Watson et Holmes : June Thomson

Titre : Watson et Holmes

Auteur : June Thomson
Édition : Le Masque  (1995)
Édition Originale : Watson and Holmes
Traducteur : Pascal Aubin

Résumé :
Sherlock Holmes et le Dr Watson : deux personnages mythiques de la littérature policière, mais demeurés mystérieux à bien des égards.

Si l’on n’ignore rien des remarquables capacités cérébrales de Holmes, ni de l’indéfectible révérence de Watson pour les aptitudes du grand détective, en revanche, la vie plus intime des deux amis reste une énigme…

Endossant à son tour le rôle de détective, June Thomson traque au cœur du “canon”, tout indice, aussi ténu soit-il, susceptible de répondre aux questions que se sont toujours posées les amateurs.

Elle nous livre ainsi, dans ce roman policier pas comme les autres, quantité d’informations précieuses et de théories passionnantes qui, tout en célébrant les liens qui unissaient les deux hommes, reconstituent de manière convaincante deux existences chargées de mystère.

Critique : 
Ceci n’est pas un pastiche holmésien !

Ce n’est pas non plus un recueil d’Untold Stories, ces histoires citées mais non racontées par Watson (histoires canoniques mais il n’existe pas de réçits officiels de celles-ci, seuls les pasticheurs ont émis leurs propres hypothèses).

Alors, c’est quoi ? Une étude  sur la relation entre Holmes et Watson. Non, que les coquins ôtent ce sourire grivois de leurs lèvres, je ne parle pas de ce genre de relation là !

Ce livre nous en dit plus sur les caractère des personnages enfantés par Conan Doyle, sur l’implication que pourraient avoir les dates de leurs enquêtes sur leur vie,…

Bref, c’est tout simplement le « jeu » auquel se livrent les holmésiens, « The Game » qui est appliqué.

C’est quoi notre jeu ?

Nous considérons que Holmes et Watson ont réellement existé, qu’ils avaient une histoire propre que l’on peut reconstituer par des recherches approfondies et érudites, et nous prennons pour argent comptant le moindre détail du canon, la moindre phrase écrite par Watson et nous nous amusons à tenter d’expliquer les « incohérences » qui parsèment l’oeuvre canonique (le serpent qui boit du lait, la blessure de Watson qui se déplace, Watson portait-il un pyjama pour dormir ?…).

Attention, toujours avec humour et sans se prendre au sérieux !

Comme on le dit toujours « Analyser le plus sérieusement du monde une de ses passions est, pour nous, un sujet d’amusement. C’est la meilleure voie pour se moquer de ceux qui approchent les sujets les plus sérieux avec un esprit trop pointilleux ».

Greffier, notez-la phrase !

L’ouvrage est présenté de manière chronologique, ce qui, vous conviendrez, facilite la lecture.

Thomson étudie chaque aventure (ou presque) en fonction de la date à laquelle elle est sensée avoir lieue, poussant même le vice jusqu’à tenter de déterminer la date canonique, ce qui n’est pas aisé, je le sais, j’ai déjà essayé ! (voir aussi l’excellent ouvrage de Jean-Pierre Crauser « Quel jour sommes-nous, Watson ? » dont je vous causerai un autre jour)

June Thompson nous sort, à ses risques et périls, quelques théories sur les enfances de Holmes et Watson…

Très freudiennes, ses théories, dans le sens où Sherlock compare sa mère à la reine des abeilles (la reine de Saba aurait été plus amusante) et lorsqu’elle a tout fini avec ses inepties à deux balles, elle nous a réduit le personnage à du grotesque, quasi.

« Heu, auriez-vous un problème avec le détective, madame Thomson ? »

Ok, ce n’est pas un homme facile à vivre, il s’injecte de la cocaïne dans les veines, il cache des choses à Watson, le houspille sur sa manière d’écrire (et se rendra compte plus tard combien il est difficile d’écrire), se fait passer pour mort durant trois longues années, laissant son ami dans le chagrin (il perd aussi sa femme entretemps puisqu’elle disparaît au retour de Holmes), mais bon, ce n’est pas une raison pour qualifier tout son comportement d’anormal.

Pour Holmes, il y a toujours une bonne raison, pour lui, c’est normal et, de plus, il est généreux parce qu’il n’hésite pas à aider les non fortunés, juste par amour du travail.

Qu’avons-nous encore de gratuit de nos jours ? Pas un détective de ce talent, en tout cas.

Au final, on pourrait dire qu’elle fait coller les faits à SA théorie, comme certains auteurs le firent lorsqu’ils écrivirent sur l’Eventreur. Ils ont une théorie et bardaf, ils font en sorte que les faits collent avec leur théorie. C’est très dangereux.

L’ironie que pratique Holmes n’est pas toujours faite pour blesser. J’adore la pratiquer, le sarcasme aussi et je peux vous dire que j’en ai déjà dites des vertes et des pas mûres ! Je ne le pensais pas, que du contraire, mais il est plus aisé d’avouer son affection par de l’ironie.

Hormis ces quelques points de discorde avec elle, l’ouvrage se lit facilement, il n’est pas imbuvable, comme on pourrait le craindre, puisque consacré à « l’étude de l’holmésologie ».

Malgré tout, n’étant pas un roman à proprement parler, il est à réserver à un lecteur/lectrice qui voudrait en apprendre un peu plus sur le détective…

Lorsque je tombai dessus dans les années 95, croyez-moi, c’était de l’or en barre, le Net n’existant pas dans nos chaumières (oups, certains se sont évanouis en apprenant la nouvelle) et pour trouver des livres apocryphes sur Holmes, fallait zieuter dans d’autres ouvrages.

Le livre est intéressant à lire malgré une certaine psychologie de comptoir. À sa relecture, rien n’a changé…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

 

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Les triomphes de Sherlock Holmes – Souvenirs d’une souris d’hôtel : Gérard Dole

Titre : Les triomphes de Sherlock Holmes – Souvenirs d’une souris d’hôtel

Auteur : Gérard Dole
Édition : Terre De Brume – Terres mystérieuses (28/03/2008)

Résumé :
Dans le duel séculaire Angleterre-France, il fallait bien un jour confronter Sherlock Holmes et la fantasmatique souris d’hôtel qui choisit, pour la circonstance, le visage de Musidora, l’inoubliable interprète du feuilleton cinématographique Les vampires.

Nous avons d’un côté le grand détective victorien à la mine sévère, de l’autre une séduisante cambrioleuse, véritable type de Parisienne friponne, effrontée, délicieusement indécente.

Pendant que l’un arpente d’un pas décidé les ruelles d’un Londres chapeauté de brouillard, l’autre, serrée dans un collant noir où seuls affleurent des yeux charbonneux débordant de vaines promesses, trotte menu sur les toits glissants de Paname, d’une cheminée à l’autre, éclairée d’un rayon de lune, jusqu’au Palace où sommeille la proie convoitée.

Sous l’égide de Gérard Dôle, Sherlock Holmes et Musidora incognito, tantôt fille, tantôt garçon, vont s’approcher, s’apprécier, et résoudre ensemble de bien singulières énigmes, étranges et fantastiques.

L’image donnée ici du roi des détectives, et de son curieux élève Harry Taxon, est très personnelle, nous renvoyant avec un zeste d’humour en plus à la saga allemande des Welt-Detektiv, ces « Dossiers secrets » apocryphes des années 1900, qui furent à l’origine de la série Harry Dickson.

Critique :
Encore un apocryphe holmésien qui trainait depuis longtemps dans mes étagères et qui me déçoit grandement !

Pourtant, le 4ème de couverture n’était pas trompeur et j’aurais dû me méfier du fait qu’on me disait que l’image donnée de Holmes était très personnelle et inspirée des Welt-Detektiv, ces petits pulps mettant en scène un Holmes loin du canon holmésien.

Je possède d’ailleurs 6 petits apocryphes dans cette veine là, mais en français (les Sherlock’s story) et j’en avais dit tout le bien que je pensais ici, , , , encore ici et là-bas. Je suis ironique, en effet.

L’interprétation de Sherlock Holmes est bien personnelle à l’auteur, ce qui est son droit le plus strict, chacun le voyant comme il souhaite le voir et le plaçant dans l’époque qu’il le désire, à savoir, ici, après 1900 puisque voitures il y a déjà mais avant 1901 puisque Holmes rencontre la reine Victoria.

Mais entre nous et juste entre nous (personne ne lit), le Roi des Détectives, comme Gérard Dôle le nomme ne mérite pas son titre !

Le Roi des Mauvais Détective serait plus approprié vu les trois enquêtes que je viens de lire. Cet Holmes là ressemble plus à un ersatz du vrai qu’à autre chose.

Premièrement, il ne remarque jamais que son nouvel élève (qui est Musidora) qu’il vient de rebaptiser en Harry Taxon (en lieu et place de Sid Morau) est une femme ! Bordel de dieu, elle le trompe alors qu’il est difficile de tromper le véritable détective de Baker Street.

Musidora étant joueuse, sous son déguisement de Sid Morau, lui baratine une histoire fausse dans laquelle elle s’invente une fausse sœur jumelle et conseille à Holmes de la faire dactylographier ses aventures un jour semaine, jour où sous les traits de Sid Morau, elle est en congé.

Holmes ne remarque même pas que son élève et sa dactylo sont les mêmes personnes et il pense que la dactylo est bien la fausse jumelle de son apprenti ! Comme disait si bien Ludovic Cruchot, le célèbre maréchal des logis-chef :  « Elle est forte celle-là ! ».

Et, d’une poigne solide, Sherlock Holmes extirpe de son suaire liquide puis couvre de son manteau celle dont il ne se doute toujours pas du sexe réel, malgré ses vêtements trempés qui moulent sa silhouette fine.

Vous voulez des déductions du Grand Homme ? Vous n’en aurez point ! Quand je vous disais qu’il n’était qu’un ersatz, je ne vous baratinais pas.

Pire, le fameux roi des détectives ne résout aucune des trois enquêtes ! Pour la première, il reçoit les confessions du coupable enregistrées sur des rouleaux de cire (le phonographe était livré avec pour écouter les enregistrements).

Petite parenthèse : lorsque monsieur Gustave Müller est poursuivit par sa paire de valets vindicatifs à son égard, la course-poursuite a tout d’une tirée de la série Benny Hill tant elle est grotesque et capillotractée.

Dans la deuxième histoire avec le fantôme dans la Chambre Verte, Holmes fuit lâchement le château hanté et c’est un ancien camarade de classe qui va résoudre le mystère ! Bravo ! Je veux bien qu’il était jeune, mais tout de même…

Pire pour la troisième, on se retrouve avec l’ombre de Jack The Ripper ayant 12 victimes  à son actif (Holmes compte large), un rejeton dégénéré d’un membre de la famille royale et une enquête où il envoie son apprenti déguisé en prostituée et Holmes ne résout rien de cette affaire.

Holmes le Roi des Détectives ? Le Roi de l’usurpation de titre, oui ! L’auteur aurait pu faire un effort pour que le titre qu’il donne à son interprétation de Holmes corresponde de facto à son personnage.

— Mais… mais qu’est-ce qui m’a pris, Maître, de lever la jambe comme une danseuse de cancan ?
Sherlock Holmes, personnellement peu fier d’avoir joué les dieux Pan avec son ocarina, et même – ne nous voilons pas la face autant que lui – d’avoir été émoustillé par la grâce toute féminine que son élève mettait dans ses folles gambades, éluda la question.
— Allons, oublions ce cauchemar ! dit-il d’une voix que son trouble faisait légèrement trembler.

Oui, vu ce que je viens de lire, ça ressemble plus à ce que j’ai lu dans mes 6 petits pulps qui copiaient les aventures de Holmes, aidé de Harry Taxon (qui n’était pas Musidora) et qui lui faisaient vivre des aventures plus proches de celle de Harry Dickson que ce celle de Sherlock Holmes tant tout était loufoque, à la limite du surnaturel, avec des explications tarabiscotées qui me valaient la prise massive d’aspirines.

Précisons aussi que le roman se divise en deux parties : Londres & Paris et que je ne parle ici que de la partie sur Londres, Paris n’entrant pas dans le Mois Anglais auquel je participe. Je ne la lira pas, ces trois nouvelles m’ont vaccinées pour un bon bout de temps.

Au suivant !

— Vos vêtements sont tout trempés, vous allez attraper la mort, mon petit. Déshabillez-vous donc.
Le maître mesura-t-il la portée de ses paroles ? J’en doute fort. J’étais une élève docile, j’obéis… Suivant au pied de la lettre son injonction prévenante, je fis glisser mes hardes sur le tapis et le retrouvai nue, entièrement nue, sans cache-truc ni soutien-machin, dans toute la gloire de ma prime jeunesse.
Surpris autant qu’ébloui par la beauté du spectacle que je lui offrais, Sherlock Holmes balbutia en faisant choir sa pipe :
— Mais… mais Harry… Vous êtes une femmes !
— Grand fou ! répondis-je en allant me blottir dans ses bras, vous avez mis du temps à vous en rendre compte !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).