mais pas ABY… c’est une/un auteur américain non traduit en langue de Molière ?

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