L’Expédition – Tome 1 – Le Lion de Nubie : Marcelo Frusin & Richard Marazano

Titre : L’Expédition – Tome 1 – Le Lion de Nubie

Scénariste : Richard Marazano
Dessinateur : Marcelo Frusin

Édition : Dargaud (13/05/2011)

Résumé :
Peu après la conquête de l’Égypte, une centurie romaine découvre une embarcation à la dérive.

À bord, le cadavre d’un homme noir portant des documents dans une langue inconnue, et de bijoux en métaux rares et des pierres précieuses, dont l’ouvrage magnifique évoque l’existence d une civilisation riche et puissante.

Le centurion Caïus Bracca ne pouvant pas monter d’expédition officielle, il organise la désertion de dix hommes et les envoie, sous les ordres de Marcus Livius, à la recherche de cette civilisation inconnue de Rome.

Seuls trois d’entre eux parviendront effectivement aux portes de ce royaume fabuleux, et Marcus Livius sera le seul à en revenir pour raconter leur incroyable aventure.

Critique :
Certains hommes ont des lubies, d’autres ont des Nubie… Oui, je sais, elle était facile mais je n’ai pas pu m’en empêcher.

L’Homme a toujours voulu avoir plus de richesses et l’Empire Romain a beau être étendu, riche des terres conquises et être arrivé à mettre les Égyptiens sous leur joug, l’attrait de l’or est toujours là, dévorant les entrailles.

Donc, lorsqu’une barque contenant un homme tatoué et mort, entouré de richesses, ça donne des idées à certains de pouvoir s’offrir mieux qu’une Rolex pour leur cinquante ans.

Fin stratège, comprenant que l’homme vient d’une région encore non découverte de l’Afrique Noire, le centurion Caïus Bracca délègue Marcus Livius à la tête d’un petit commando de 10 mercenaires. N’en manquait pas beaucoup pour nous donner les 12 salopards…

J’ai vu des forteresses qui masquaient leurs forces derrière une apparente désorganisation. Les hommes comme les forteresses les plus subtiles ont tous un point faible…

Comme cette expédition en terres inconnues ne peut se faire aux yeux de tous (l’Homme n’est pas partageur de ses richesses), ces hommes désertent pour cacher leur véritable mission.

Pour info, le début du récit comment avec l’apparition d’un homme affamé et il est indiqué que nous sommes 739 ans après la fondation de Rome (des fois où vous voudriez situer l’histoire sur la ligne du temps). Nous sommes probablement encore sous l’ère d’Auguste.

Prenez un stylo et notez que, selon Wiki et d’après la légende latine, Romulus fonda la ville de Rome à l’emplacement du mont Palatin sur le Tibre le 21 avril (c’est précis), en 753 av. J.-C. Un rapide calcul nous donne donc la date de 14 apr. JC, année où est mort Auguste (le 19 août 14, pour info et pour briller en société).

Les tons de cet album sont fort sombres, à l’image de la couverture, et même si certains cases ont des tons plus jaunes, cette couleur reste pâle, non éclatante comme j’aime le jaune.

Normal, ces tons sombres lorsque l’on découvre que le scénario l’est tout autant. Non pas qu’il est épais comme un café Turc et qu’on ne voit pas le fond, juste que le ton n’a rien à voir avec la joyeuseté d’un Petzi partant à l’aventure avec tous ses amis.

L’expédition n’a rien d’un voyage d’agrément et au fil des cases, des mercenaires nous quitterons, tandis que nous en apprendrons un peu plus sur Marcus Livius, le meneur de cette troupe et homme de la garde personnelle de Caïus Bracca.

Aux travers de quelques ragots et potins, nous apprendrons d’où lui vient ce surnom de Lion de Nubie et ce qui a fait se gausser toute l’armée. Pourtant, notre homme est brave et ne manque pas d’avoir une fameuse paire de « vous-savez-quoi » entre les jambes.

Ma foi, je ne me suis attachée qu’à la jolie petite gueule de Marcus Livius, les autres étant moins présent, trop peu esquissé à mon goût ou pire : les dessins se ressemblant dans leurs visages, on n’arrive pas toujours à savoir si on a affaire au Grec philosophe, au vétéran des guerres romaines ou à Falco, la grande gueule.

Il faut donc être concentré pour savoir qui est qui, surtout dans leur chevauchée à dos de dromadaire, dans leurs combats contre toute la famille de Ed, Shenzi et Banzaï (faites marcher votre mémoire) ou dans leur marche forcée dans les étendues de sables, avec tout le barda de légionnaire sur le dos, casque à plumes compris !

Chapeau les gars, moi, lorsque je marche, je porte des vêtements adaptés, mais à leur époque, le Décathlon était encore une compétition masculine d’athlétisme regroupant 10 épreuves…

La Libye est un pays immense et inhospitalier, les hommes civilisés n’y ont pas leur place. Le sel de ces régions commençait à corroder nos cuirasses. Nos rêves de conquête avaient subi l’épreuve du feu et de la sueur… Ce serait bientôt l’épreuve du sang !

Un album que j’ai pris plaisir à découvrir, au hasard (la couverture m’avait attirée) car acheté dans une brocante, à bas prix et bien souvent je me laisse guider afin de découvrir d’autres bédés et, qui sait, commencer de nouvelles collections.

Du jour où nous avons atteint cette région de collines, notre expédition était condamnée… Nous allions rencontrer un empire plus étonnant que l’empire des Perses, plus grand que celui de Rome… Mais nous n’y étions pas préparés…

Un album, qui, l’air de rien, met en avant tout en tirant sur le colonialisme et toutes ses dérives.

Ainsi l’impérialisme […] tue d’abord spirituellement et culturellement l’être, avant de chercher à l’éliminer physiquement. La négation de l’histoire et des réalisations intellectuelles des peuples africains noirs est le meurtre culturel, mental, qui a déjà  précédé et préparé le génocide ici et là dans le monde (Cheik Anta Diop)

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).