Le vent de la plaine : Alan Le May

Titre : Le vent de la plaine

Auteur : Alan Le May
Édition : Actes Sud (06/06/2018)
Édition Originale : The Unforgiven (1987)
Traducteur : Fabienne Duvigneau

Résumé :
Dans ce western puissant et violent, Alan Le May nous raconte l’histoire des Zachary, une famille de ranchers du Texas.

En 1874, alors que les habitants de la région et les Indiens s’affrontent pour les terres, un vieil ennemi des Zachary répand la rumeur selon laquelle leur fille ne serait pas leur enfant biologique, mais une Kiowa volée à sa tribu.

Bientôt, les Zachary sont rejetés par leur propre communauté et doivent se préparer à une âpre bataille contre les Kiowa, venus réclamer leur enfant…

Grâce à sa connaissance de la culture indienne, l’auteur nous immerge dans une situation extrême tout en évitant les clichés.

Un western noir et haletant porté à l’écran en 1960 par John Huston. Dans les rôles principaux : Burt Lancaster et Audrey Hepburn.

Critique :
L’être humain est un grand connard, un imbécile, un médisant, un colporteur de ragots et un grand crédule.

En ces temps reculés, je peux encore pardonner, ou comprendre le fait que leur pouvoir de réflexion volait plus bas que le derrière d’un cochon, leur crédulité, leur bigoterie (mais plus à notre époque).

Anybref, ce western noir nous plonge dans l’imbécilité faite Homme ou comment un type qui a perdu la raison, suite à la mort de son fils après enlèvement par les Kiowas, va faire croire à des imbéciles que leur voisin sont de mèche avec les indiens : la preuve, ils ne se font jamais attaquer parce que leur fille est d’origine Kiowas.

“Les Kiowas ne les ont jamais touchés, et ne les toucheront jamais ! Ils s’en sont tirés indemnes quand ils ont vendu mon garçon. Ils ont même pris une petite négresse rouge en échange, pour sceller le pacte. Allez donc voir par vous-mêmes ! Une squaw toute jeune encore qui grandit avec le nom des Zachary !”

Ce western sombre va nous démontrer comment on peut arriver dans ses situations extrêmes à cause des médisances, le tout attisé par les rancœur et une sacré dose de racisme ordinaire.

Sans compter que l’enfer étant pavé de bonnes intentions, le bordel arrivera surtout à cause de madame Zachary qui s’est enfoncée dans son mensonge, refusant de dire la vérité à Rachel, évitant d’affronter la réalité pour se préserver, elle; de par la question innocente de l’un des Zachary, ce qui a déclenché l’irruption des Kiowas et de par l’assassinat de l’un deux, alors qu’il ne portait aucune peintures de guerre, ni armes.

Ou comment se tirer une balle dans le pied tout seul comme un grand !

Les Kiowas n’étant pas des enfants de cœur, valait mieux pas qu’ils vous tombent dessus. Les gens près de la Frontière les craignaient, ne les aimaient pas, pourtant, ils ne faisaient rien pour se protéger un peu plus.

Néanmoins, les gens des comtés les plus malmenés continuaient à construire des maisons avec des murs qui laissaient passer les balles et un toit d’herbe sèche, sans postes d’observation ni meurtrières ni volets pour se barricader en cas d’attaque. Ils autorisaient leurs enfants à se promener sans surveillance et laissaient leurs femmes seules plusieurs jours pendant qu’ils partaient effectuer des missions insensées. Ils n’apprenaient pas, refusaient d’écouter, et tous les massacres du monde n’y changeraient rien.
Peut-être ne pouvait-on accuser de négligence un homme dont la famille avait été découpée en morceaux. Afin de supporter son chagrin, il lui était plus facile de présumer qu’il avait agi de son mieux, et d’inventer d’autres motifs pour expliquer les meilleurs résultats de ses voisins.

L’auteur, au travers de son récit, nous décrit la vie dure que les colons ont endurés dans ces plaines du Texas et du Kansas car là-bas, tout était hostile : de la nature à ses habitants d’origine qui vivaient essentiellement de razzias.

Les Kiowas menaient des raids depuis le Nord du Kansas jusqu’à Santa Fe ; ils pouvaient traverser le Texas en parcourant cent trente kilomètres par nuit, semer le chaos en territoire mexicain, et être de retour au nord de la Red River avant la fin de la lune. La distance ne garantissait aucune sécurité aux habitants de la frontière. Seule la vigilance les protégeait.

Même sans les Indiens, Matthilda Zachary aurait détesté la prairie. Les longs mois soumis à un vent exaspérant, la poussière omniprésente qui s’infiltrait par les murs et le toit dans le trou qui leur servait de maison, les coulées de boue chaque fois qu’il pleuvait, l’absence totale de confort, et un labeur incessant qui n’apportait jamais aucune récompense, le savon grossier que l’on fabriquait soi-même, si irritant pour la peau que la propreté se payait par des mains douloureusement gercées – tout cela, Matthilda l’aurait pardonné. Mais elle ne pardonnait pas ce qu’elle voyait comme l’infinie malfaisance de la prairie, plus vaste que ses immensités, plus puissante que ses orages.
Un incendie, un blizzard, une sécheresse, et la terre se couvrait de carcasses. Partout, des ossements innombrables se dissimulaient au cœur de la végétation. Malgré ses chants d’oiseaux, ses fleurs, et la douce ondulation de ses hautes herbes, la prairie se changeait invariablement en une horrible bête dont la gueule pouvait avaler le travail de toute une vie en une seule nuit. Elle lui avait pris son mari, et ne s’était même pas souciée de rendre son corps.

Sans parti pris, il nous livre ce qu’il se passait dans ces plaines, lorsque les Kiowas tombaient sur le râble des fermiers, et je peux vous dire que ce n’était pas triste et qu’il valait mieux ne pas être une femme.

De plus, il nous donne quelques particularités des Kiowas, là où Hollywood nous a toujours montré des indiens parlant l’anglais ou des colons baragouinant leur langue, mais sans savoir si c’était la véritable. La langue Kiowa comptait 74 voyelles ! Qui le savait ?

Mais Cassius avait réussi à maîtriser l’étrange langue kiowa, qui comptait soixante-quatorze voyelles – outre un large éventail de sons gutturaux et de claquements de langue – qu’il fallait chanter. Ben la maniait aussi, évidemment, mais lui avait dû suer sang et eau pour l’apprendre.

De plus, l’auteur prend la peine de nous décrire le physique, l’allure de tous les Kiowas qui jouent un rôle important, de Striking Eagle à Seth.

Le May décrit ce qui les différencie, leur donne une vraie existence physique et fait en sorte que le lecteur ne confonde pas l’un avec l’autre et se fasse une idée de leur visage ou leur allure générale.

Comme il le fait avec la famille Zachary, dont on sait distinguer ses membres, et même avec les autres voisins, les Rawlins ou le ténébreux personnage d’Abe Kelsey. Chacun est décrit avec minutie sans pour autant en faire des tonnes, mais avec peu de mots, il les rend réalistes et vivants.

Dans son récit, l’auteur évoquera aussi cette fameuse Frontière, qui a reculé de 160km en quelques années. Autant de terres que l’on a volées aux Kiowas et qui ont été vendues par le Sud pour payer les dettes de la guerre de Sécession, notation historique tout à fait passionnante, rarement évoquée et qui m’a passionné.

Ce western, s’il fait au départ la part belle aux larges plaines désertiques, se finira en huis-clos, dans la cabane assiégée par une tribu en colère, la tension montant crescendo, les scènes d’action entrecoupées de moments d’attentes des plus angoissants.

Un western noir où le salut ne viendra pas des autres car le peu de voisins des Zachary préfèrent les laisser se faire massacrer au lieu de leur porter secours. Après, on pourra toujours récupérer leurs terres et leurs vaches.

Un western noir à l’ambiance oppressante, dense, moite à couper au couteau, où les non dits et les secrets commencent à se faire pesant, où une mère a arrangé une réalité pour elle-même, ou des gens sont crédules au point de croire un fou, où l’Homme envie sans cesse son voisin, ses terres.

Un western noir qui ne prend pas de gants pour décrire certaines exactions commises par les indiens, ni pour critiquer le gouvernement qui reniait toujours ce qu’il signait ou promettait, ni pour dénoncer la bigoterie de certains pionniers, ce qui les rendaient égoïstes et aveugles à tout le reste.

Un western noir réaliste, dur, âpre, où la nature est hostile, sans pitié pour les Hommes et les bêtes, et où la vie n’était pas facile, les mauvaises années étant plus nombreuses que les bonnes.

Un excellent western noir !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

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26 réflexions au sujet de « Le vent de la plaine : Alan Le May »

  1. Purée ! 74 voyelles! Donc quelque chose comme 300 consonnes? Et combien de temps à conjuguer et de règles d’accord? Arrrg! Et moi qui trouve le français compliqué! 😱

    Bon… un western… une fâme avec un fusil en couv’, des zindiens… pas pour moi! Mais merci tout de même pour cette chronique délicieuse comme toujours!

    Aimé par 1 personne

    • Heu, il ne nous parle pas des consonnes (ah que je vais ouvrir). Mais il y en a plus que dans le prénom de Raphaël ♫

      Par contre, je pense qu’ils étaient plus cool sur les règles des participes passés…

      Oh, tu ne le liras pas ?? Allez, des zindiens, c’est chouette, non ? En plus, ce sont des vilains indiens !

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      • Un bon zindien c’est un zindien qui l’est mouru disait Custer… Moi je leur veut pas tant de mal! Mais je m’intéresse pas à leur zhistoires ! Chacun chez soi et les visages pâles ils remballent l’eau de feu et les winchester pour retourner en Europe! 😜

        Ah ben non… j’oubliais que les zaméricains c’est toujours les descendants des gens dont on voulait plus chez nous! 🧐

        Aimé par 1 personne

        • C’était pas Custer… je l’ai lu dans un jeunesse de Blueberry, je vais aller vérifier !!

          Je m’intéresse aux zindiens, même si je n’ai pas le temps de tout faire, tout lire, tout savoir.

          Oui, les américains, s’ils ne font pas partie des natifs, se ne sont jamais que dans descendants d’européens, pour la plupart, et d’asiatiques, pour les autres, sans oublier les pauvres descendants d’esclaves.

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        • SHERIDAN !!! Je savais que je l’avais croisé dans un des derniers jeunesse de Blueberry !!

          Wiki confirme : Philip Sheridan

          La phrase exacte est « Les seuls bons Indiens que j’ai jamais vus étaient morts. », en réponse au chef comanche Tosawi qui s’était présenté à lui en disant « Tosawi, bon Indien ».

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  2. Il est dans ma PAL ! Il me tentait déjà énormément mais avec ta chronique je vais le mettre dans mes prochaines lectures ça c’est clair !
    Dans la même collection et que j’avais adoré c’est « Femme de feu », qui est un western bien violent et noir dans la même veine 🙂

    Aimé par 1 personne

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