Défi à Sherlock Holmes : Béatrice Nicodème

Titre : Défi à Sherlock Holmes

Auteur : Béatrice Nicodème
Édition : Fleuve Noir (12/09/1999) / Hachette Jeunesse (2012)

Résumé :
Londres à la fin du XIXe siècle…
Une série de crimes particulièrement atroces tient la police en échec. Et voilà que le mystérieux assassin va jusqu’à lancer un défi à Sherlock Holmes en personne !

Une femme de la haute société, la bonne d’un prêtre, une couturière un égyptologue de renom, mais qui seront les prochaines victimes ?

Critique :
Cela faisait plus de 20 ans que j’avais lu ce petit apocryphe holmésien et la seule chose qui était restée dans ma mémoire, était le fait que je l’avais apprécié.

Hormis la dernière ligne du final qui m’avait fait chaud au coeur, je ne me souvenais plus du tout de l’intrigue.

Le Mois Anglais est là pour me faire sortir de mes étagères des pastiches holmésiens lus au siècle dernier. Ce n’est pas comme si j’avais une PAL énorme et urgente non plus *rire jaune*

Mon verdict ? Le roman a bien passé les âges et mon appréciation est toujours enthousiaste car cela reste un pastiche de bonne facture comparé à ce que j’ai déjà lu (et j’en ai lu des tas).

Canoniquement parlant, le Sherlock Holmes et le Docteur John Watson de l’auteure sont conformes, hormis quelques ajustements dont je ne divulguerai rien, mais qui, traités ainsi, restent plausibles pour moi.

Certains hurleront à l’hérésie, mais c’est un sacrilège qui ne l’est pas à mes yeux.

— Les femmes sont vraiment les créatures les plus retorses qui existent. Exception faite de Mary Morstan, bien entendu !
— Vos sarcasmes, mon cher Holmes…
— Pardonnez-moi, Watson : Irene Adler m’a guéri à jamais du désir de me lier avec une femme, et c’est ce qui me rend parfois amer. Mais c’est vous qui êtes dans le vrai, bien sûr. Quant à moi, mon métier m’interdit de laisser mon coeur gouverner mon cerveau.

L’écriture n’est pas moderne et s’inscrit bien dans l’époque où les faits se déroulent, c’est-à-dire en janvier 1889. Sans pour autant adopter un style victorien ampoulé et rigide, Béatrice Nicodème nous propose un style d’écriture à la Conan Doyle, dilué dans son encrier personnel.

D’ailleurs, durant tout le récit, l’auteure fait souvent référence à des aventures canoniques de nos deux amis de Baker Street, sans que cela importune la lecture avec une tonne de renvois en bas de page.

Ça se lit sans peine, assez vite, hélas, sans pour autant être une écriture bas de gamme. Le genre de roman à emporter sur la plage, n’en déplaise à certaines ! mdr

L’enquête n’est pas simple, mais elle est rondement menée, avec un Holmes qui se livre à moult déductions pour mon plus grand plaisir, qui doute, qui se trompe avant de retomber sur ses pieds.

— Que voulez-vous dire ? Vous doutez, maintenant ?
— Je doute toujours de ce qui n’est pas prouvé. J’ai besoin de voir pour croire. Et jusqu’à présent, ce que j’ai vu…

Une enquête bourrée aussi de déguisements, d’Irregulars, d’un Watson qui a quitté le 221B pour un autre logement où il vivra avec Mary Morstan après l’avoir épousée, d’un Méchant insaisissable et mystérieux, d’une femme belle, intrigante et intelligente…

— Cette enquête débute de bien étrange façon. C’est pourquoi elle devrait être facile à mener : plus une chose est bizarre, moins elle recèle de mystère. Ce sont les crimes banals qui sont difficiles à élucider.
Ce en quoi, pour une fois, le grand détective se trompait.

— Ah, mademoiselle Saint-Cyr, jamais je n’aurais cru possible de rencontrer une femme qui possède une intelligence masculine ! Vous avez vu juste, tellement juste !

Mon seul bémol viendra pour le mobile des crimes… De deux choses l’une : où le mobile est trop exagéré, trop mou, ou alors, la dent est dure ! Quoiqu’il en soit, c’est trop mou ou trop dur… N’y voyez aucune pensée grivoise.

J’ajouterai aussi que le nom du mystérieux adversaire de Holmes était un poil un peu risible : Le Cancrelat ! Si je devenais devenir une criminelle d’envergure, si j’avais des envies de défier LE plus grand détective, je me choisirais un pseudo un peu plus grandiose. Pas vous ?

Malgré ces petites choses (pour certains, elle sont grandes), mon plaisir de relecture n’a pas été entamé et c’est avec un grand sourire que j’ai reposé cet apocryphe dans mon étagère, bien contente de l’avoir relu afin de garder une trace de mes impressions pour la postérité (celle de qui ? Je ne sais pas. La mienne, sans doute).

Ce n’était que mon avis mais j’ai été contente de vous le donner.

— La déduction seule mène à la vérité.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

 

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Les dossiers secrets de Sherlock Holmes : June Thomson

Titre : Les dossiers secrets de Sherlock Holmes

Auteur : June Thomson
Édition : Le Masque (1995)
Édition Originale : The Secret Journals of Sherlock Holmes
Traducteur : Albert Pigasse

Résumé :
Pour diverses raisons, le docteur John H. Watson avait préféré soustraire à la publication le récit de certaines enquêtes menées par son célèbre ami Sherlock Holmes.

Mais ces notes inédites, après bien des avatars, ont été sauvegardées grâce aux soins d’un autre Watson, docteur en philosophie. Il a légué les précieux textes à sa nièce, qui a décidé de les publier…

Ainsi le voile se lève-t-il aujourd’hui sur des énigmes auxquelles l’œuvre de sir Arthur Conan Doyle ne faisait que de brèves allusions…

Pour le plus grand plaisir des fanatiques du Maître, toujours aussi fascinés par les extraordinaires déductions du cerveau le plus puissant de toute la littérature policière…

– Préface (par Audrey B. Watson)
– L’affaire du millionnaire persécuté
– La démence du colonel
– La tragédie Addleton
– Le brocanteur terrorisé
– La rixe à bord du Friesland
– La succession Smith-Mortimer
– Le scandale Maupertuis
– Appendice (par John F. Watson)

Critique : 
La malle en fer blanc du docteur Watson est comme le tonneau des Danaïdes, elle est sans fond !

Mais au lieu de la remplir sans fin, on en extirpe sans fin des nouvelles histoires de Holmes, faisant comme si elles n’avaient jamais pu être publiées de son vivant.

Nous aurons donc le plaisir de lire des pastiches jusque la fin des temps. Ou du moins, jusqu’à l’heure de notre mort.

Qui a dit « amen » ??

C’était un bon recueil de nouvelles !

Pas de panique, il est toujours un bon pastiche, mais j’utilise l’imparfait parce que cela faisait plus de 20 ans que je l’avais lu. Et j’avais tout oublié.

June Thomson est une auteure de pastiches holmésiens qui prend plaisir à glisser ses histoires dans des espaces laissés vides par Conan Doyle : les célèbres « untolds stories » dont je vous ai mainte et mainte fois parlé.

Pour les endormis du fond, les untold stories sont les histoires dont Watson parle dans le canon holmésien, mais sans jamais nous les expliquer. Du sadisme pur, comme je l’ai déjà dit.

Vu leur nombre, il y a là matière à écrire ! Ce que madame Thompson a fait dans ce recueil, pour mon plus grand plaisir. Peut-être aussi pour le votre, mais ça je ne le sais pas.

Ainsi, nous découvrons le vieil Abraham, que Holmes ne peut « laisser dans sa frayeur », au cours de « La disparition de Lady France Carfax » de Doyle. « La disparition » est une aventure canonique, mais l’auteure a trouvé manière à nous raconter une histoire en sus.

Non, pas pour le même prix… Fallait acheter ce recueil que l’on ne doit plus trouver que sur les brocantes.

Autre exemple : « La succession Smith-Mortimer » est une untold stories qui mentionnée dans « Le pince nez en or » mais jamais racontée, nom de Zeus ! Maintenant, si, mais malgré tout le talent des auteurs, jamais ils n’auront la patte de Conan Doyle, ni ne se mettront dans sa tête.

Anybref, durant la lecture des différentes nouvelles, il y a des tas de références sous forme de rappels des lieux visités par Holmes, sous la plume de son père non aimant, Conan Doyle.

Le livre est plutôt conseillé aux holmésiens qui approfondiront leur savoir et satisferont leur curiosité ou aux amateurs de Holmes qui se contentent de lire ses aventures sans approfondir le mythe et s’arracher les cheveux sur les erreurs des textes, des dates,…

Attention, rien n’empêche un non initié de découvrir la plume de madame Thompson et de lire la geste holmésienne ensuite. Ce sera une jolie découverte pour lui ou elle.

Je conseillerais, malgré tout, de commencer par les récits canoniques, autrement dit, A.O.C ! Ceux de A.C.D.

Le ton du livre est envolé, vif et quelques déductions peuvent sembler un peu hâtives.

L’écriture convaincante de l’auteur suffira à les faire admettre dans l’immédiat, d’autant que, dans certains cas, ce sont des déduction d’ambiance, juste pour le fun et pas nécessaires à la résolution des intrigues principales.

June Thomson maîtrise parfaitement la forme canonique, mais c’est aussi une réelle auteur de polar : les intrigues sont bien agencées, les descriptions sont « juste bien » pour ne pas lasser, le format « nouvelle » est bien rythmé et il convient très bien à Holmes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).