Le brouillard tombe sur Deptford : Ann Granger [Lizzie Martin & Ben Ross – Tome 6]

Titre : Le brouillard tombe sur Deptford [Lizzie Martin 6]

Auteur : Ann Granger
Édition : 10/18 (04/05/2017)
Édition Originale : The Dead Woman of Deptford (2016)
Traducteur : Jean-Baptiste Dupin

Résumé :
Londres, époque victorienne. Par une froide nuit de novembre, le docker Harry Parker trébuche sur un cadavre dans une ruelle de Deptford. Que venait faire Mme Clifford, si chic, si bien vêtue, dans cette partie peu fréquentable de la ville ?

Chargé de l’enquête par Scotland Yard, l’inspecteur Ben Ross ne trouve aucun témoin.

De son côté, sa femme Lizzie tente d’étouffer un scandale : Edgar Wellings, un ami de la famille, souffre d’addiction au jeu.

Mais le pire reste à venir : Wellings semble être le dernier à avoir vu Mme Clifford vivante… Et que penser de son excellente raison de la tuer ?

Critique :
♫ J’étais tranquille j’étais pénard, j’me promenais dans la ruelle, quand tout à coup mon panard, a trébuché sur une morte pas belle ♪

Le docker Harry Parker a buté sur le cadavre d’une femme dans une ruelle pas très claire et en fichant le camp, il est rentré dans la bedaine d’un cogne qui passait par là.

Nouvelle enquête pour l’inspecteur Ben Ross qui est bien embêté car il impossible de mettre une identité sur cette femme.

Petit à petit, à l’aide de sa femme, il va commencer à en savoir un peu plus, mais malgré tout, l’enquête est dans une impasse, les policiers ont des tas d’indices et, telles des diseuses de bonne aventure, ils les lancent en l’air pour voir où ils retombent.

Ce qu’ils leur faudrait, ce sont des preuves et ils n’en ont pas !

— Mais nous sommes comme ces diseuses de bonne aventure orientales qu’on trouve dans les foires, monsieur. Nous lançons nos indices en l’air, comme elles leurs galets ou leurs bâtonnets d’ivoire, et nous regardons comment ils retombent. […] En revanche, ce que nous n’avons pas, Mr Ross, c’est une preuve tangible, capable de convaincre un juge. Beaucoup d’hypothèses jetées en l’air comme des bâtonnets d’ivoire… dans lesquelles nous ne lisons que ce que nous souhaitons.

Cette sixième aventure du couple Lizzie Martin / Ben Ross ne souffre pas de temps mort, il se lit avec avidité et on prend toujours plaisir à suivre Lizzie dans ses petites enquêtes sur le côté, aidant son mari du mieux qu’elle peut, au grand dam du Superintendant Dunn.

Il est un fait qu’une enquête avec au centre un prêteur sur gages, usurier, ça sent le déjà-lu dans une autre série de roman mettant aussi un couple flic/épouse en scène, et il s’agit bien entendu du duo Thomas et Charlotte Pitt.

Mais comme je dis toujours, depuis que la littérature policière existe, des enquêtes sur la mort d’un usurier, ça doit courir les rues ! Vu que les deux duos sont différents dans leur manières d’être, je ne saurais dire si plagiat il y a, inspiration, sans doute, ou alors, coïncidence.

Beaucoup de mystères dans cette nouvelle enquête, notamment à cause du fait qu’il y a un seul suspect et qu’il ne fait pas vraiment criminel sanguinaire mais plus enfant gâté qui ne pense qu’à son nombril et au fait que sa sœur sera toujours là pour lui sauver les miches.

De plus, j’avais beau me creuser les méninges, je n’en voyais pas d’autres car ces personnes là n’avaient pas de mobile valable pour tuer la prêteuse sur gages. Je ramais, et pourtant, j’aurais dû lire mieux les indices et j’aurais compris. Pour la peine, Holmes me donnera une fessée…

Ce que j’apprécie le plus, dans cette saga, ce sont les personnages principaux, tout d’abord, les secondaires qui ne sont pas laissé au hasard et les incursions dans le monde moins clinquant de la société de Londres, là où une partie des personnages secondaires prennent toute leur importance.

Dans ces pages, j’en ai croisé quelques que j’aurais baffé avec plaisir, qu’ils soient de la haute comme le jeune Wellings et tante Parry ou de basse extraction comme Britannia Scroggs qui, mise en image, me donnait l’impression d’une caqueteuse râleuse juste bonne à causer haut et fort.

Un très bon moment de lecture, une résolution que je n’ai pas vu venir, des incursions dans le monde d’en bas, le Londres des abysses (mais pas encore au fond des abysses), la haute société qui prend sont petit-déjeuner au lit, fait sa correspondance au lit et ne doit s’en extirper que vers les midi…

Toujours instructif, cette série, comme l’est aussi celle avec le couple Pitt. Une peinture de la société victorienne qui joue sur deux tableaux, entre deux monde diamétralement opposé, deux mondes qui se rejoignent plus souvent qu’on ne pourrait le penser.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Alimentaire mon cher Watson : Anne Martinetti

Titre : Alimentaire mon cher Watson

Auteur : Anne Martinetti
Édition :  Du Chêne (2010)

Résumé :
On présente trop souvent Sherlock Holmes comme un ascète, une machine à penser délaissant la cuisine au profit de nourritures intellectuelles.

Ce n’est pas le cas. Si, au plus fort d’une enquête, le célèbre détective oublie parfois de manger ou consomme tout juste un sandwich, il aime aussi les mets raffinés, comme une bécasse ou un foie gras en croûte et les grands vins français.

Mieux, l’observation de l’art éphémère qu’est la cuisine lui permet de conduire son art de l’investigation.

Ainsi, peut-il confondre le coupable en observant un brin de persil s’enfonçant dans une plaque de beurre…

Sherlock Holmes, gourmet ? La déduction s’impose ! Mêlant recettes et extraits des œuvres de Sherlock Holmes, cet ouvrages très illustré de photos de recettes et d’ambiance ainsi que d’images anciennes, présente le célèbre détective et des plats évoquant ses enquêtes et les pays visités.

Ce cher Watson n’a plus qu’à se régaler !

Critique :
Non, Sherlock Holmes n’est pas qu’une machine à penser ! Non, son corps n’est pas tout entier dédié à son cerveau ! Non, son corps n’est pas qu’un appendice à son cerveau.

Certes, il mangera toujours moins que Watson, amateur de bonne chère et de chair féminine, lui qui se vante d’avoir connu des femmes sur 4 continents ! Coquin, va !

Au fait, les femmes qu’il a connue, c’était bibliquement ou pas ??

Quand nous écrira-t-on un ouvrage intitulé « J’avais la queue en l’air, Watson » ou « Ma folle nuit avec Irene Adler » ou même « À toutes les femmes que j’ai aimé… et forniqué » par le Docteur Watson ?

Mais malgré tout, si vous lisez le Canon holmésien avec attention, vous remarquerez sans doute que nos deux amis ne disent pas non à un resto ou à quelques bons petits plats mitonnés par leur logeuse.

— Qu’allons-nous faire, maintenant ? demandais-je alors que nous débarquions au pénitencier de Millbank.
— Prendre un fiacre, aller jusqu’à la maison, prendre un petit-déjeuner et dormir une heure.

Le menu qui nous est offert ici est divisé en quatre sections :

  • L’affaire des recettes du 221b Baker Street,
  • L’affaire des gourmets de Londres,
  • L’affaire des voyages de Sherlock Holmes
  • L’affaire des péchés mignons de Sir Arthur Conan Doyle.

Pour chaque section, les recettes sont présentées et photographiées, accompagnées d’extraits issus des aventures mettant en scène Sherlock Holmes.

C’est une manière sympathique et intelligente de nous faire découvrir le meilleur de la cuisine anglaise, souvent raillée car méconnue.

Parce que entre nous, mes souvenirs de la cuisine anglaise remontent au film avec Louis De Funès « Les grandes vacances » et la suite de plats improbables, immangeables que notre brave Charles Bosquier s’extasiait en criant « Delicious ».

Charles Bosquier : Ah c’est étonnant ! Hmmmm ! C’est délicieux ! Delicious ! Mange mon fils ! Allez PAF ! […] Alors ça, ça, c’est le dessert ?
Michonnet : Ah non ! Non, ça c’est la viande, avec la chantilly !

Les photographies de Philippe Asset sont des plus réussies (plusieurs ont été prises au Musée Sherlock Holmes de Londres) et rendent tout à fait l’esprit de l’univers du célèbre détective. Elles ont un joli accent british rétro et plein de charme.

De plus, l’ouvrage est décoré aussi par des illustrations rétros de Sherlock Holmes, comme il était dessiné à la grande époque de Sidney Paget ou de Frederic Dorr Steele.

Outre la gourmandise qui suinte à chaque page et qui vous fait grossir rien qu’en regardant les images, les recettes s’inspirent des dialogues échangés dans les romans, qui font état de tel ou tel plat ou d’un petit déjeuner tardif.

— Venez demain 9h30 pour petit déjeuner. Important. Câblez si impossible. Sherlock Holmes. » Voilà, Watson. Cette affaire infernale m’obsède depuis dix jours. Désormais, je la chasse complètement de mes pensées. J’espère que nous en connaîtrons demain l’issue définitive.
À l’heure dite, l’inspecteur Stanley Hopkins fit son apparition, et nous nous attablâmes devant l’excellent petit déjeuner préparé par Mrs. Hudson. Le jeune policier était d’humeur radieuse du fait de sa réussite.

Les 98 recettes sont agrémentées de l’extrait canonique, ainsi que du nom de l’aventure, ainsi, vous serez incollable sur le pain perdu aux groseilles ainsi que sur la morue aux fraises.

Oups, pardon, la morue aux fraises, elle est de Gaston Lagaffe !

Bon, je ne les ai pas cuisinées, ces recettes, faut pas pousser… Pas trop envie de manger du Haggis, moi !

Beaucoup d’allusions également à de bonnes tables de l’époque, dont certains plats sont recréés ici. Et Holmes était amateur de bons restos après ses enquêtes.

L’ouvrage est complété par une courte bibliographie et quelques bonnes adresses holmésiennes à partager.

Si vous voulez m’inviter, je suis partante car si ma soeur aime cuisiner pour les autres (sans manger), moi, de mon côté, j’aime m’asseoir à table…

Entre les lignes, on y apprend aussi quelques anecdotes sur l’époque ou sur Arthur Conan Doyle, ce qui m’a fait me coucher moins bête, même si j’oublierai des tas de choses d’ici là !

J’ai juste regretté une chose : l’absence de liste des titres d’Arthur Conan Doyle en fin d’ouvrage.

Il a tout de même écrit 4 romans et 56 nouvelles avec son héros, tout de même. Un petit récapitulatif n’aurait pas été du luxe pour ceux qui ne connaissent pas le canon.

L’auteure aurait pu profiter de ce beau livre « hommage » pour inciter ses lecteurs à mieux connaître Sherlock Holmes et donc à lire…

Mais je suppose que ce genre d’ouvrage est acheté en premier par des holmésiens acharnés et moins par le lecteur lambda.

Si jamais, Syl en parle aussi, et avec bien plus d’emphase que moi (le lien est dans son nom).


Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Du même auteur :